‹ De l'affaiblissement des idées et des études moralesChapitre 26 sur 34 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

De l'état det études morales. — Caractères générain. — PrineipaDi systèmes.

En abordant TinflueDce de la Tribune, j'ai exprimé la crainte de manquer à la réserve qu'impose une question si grave et si délicate, et sur laquelle on n'est libre de s'exprimer avec un certain abandon ni quand on y est intéressé directement, ni quand on y est complètement désintéressé.

Je n'ai pas exprimé cette crainte au sujet de la Presse, dont les allures si libres aiment à laisser libres les allures de tous ceux qui parlent d'elle, à quelque titre qu'ils lui appartiennent.

Mais, au moment de passer, de l'examen des idées morales engagées dans la polémique de la Presse, dans les débats de la Tribune et dans le jeu général des institutions modernes, à l'examen des idées engagées plus spécialement dans les études morales du jour, je sens le devoir d'exprimer la même inquiétude. Si j'éprouve cette émotion, ce n'est pas que je craigne ni de trop dire ni de tout dire : c'est que je me flatte peu de traiter cette matière si grave avec toute la richesse qu'elle exige.

Les études morales sont|daus les empires modernes»

la plus grande des sciences. C'est celle de toutes qui seule a puissance de bien diriger le jeu des mœurs et des lois, le jeu des affaires et des institutions. Or, quand ces études, qui sont partout le privilège des plus hautes classes de la société,— car ce sont bien les classes les plus graves d'une société qui en constituent les plus hautes, — sont affaiblies comme les idées morales du peuple, et par les mêmes causes qui ont amené l'afTaiblissement de ces idées, comment n'éprouverait-on pas la crainte de ne pouvoir traiter une telle matière, c'est-à-dire la plus grande question de salut public, avec toutes les lumières qu'elle demande?

Gomment n'éprouverait-on pas surtout quelque hésitation à exprimer une opinion qui pourrait, au premier aspect, passer pour un paradoxe, j'entends cette profession de foi, que l'état actuel des études morales est une des causes qui prolongent le plus l'affaiblissement des idées morales engagées dans les doctrines politiques ; que ces éludes, si suffisantes qu'elles fussent pour une situation normale, sont insuffisantes pour une époque de crise et de transition, où il n'est de salut pour un peuple que dans des études morales proportionnées aux agitations et aux déchirements qui travaillent les âmes; et que s'en rapporter aux institutions ordinaires pour satisfaire à des exigences extr^ordi^ naires, c'est se tromper gravement sur la plus grave des questions? Si fondée que puisse être la crainte d'émettre un paradoxe, ce n'est pas toutefois un excès de franchise, c'est un excès de réserve qu'il convient de redouter dans l'examen d'une question où est engagé l'intérêt moral du pays. La franchise est ici un devoir plus difficile à remplir que celui de la réserve. H en est d'autant plus rigoureux. On peut se taire sur des

m^tièces trop délicates pour être débattues devant les oreilles de tous; mais une fois qu'on les aborde, il faut, les mettre dans tout leur jour et montrer que tout le monde gagne à ce qu'elles soient envisagées sous un point de vue complet. Or, la question si grave que nous venons d'examiner, l'affaiblissement des idées morales qui ont cours dans les classes inférieures de la société, ne reçoit toute sa lumière que de l'examen des études morales de la classe supérieure. Et cet examen, quand il est fait d'une manière complète, amène, sur la situation sociale, des révélations si. importantes que l'hésitation d'un instant s'évanouit bientôt devant l'immense lumière qui s'élève. sur un horizon dont tous les points réclament ses rayons bienfaisants.

Les études de la classe supérieure ne sont pas seulement la forme scientifique de ces mêmes idées qui, dominent la classe inférieure : elles en sont encore, sinon la source, du moins l'inspiration et la règle. Elles n'en sont pas seulement une édition pluscorrecte : elles en sont une édition complète.

En sont*elles une édition bien complète ?

