POUCE; EMBELLISSEMENT DE PARIS
propreté ni sûreté dan$ cette ville. Un Coaseil de police flit organisé par Golbert et placé sous la direc^on de son oncle Pussort * ; Tes conseillers d-Êtat Poncet , Boucherat, La Marguerie , en firent partie. D s'occupa immédiatement de la propreté des rues^ et, sans s'inquiéter des murmures du peuple^, il fit détruire les escaliers extérieurs et les saillies des maisons qui obstruaient la -voie publique. Ce Conseil s'occupa aussi de la distribution des eaux , et ne voulut plus tolérer de fontsânes (particulières. « M. le Chancelier ayant parlé du besoing qu'il avoit de la tienne , M' Coibert luy dict qu'il debvoit l'exemple , et , en effect , elle lui a esté ostée et à W le Prince ^ » Ce fut en procédant avec cette fermeté que Coibert parvint à transformer Paris. Secondé par La Reynie , pour lequel il établit , en 1667, la charge de lieutenant de police \ il réalisa des améKorattons d'une haute importance. La ville fiit éclairée par cinq mille fanaux , et, bientôt, cette innovation s'étendit à toutes les Cités considérables de France *. La Reynie fit paver toutes les rues®, et prit des mesures pour en assurer la propreté ^ De nouveaux quais furent construits,
* Journal d'Otiv. <FOrmeston, 2»« partie, P' 139, 26 «epUtnibre t66C.
> nad.
^ Ibid. , MiO vçrso , 12 décembre 1C66-
* Anciennes Lois françaises , Xome X\l}] y p. {00. — Mémoires de Louis XI %', tome II, p. 270.
> Aneienms Lois françaises , tome XX , p. 39£» : « De toas les éUbUsseiueiit:!i qui ont été faits dans notre bonne ville de Paris , il n^ en'a au<7!un dont rutilrté toit plus sensible ef mieia reeonntie que celui de« lanternes qui éclairent toutes les rues, et, comme nous ne noua croyons pas moins obligé de pourvoir à la sûreté et à la commodité des autres villes de notre royaume qu'n celle de la capitale , tious avons résolu d*y faire le même élablisseuieni et <le leur fottrnlr le» moyetudete soubnir h pcrpélvité. •>
^ VoHairc , Siécie de lom Xi y, chap. XXIX.
' Anciennes Loix françaises , lomo XVIII , p. y;i. — De la Marc, l'raiit de ta Police, tomeI«s p. U4.
XONUHBJNTS ÉLEVÉS A CETTK.KPOQUË. 135
leà ancieBS réparés , et uq$ garde continueUe , à pied et à efaevid , veilla à la ^ûeeté des Parisieos ^ .
Ces questions de pdîce, d'industrie', de commerce , de fioanees , de législation , étaient bien arides pour un Roi de vingt ans qui aspirait à la gloire. C^;>endant Louis XIV sut en comprendre Futilité et s'en occupa avec zèle. D'ailleurs Colbert, qui voulait s'emparer fortement de son e^t, ouvrait en même temps à l'activité du jeune monarque ^me carrière plus brillante. Il lui montrait la gloire lies lettres et des arts entourant son trône , et lui parlait avec epthousiasme de l'immortalité qu'assurent aux Rois les grands monuments. « Rien ne marque davantage , lui écrivaît-iP) la grandeur et l'esprit des princes, que les bâtiments, et toujours la postérité les mesure à l'aune de ces ^perbes machines qu'ils ont élevées pendant leur vie. * Louis XIV n'était que^ trop disposé à suivre ces conseils. Paris et la France durent à sa passion , secondée par Le Nôtre, Mmsard et Perrault, les magnificences de Versailles et de Marly, la colonnade du Louvre, les Invalides, les jardins des Tuileries, les boulevards extérieurs de Paris, l'.Observatoire , enfin les portes triomphales !Saint-Denis et Saint-Martin^. « Il n'y avoit rien de grand -ni de magnifique qu'il ne se proposât d'exécuter, » dit Ch. Perrault*. Cet écrivain atteste avec quelle vigilante attention Colbert dirigeait lui-méfne les travaux^. Il attira en France des
« \o\{a\rtt. Siècle dé Louis XIV, ch&p.XXlX. *
2 Cette lettre eat citée par Lemontey, dans son Kssm biographique sur J.-B. Colbert,
3 Mémoires de Ch. Perrault ,\i\T&l*^, p. 30 et suiv. ; Avignon , 1759. ♦ Ibid.
» Ibid Ji\rell,p. B:», 86 et 81.
