‹ De l'éducation de l'hommeChapitre 6 sur 28 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

est réducaleur compétent de rkomme. — Des éducateurs de l'anciea monde.

L'éducation devant être le développement r«gulier et harmonique de toutes nos facultés^ et ces iiacoUés rdianl notre existence à tout ce que nous voyons, et nous faisant aspirer à ce que nous ne voyons pas, quelle est la première qnidité indispensable à notre éducateur? C'est une parfaite connaissance de notre constitution morale et physique, de nos véritables rapports avec nos semirfables, avec le inonde visible et avec le monde invisible, mystérieux, vers lequel nous gravitons. Or quel est cet éducateur doué de la science universelle?

Tout est mystère pour nous, surtout Thomme.

D*où sort-il ? où va-t-il? qu*est-il? il y a plus de trente siècles que l'esprit humain agite ces problèmes» et ils sont toujours insolubles pour le philosophe qui repousse la solution chrétienne.

D'Hippocrate jusqu'à nous, que d'eOorls pour déchiffrer l'énigme de notre constitution physi*

que ! Les découvertes laites dans ce petit monde, n'ont servi qu*à nous en foire mieux connaître les insondables profondeurs. Quant à notre substance pensante, qn'est-elle ? comment s*agence-t-elle avec notre organisation, et comment s'en distîngue-t-elle? En quoi consistenf'ses o]^rat!ons, ses facultés, et combien y en a-t-il? Questions difersement résolues par les diverses écoles, et qui attendent encore une réponse piranpioire.

En un mot, l'Iiomme ne com^ presque rtan et rbommè, sinon . qu'il eriile. Il en ignore le eonmieneeaMttt, le milieu et la fin. Il aperçoit daos cet être des otganeir, des facukés, des besoins, des tendances; mais ne loi demandes pas des Idées nettes et précises sur h nature, le wmkte et les rapports.de ces organes, de ees focidtés, et sur leurs tendances légitimes, or ces^ Uéee lui fBsnquettt Confiera Tboinme le éfvriopptecatde rhomme, oe serait donc confier à un aveugle la direction d'un aveugle.

La coniiaîssMce parfaite de notre nature et du grand système auquel noM msumtie est Béa , étant le secret du Créateur, il est érideutque Bieu seul efat l'éducateur compétent de notre espèce. Gomme il se sert des hommes pour procréer les hemmes , il vent aussi employer les kommes k l'éducation des hommes ; mais il entend que , dans

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Tuu et Tautre cas, ils agissent soas sa direction , coflupe aùatoes de sou anmittr , et qu'il r^te, lai , le principal éducateur de rboniBie , comjoae il §n est Tunique eréateur. De même donc que touM le^ puiasancea humaines sont incapa))les d^ procréer un indifidu de notre esp^ sans se eonformer à la loi de la génération physique, de même il leur est impossiUe de bien élever un homme « si elles mécQumdaseiit les Iihs établies dft Dieu pour notre génération morale.

Je ne fais point de la théologie ni de la méCapbysique transcendante, je n'exprime quHme donnée hien simple du bon sens et de Texpénence. N'esi*il pas évident que nous sommes ^ à notre elitr«e dans la ?ie , la création de Dieu, mais une création très incomplète? L'éducation, qui doit fiiire de cetle masse de chair souffreteuse un toe intelligent et moral , est donc une création continisée ; c*eitle développement de l'œuvre divine^Or ce développement , pour être régulier et complet , ne daât-^it paa s'accomplir sous la direction de 4^elui qui seid sait bien ce que nous sommes et ee que nous pouvons être ?

Quand le dbristianisme nous dit que Dieu est le maître des scienees.ei que l*enseignememi de Phomme lui est réservé (1), il ne fait que confir-

(i ) Psaume XCIII, il.

mer uue de ces vérités premières qu'où ue peut CQatester sjuis maavai«e foi ou sans avçugteoieQt. Il faudrait une étrange faiblesse d'esprit pour ae pas sentir la puissance de ce syllogisme : Tout sysième d'éducation humaine qui n'a pa^pour ba^euna juste connaissance Ue r homme. e*t nécessairement, .une œuvre de folie:. or ^ laconnaissoînce de l^ homme est le secret de Uieu; df^e toutsyi(ème d'éducation qui nepref^pas pomr base la révélaiiof^ diviis^e doit aboutir à des résultats désastreuoo.