Je l'ai dit, les études morales proprement dites, libres, indépendantes de celles de la religion et de la philosophie, n'ont jusqu'ici joué dans l'histoire qu'un rôle proportionné à l'importance qu'avait cet ordre d'idées dans les institutions sociales. Ce rôle a été d'autaiit plus secondaire que deux autres ordres d'idées,, celles de la religion et de la politique, régnaient plus exclusivement. Et il pouvait en être ainsi, sans nul inconvénient, tant que dominaient la loi religieuse et la loi politique, sans demander à la morale autre ého^e que des devoirs et des services.

Il n'en est plus de même aujourd'hui que la loi po* litique est rendue indépendante de la loi religieuse» et qu'elle cherche sa' sanction suprême dans la loi morale.

Il n'est donc pas» dans l'histoire de l'humanité, d'époque où les études morales aient eu une mission analogue à celle qu elles sont appelées à remplir parmi nous. Or» si Ion doit dirOi pour être vrai, qu'il est, dans le passé» peu de siècles où ces études aient été ou plus fortes ou aussi fortes qu'elles le sont aujourd'hui, en parlant d'une manière absolue et sans les comparer aux e^^igences de la situation» il faut ajouter, qu'il n'en est pas un où elles aient été aussi faibles qu'elles le sont maintenant» eu égard à la tâche qui leur est imposée et au rôle qu'elles doivebt jouer au milieu de nos institutions.

En effet, là où dominent de fortes études de religion^ quelle que soit l'agitation politique d'une époque» ^ elles appuient les études morales, si faibles qu'elles soient, et les maintiennent, par la puissance qu'elles leur communiquent, au niveau des besoins du temps. Si elles ne répandent pas de grandes lumières dans les intelligences, elles prêtent au moins aux doctrines politiques qui viennent prendre une place rendue libre par la tempête, une autorité sacrée» et le lien social n'est pas privé de sa sanction la plus auguste.

Lorsque, au contraire, dans une situation pleine de troubles, le contingent des études religieuses est médiocre ou faible ^ sil suffit à peine pour maintenir quel- ' ques traditions de foi et quelques habitudes de piété; s'il est impuissant à prévenir les ravages que le débat fait dans les mœurs, et à nourrir de fortes études sur les principes, alors l'ébranlement jeté dans les consciences est complet. H empêche même les bons esprits .

de se fixer. On voit ainsi dans Thistoir e des époques où il n*y a plus de doctrines; où la prétention d*en avoir est une chose insolite; où elle est une bannière de parti et presque un symbole de complot.

Et quelles doctrines y aurait-il» quand rien n'est éprouvé, quand tout est à l'essai et quand tout change d'un moment à l'autre? Dans cette position, la meilleure théorie n'est -elle pas la plus heureuse inspiralion de chaque jour? Et afficher des dogmes au milieu d'une crise qui s'accomplit encore, qui n'est pas finie, n'est-ce pas vouloir la halte au milieu du progrès?

Appliquons maintenant ces vérités à la situation.

Nous y avons constaté ces deux faits, d'abord, qu'elle n'est pas dominée par de fortes études de religion; ensuite, qu'elle n'est pas dominée non plus par de fortes doctrines de politique.

Mais, dans ce cas, est-elle au moins dominée par de fortes doctrines de morale?

Il reste debout des doctrines en morale, tout le mondé l'accorde. Mais ce dont l'esprit du siècle se préoccupe, ce n'est pas la morale, c'est la politique.

Or, quelle est cette politique? Est-elle religieuse? Est- .elle morale? Elle n'est certes ni immorale ni impie ; mais ce n'est plus le point de vue religieux qui la domine, et ce n'est pas encore le point de vue moral qui la guide : c'est le point de vue social, en d'autres termes, c'est le point de vue politique.

Le point de vue moral aura-t-il son tour?

On l'ignore, dit-on, et l'on ajoute : que d'abord la crise s'achève ; la théorie viendra en son temps.