136 LETTRES, SaENCRS ET ARTS.
artistes étrangers , entr'autres LuHi et le cavalier Berain . Des Académies de peinture ^ de.sculpture , d'architecture et de musique, furent fondées à Paris ^ Le Brun M nommé « prince et chef» de l'École de peinture et de sculpture , que Louis XIV venait d'établir à Rome pour de jeunes artistes française
L'Académie Française, qui, jusqu'à la mort du dianoelier Séguier, se réunissait dans sa maison, Ait logée au Louvre, en 4672^ et le Roi s'honora du titre de protecteur de cette compagnie ^ Colbert fonda, en 1663, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui eut d'abord pour mission d'immortaliser, par des médailles et des inscriptions, a gloire de Louis XIV, et qui devint plus tard l'arbitre de Térudition et de la critique historique. Tous les Français illustres dans les lettres reçurent <les encouragements ^. Les étrangers ne tùreni pas oubliés, et la nmnificence de Louis XIV alla chercher les savants dans les ccmtréés lointaines. Huyghens , Heineccius , Hevelius , Viviani , Isaac Vossius et beaucoup d'autres en reçurent d'éclatants témoignages^. La lettre de Colbert à Vossius est
^ Mémoires de Ch, Perrault , livre II , p. 73 ei 74. — Ch. Perraull cite la-leitro de Louis XIV au cavalier Bernin .
3 Anciennes Lois françaises , tome XIX , p. 8.
3 )bid.,p.169.
« Mémoires de Ch. Perrault, livre III, p. 134. — D'Olivel , Histoire de V Académie Françoise, édit. f 730 , in-1 2 , p. 16-21 .
^ Mémoires de Ch. Perrault, p. 51 et Miiv.~ Voyez, dâOB les Mémoires de louis XIV, tome I*', p. 3*23 et sûiv. , la liste des pensions accordées aux gens de Irtlre».
'' Voyez U\s letlreg de Colbert à ces savants dans la Hevtte heirospective , î-' série , tome 1", p. 79-83. —On y trouve aussi , p. 83-91, des projets pour la fondation d'académiee.
LEtTRBS ,. SCtEHGES ET ARTS. t37
célèbre : « Quoique le Roi né doit pas votre souverain /il veut cependant être votre bienfaiteur , etc. ^ » Trois ans après, en 4 666, Colberi fondait le Journal des Savants, in»* tituait l'Académie des Sciences, et appelait en France Tastronome Dominique Cassini pour diriger l'Observatoire^ UËcole des langues Orientales était établie (1669). Les voyages de Chardin , Bermer et Tavemier , encouragés par Louis XIV, dissq>aient des erreurs et ajoutaient aux connaissances positives. Colbert tirait la Bibliothèque royale d'un galetas de la rue de la Harpe pour lui donner un palais.
Ce ministre s'occupa aussi de la discipline ecclésiastique, n trouvait le nombre des moines et des religieuses trop considérable , et les fêtes trop muKipiiées ^. Il fit adopter par Louis XIV ses projets de réforme ^ Le Roi obtint de l'iarchevêque de Paris le retranchement de dix-sept fêtes ^, quoique le peuple s'obstinàt à les célébrer^. La réforme des rnonastères rencontra de plus sérieuses diffiéultés. Colbert voulait retarder jusqu'à vingt ans les vœux des religieuses et jusqu'à vingt-cinq ceux des religieux. Les Jésuites se plaignirent vivement de ces mesures. «Le dimanche, 19 décembre (1666), le matin, aux Jesùistes, le père Cossart me dict que le père Annat avoit parlé à M. Colbert sur la declf(ratton , qui reduict les' vœux des tilles à vingt ans et des garçons à vipgt cinq ans ^ quHl
* Hénault, Abrège chronologique de VHistoire de Frcotce^ année f 6C3. .