Ou me dira : Vous jugez donc mauvais -et désastreux le système d'éducation adopté par les sociétés antérieures à la révélalioa cbrétieuue, Qelf e éducatioa était sans doute diéfectueuBe souple rapport religieux Qt moral , mais n'avai(*elle pa» sçn côté grandiose 7 Peut-oa contester aux Grecs et au]( Romains Tart d'élever les homme», de former de grands caractères ? Les uns et les autres ne sontils pa;s encore no& maîtres da^is la science di( gmuvernement et dans la culture des lettres et des beau^-arts ?

TejUte est bien , répondrai-je , Tidée que fomente iMftre. sy^me moderne d'éducation* J'en étais iipbu, comme tapt d'autre», au sortir de mea classes^ ^\ je iue demandais parfois si la société n'avait rien perdu. à devenir obrétieane. Depuis que les éludes

oui rempli le vide effrayant de oies classes , void , BOB plas ridée, mab la coBviGliwi que j*ai aoqoise snr il vilear absoliie et rehlive 4e Tédscalidn grecque ec romaine et de la nftlre..

Les Grées et les RomaîBB ayant mécoBOU le Dieu universel , créateur et coordonnateur de toutes les exîstenees, il ne leur était pas posrïrie de s*élever k kl cônnaissaHce de Y homme vnivêrêei , soit de ïkumamté. De même qu'ils adoraieBâi-en quaiilê de père des dieux et det hommes, le grec Jnpi«ter, fils de Togre Saturne et nourrisson de la ebàfre Amalthée , ils ne virent dans nolie espèoe que l'oifant de la naUire , sorti , comoM le chaaipigBen, du sein de la terre, ou Tbomme myifaologîqHe , que leroî de Thesaatie. DeucaKen , el sa femme Pyrrha avaient créé en jetant des pierres derri^ Bui. Ib se OQBsidérèrent naturellement comme le typeetie centre de rbumaniié , ne voyant dans les peuples étrangers que des races ennemies qu'ils avaient le droit de mépriser» de combattre et d*asseirir ou de détruire.

Avec des idées aussi fausses , et surtout en Tabsence de données cerf aises sttrnotre éternel avenir, les Grecs et les Romains durent calquer leur système d'éducation famnaine sur la destinée temporelle de Pbomme , teHe qu'ils se la figuraient Or, pour développer sans trop de danger sur un tbé4-

DE LtâtmCATlON DR L^HOMMR. 29

Ire aussi étroit qoc cette yie ia faiiiille greiique et

romaine, lesch^de cesiteux faniHesseotiraiitk

-aéoeMiié de dimitiiier considéraUenieiit le nomhK

des Grecs et des Aomains; Ib Haoèreiit èMÉc q«e

sor vingt iiidivldo»b loi ne recoim^mit qo'oa d-

lOyéii et que tes -di»ii^f amn» smriesi sa jmw-

prêêté animée {t^lBù te mot d'Âristote), pn»-

irittidoit il Merait:etabti8(0aitv<vs^il makraite^

raiit. aliénerait, Mirnirait, soiTant son boa fMailr.

' '. L'esdavage , cVsMi-dire l'aiNvtissemeBt «oaa-

'pléf etl'anmliilRioii sadaie iesdBiraeiif vioglîèaBas

''■»Ê moîis dts bôcaiDès, mftrdatc «n despefttf

ééfauUi» l'édneatioii bniiiaiiie chez tes dent plils

graod^^natioiisdE l'antiquité*

Pour éteveretgoorern»* k poignée éadiéyens, >stoh adtaiis à jooir As la (dignité bttiBatoe, ilMI«t encete qoe 1» loi aranftrd'n poftvAîr absolu te c^ef de taMUe, qii'it fât ^iapooear. d» la ne de 'ses:eBfants ; queutes familles fassent Uéraidiiqiieaiéiit'dasBâes en patrideiiàes et plébéteones, et qae toutes, paissamment réglementées par les posi-

