‹ De l'éducation de l'hommeChapitre 5 sur 28 · RUE DE IVLU, 3, PLACE LOUVOIS · texte numérisé non relu

RUE DE IVLU, 3, PLACE LOUVOIS

M fllBUOTH&QUK NOUVBI.U;

OflAPITftE II.

But de l'éducalioade l'homme. — Condilions da succès.

L*homme est destiné au bonheur, et il ne peut arriver au bonheur que par le développement régulier et harmonique de toutes ses facultés.

Ce principe est admis par toutes les écoles philosophiques , même par la moins philosophique de toutes : Fécole athée. Les athées repoussent Dieu , parce qu'ils le regardent comme un obstacle au bonheur de Thomme ; ils disent avec Proudhon : « Dieu, c*est le mail » Leur aversion pourTÉvangile vient surtout des privations qu'il nous impose, des entraves qu'il met à la satisfaction de nos convoitises. £n travaillant à nous affranchir de ces prescriptions bigotes , quelle est leur prétention ? c'est de nous conduire au bonheur en nous apprenant à vivre sous les douces lois de notre bonne mère la nature.

Le bonheur étant le but de Téducation humaine, et ce but ne pouvant s'obtenir que par le développement régulier et harmonique de nos facultés,

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tes aflpiratioud iafiaies que nous avom recoouues dans ces facultés nous donneat déjà une idée effrayante de la tâche imposée à nos éducateurs. Ib ont à remplir ce gouffre de Tâme humaine , qui reste Tide après avoir dévoré les plus grandes choses.

Puisque le dernier des hommes est un membre de l'humanité , qui doit se coordonner au tout et auquel ie tout se coordonne , il est nécessaire de placer chaque individu humain dans ses véritables rapports avec la totalité de ses semblables. Qui ae voit l'avantage que chacun trouve à vivre en bcmae harmoaie , d'abord avec soi-même , ensuite avec sa famille , avec ses voisins , avec ses compatriotes, avec tous les hommes auxquels son existence se trouve plus ou moins liée? Qui ne sait ce que l'individu éprouve et fait éprouver de souffrances , quand il est mal avec lui-même , mal avec ses entours, mal avec tous?

Gluique homme se trouvant perpétuellement en contact avec les êtres inférieurs à son espèce , il a le plus grand intérêt, à ne pas fausser ses rapports avec eux. Beaucoup de ces créatures sont nécessaires h sa conservation ; toutes peuvent lui être utiles , même les plus nuisibles en apparence , telle que la vipère ; toutes peuvent lui devenir funestes, même les meilleures , telle que Teau pure qui jail-

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Ut du rocher, et le fruit déKcieux sospenAi à la vigne. Il faut donc lui apprendre à user de teut , à n'abuser de rien.

Faire d'un enfant un homme amiplet , bi^Téglé dans ses pensées , dans ses affections, dans ses mouvements intérieurs et extérieurs, capable de marcher quarante , cinquante ans^ dans cette vie sans s*écarter du but , sans violer gravem^i une des innombrables lois qui régissent les âmes et les corps ; tel est le devoir des éducateurs de rhoniBe. Il y a de quoi désespérer quand on cmisidère les dispositions de Télève.

Parmi les êtres doués dévie, Thomme eàtie plus ignorant de sa destinée et le moins disposé à la remplir. Tous les animaux naissent avec le saToir nécessaire à leurs fonctions et ils s'en acquittent avec une fidélité invariable. Nous n'apportons , nous , que la faculté d'apprendre , et nous opposons une longue résistance à ceux qui veulent nous instruire. Les uns ne veulent rien apprendre , les autres veulent tout apprendre , excepté ce qu'il leur importe le plus de savoir. Une fats instruits , nous inclinons k oublier, et encore plu^ i falsifier nos connaissances. Quand on a vaincu la paresse , qui porte à ignorer, il reste toujours à combattre la corruption , qui fait préférer les doux Irisons de l'erreur au breuvage ausière de la vérité.

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Quelle ceavre éeac que réducalioa faumaiiie ! Quelle sagesse , quel dérouemeat , quelle force et surtout quelle entente die exige de teuft ceux qui deiventy conoonrîr!