2 Mémoires de Ch. Perrault , livre I", p. 47. 55-&8.
3 Mémoire de Colbert , Revue Rétrospective , tome IV, p. 257-258. > Mémoires de Louis .Y/F, tome H , p. 23B. .
'* Journal d'Oliv. d'Ormesson , 2"« partie , f* 139 verso , novembre 1666. *
*> Ibid. , P' 151 reclo. « Ln mardy, 16 aouAl ( 1607 ) , feste de Sainl Rovh , loul le peuple Testa , nonobManI le rriranchemcnl de i-ette fcsli». »
t38 AFFAIBBS BCCLÉSUSIli^UBS.
en avoit feiet oonnoistre lea inconvementB et que c'estoit dertruire leur ordre , n'y ayant que les jeunes gens qui peussent estre cmi^oyés à foire les basses classes , et que leurs novices ^ n'entrant qu'à vingt cinq ans , &isant deux ans de novitiat , et , après, deux autres de pbUoaopliîe , ils ne pouyoient commencer a régenter qu'après trente ans ; ce qui ne se pouvoit plus '. »
L'opposition des Jésuites n'arrêta pas C(ribert ; il ne tint pM plus de compte de l'avis du Premî^ Président 5 « qui estoît que le Roy ne pouvoit toucher aux vœux des religieux et religieuses^. » La déclaration fut dressée par l'avocat général Talon ^. « Dans le préambule, il establit la puissance du Roy sur ce qui est de police , mesme spirituelle, rapporte des exemples , traicte les religieux de gens oîsife et inutiles à l'Estat ^ dans le dispositif, il reprend les mesmes tonnes de l'ordonnance d'Orléans , desroge à' celle de Blois , faict défenses aux communeairtés religieuses de prendre des pensionnaires, sinon aux Ursulines ; mais ne les garderont que jusques à quatorze ans. Défenses de prendre des dots ny des pensions, sinon aux couvents mal establis qui pourront prendre 500 liv. de rente viagère *, défenses de prendre des religieuses plus que les maisons n'en peuvent nourrir. Pour cet efiect , les délégués donneront un estât de leurs biens , afin que le Roy xegle le nombre des filles qui pourront y estre receues , etc. L'on dict que le Nonce a parlé au Roy et que toutes les maisons religieuses sont fort alarmées. »
L'opposition du clergé suspendit pour quelque temps la
' Journal d*Oliv. d'OrmessoUj 2-* partie, ^ MO verso.
* Ibid. , M4Î verso, C janvier 1667.
^ Ibid. , f» I |:j reclo. D'Orme^^^on dit qu'il avait In ccUr drclaration.
