‹ De l'administration de Louis XIV, 1664-1672Chapitre 24 sur 38 · ADMINISTRATION MILITAIRE · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION MILITAIRE

Louvoie ( 1606): organisation do serrloe militaire: revues fMquentes: uniforme : centra* Hsation militaire : Inspecteon : discipline militaire. — Hôtel des Invalides. -^ Corps d'élite: ardllerie: gâife. — Boole des Gadafi ; soumiaBion imposée à la noblesse. — Éloignement des anciennes armées: ardeur des nouvelles troupes. — Conquête de la Flnidre ( 1667 ) et de la PrBiiclie^:onM ( i668 ). - Puissance de Loovois et de sa ftuDUie. — Ambition de ce ministre, ftiUle à la France : Louis XIV la contient pendant cette époque. —L'opinion publique applaudit à la grandeur des rélbmies administratives de Louis XIT. — Opposition.

Louvois était , soivant Thistorien Vittorio Siri ^ , « le plus grand et le pkts brutal des commis. > Saint^imon a dit , dans le même sens^ que c'était le ministre le plus ânineitt pour les projets et pour les exécutions, mais le plus funeste pour diriger en premier K II fut associé , en ^ 666, à son père Le Tellier, qui, depuis longues années, était chargé du ministère de la guerre. Déjà , avant cette époque , plusieurs r^ormes avaient contribué à la réorga-

* Cité par M. Miguel dam e<m introdnelion aux négociations pour la tuecttfion éTBipagne.

» Saini-Sfanon , tome xm , p. 28. C'était aiuai l'opinion de Turettne , d'àprès les Mémoira âe viUçrs , colleot. Petitot, 2"« série, lome LXVUl , p. 2S6.

15i ADMINISTRATION VIUTAIRE.

nisation de rarmée. L'élite de^ troupes licenciées avait été incorporée dans les régiments des Gardes ' j la compagnie àe^ Gendarmes-Dauphins ^ instituée'; l'infanterie, relevée par le choix des colonels^ et des autres officiers ^ « Je déclarai même , ajoute Louis XIV ^, que je ne donnerais plus d'emploi dans la cavalerie qu'à ceux qui auraient servi dans l'infanterie, v

Afin de tenir tous les corps de troupes en haleine , le Roi passa fréquemment de grandes ravues *. Le Journal d'Olivier d'Ormesson en parie plusieurs fois; mais , tout en convenant de la beauté des troupes , il se plaint des dépenses excessives qui résultent du mouvement des années, et dit que , dans les pays étrangers , on appelle le Roi le Cadet des Bévues ^. La Cour campait en plein air pendant plusieurs jours et plusieurs nuits , et le Roi donnait aux dames le spectacle des sièges et des batailles ^. On commençait à conjecturer que ces troupes nombreuses et bien disciplinées ne se borneraient pas à de vaines parades ^.

Mais ce fut seulement à l'entrée de Louvois au ministère que l'administration milîtaira reçut une vive impulsion. D y porta un caractère ardent et un zèle impétueux, atimulés par l'ambition et soutenus par une infatigable

• jr^iiiplrM<ieloiiwJriK,tomeU,p. 12. ' ' Ibid.

3n>id.,p. 16.

♦lbld.,p. 16.

» Ibid.

< ibid., p. 88 et 264.

^ Joumal éTOUv. éTOrmetson , 2*^ partie , M32 recto.

• UM. , f» 184 veno et 186 recto. —Voyei «UMi ^• 136 recto et 147 recto. "* Ibid., r* 184 verso.

RlfroRIfES DB LOUVOIS.: 455

activité. Centralisation et améiiorafion de toutes les pai^ ties du service militaire , telles ftirent les âeu:6 pensées qui dirigèrent Louvois et qu'il parvint à réaliser. Tout M subordonné au Roi et à son ministre. Les divers régi* ments, qui portaient antérieurement les cotUeurs de leurs colonels , iurent assujettis à ^ttriirorme^ Des inspeoteure spéciaux imposèrent les volontés du pouvoir central à tous les corps d'armée dispei^s dafis les provinces , sui^eillèrent la conduite des chefe et la tenue des trou(^s^ Ils étaient perpétuellement changés^ dans la craiùte qu'ils ne prissent trop d'autorité '. Saint-Simon prétend qu'ils dtalent toute l'influence aux colonels ^ En réduisant cette critique passionnée à sa juste valeur, on reconnaît que cette institution avait enlevé aux colonels une puissance exorbitante et dont ils avaient souvent abusé. Il n'y eut phis d'autorité qui s'interposât entre le Roi et l'armée. Maréchaux, lieutenants généraux, brigadiers (généraux de brigade créés en 1668) % col(Miels, tous les officiers relevèrent immédiatement de la directbn centrale.