Mais, en attendant, quelle est la morale qui subsiste? Est-ce celle de la loi religieuse? Est-ce celle de la loi naturelle?

La morale de tous, celle du prolétaire comme eelle du propriétaire, c'est celle de la politique; car c'est celle du point de vue social. Or, le point de vue social n'a rien d'arrêté encore; car tout est à l'état de débat, non pas en matière d'institutions, mais en ma-^ tière de doctrines. En sorte qu'en fait de doctrines, ce qui règne, en dernière analyse, c'est le débat.

Ainsi, la première observation générale que présen* tenl nos études morales, c'est que ce ne sont plus les études religieuses qui les dominent; la seconde, c'est que nos études morales, telles qu'elles sont, fortes ou faibles, ne sont pas encore indépendantes du débat social, et n'occupent pas encore la place qui leur appartient dans l'opinion ; la troisième, c'est qu'elles sont dominées par les études politiques, par le débat.

Une dernière, qui résulte des précédentes, comme une conséquence rigoureuse, c'est qu'elles sont insuffisantes, en présence d'une situation qu'elles sont appelées à dominer, et qui en demanderait de plus forteç que nulle autre époque.

Ces observations sont-elles fondées? Quel est le véritable état de nos études morales?

Dans une situation transitoire où tout est incertain et flottant, où il règne dans les doctrines de la classe lettrée une diversité analogue à celle qui domine les idées du peuple, où il se trouve moins de systèmes de science que de bannières de partis, où le tableau de ces études est tracé sous l'influence de passions contraires^ et par des peintres aussi passionnés que le sont ceux que nous avons rencontrés en examinant l'état des idées populaires, il n'est pas facile d'apprécier les études spécialement consacrées aux doctrines de mœurs. Déjà nous avons trouvé qu'il n'est pas aisé de faire connaître

les idées morales qui régnent dans les classes de peuple. Ôr, faire Tinventaire de la pensée des classes su-^ pérîeures, est plus difficile encore. D'abord ce sujet est si élevé que, sur les hauteurs et dans le lointain oA intelligence est obligée de planer pour Vapprofondîr, ^le cesse de voir avec une entière clarté, et que les con* tours se perdent et se confondent. Ensuite, cette question est plus vaste que la première. Les études du moraliste donnent toujours une plus grande abondance de notions et une plus grande variété de nuances que les Simples réflexions de Thomme du peuple. Enfin, la pensée morale des classes supérieures offre aussi une plus grande richesse de formes et, avec une plus grande habileté à s'observer elle-même, une plus grande dextérité à se produire, à se déguiser, à s'aocommodei' iaux choses et aux personnes. Et par conséquent il y a plus de difficulté d'en saisir le jeu tout entier.

Néanmoins il est trois caractères que Tétat de nos études morales présente à la vue de tous, fortement prononcés, sur lesquels nul ne saurait se tromper, et <qui tous les trois ne sont que la reproduction, sur une plus vaste échelle, de ce que nous avons observé dans les idées morales des classes inférieures. C'est-àdire qu'il y a division sur les principes, altération dans les doctrines et insuffisance dans l'action qu'elles exercent.

Les causes qui ont amené cette situation sont celles* ià même qui ont amené l'état de division, d'incerti-^ tude et d'insuffisance, en d'autres termes, raffaiblis->sèment où se trouvent les idées populaires. Ce sont ces immenses révolutions qui se sont accomplies dans la loi religieuse, dans la loi politique et dans ta loi naturelle.

Cependant il y a, dans ce que nous allons examiner, quelque chose de spécial. Il ne s^agit plus ici de ce qui est du domaine de tous, de ce qui est dans le commerce de la vie publique et de ce qui arrive de toutes parts à chacun, sans qu'aucun se rende compte de ce que tous lui enseignent* U s'agit, au contraire, des méditations les plus élevées sur les principes des mœurs, 6ur les théories auxquelles conduisent ces principes, sur les conséquences qui résultent de ces théories pour les lois et les institutions, c'est-à-dire pour les destinées de la nation.