RÉFORME DES IfON^TÈRSS PROJETé» PAR COLBERT. 439
décisMn. Uaffàiraftit renvoyée att Conseil qm travaillait à la réforme des lois, etx^è tiégeaiefit Puasort , BolfiMifi y La Houasaye, VoisiQ) tous soutinrent qw leAoi avait la dmit de fixer l'âge néeeasaire pour les vœux monastiquea ; mais* ils diflërèreot sur le terme qu'on devait aciopter, et la décision ftit remise à quinaaine ^ Dans rintervalle , la Noliee fit les remontrmees les plus vives. B déclara au père Annat , çonfesaettf. du Roi ^ « qti^l estoît résolu de dire au Roy, que si , comme prince Très Chrestien , il ne vouloit pas déférer aux Gcmciles et à PËglise , au moins il suivH les exemples d'Angletterre où le Roy, qui se pretendoit chef de l'Eglise, consultoit neantmoins les evesques sur les affaires ^irittielles , les Hollandois leur$ ministres , le Turc le Moufti , et qu'au moins le Roy debvoit considérée le Pape comme le Moufti; que l'on soutenoit en France que le Concile estait audessus du Pape ^ mais qu'il Xalloit adjouster le Roy audessus du Concile;. que ^ pour une aifaire pure spirituelle, le Roy ne consultoit que des personnes laioques; que Ton [ auroit] le schisme ; car asseurement le Pape le fereît et luy se retir^oit -, qu'il l'avdit (fict à M' TArchevesque qui .devoit en parier au Roy ^ »
Cette opposition détermina Louis XIV à renoncer an projet de Colbert, qudque avantageux qu'il parût pour le commerce et la population. « Le mardy matin , 1 ®' febvrier ( 1667)^ M"^ Boucherat me vint veoir, qui me dlot que Ton n'avoit point délibéré sur les vœuxj que le Roy avoît dict que M** l'Ardieyesque lui avoit dict desx^hoses que le Nonce disoit sur cela, si horribles , qu'il n'osoit les
■ Journal d'OHvier d'Oi^me^son Z}"^* partie, f» 144 re^to, 17 janvier 1GG7. ' Ibid. , f- 14& verso , 30 janvier 1667.
' Ibid.. f" 1 iO reelo.
140 AFFAiaES ECCLÉSIASTIQUES.
rediref et qu'il fsdloit différer cette affaire. Le sçir, je vis M"" le Premier Président qui me dict que Bf '' Golbert l'ayoit visité, et qu'il luy avoit [parlé] de sorte de la déclaration des vœux , que c'estoit une affaire manquée. »
En cédant à la résistance énergique du clergé, Louis XIV n'en conserva pas moins la conviction qu'il pouvait intervenir dans la discipline ecdésiastique. Dès ie commencement de son gouvernement personnel , en 1 661 , il avait résisté àl'jBissemblée du clergé, qui ne voulait pas se séparer avant l'expédition de certains édits : « Je lui fis entendre , dit-il dans ses Mémoires ', qu'on n'obtenmt rieo par ces sortes dévoies. > Il croyait qu'il pouvait en coih science disposer des biens ecclésiastiques, et il s'efforçait d'inculquer ces maximes à son fils. ^ Vous devez être pei^ suadé , lui dit-il -, que les Rois ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés, aussi bien par les gens d'Église que par les séculiers , pour en user en tous temps comme de sages économes, c'est-à-dire suivant le besoin général de leur État. En second Heu, if est bon que vous appreniez que ces noms mystérieux de franchises et libertés de l'Ê^ise , dont on prétendra peut-être vous éblouir , regardent également tous les fidèles , soit laïques , soit tonsurés , qui sont tous également fils de cette commune mère, mais qui n'exempte ni les uns ni les autres de la sujétion des souverains , auxquels l'Évangile même leur enjoint précisément d'être soumis. » Pénétré de ces maximes , Louis XIV s'occupa plus d'une fois de la discipline ecclésiastique : il interdit la fondation de monastères sans l'autorisation préalable du
' OEuvr^ de Louis XIV^ tome !•', p. 57.
' Ibid:,p. 121-122.
