‹ De l'administration de Louis XIV, 1664-1672Chapitre 23 sur 38 · FAMILLE DE COLBERT · texte numérisé non relu

FAMILLE DE COLBERT

bert. Pour admirer davantage ce que peut la fortune, H' Carpentier m^a dict cônnoistre depuis longtemps toute la femille dé M^ Colbert ; que M' Colbert , S* de Vandieres, son père, estoit mardiand de camelot à Rheims, demeurant à renseigne du Long vestu; qu^ayant donné un soufflet à un advocat , il flit obligé de venir à Paris et demeura tousjours depuis dans la rueGrenierSaint-Ladre, où il est mort , et achepta une charge de payeur des rentes de la ville. M'^ de Montmort m'a dict plusieurs fois que le S' Colbert, payeur, avoit faict deux foys banqueroute et que son père luy avoit aydé les deux foys à se relever*. Pour moy, j'ay veu ce bonhomme petit marguillier à S*- NiooUas ; il avoit bonne façon et estoit honneste homme. Pour M' Colbert, le favory, M' Carpentier m'a encore dict qu'il Pa veu estudier au collège de Rheims , et qu'il avoit l'écrit si pesant qu'il fut tousjours des derniers de ses classes-, qu'à cause de cela il en fut retiré et mis à Paris chés un notaire , nommé Chapelain , où il estoit encore si lourd qu'on s'en estonnoit. Depuis, il entra petit commis ohés Sabathier' et sa fortune a commencé par M' de S*- Poange', auquel M"^ Le Tellier, devenu secrétaire d'Estat, ayant donné sa première commission comme à son beaufrère, il y mit M' Colbert, son parent, pour faire le travail et luy prenoit les apoinctements \ qu'après quelques années M"^ Le Tellier Testa de sa maison, reconnoissant son esprit peu sociable, et le donna à M** le Cardinal [Mazarin] pour

. ■ Ce» détails ne se trouvent pas dans les Histoires de Colbert , au moins aussi oomplètement. Voyez M. P. Clément, sur la famille de Colbert , p. 76-80.

' Sabathier, ou Sabatier, était trésorier aux parties casuellea; on appelait ainsi Timpdi payé par les ofUeiers publics , pour charges de magistrature ou de finances.

' Colbert de Sainl-Poanjje , ou Sainl-Pouange , (5tait jnt<«ndanl ûv Lorrainr

FAMILLI DE COLBMT. 451

eondiMre ses affaires drnnestiques , edtant fort œconpme. Là il gagna aussitost Tesprit de M' le Gfl9*<fiQaI , qui estoit arvare , et voila son élévation '. M' Gaipeatier m'a encore dîct que M*^ Colbert daosoit fort Inen et que c'estoit sa plus forte passion ', et j'ay apfNris que le soir des fiançaîlles de sa fille II avoit danaé dans SQa domedticpie dew courantes et fiort bien. » < ' -

An milieu de ces critiques pasâonnées, il y a des véri* tés sur la famille de CMbert , et le mimstre les rendit {dus senmbles en affectant de se donner une origine fflustre. « Le mardy 49 jtnn (1 669), écrit Olivier d'Onnesson^ je ftis disner au Temple avec M' le Grand Prieur. C'estoitle jour de la elostm^ de son ebaptre , dans lequel M*" Colbert avoit faîet recevoir ^dievaUier deMaltbeun de sesenfansS et , quoyque sa- naissance soit eogniîe , il n'a pas laissé de fare pannstre les plus bdles preuves de noblesse de la France-, il se faict descendre d'Ës<^88e ^. C'est l'aveuglement ordinaire à tous les gens eslevés. » Lçs historiens même les {rfus favorables à Colbert ne peuvent mer cette fUUesse , et M' P. Clément nous montre son héros^c^nt pieusement s'agenouiller, à Reuns, sur la tombe de son [N'étendu dieul , le dievalier Kolbert d'Ecosse ^

» Journal d'Olw, d*Ormas<m , 2*« partie , M43 recto. > Voyez la même plalsanierie gur Sully dirns les Historiettes de TalUmmt des Maux , tome l", p. 72 , édii. Inf8«.

3 Journal d^Oliv» d'Ormesson , 2"« partie, ^ 163 verso.

4 Antoine-Martin Colbert; il fut dans la suite grand'croix de l'Ordre et Général des galères.

^ « M. Colbert dit H HM. de Malthe qu'il les prloit d'examiner les preuves de son fils le Chevalier avec la dernière rigueur. Ils le firent aussi et trouvèrent les parchemins de trois cents axa plus moisis qu'il ne falloit. » ueràoires de Vabbé àe Choisy,

^ Histoire de Colbert , par M. P. Clément , p . 76. — Voyes aussi les Mémoires de l'ablMi de Choisy, coilect. Petitot , 2m. série , tome LXill , p. 215-222.

153 PUISSANCE DI COLBBRT.

La faveur de GoBmt s'aecnit eneore pendant quelque tempe ^ il s'était emparé de la marine , et en obtint la sw* Tivanoe pour son Qls Seignelay. D dirigeait la réforme des lois par son oncle Pussort. A la mç^ de Pierre Séguin, on inrétendit que Golbert a^iirait à la dignité de Chanceli^. Ce qui est certain , c'ert que la place resta quelque temps vacante, et qu'on organisa un Conseil du sceau , où domina l'influence de ce ministre. Lorsque M. de Pomponne Ait disgracié, Colbert le fit remplacer, au département des affaires étrangères, par son frère, Golbert de Croissy. Enfin, un de ses fils , archevêque de Rouen et àbibé du Bec , occttîMiit une des plus hautes positions de l'Ég^ de France. Mais , pour soutenir cette vaste fortune, il fallait un travail opiniâtre et incessant, une application constante à flatter le maître, et une lutte acharnée contre d'implacables rivaux. En face des Colbert s'élevaient les Le Telli^. La lutte devint surtout très vive, lorsque Louvois entra au Ckmseil (1666), et que la guerre le rendit plus utile à Louis XIV. Alors la mésintelligence éclata. « Le braict est grand de la division des ministres , écrit Olivier d'Ormesson, le 24 novembre 1674 ^ et ils mxA aux extrémités l'un contre l'autre. • A partir de cette époque, la haine ne fit que s'envenimer, et Golbert trouva dans Louvois un rival audacieux , ardent , infatigable , qui finit par ruiner son crédit auprès du Roi , et , pour soutenir sa faveur, plongea la France dans des guerres interminables.

^ jQurnal dViiv. é'Ormtum y 2"'* partie , fo 186 redo.

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