DES INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES FOURNIES PAR L'ALBUMINURIE
Parmi les signes pronostiques que nous venons d'exposer, il en esl plusieurs qui nous conduisent à des indications prophylactiques et thérapeutiques rationnelles que nous devons développer ici. Quant au •traitement des maladies dont l'albuminurie est le symptôme permanent ou accidentel, nous n'avons pas à nous en occuper.
Nous avons établi que l'albuminurie pouvait se montrer dans un grand nombre de circonstances morbides où ce symptôme n'ajoutait et ne retranchait rien au diagnostic de la maladie principale En pareil cas, il n'y a pas à se préoccuper des indications. Lorsqu'au contraire l'albuminurie constitue un trouble fonctionnel d'une certaine gravité pouvant influer d'une façon fâcheuse sur la marche et sur l'issue de l'étal morbide auquel elle est liée, il fautse demander s'il existe dans les circonstances particulières
de celte albuminurie des indications utiles.
Si la cause esl prochaine, immédiate, à la portée de nos moyens thérapeutiques, c'est elle qu'il convient de combattre directement. Tel est le cas, par exemple, d'une albuminurie qui serait sons l'influence du régime. En admettant môme que lescas de cette nature soient rares et exceptionnels, on devra cependant retenir que l'albuminurie, quelle (qu'en ail été la cause première, est influencée par la nature de l'alimentation, comme cela a été établi par plusieurs ailleurs que nous avons cités (Bencc .loues, Lulon).
d'26 • La question du traitement serait alors réduite à une simple modification dti régïfïlé. l'amlle chose se fait, mais àvec plus de raison et avec des chances de succès plus grandes, pour le traitement du diabète. Si les urines contiennent du sucre, retrancher autant que possible du régime les substances féculentes transformables en sucre, telle est la donnée. Pourra-t-on dire que si les urines contiennent de l'albumine, il faudra diminuer le régime azoté > La théorie change ici, attendu que les reins n'excrètent pas de l'albumine contenue en excès, et que l'albuminurie n'amène pas, comme le diabète, un appel incessant fait aux tissus par le sang pour la réparation d'un élément sans cesse éliminé. Cependant, dans l'état actuel de nos connaissances, il est permis d'accepter cette conclusion du travail de M. Luton (Mém. de la Société de biologie, 1858) :
« Puisque l'alimentation aune influence si marquée sur la ptœ duction de l'albuminurie, au point qu'elle peut l'entretenir, l'exagérer et amener tôt ou tard des lésions rénales incurables, on devra surveiller cette alimentation avec le plus grand soin : toutes les fois que l'état du malade le permettra, principalement dans le cas d'albuminurie aiguë et essentielle, le régime végétal devra dominer sur le régime animal. Sans prétendre, dit M. Gubler, à qui nous désirons laisser la parole dans cette circonstance, qu'on puisse supprimer les substances albuminoïdes dans le régime desalbuminuriques, je pense qu'on fera bien d'éviter les aliments dans lesquels entre l'albumine proprement dite. » Réduite à ces proportions, l'indication n'a rien qui ne puisse être approuvé. Nous pensons que nous ne pourrions traiter ici davantage la question du régime sans entrer dans les considérations' spéciales à chaque catégorie de faits que nous nous sommes interdites.
Parmi les indications qui naissent et se présentent à l'esprit sans qu'il soit nécessaire d'évoquer la connaissance de la maladie principale ou des complications, ni de faire appel à aucune théorie, nous signalerons celles-ci. L'expérience nous ayant appris dans quelles conditions se produit, s'engendre l'albuminurie principalement dans le cours de certains états morbides, tous nos soin
devronj être employés à éviter In rencontre de ces conditions. Telle est l'action du froid sur la peau dans la période de desquamation tic la scarlatine. La prophylaxie a donc ici à jouer un rôle considérable dans ses effets et infiniment simple dans ses moyens, qui consiste à régler l'hygiène des scarlatineux, de peur qu'ils ne deviennent albuminuriques. Si l'albuminurie existe déjà, à plus forte raison faudrait-il s'appliquer à empêcher par les précautions prises que cet état transitoire ne s'aggravât, ne se compliquât d'accidents souvent funestes, et enfin ne persistât de façon à devenir chronique.