QUERELLE DU JANSÉin»IE. Ht
gouvernement \ préfscrivit le rétablissement des anciennes règles dans les couvents ^, la résidence des curés dans leurs paroisses^, et prohiba sévèrement les excès commis par de « soi-disants pèlerins , qui quittoient leurs parents et leurs famillea, laissoient leurs femmes et leurs enfants sans aucun secours , voloient leurs maîtres , abandonnoient leur apprentissage et suivoient Tesprit de débauche qui les avoit in^irés ^
Quant aux questions dogmatiques, Louis XIV s'abstint prudemment de s'en mêler, ou , s'il le fit , ce fut uniquement pour exécuter les décisions de l'autorité ecdésiastique. Dans une.pensée d'ordre et d'unité, il eût voulu étouffer toutes les dissidences religieuses. Cependant il ménageait , à cette époque , les protestants , qui ne troublaient f\m la France par de factieuses agitations , et l'enrichissaient de leur industrie. Mais i\ sévit contre le Jansénisme , qui divisait l'Église ; l'archevéqué de Paris était en lutte avec les religieuses de PorirRoyal et une partie de son clergé , pour la signature du formulaire, qui condamnait les cinq propositions extraites du livre de Jahsenius, et déclarait qu'elles y étaient implicitement contenues. On se rappelle à combien de subtiles distinctions cette polémique donna lieu. Louis XIY vint en aide à l'autorité ecclésiastique, et publia , en 1664, une ordonnance pour imposer la signature du formulaire. Il se rendit, en personne, au Parlement ,^ pour la faire enregistrer, le mardi 29avriH664. D'Ormesson assista à cette céré-
' Âfidenneê Lois françaiseSf tome XVIII , p. 94-96.
» Ibid. , p. 485^
3 IbM.
« Ibid., p. 436.
Aki AfTATRSS RGCLÉSIASnOUCS.
mofiie , dont il a retracé les déttîte avec soo «xacUhide ordinaire V
L'arobeyéqne fiardouin de Péréfixe , armé de cette dédaration, dispersa les teligienses de Pert -Royal -des - Champs, qui s'obstinaient dans leur résistanee. Une bulle du pape Alexandre YQ, enregistrée au Parlement, en présence du Rot , le 30 avril 1 66S ^ donna une nouvelle forée aux ennemis des Jansénistes. Le parti ultramontain trion- {Aiait. n flt paraître plusieurs ouvrages qui exaltaient Tautorité pontificale , et étaient contraires aux anciennes maximes de TÉglrse de FVance^ Aussitdt les Gallicans, qui , sans partager les dooirines des Jansémstas, voataient maintenir les libertés traditionnelles , attaquèrent les opinions ultramontaines. La Sorbonne les censura ; te Pape prit leur défense , et publia une bulte qvi anmsitait les censures de la Sorbonne. La bulle fttt dénoncée au ParieiMnt, et.ee corps s'empressa de la concfamner et de emfiraier les.libertés de TËglise gallicane , défendues par la Sorbonne. « l'ay sçeu , dit Olivier d'Ormesson^ «pie Messieurs les gens du Roy estant entrés, M"^ Talon avoit parié et faict connoistre plus de vingt abus dans 4a bulle -^ mais
» /iui»vic/d'Oliv.tf*Ortiief«on,(«" partie, r»3&raeio. ' ibiâ. , ^ 102 recto «i veno, l03 vcvie.
3 Deux. desprlQcipMix «uvra^s pertaient pour liUe , l'un : La Défense de A. S. p. le Popej de A'SS. les Cardinaux , les Archevesques et Evesques, et de remploi des heligieux m^ptdiants , contre les erreurs du temps , par \e père Yemani . earme des BtUeites; Taiitce : AwuuUei Gmwunii Lomarensis , olim primant sacrœ theologiœ professons , opusculum , singularia universœ fere theologiœ moralis complectens. Plusieurs thèses relatives à rinfaillibilité du Pape et contraires aux maximes de l'Église gallicane furent soutenues , à cette époque , par les moines mendiants ; elles furent condamnées par la Sorbonne et supprimées par le Parlement.
♦ Journal d*Oliv, d'Ormesson , 2"" partie , f" 1 10 Vw*o.