Cette organisation eut , dans la suite, des ineonvénietits : elle fit souvent dépendre le sort d'une cmnpagne d'un ministre et de ses commis. Rien ne ftit plus flmeste, lorsque l'autorité tomba aux mains d'un Chamillart, qui se croyait le génie de Louvois parce qu'il avait sa puissance*. Mais, dans les premières années de l'administration de Louvois,

< Anciennes Lois françaises , lome XVIII , p. 369.

> Mémoires de Louis XIV, toin« Il » p. 84-85.

^ Saint-Simon , tome Xm, p. é8l.

« Ibid. , p. 68.

^ Anciennes Lois françaises , tome XVIll , p. I9X.

* Mémoires de Berwick, collect. Pelilot , 2-« 6érie , lome LXVI , p. 150-161.

156 ADMimsnuTiON kiutaue.

la vigueur de la centralisation produiût d'excellents résultats. La discipline la plus sévère remplaça Taneieniie licence des années. Peine de mort prononcée contre les déserteurs \ défense de s'écarter des garnisons', répression énergique des désordres', fixation prédse de ce que pouvaient exiger les troupes en mardie% presmptiens minutieuses sur l'ordre des campements , sur le matériel et les approvisionnements militaires^, rien ne ftit négligé pour établir la régularité la plus parfaite, [Hx>téger le bouif;eois et le paysan contre les violences de la soldatesque» et contribuer au bien-être des troupes. Un ennemi déclaré de Louvois, Saint-Simon, n'hésite pas à reconnaître et à proclamer l'habileté de ce ministre pour l'organisation et l'entretien de l'armée. « Il distribuoit les troupes avec grande connoissance , suivant leurs besoins , en des lieux où le soldat gagnoit sa vie et le cavalier se raccommodoit. n avoit la même attention Bt les mêmes ménagements pour les ofQciers qu'il rétablissoit de même par les avantages des postes ou des quartiers d'hiver. C'est ce qu'il régloit lui-même et sans y parottre le moins du monde que par des ordres secrets aux intendants. Il avoit l'œil attentif à une exécution précise. »

L'Hôtel des Invalides fut fondé en 1671 *, et ainsi fut enfin réalisée la pensée qui avait pour but d'assurer aux

> Andemet Loi* française, tome XVIII , p. 198. — Mémoiret de Louis XIV, tome II, p. 80.

' Aneiamea Lois françaises , tome XVIII, p. 197.

3 Ibid. , p. 198. — Mémoires de UuU XIV, tome II , p. 90-9( .

« Mémoires de Louis XIV, tome II , p. 90 , 92.

^ Anciennes Lois françaises , tome XIX , p. 14-16.

« Ibid. , p. ISa.

RiPORMES DE LOUYOIS. l57

soldats mutilés un asile tranquille et honorable. On la voit déjà se manifester sous Henri m et Henri lY, et recevoir uii commencement d'exécution par la fondation de quelques pensions en faveur des soldats infirmes ^ Louis XIV leur donna le plus magnifique asile qui ait été ouvert au courage. Les armes forent perfectionnées. La baïonnette placée à Textrémité du fusil remplaça la pique, dont l'usage avait été maintenu dans les corps. d'infanterie^. Chaque régiment eut ses compagnies d'élite. Les haras assurèrent la remonte de la cavalerie' ; des escadrons de cuirassiers et de grenadiers à cheval furent organisés ^ Le corps des dragons s'accrut et fiit placé sous les ordres d'un colonel général ^. La France emprunta aux étrangers le nom et l'arme des hussards*. J>es écoles d'artillerie furent établies à Douai , à Metz , et plus tard à Strasbourg. Le régiment d'artillerie se remplit bientôt d'officiers presque tous capables de conduire un siège ^. Ils avaient l'exemple d'un des hommes les plus éminents de ce siècle, du maréchal de Yauban. Il construisit ou répara cent cinquante places fortes , et organisa le corps* des ingénieurs ^ .

' Ancienneê Uis françaises , tome XIV, p. &99, et tome XT, p. 301. > Ibid. , tome XVUI , p. 368.