Nous placerons immédiatement après les deux indications précédentes, celles qui se rapportent à l'albuminurie dans la grossesse. Ici encore, sansnous préoccuper ni du degré d'altération rénale qui peut exister, ni des complications, mais sachant, à n'en pas douter, que l'albuminurie esl sous l'influence immédiate et directe delà grossesse, et disposant pour ainsi dire, à notre gré, de cette cause, devrons-nous oser faire cesser la grossesse? S'il faut lever ici quelques scrupules, nous pouvons citer h s statistiques du docteur Braun, statistiques complètes, puisées aux meilleures sources, et desquelles il résuite que la majorité des grossesses chez les femmes albuminuriques ont une mauvaise issue; que non-seulement la mère est menacée dans son existence, mais que le plus souvent l'enfant ne vit pas, soit paire que la grossesse n'arrive pas ii terme, soit parce que l'urémie atteint la mère qui est en proie au coma OU aux convulsions, circonstance 1res défavorable pour le fœtus, soit parce que, sous l'influence des mêmes causes, l'enfant lui-même esl pris de convulsions. Et cependant, malgré toutes ces considérations qui sont encore augmentées de celle-ci, à savoir, que le plus souvent la nature nous montre la voie en provoquant l'ayortemenl spontané ou l'accouchement avant terme, cette question ne peut pas être résolue absolument. En elîet, de nombreux cas de persistance de l'albuminurie, avec production de l'urémie et de l'éclampsie après l'accouchement, nous montrent que la cessation de la grossesse n'entraîne pas immédiatement la cessation de l'albuminurie. D'ailleurs la provocation de l'avortemeni nu de l'ac-
couchemcnt prématuré n'est pas toujours sans danger. Aussi cette solution, après avoir joui pendant plusieurs années d'une très grande faveur, est-elle un peu tombée dans le discrédit. Nous pensons qu'il n'y faut pas absolument renoncer, et qu'il est des cas où il y faudrait sérieusement songer.
Nous pouvons, sans nous écarter de notre sujet, parler ici de l'éclampsie albuminurique dans l'état puerpéral. Ce que nous allons dire ne s'applique qu'aux convulsions chez les femmes dans l'état puerpéral et chez les enfants nouveau-nés. Nous ne prétendons pas faire l'application des mêmes préceptes aux cas d'éclampsie survenant avec d'autres formes d'albuminurie. D'après certains accoucheurs, dans l'éclampsie en question, il ne s'agit ni de pléthore, ni de congestion, ni d'épanchement, et, par conséquent, il n'y a plus lieu d'agiter la question de la saignée. Ces accoucheurs, qui sont hommes de progrès, sans perdre pour cela le sens pratique, ne saignent plus aujourd'hui dans l'éclampsie, à moins de cas très spéciaux et exceptionnels.
La pratique nouvelle consiste dans l'emploi du chloroforme. Simpson a inauguré l'emploi de ce nouveau moyen, et en a retiré de grands avantages. Le docteur Braun, de Vienne, dit que les résultats du narcolisme obtenu par le chloroforme dépassent toute attente. Selon cet accoucheur, on ne saurait trop recommander le narcotisme parle chloroforme, lorsque les indices d'un parox\sme commencent à se montrer. Si l'attaque a lieu pendant le travail, le chloroforme a encore ici une action particulièrement favorable sur la vie de l'enfant, en ce qu'il favorise la rapidité de la délivrance.
Si nous avons accordé une place assez étendue à cette partie annexe de notre sujet, c'est afin d'établir sur ce point l'état actuel de l'opinion des meilleurs auteurs et en même temps des hommes spéciaux. Nous n'avons pas cité de médecins français, cependant nous savons de bonne source que plusieurs accoucheurs très distingués de la capitale emploient le chloroforme dans les circonstances que nous venons (l'indiquer ; mais, en l'absence d'observations publiées, nous devons nous en tenir à la simple constatation du fait général.
Nous avons annonce que notre but n'était pas d'indiquer le traitement des maladies accompagnant l'albuminurie, far conséquent nous ne parlerons des maladies du cœur que pour rappeler que l'albuminurie est souvent sons leur dépendance, et qu'en pareil cas, le but doit èlre de L'établir et de régler la circulation.
Suivant que les théories sur l'albuminurie ont varié, les indications ont été différentes. Ainsi, au début des recherches de Brighl, et plus tard, alors que l'albuminurie n'était considérée que comme un résultat d'inflammation, les saignées ont été fortement recommandées. Elles peuvent, en effet, être utiles dans quelques cas particuliers, lorsque l'iiypérémie est marquée.
La théorie qui veut que, la peau cessant de fonctionner, l'albuminurie ait lieu, conclut à conseiller les bains de vapeur, dont l'emploi exige les plus grandes précautions.
Les diurétiques ont été employés de préférence à tous les autres moyens, et cela se comprend. L'idée de faire passer par les reins une substance qui au passage pût modifier l'état morbide de cet organe a dû venir tout d'abord à l'esprit des médecins. Seulement, s'il est vrai que dans certaines formes d'albuminurie avec anasarque, ce moyen ait eu de bons résultats; qu'en particulier, dans la forme chronique, la canlharide ait été employée avec succès, il n'en est pas moins certain que cet ordre de médicamenls ne doit être manié qu'avec une prudence dont on comprendra la nécessité, si l'on réfléchit à la nature des lésions rénales et au mécanisme de l'albuminurie, tels que nous les avons exposés.
Parvenu .111 terme de cette étude, nous croyons devoir en résumer la pensée dominante, non que nous prétendions avoir résolu d'une manière définitive lu question qui nous étail posée, mais parce qu'il nous paraîl mile de marquer en quoique sorte le point où elle est arrivée aujourd'hui, et qui nous semble, nous l'avouons, très voisin d'une solution prochaine.
Dans l'état actuel de la science, les recherches de physiologie