La question prend donc une physionomie nouvelle et plus sérieuse encore, en ce qu'il s'agit, non plus de ce qui règne dans le sein d'une société sans que personne s'en rende compte, mais, au contraire, du compte que s'en rendent les hommes les plus éminents du siècle, des modifications qu'en vertu de la situation, ils croient devoir apporter à l'étude des lois éternelles qui président au gouvernement des con*: sciences, et de la science qu'ils offrent aux plaies du pays.

Aussi, dans cette région nouvelle où se fixe main^ tenant notre attention, trouvons - nous des doctrines fortes, abondantes et tranchées. Ce ne sont plus des Opinions, ce sont des systèmes qui sont en présence, et des systèmes qui embrassent l'avenir comme le présent, qui engagent la religion comme la politique, et qui partout cherchent des fondements pour y asseoir tés règles que demande la société, dans une situation si nouvelle.

Dans cette région plus élevée, le débat est d'autant plus grave qu'il touche à l'origine de tout débat, de toute science et de toute chose. Car c'est là, datis les

sphères les plus hautes, qu'on trouve les principes de toute autorité, la source de toute loi et l'énigme de toutes les destinées du monde. En dernière analyse, c'est de celte énigme que les études morales s'occupent le plus volontiers. Elles seraient d'une timidité extrême, si elles n'en cherchaient pas la solution, et d'une stérilité désolante, si elles ne l'offraient pas aux esprits studieux, si elles ne leur montraient pas que ce sont les mœurs qui donnent aux nations la gloire et la prospérité.

Dès lors, on le voit bien, dans ces études sont nécessairement engagées toutes les théories de la vie sociale, et par conséquent toutes les plus grandes questions du jour; et, comme aux grandes questions du jour se rattachent les plus grandes existences du temps, il est difficile de les traiter sans se heurter indirectement aux plus grandes émotions que puisse éprouver un siècle qui ramène tout à des questions de personnes.

Il est donc vrai qu'ici tout prend une gravité extrême, et que même, en n'abordant que ce qu'il faut aborder, on touche à toutes les questions fondamen? taies de la société. Cela se conçoit. Quand les institutions politiques d'un peuple sont assises sur les notions de la loi naturelle, qui sont celles-là mêmes de la loi morale, il n'est plus de question sociale qui ne s'implique dans la science des mœurs. Mais dès lors on conçoit aussi le principal des caractères que nous offre cette étude.

Nous avons dit que le premier de ces caractères, c'est la division des esprits sur ces principes. On appelle principes les idées ou les points de vue les plus généraux qui président à un ordre de faits. Mais il faut distinguer les principes qui dominent les divers sys-

tèmes de morale de ceux qui peuvent dominer rétudp de ces systèmes. Ces derniers sont les seuls qui nous occupent.

Ils varient naturellement suivant l'importance qu'ota attache, dans une société, soit à la loi religieuse, soit à la loi politique^ soit à la loi naturelle. C'est donc tantôt le point de vue religieux, tantôt le point de vue moral, tantôt le point de vue politique qui est dominant, c'est-à-dire qui imprime sa puissance et son génie à Tenscmble des méditations qui ont pour objet les mœurs.

C'était le point de vue religieux qui, chez les anciens peuples de l'Orient, dominait toutes les doctrines morales, comme toutes les doctrines sociales. C'était le point de vue politique qui dominait, chez les Romains, toutes les doctrines morales comme toutes les institutions religieuses. C'est le point de vue moral ou le point de vue de la loi naturelle qui domine aujourd'hui, abstraction faite de la foi religieuse, sur laquelle chacun est libre, mais qui exerce son pouvoir sur tous^ chez les Américains du Nord.

Quel est le point de vue qui nous domine?