LUTTE DES GALLICANS ET MS fJLTRAMONTAiNS. 143
qu'il Tavoit faict avec une âialeur.Bt une aigreur trop grandes; qu'Hs avoient requis d'estre reteus appelant comme d'abus, et, y faisant droict, déclarer la dicte bulle mal , nullement et abusivement etc. ; les exem* piaires supprimés ; que les censures de la Sorbonne fessent regisb^es et tous les docteurs , bacheliers et autres tenus de les souscrire ; et que le Parlement , par son arrest , avoit donné acte de l'appel comme d'abus ; que , dans trois jours , il donnera ses moreiiis -, que tous les exemplaires dé la bulle seroient rapportés au greffe \ la faculté de théo*' logie maintenue au droict et possession de oenauror les livres et les propositions contraires à la foy, à la pureté des meurs et afux libertés de l'Eglise gallicane; que les^nsures de Vernant et Amadeus seroient registréesè la €our; que M^"* Pierre Brillac et Sainctot se transporteroient en l'Assemblée de la Faculté de Théologie pour y faire rfegi»trer l'an^est dans leurs registres; que les supérieurs des quatre Mandians , Bernardins , de Glermont et autres [ seroient mandés] pour leur faire défenses de soufiftir qu!il sc^it enseigné des opinions, et maximes contraires anx dictes censures , etque l'arrest sera envoie dans les baîiliages et universités du ressort. J'ay ^çeu que dans les opinions il y avoit eu diversité ^ et que beaucoup vêulloient, par addresse, soustenir la bulle sans paroistre Tauctoriser directement, et que l'arrest ne passa que de quatorze contre onze. M** de Mesmes , de NoTÎm et de Saveuse se déclarèrent le phiS;
• Cette bulle est imputée aux Jesui^tes et l'on* prétend qu'elle a esté concertée à Paris ; que les lesuîstes ont veu
« Jonmta (fOlUK d'Ormeêsùn , î*» partie , r 1 1 1 wclo.
444 AFFAIRES ICCliSlASTIQUBS.
soubs mmn leurs amb dans le Pcirlemeht et que le Roy en a faict reproche au père Annat Cette affiùre peut avoir de fascheuses suitte», et elles sont beaucoup à cnûndre^ parce qu'il paroist que Ton veut querelle de part et d'autre. Car les censures ont esté faîctes avec dessein , du costé de la Cour, de diocquer le Pape, et présentement il seinble que la Cour de Rome resveilie exprès cette affaire qui estoit assoupie et qu'elle l'entreprend avec beaucoup de chaleur, par les termes et la forme de la buUe, qui est extrawdinaire ei qui blesse. .
« Lesamedy, i^^ aoUst (1665), mon fils me rapporta : qu'il avoit accompagné M^ Brillac et Sainctot à la Sorbonne; qu'ayant pris leurs places dans la grande salle des actes , sur le banc audessoubs du Doyen , et M"* de HarlaV) cdmme substitut assis audessoubs d'eux, M' de Brillac avoit parlé pour l'execi^on de l'arrest; que M^ d'Harlay avoit parlé ensuite, assis et couvert , sur le subject de la bulle, fort bien et fort ^gemënt, et que le Doyen avoit faict un petit compliment* M"^ de BriUac avoit, en sa présence , faict enregistrer l'arrest , et que cette action s'estoit bien passée , toute la compagnie fort satisfaicte du discours de M*^ d'Harlay *.
» M' Germond, qui demeura dans la dicte assemblée, conime docteur, après M'* les Commissaires, retirés , m'a diet qu'ils délibérèrent ce qu'ils avoient à faire ; que les protecteurs de la censure estoient fort eschauffes contre la bulle et disoient qu'il falloit s^ precaùtionner contre les suites de cette affaire et examiner la bulle, et il fut nonuné des commissaires pour Ha veoir et en fure rapport au pre-
» Journal d'O/ii». d'Ormesson, 2«» partie , P* 1 1 1 v«rw>.