3 Ibid. , tome XVII! , p. 63 et 2l0. La date de I66T, donnée par Voltaire ( Siéele de Louis XiV, cbap. XXIX ) pour l'institution des haras , n^est paà celle qu'on trouve dans les ordonnances ; la première ordonnance est de t C06 , la seconde de 1 tm.

« Ibid., tome XIX, p. I5&. — Hénault, Abrégé chronologique f année

* Voltaire , Siéele de Louis Xir, chap. XXIX.

« Ibid.

7 Ibid.

» ibid.

1^ ADMINISTRATION XlLITAUlfi.

La noblesse, trop loogleoips accoutumée k obtenir d'emblée les dignités militaires, apprit à obéir avant de commander ^ Des écoles de Cadets la préparèrent au métier de la guerre. « Le Roi, dit Saint-Simon ^ assujetit tout, sans autre exception que des seuls princes du sang, à débuter par être Cadets dans ses gardes du corps, et à faire tout le même service des simples gardes du corps, dans les salies des gardes et dehors , hiver et été , à Tarmée* n changea depuis cette école en celle des mousquetaires. On s'y ployoit par force à être confondu avec toutes sortes de gens et de toutes les espèces, et c'étoit là tout ce que le Roi préteodoit , en effet , de ce noviciat, où il falloit demeurer une année entière dans la plus exacte régularité. Il falloit ensuite essuyer une seconde école. Cétoit une compagnie de cavalerie pour ceux qui vcyiloient s^vir danis la cavalerie , et pour ceux (pii se destinoient à Finfanterie une lieutenance dans le régiment du Roi , duquel le Roi se méloit immédiatement comme colonel, et qu'il avoit exprès Jort distingué de tous les autres. Cétoit une station subalterne où le Roi retenoit plus ou moins longtemps avant d'accorder l'autorisation d'acheter un régiment. » Ainsi, la noblesse fut soumise à une éducation militaire qu'elle supportait avec impatience, et qui est amèrement critiquée par le défenseur obstiné de toutes les institutions féodales', mais qui , aux yeux de la postérité, est un des principaux mérites de l'administration de Louis XIV et de Louvois.

< Ce sont 'les paroles mêmes de Saint-Simon (tome XIU , p. 6tf) : « Sous prétexte que tout service militaire est honorable et qu'il est raisotmable d^apprendre à obéir avant que de commander j^c. »

> Saint-Simon, Mémoires, tome XIII , p. â€-57.

^ Ibl<I.,p.6l,63,66,67.

BiVOBWS DE LOUVOIS. 469

L'avanceinôQt mîliteîre Ait aussi assujeUi à d^ n^les inYarisèles. L'ancieoneté, ou, comiBa on disait aloi^, l'ordre du tableau ^ l'oiuporta sur la naissance, m Au moyen de cette règle , dit Saint-Simon qui s'en indigne ' , il Ait établi que, quel qu'on pût être, tout ce qui servoit demeuroit , quant au service et aux grades, dans une égalité entière. De là, tous les seigneurs dans la foule des officiers de toute espèce ; de là , cette confusion que le &oi déairoiti de là, peu à peu, cet oubli de tous, et dans! tous, de loute.différence perswneUe ^t d'origine, pour De plus exister que dans cet état de service militaire devenu populaire , tout entier sous la main du Roi , beaucoup plus sous celle du nûnistre, et même de ses coounis^. >

La noblesse, souuiise à des épreuves sérieuses et à un avancement régulièrement déterminé, fut tenue dans une stricte dépendance. Louvois ne toléra plus la négligence de ces colonels de Cour, qui connaissaient à peine le régiment acheté en leur nom. On en trouve une preuve dans le passage suivant d'une lettre de M*"® de Sévigné ' : « M"* deLouvois dit l'autre jour tout haut à M*" de Nogaret : Monsieur, votre compagnie est en fort mauvais état. — Monsieur, dit-il , je ne le savois pas. ^ Il faut le savoir, dit M"" de Louvois \ l'avez-vous vue ? — Non , Monsieur, dit Nogaret. — U faudroit l'avoir vue , Monsieur, -r- Monsieur, j'y donnerai ordre. — Il faudroit l'avoir donné \ il faut prendre parti , Monsieur : ou se déclarer courtisan , ou s'acquitter de son devoir, quand on est officier. > Ainsi,

> Saint-Simon , Mémoires, tome XllI , p. 67-&8.

' Idem , ibid. , p. 58.

3 Lettre du 4 février 1689.

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