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DES PRONOMS

§ 61. Les pronoms ont entièrement perdu, dans toutes les branches du groupe celtique, leur faculté de déclinaison. Il ne s'agit donc ici que de les comparer aux formes radicales des pronoms sanscrits, auxquels ils se rattachent pour la plupart.

i ) Pronoms personnels.

Singulier. Première personne. — Irlandais me, erse , mi , gallois, mi, bret. mé, corn, mi, me. Cette forme se lie aux cas obliques (mit, me, mal, mayi, etc.) du sanscrit aham. — Ce nominatif paraît s être conservé dans le gallois jm, et le breton am, em, qui remplacent mi, et mé, pour certaines formes de construction. — Une autre variante de la même personne, i en gallois, é en breton, n'est que le même nominatif ali-am, privé de sa flexion, et réduit à sa moindre expression. Dans les langues germaniques, le gothique l'A, moi , dont l'origine est la même , s'est réduit aussi à un simple i dans l'anglais par exemple , et dans quelques dialectes.

Seconde personne. Irlandais, ers. tu ; gallois, ti, bret., corn. te, ti. C'est le sanscrit tvam , dans les cas obliques, tvd, lava, té, etc. Ce pronom se trouve dans toutes les langues de la famille.

Troisième personne. Il y a plusieurs formes de ce pronom , en celtique, et le genre se distingue par la terminaison. L'irlandais-erse 5e, il, si, elle ; gallois, hi, breton, lie, fù, elle, se lient au nominatif sas (masc), sa, (fém.), du pronom sancrit tat, auquel se rattache, d'un autre côté, l'irlandais Ci, lui, celui. — La forme irlandais-erse e, il, i, elle, gallois et, corn. e,'doit être rapportée , à ce que je crois, à la racine i, du démonstratif sanscrit idam « , qui paraît s'être conservé d'une manière plus complète, dans l'irlandais eadh, il, et le breton eza, ézan, lui , ezi, elle, employé en construction seulement. — On pourrait cependant les rapporter aussi au démonstratif état, nominatif masculin ês'-as, féminin ës l a, dont

la racine est é.

Le pronom sanscrit sva, qui ne s'emploie plus que comme possessif, mais que, d'après Bopp % la comparaison du zend et du sanscrit démontre avoir été employé autrefois comme pronom de la troisième personne, donne lieu à quelques rapprochements intéressants avec les langues celtiques. Le gallois ev, eue, ve, il, lui, s'y lie évidemment, par intermédiaire du /«/(pour /tue, voy. Bopp, 1. cit.), sur-tout si l'on se rappelle (page 7 1) que le gallois évite toutes les combinaisons initiales de l'savec les consonnes ou les semi-voyelles.

Sva ou plutôt svê, avec la terminaison am, forme en sanscrit le pronom réfléchi indéclinable svayam, soi, soi-même, lequel s'est conservé sous plusieurs formes dans les langues celtiques. La plus remarquable est l'ancien irlandais seomli , sum , siomli , som/i , qui s'appliquait comme particule emphatique à toutes les personnes du verbe à l'indicatif; par ex. :

1 V. Bopp. Sanscr. Granini. p. \/\Q.

2 Vcrfîleich. Gramm. p. f\$C>.

alberlhsomh , il dit lui-même, comme aussi aux pronoms, iadsum, eux-mêmes, etc. Dans l'irlandais moderue et l'erse cette particule s'est changée en san, et sa, et elle y remplit le même rôle.

Un autre corrélatif du sanscrit svnyam , est le pronom réfléchi irlandais fein soi, soi-même. L'a initiale est tombée, et Xm s'est changée en n, comme dans beaucoup d'autres cas. Le gallois hun , breton han , a subi un changement en rapport avec le système phonique de ces langues. Que l'on se rappelle le gallois hun, sommeil, pour le sanscrit svapna. Le breton me paraît même avoir conservé une forme plus complète dans le pronom hem, qu'il applique à la conjugaison des verbes réfléchis '. Cette forme montre qu'il faut rattacher aussi à svayam le préfixe gallois ym, qui forme des verbes réfléchis, comme ymgolchi, se laver soimême, etc.

Pluriel. Première personne. Irlandais-erse, inn, ou sinn, Gallois, breton et corn., ni, se lient aux cas obliques, nos (gén. et dat.), du sanscrit vayam. L'irlandais paraît avoir subi une inversion complète.

Seconde personne. Irlandais-erse, ibh, sibh, vous. Gallois, chwi, breton, c/iwi, Au, ho, corn., huî, se lient de même à vas, gén. et dat. de ytiyam, vous. L'irlandais a éprouvé la même inversion que pour la personne précédente, et le gallois a ajouté une gutturale.

Troisième personne. Irlandais-erse, iad,siad, gallois, iz, corn. , edhe.

Ces formes semblent se rattacher, comme eadli, éza> ézi , du singulier, au sanscrit état, nominatif pluriel été, dont se rapproche encore plus l'ancien irlandais oidhe, ils, ceux-ci, ceux-là.

La branche cymrique a un autre pronom : gallois, hwynt , corn., hynz, hanz, qui n'a pas d'analogie en sanscrit, mais

1 Legonidec, Gramm. Celto-Bret, p. f>3.

qui se lie d'une manière curieuse au suffixe verbal de la troisième personne pluriel, anti, comme nous le verrons en traitant de la conjugaison.

2) Pronoms possessifs.

Je ne m'y arrêterai pas, parcequà quelques exceptions près, ils ne se lient pas aux formations sanscrites. Les deux premiers seuls, irlandais, mo, do, gallois, my , dy, ou tau; breton, ma, da ou ta, se rattachent au sanscrit mâmaka, mon, tàvaka, ton. Le reste de ces pronoms offre des points de contact avec d'autres langues indo-européennes, qu'il n'entre pas dans mon plan de signaler. Je me borne donc à les énumérer.

son, sa. Irl. Ers. a. Gall. et, e (tnasc.) i (fem.) Bret. hé. Corn, e, t. nôtre. Irl. Ers. âr. Gall. an,yn, ein. Bret. hon, hor. Corn, gyn, gen. vôtre. Irl. bhar, bhur. Ers. bhur. Gall. ach, eich, ych. Bret. hoch, hô. Corn. ez.

leur. Irl. a. Ers. an, am. Gall. eu, u. Bret. hô. Corn, gei, ge.

3) Pronoms interrogatifs.

En sanscrit ces pronoms ont pour racine ka ou ki, comme dans Ami, qui? nominatif masculin kas, féminin kâ; katara, lequel des deux? katama, lequel de plusieurs? etc. Il en est de même dans l'irlandais cia, ca, ce, erse, co, cia, d'où dérivent une foule d interrogatifs , coin, quand? caidlie, pourquoi? cread, quoi ? cionas, comment? caes, d'où ?cait, où? etc.; dont la plupart sont composés.

En gallois le k ou c s'est changé en p, pour toute cette classe de mots (voy. pag. 3o,), et l'on a pa, quoi ? paham , pourquoi ? piau, de qui? nu/y, py, qui? quoi? etc.

Je ne m'occuperai pas ici des autres pronoms, qui ne donnent lieu qu'à peu d'observations de philologie comparée.

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