PAIX DE L'é6LlS£. 145
mierdtt mois prochain, et qu'il n'm fût choisy que 4é eeux de la cbballe^ que les docteurs paroissoient a'estre pas tous du mesme sentiment et que les anciens se plaignoient que c'estoit une caballe des jeunes et qu'ils alloient trop loing. Et il dict que beaucoup de docteurs se retirerait sans opiner; car ceux qui ne parloient pas, selon Tesprit des esehauffés, estoient siffles. Les mesmes ftirent d'advis de refuser un bachelier fort capable , parcequ'il estoit prefaict de la congrégation des Jesuistes, et sans en alléguer d'autre raison. Neantmoins , il Ait reeeu , à condition qu'il quitteroit. Cela marque l'esprit d'animosîté, et il est fort à craindre que, de part etd'autre, it ne s'en fasse trop, p
Il n'était pas facile de rapprocher deux partis aigris par des luttes perpétuelles : Louis XIV s'abslint prudenmient d'entrer dans ces démêlés théologiques. Il laissa aux chefs de l'Église le soin de rapin^odier ses membres divisés. Le principal honneur de la réconciliation appartieiit au Pape Clément IX ; mais le Roi s'y prêta avec empressement, encouragea le rétablissement de la paix, et accueillit même à sa Cour les chefs du parti janséniste. OHvier d'Ormesson donne des détails sur cette paix de l'Église ( 1 668 ) '. « Je vis chés M' l'abbé [de Sainte-Genevî&ve] , M' l'evesque de Chaalons qui nous parla de l'accomodement des Jansénistes. C'estoit luy , et M'* de Sens^t de Laon qui l'avoient negotié à l'insçeu de W de Paris et du père Annat , jesuiste. Il nous dict que M*"* Arnaud , Lalanne, avec quatre autres de leur party les plus illustres, avoient veu W le Nonce qui les avoit bien receus et que toutes choses estoient faictes et terminées; que le Pape avoit remercié
• Journal d'Oliv. d'Ormeêson, 2"« partie, ^ 168 reelo, 24oirtobre 1668.
446 AFFAIRES iCGLÉSUSnQUES.
les evesqnes qui avoîent negotié cet aeoomodement, et leur avoit envoie, seton l'usage, un chapelet et des gans. » Antoine Araault parut alors à la Cour. « Le mecredy U octobre (1666) S je fus à S^-Germain, où je vis M' de Tureme qui escrivoit i M. le Noooe; il m'a parié de sa conversion sans façon. De là , chés M"" le Prince ; on a parlé de la response mk livre du ministre Gavde faicte par M' Alnaud % qui eshHt bien faicte , et M' de Turenne disoit que ce livre avott achevé de le persuader. De là , au lever du Roy où eatoient tous les grands seigneurs. Afires , M' de lionne a faîct entrer M. Arnaud dans le cabinet du Roy, où il a saloé Sa Majesté. Chacun s'amassoit pour le voir. ^ Il est venu , après, diés M^ le Dauf^ûi où j'estois. M"* de Pomponne luy ayant dict mon nom , nous avons causé quelque temps ensemble sur ^importance de cet accompdement. Nous avons veu danser M"* le Dauphin , qui est le plus bel enfant et le |rfu6 éveillé qui se puisse veoir. M^ de Montauaî^ a faict grand accueil à M"^ Arnaud. M' le duc d'Orléans y est venu , qui luy a amené Mad*^ sa fille ^ qui a dansé avec M*^ le Dauphin. De là , j'ay suivy M** Arnaud chés M** le duc d'Orléans qui Ta bien reçeu. M' Pabbé Le TeHier Faccompagnoit partout et semble le produine. Ce changement est surprenant. Le père Annat est à présent mooqué, et M' l'abbé Le Tellier dict haultement qu'il ne se soucie gueres des Jesufstes. J'ay trouvé ensuite W Ar^ naud et M** de Pomponne chés M' Le Tellier, et après une assés longue conversation , M** Le Tellier les a aeoom-
■ Journal d'Oliv. d'Ormetson , 2"*« partie , ^ 169 recto ot verso.
* II 8'agtt du Iratté De la Perpétuité de la Foi.
