DEGRÉS DE COMPARAISON! DES ADJECTIFS
§ 60. La comparaison des adjectifs s'indique dans les langues celtiques par des suffixes particuliers, qui se rattachent évidemment au sanscrit, et que je vais examiner.
i° Comparatif. Le suffixe ordinaire du comparatif, en sanscrit, est tara, lequel se retrouve dans l'ancien irlandais ther ou tlùr; par exemple : glas, bleu, glaisither, plus bleu , dubh, noir, duibltillàr, plus noir, etc. Dans l'irlandais moderne ce suffixe s'est réduit à de , et même à e; par exemple : duibliide, et duiblie, plus noir.
Le suffixe tara, outre les comparatifs réguliers, a formé en sanscrit, et dans d'autres langues de la famille , un certain nombre de prépositions, et de pronoms, comme antar , entre , ékalara-s , un des deux ; anyatara, autre, etc., eu latin inter, uter, alter, neuter, etc., gothique , Iwathar, anlliar , etc. L'irlandais a suivi la même analogie, et possède quelques formes toutes semblables au sanscrit. Par exemple :
Irlandais eadar, eidir, idir, entre , sanscrit, antar; neaclitar, ni l'un , ni l'autre, qui présuppose un eachlar auquel la négative ne, ni y a été ajoutée, et qui serait identiquement le sanscrit êhalara; ceaclilar, tous deux, formé du positif ccach , chacun; les adjectifs iochdarach, inférieur, uachdaracli , supérieur, qui paraissent se lier au sanscrit ad'ara, et uttara
avec le même sens; les prépositions seachlar, au-delà , neachtar, en dehors, etc., etc.
2) A côté de tara, le sanscrit a un autre suffixe iyas, qui forme un petit nombre de comparatifs. Je ne 1 ai trouvé en irlandais que dans un seul mot, où il n'aurait jamais été reconnu sans la comparaison avec le sanscrit. C'est la particule bus , plus, qui sert elle-même à former des comparatifs, et qui est évidemment le sanscrit b l ityas, plus ( de la racine
En gallois, au contraire, c'est le suffixe îyas, sous la forme contractée arA (en breton, oc/i),qui est devenu d'un usage général pour le comparatif. Le gothique 15, 12, os, 02, se place entre deux comme intermédiaire. Que l'on compare maiz-a, plus grand, au gallois mwyach ; et le sanscrit yavîyas, plus jeune, au gallois ieuach, id. Le changement de 1*5 en gutturale s'est déjà présenté à nous, dans les flexions gaéliques du génitif singulier et du nominatif pluriel. 11 est assez remarquable que les deux branches du groupe celtique se soient partagé, d'une manière aussi exclusive, les deux suffixes du comparatif sanscrit.
3) Le superlatif ne s'exprime plus en gaélique qu'au moyen de particules; mais le gallois possède encore le suffixe av, qui est un débris du sanscrit lama. On ne conservera aucun doute sur la réalité de cette filiation , si l'on réfléchit qu'en sanscrit même, lama se montre souvent sous la forme mutilée de ama, de même qu'en gothique et en latin on trouve tima et imus, pour Suma et timus. — lie gallois ot-av, le dernier, est identique par toute sa formation au latin ul-tim us.
Le suffixe lama a formé en sanscrit, comme tara, un certain nombre de pronoms et de prépositions. Il n'en a pas été de même en celtique, et je n'ai trouvé qu'un seul exemple de ce genre dans l'irlandais, où le suffixe paraisse s être maintenu. C'est l'adverbe iar-amlt, iur-amh, iar-ma, après, formé du positif /Tir, qui, comme substantif, signifie fin, e.rtrémité, occident; comme adjectif, postérieur, et, comme adverbe, après. La ressemblance de iaramh avec le sanscrit
c'ararna, dernier, fiual, et aussi occidental, me fait croire que ces deux formes sont corrélatives.
Si le gaélique a perdu tama comme signe du superlatif, il Ta conservé dune manière remarquable dans la formation des nombres ordinaux , où nous le retrouverons bientôt. Le gallois, au contraire, l'a remplacé dans ce cas par un autre mode de formation.
4 ) Au suffixe exceptionnel îyas du comparatif, correspond un suffixe surperlatif is'ta (le grec kttoç, etc.), étranger aux langues celtiques. Je crois cependant en avoir découvert une trace dans l'irlandais giost-aireas, vieillesse , et peut-être aussi gast, une vieille femme, formes qui me paraissent se lier au superlatif sanscrit g'vês'ta, très vieux, de la racine g'yâ, devenir vieux; d'où dérive le substantif neutre g'yeYtam vieillesse.