• L'édncatioii la ph» ft^ictiiease^ h plus dédsHe est indubitablenoieiit celle du premier âge. L*enlant est une substance om^ qui se prête à toutes les formes que le nionleur veut \m donner. Les natures les plus vives et les plus rebdles cèdent à la fuain qui sait les cultiver et donnent des fruits admirables. Le bon maître transforme les défauts en qualités et fait surgir les vertus là où Ton ne voit fourmîHer que des vices. La raison en est que nos •tendances et nos passion» ne sont point mauvaises par élles-mênes ;• dirigez<les vers leur objet légitime (ce qui est facile dans le jeune âge), elles deviennent des vertus fécondes en bonnes œuvres ; laissez-les s'égarer , ettes se vident et aboutissent au crime.

La première éducation est donc d'une incalculaUe piussMice. Leibnitz avait raison de dire : J'ai toujours pen$é qu'on réformerait le genre kumekni si on réformait F éducation de ta jeunesii. Mais pour que la jeunesse produise et conserve les fruits de son éducation première, il ne lui suffit |m d'avoir d'excellents maîtres , il lui faut de plus le concours de toute la société, notamment des

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goufmMUltfl de la finniUe et des gauveriwiHA do

Le foyer domestique est toujours pour Teofant Técole première et prépondéraate. Si l'inflaeuoe en estraaavaise, les salutaires impressions qu'il reçoit an dehors ne feront qu'efflenrer son âme. On pourra lui apprendre bien des choses, on n'en fera pas un homme.

Si la famille a secondé l'action du maître, voilà un jeune homme de dix-huit à vingt ans qui donne de belles espérances. Il les réalisera si la grande famille de l'État, dans laquelle il fait alors son entrée, est une école bien .tenue, où la vertu soit estimée, protégée , et le vice méprisé , flétri. Mais si l'école de l'âge mûr et de la vieillesse est corrompue , corruptrice; si ceux qui y exercent le plus d'influence n'y donnent pas l'exemple de la fidélité à tous les devoirs ; si le pouvoir ne s'y montre pas ce qu'il <^oit être : le ministre de Dieu pour la liberté du bien et la répression du mal; qu'arrive-t-il ? De vingt jeunes gens bien élevés, dix-huit au moins , qui plus tôt , qui plus tard , s'imprdgneroDt de l'esprit dominant dans le milieu où Ils se trouvent et mettront au service de leurs passions égoïstes les brillantes qualités que leur a procurées une bonne éducation première. Les deux qui échapperont au naufrage grandiront en lumières eten ver-

ttts» mais qae f^urront-ih pour une toeMlé qui ne les comprend pas, qui ne f eut pas tet^ compreiidret Qu'on oe 8*y trampe pas : hfldie d*ttilt^ réoole primaire i le collège » ruaheratté, pe nut qu'un cours préparatoire â i'édocaUon ImiiiaiBe qd se oantioUe et s'acbève dan» Tétolc natioiiale appelée Etat , surreiilée par las inaHrts appelés couvernemenU Si l'éducation donnée par cette éeote mt^ péiieure n'est pas digne de la grandent de rhomme, V le système suivi par les écoles inférieures aura beau être parfait , son heureuse infltKDce sur la jeunesse sera en partie annulée par riofluenee tontraire des moeurs privées et publiques» et ses plus beaux . fruits se changeront en poisons au souffle pesti* lentiel du vice.

Voulez vous doncy me dira4-0D, (fue nous soyions écoliers toute notre vie î — £b« oui; et si vous de voulez pas l'être, vous ne serez jamais ce qtte vous désirez être , des hommes vraiment éievén ^ d'accord avec vous-mêmes, d'accord avec les boauues non dégradés , d'accord avec ks véritables lois de la nature, d'accord avec l'Auteur et le LégiBlatSMir de l'homme et de la nature.