- %oirB pnbliesiy rtstassent lesesdavcs de è^État:

^ Et qoeie était l*idée donsrnanie de l'État ? AAri-

idis par knrs dissensions et par lenrs.divisiDfts

torritoriatest les Grecs restèrent, en politique, sar

, la défenâve jusqu'au régne d'Alexandre, qn ne

- tes fit conquérants que ms^fré eux et après tes

avohr conquis. Leur génie les portant vers la culture des lettres et des beaux-arts , ils atteignirent rapidement la perfection , mais la perfection dans les limites tracées par lenr pensée religieuse et phiiosopliiqae. L'idée barbare de la conquête |irévalut cbei les nmnuna et en fit les plus grands mvageors et destructeurs qui se soient jamais vas.

A quoi aboutirent tant de savants travaux en Grèce, tant de colossales conquêtes conçues, exé^ entées et conservées par les Romains avec une sa^ gesse et une vigueur merveâleuses T La corruptioa et la iaHilesBe, tonjours croiasantes, des Grecs les Uvf ôrent sans défense aux grands déprédateurs du monde ; et ceux-ci , devenus la proie de tous les vices, descendirent si bas dans le servffisme, que, après avcnr subi toutes les avanies du despotisme le plus effréné depuis Auguste jusqu'à Augustule, ils disparurent sous les pieds des Barbares.

€Se qni fit la puissance des Grecs et des Romains^ ce futrunité de leur éducatioii, son harmonie avec b pen^ nationale. Les Grecs visèrent à faire des Grecs des mattres ès-lettres et ès-arts, et ils co-' ordonnèrent tout à ce but Les Romains visèrent à donner des maîtres au monde, et les armes et la politique forent Tâme de leur éducation privée et ptiblique. L'idée dirigeante était très incomplètes mais» en centralisant tes forces natioQito» e&e dé-

ploya tout ce qu'elle pouvait contenir de puissance.

Les uns et les autres empruntèrent beaucoup, pour ne pas dire tout, aux étrangers. On n étudie pas longtemps les grands hommes de la Grèce sans reconnaître qu'ils furent de grands voyageurs et qu'ils butinèrent largement dans l'Egypte, dans ta Judée f dans la t*erse , dans l'Inde, etc. Mats ils grécisèrenthnrs rapines, et restèrent originaux en copiant. Les Homains furent aussi dans leur genre d'intelligents imitateurs. Ils prirent aux Espagnole leur épée , aux Numides leurs chevaux, aux Cretois leurs archers , aux iles Baléares leurs frondeurs, aux Rhodiens leurs vaisseaux (i).

On sait aussi qu'ils excellèrent à toumer*contre leur ennemi pas seulement ses armes , mais tes bras. Ils se servirent des Gaulois pour triompher des Gaulois, des Grecs pour triompher des Grecs, etc.

En somme, le secret de la supériorité des Grecs et des Romains est dans leur constance à ne pas dévier de leur pensée dominante. Us eurent la sagesse de se servir de tout et de tous pour s'élever au-dessus de tous. Mais comme leur pensée était basse , égoïste , inhumaine , et qu'il est écrit des nations aussi bien que des individus : Celui qui

(1) Voy. Montesquieu, Grandeur et décnd» det Uom , cil. H.

32 BIBLIOTHÈQUE NOUVËLLK.

n'cûtne pas est condamné à mourir (1), leurs grands exploits dans le monde intellectuel et dans le monde de la matière aboutirent à la mort. Mais slls moururent, ce ne fut du moins qu'après a^oir épuisé ce qu'il y avait de vie dans leur idée. On ne les vitpas> à leur début dans la civilisation qui leur était propre , entrer en lutte contre le principe de leur grandeur, renier leur passé, leur présent, leur avenir, et faire d'incroyables efforts pour rétrograder vers les sauvageries de leur enfance.

C'est là le triste spectacle qu'offre l'Europe moderne, et tel est le fruit de|nos systèmes d'éducation, vrais chefis-d'œuvre de folie.

(i) SaïQt Jean, l'« épUre, eh. 111, U.

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