Avant de répondre directement à cette question, qui est complexe, disons d'abord que la prédonunance d'un des trois points de vue ou d'un des trois éléments qui entrent d'ordinaire dans Tensemble des doctrines sociales n'exclut pas les autres, et n'exclut pas l'harmonie de tous. Au contraire, l'harmonie de ces trois éléments fait l'état régulier de ces doctrines, celui des sociétés qui les professent et celui des études qu'elles suivent. C'est leur désaccord qui constitue les situations anormales.

Il n'est donc pas nécessaire, et il n'est ni désirable ni

— su —

possible qu*il y ait empire exclusif d^un des trois éléments. t)e ce que Tun des trois est puissant, Il n'en résulte pas que les deu^i^ autres soient faible^ ou nuls. Il faut ajouter que d*ordinaîre et dans les étal$ modernes qui vivent des leçons, des traditions et des débris du passé, ce ne sont ni les situations normales lA les situations anormales qui dominont. En effet, loin de là, ce qui se voit le plus fréquemment, c'est une sorte d'état mixte et de situation moyenne, qui n'est ni une lutte ouverte ni une paix profonde entre ces éléments, qui n'est qu'une espèce de trêve résultant d^Une transaction faite plus ou moins sciemment.

Cette situation, qui est ordinaire, est aussi la nôtre, à tel point, que, s'il est en Europe des sociétés dont on ne saurait dire bien au juste quelle est Tespèce de transaction entre les tVois grandes lois ou les trois points de vue principaux qui les gouvernent, il en est précisément de même parmi nous. Car nous ne saurions dire ni si c'est le principe politique, ni si c'est le principe religieux, d! si c'est le principe moral qui domine. Ce que lious savons de plus net, c'est que ce qui règne dans la doctrine du statut fondamental de la société, c'^est une transaction si tacite et si discrète qu'elle défie l'interprétation la plus exercée. Dans les doctrines libres, c'est la division, c'est la guerre. Là, les trois points de vue sont devenus trois principes ennemis,, exclusifs, intolérants^ en un mot, trois bannières politiques qui tae se combattent pas précisément à outrance; qui ne ise posent pas même avec une netteté entière, et qui set Ipapprocheraiént peut-être si elles s'expliquaient avec ^tus de clarté et plus de franchise; mais qui, pour cela piême, sans doute, affectent de prendre, les unes à l'égard des autres, une attitude hostile.

Ëîi effet, 11011$ avons des docteurs qui ne veulent que du point de vue religieux pour toutes les théorieis iporales ou politiques; d^autres docteurs encore qui né ventent, pour ces mêmes théories, que du point de vue de la loi tialurelle ou du point de vue philosophique; et d'autres enfin qui ne conçoivent en pratique que le point de vue politique, et pour qui la morale elle-même n^est qu*une science sociale. S'il était nécessaire d'ajouter à ees définitions un mot de plus, d'y répandre la clarté que jettent les noms propres, nous dirions que Bossuet est le héraut des premiers, Grotius celui des seconds, et Hobbès, plutôt que Bentham, celui des troisièmes.

En précisant ainsi les bannières, je ne prétends pas dire qu'il n'y a dans le sein de la société que trois systèmes, ni plus ni moins. Cette opinion, qui serait démentie par tous les faits, ne saurait être celle de personne; mais je veux dire qu'à ces trois systèmes se rapportent tous les autres ; quMls n'en sont que des nuances.

J'arrive maintenant à la question de savoir si l'exil tencë simultanée de ces trois systèmes est un avantagé bu un inconvénient; s'ils se font une guerre profonde, assez profonde, pour qu'elle soit un mal plutôt qu'un bien, et si leur lutte n'est pas, en principe, lé signe d'une prospérité morale dont il fout féliciter te pays, plutôt qu^uiié cause (fafiBsiiMbsement dont il faut gémir pour lui?