Je n'entends pas certes que les pouvoirs publics exercent sur vous une surveillance aussi active , aussi minutieuse, que la nourrice sur son nourisson, que les maîtres » les maîtresse, les proviseure,

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les (UDfessevrs, âirefiteurs « etc., sur leurs élèye$. La iorce physique , dirigée par un amour ialelligcQt ,. est iadispeasable à l'édocatiofi première de Tenteit, qui périrait dix mi)le fois^ ai oa respeo lail trop saUMTté. L'emploi de la force morale doit succéder à l'emploi de la ioroe physique, dès que Tenlanl devieittoa être iatelfigeot et looraL Hais comme^râme écoute trop le corps, surtout dans la jeimesse , il but, daus bien des cas , s'adresser au corps, conr^er ses insoleates préteutioBS par. des * peines sagem^t ii^igées et qui n'aient rien d'odieux pour le nudtre, de d^idant pour l'élève.

Quand le jeune homme a fini ses classes universitahres et qu'il doit conunencer ses études dans la grande école sociale, il est juste qu'il y trouve un régime riche en liberté. Cependant les libertés publiqoesscHit nécessairement proportionnées au degré de meraUté qm règne chez un peuple. Elles doivent se restreindre et se replier devant la force là où le vice et le désordre abondent Elles sont grandes et tendent à se déployer là où les bonnes BMBm*s sont en progrès. Elles régneraient dans leur plénitude et feraient de la gendarmerie et des tribunaux criminels une sorte de sinécure , chez une nation où les éducateurs de la jeunesse et les éducateurs de la société travailleraient de concert à faire de tous les citoyens devrais hommes.

Que noud semines loto de cet eut de choses t Grands parleurs de liberté et esclaves dé tous les vices, si nous possédons encore la faoullé de vivre, à qui le devons-nous ? G*est aux millions de baionnettes et aux quelques cent mille bouches à ieu, qui contiennent momentanément les bandes d'incendiaires et d'égorgeurs qui pullulent dans Funi* versité européenne.

. D*oû viennent tant de passions rugissantes qui, une fois déchaînées, feraient de l'Europe un mon*^ ceau de ruines? La cause en est dans le vice de notre éducation sociale.

En comparant nos convulsions révolutionnaires an calme plat dont jouissent les habitants dé l'Asie, 11 y en a qui disétot : Le christianisme e^ la source de nos agitations. -* Oui, leur répondraije; le christianisme nous a trop élevés pour que notre chute ne soit pas effroyable, si nous refosons de marcher vers les hauteurs où il doit vsxms con*^ duire.

Les peuples non chrétiens sont i l'abri de ees catastrophes, grâce à leur enfance. Gomme leurs religions, au lieu d'élever l'homme, tendent constamment à le ravaler, à le détruire, ils ne font que végéter. A proprement parler, ils ne connaissent pas l'homme. Que sont leiï souverains de l'AsieT Ce sont des dieux, des fils du ciel, des na-

tures supérieures^ joQissant du droit te ^09 absolu sur leurs sujets. Que sont leurs sujets? Des esclaves qui adorent la main qui les opprime.

Quant à nous. Européens, Tcsprit chrétien a pénétré au fond des tnasses et donné aux finies un essor immense. Depuis le prince né sur le trône jusqu'au dernier des villageois, nous nous tenonstous pour frères et égaux par l'âme, par le sang, par Torigine, par la destinée. Le mal est que le sentiment si vif, si exagéré de nos droits, n'est plus tempéré et réglé par celui de nos devoirs. Le» tendances surhumaines, les espérances infinies^ que le christianisme a réveillées dans nos cœurs et qu'il dirigeait vers réternelle patrie, nous prétendons les réaliser sur-le-champ et dans le lien de l'exil. Notre erreur est de vouloir être dieux avant le temps.

Avec une telle race d'hommes , que faire t Étouiîer la pensée chrétienne et nous refouler vers l'ordre social aboli par l'Évangile ? Ceux qui rêve« raient ce retour doivent y renoncer. Si fourvoyés que nous soyions, nous sommes encore des géants capables de broyer bien des maîtres, avant de descendre à la condition de troupeaux de bétail sous la main de quelques ogres.

Quel serait donc le moyen de conjurer des catastrophes imminentes et de voir un consolant

avenir poindre à un horizon chargé de tant d'orages? Il n'y en a qu'un, absolument qu'un : c'est que l'Europe se replace sous la conduite du seul éducateur compétent de l'homme.

U BIBLIOTUÊQDË NOUVELLE.

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