3 Journal d'OlH\ d'Ormetton , 3«*-« partie , Mi>9 v«no.
ÉCLAT DU CLERfii A CETTE ÉPOQUE. 447
psignés avec beaucoup d'hooaeateté , e(;, en sortant, a dict à W de Pomponne que le Roy luy debvoit dire qu'il estoit nommé pour l'ambassade de Hollande. M. Le Telliar m'a parlé ensuite fort bien de cet accomodament^ que le Roy n'avoit point voulu s'en mesler, 1^ avoit renvoyé au Pape et avoit diet qu'il n'auroit que les mesmes sentiments que le Pape. ?
Celte paix de l'Église, qui dura trop peu de t^mps, permit , (bi moins , de réunir en un seul faisceau toutes les forces du clergé. Jamais il ne bri^ d'un plus vif éolot. Bossuet faisait déjà admirer sa mâle éloquence, et était, appelé à diriger l'éducation du Dauphin (1670). Mascaron et Bo^urdaloue étaient dans toute la force de leur talent , et voyaient se presser autour de leur chaire un monde d'élite, où se confondaient les héros les plus illustres et les femmes les plus brillantes. Fléchier préludait, par d'ingénieux rédts ) à sa réputation d'orateur. Les solitaires de Port- Royal , Arnault et NicoUe , écrivaient pour la défense de la foi et de la morale ; TUlemont racontait l'histoire des {premiers siècles de l'Église \ Lancelot rendatt plus facile l'étude des langues grecque , latine et française; Fteury, enfin , se préparait , par des études fortes et variées , à la tàdie immense qu'il devait un jour si dignement accomplir. Admis au cercle littéraire du premi^ président de. Lamoignon , il y dissertait sur Hérodote ', et lisait un discours sur Platon ^ Les actes sorbonaiques , qui roulident
« Journal d'Oliv.drormesëon.'Z'^ partie, ^ 138 recto, 16 Janvier 1668: « Le Boir, ohés W le Premier PreildeQt , à raMemUée , où M' Fhmry paria sur Hérodote et satifiOt toute la compagnie. » On trouve dans les lettres de Gui Patin quelques détails sur ces soirées littéraires du Premier Président.
* Ce discours sur Platon a été publié à la suite du Traiié du choix de$ Étude» , par M. Fleury, édit. originale.
448 AFFAIRES ECCiiSIASTIQUES.
prindpalement sur la théologie , avaient alors une solennité dont la biographie de d'Ormesson nous a fourni des preuves. Si Louis XIV ne forma pas ce clergé , savant et vertueux, orthodoxe et national, il sut, du moins, discerner le mérite , le produire et le récompenser.
Colbërt seconda admirablement Louis XIV dans cette tftche comme dans toutes les parties de Tadministration. Mais il faut bien reconnaître qu'en s'occupant des intérêts de la France, le grand ministre ne s'oubliait pas lui-même. l)'Ormesson, qui n'aimait pas Colbert, ne laisse échapper aucune occasion d'insister sur son avidité et son despotisme. Tout ce qui touche à un pareil ministre est digne d'attention , et d'ailleurs il est juste , après avoir exposé les glorieuses réformes de Colbert, de signaler ses défauts, son ambition , sa cupi(Ulé , ses puérils efforts pour se créer une famille illustre et remonter à un prétendu chevalier Kolbert , d'origine écossaise. Turenne disait de ce ministre' c que c'estoit un compère qui ne perdoit aucune occasion d'establir les siens. > H était comblé des faveurs du Roi , et ses envieux ne manquaient pas d'en faire Ténumération. Dès l'année 1665 , il avait reçu « la charge de Secrétaire des comandements de la Royne vendue par luy à M' Brisacier cinq cent trente mil livres , la charge d'intendant des finances de six cent mil livres, celle de Surintendant des bastiments de trois cent mil livres , celle de Trjesorier de l'ordre de quatre cent quatre vingt dix mil livres, pour payer partie de la maison qu'il a acquise de Af Bautru de deux cent vingt mil livres, plus de cinquante mil livres de rentes en bénéfices, la charge de capitaine des mousquetaires pour son firere outre celle de capitaine
» Journal d'Oliv. d'Ormesion , 2"« partie , ^ 92 recto.