En prineipe, ce dont il s'agît, ce n'eèt qu'une gu*re d'études, et ces sortes de guerre sont d'ordinaire assel calmes. Mais, en fait, c'est plus qu'une lutte d'idées t c^éSt une gnerté de partis, une guerre qui est dans là Vie publique icômme dans la vie privée, dans les a&it^

sociales comme dans les afiections domestiques. Or, une telle division est d'aulant plus funeste qu'elle est plus intestine; et son influence est d'autant plus profonde qu'elle est incessante, et qu'elle puise dans la question et dans l'événement de chaque jour, dans les espérances et dans les illusions de tous, des aliments toujours nouveaux.

Oh! s'il n'y avait d'engagé dans la polémique de l'époque que la science, nous serions les premiers à demander quel mal il pourrait résulter d'un débat qui n'aurait qu'elle pour objet. La science ne vit-elle pas de débats? Et la division des esprits, la lutte des systèmes même, n'est-elle pas une des conditions nécessaires de son développement? Mais, nous l'avons dit, ce n'est pasd'uneaflaired'étude et d'unequestionde science seulement qu'il s'agit. S'il n'y avait en jeu que cela, grâce au progrès du temps, personne ne s'en préoccuperait parmi nous, où tout peut être abordé, mis en doute et nié ou afiirmé presque sans inconvénient aucun. Dans d'autres situations, il est vrai, on a pu s'émouvoir d'un principe de cosmographie, d'un fait de géologie, d'une conséquence tirée d'un fait ou d'un principe de cette nature; mais s'il est parmi nous des esprits qui s'étonneraient encore d'un débat pareil, il en est peu ; et l'unique science dont les principes aient encore le privilège de nous agiter le cœur, c'est la science constitutive de la société elle-même. Et là même, sur ce ter* rain si brûlant, il est une région où la lutte demeure à peu près sans spectateurs. C'est la région où la science est réellement concentrée dans son domaine, où elle n'a pas la prétention d'en sortir, et où elle revêt des formes qui la préservent de l'envahissement des passions qu'elle condamne. La lutte est funeste

au contraire, lorsqu'elle s'échappe de cette enceinte ; lorsque son but est plus politique que scientifique; lorsqu'il s'agit moins de répandre la lumière sur les notions du devoir que de donner à ces notions une direction conforme aux vœux les plus intéressés; lorsque les éludes morales ne sont qu'un champ de bataille qu'on choisit parce qu'on le croit plus avantageux qu'un autre, et parce qu'il donne beaucoup plus d'espace et plus de liberté; lorsqu'au fond ce sont d'autres doctrines que celles des mœurs qu'on a en vue; lorsque ce sont la religion et la politique qui font le véritable objet du combat, et qu'on n'arbore la bannière de la morale qu'autant qu'on la suppose plus tolérante et plus facile. Alors la division des esprits est une chose funeste pour les idées morales d'une nation.

Mais, on le voit bien, ce n'est plus alors entre les moralistes qu'est établie la lutte : c'est entre les hommes de partis, partis politiques, partis religieux, partis philosophiques, partis quelconques. Aussi le rôle du moraliste est-il difficile dans ce conflit. 11 est du moins stérile en apparence. Car c'est en vain qu'il aurait le bonheur de faire voir où est le mal, où est l'intérêt de la conscience, où est le droit de la raison : ce qu'il démontre, il ne saurait le faire reconnaître. En effet, si tout le monde accepte la vérité à l'état de principe et d'abstraction, chacun la repousse à l'état d'application et de censure. Chacun est ce monarque qui se réserva de prendre sa part de la vérité commune, et, d'ordinaire, chacun ne prend de cette vérité que ce qui lui semble appuyer son opinion, son intérêt, sa position dans la lutte. De cette part chacun veut se faire une armure qui le mette en état de repous-

^ tous tfiw qui lui opposeraient 1$ part qu'il rejett9< U e^ inoonlestable que cbaeun dea trois g;$tà0i«a procède niasi ; quç chuQqii tient upe p^rt de la yérjtéj f ne çhaeua ep répov»$se une autre^ . Laquelle c^acua en tient -H? laqudle eo repoua^ ^t^il?

Page 1