‹ De l'administration départmentaleChapitre 5 sur 152 · INTRODUCTION. VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VII

avec joie leurs provinces, ils encombrèrent les antichambres royales, où ils perdirent à la fois leur indépendance, leur influence et souvent leur fortune. Le peuple, d'ailleurs, ne se prêta pas avec moins de zèle aux desseins du monarque ; heureux et fier de la splendeur qui du trône rejaillissait sur lui, il s'en remit volontiers au souverain du soin de régler tout ce qui le concernait, intérêts locaux, assistance publique, moyens de transport et jusqu'à ses plaisirs mêmes.

Jamais on n'avait rencontré tant d'empressement à copier les mœurs de la cour; jamais, non plus, tant d'ardeur et, il faut le dire, tant de servilisme à demander au gouverneur, à l'intendant, au représentant du maître, en un mot, la consécration des mesures qui pouvaient flatter celui-ci. Au siècle précédent, on avait vu des ordonnances sur le luxe, la composition des repas et la forme des vêtements, naïves précautions que peuvent à peine excuser le préjugé et l'ignorance des temps. A l'époque la plus brillante de la société française, les pouvoirs municipaux s'effacent volontiers devant 'l'intervention de l'autorité supérieure, qu'ils provoquent uniquement pour se dispenser du souci de régler eux-mêmes les affaires de la cité. De degré en degré, cela fut porté si loin que, sous le règne de Louis XVI, dix ans avant la Révolution française, l'administration d'une province ne différait pas trèssensiblement de celle qui fut imposée à nos départements par le régime dictatorial de 1852. Qu'on exa^mine, en effet, les pouvoirs d'un intendant en fait de chemins, d'impôts, de milices, d'administration hospitalière, et l'on verra qu'autour de lui, l'intendant agit, ordonne, dispose en maître comme un préfet du second Empire.

vin INTRODUCTION.

L'innovation qui résulta de la création des assemblées provinciales, dont il sera parlé au chap. P*" de cet ouvrage, provoqua un vif mouvement de réaction et disposa les esprits au gouvernement représentatif, à la gestion personnelle et raisonnée de leurs intérêts. Il y eut alors un admirable élan dans tout le corps de la nation : chacun rivalisa d'activité pour réformer les abus, et ces modestes assemblées provinciales, jusqu'à ces derniers temps à peu près oubliées, mirent en face les uns des autres les hommes à qui nous devons les réformes admirables de 1789. Mais, d'une part, le mouvement provincial rencontra plus d'une opposition et, d'autre part, il manqua parfois de mesure; pris quelque peu au dépourvu, les membres des assemblées locales ou hésitèrent ou se trompèrent sur l'étendue de leurs pouvoirs ; quelques conflits entre eux et l'intendant de la province firent naître des inquiétudes et des troubles pareils à ceux que nous avons vus lors de la prejnière application de la loi du 10 août 1871.

De sorte que le pays, secoué par la réforme administrative de 1777, mais encore imparfaitement exercé au maniement des libertés locales, était, à la veille de la Révolution, resté véritablement partisan d'un gouvernement centralisateur et d'une administration toute puissante.

Le mouvement de 1789 remua le pays dans, ses profondeurs les plus intimes, et les premiers efforts de l'Assemblée constituante tendirent à séparer nettement les administrations locales de l'administration centrale. Partout, il est vrai, la Constituante établit des administrations collectives, mais elle marqua avec soin la .subordination qui devait rattacher le$ ui^es aux autres,

Page 1