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Et l'assemblée, si elle veut chercher sérieusement à diminuer les maux causés par l'abus toujours croissant des liqueurs alcooliques, n'est-elle pas forcée de recourir à d'autres mesures préventives el répressives » ?
« Ce n’est pas l'ivresse titubante des rues, qui augmente notablement aujourd'hui. Ce n’est pas à cause de ce fait repoussant que l'Amérique, après avoir créé des sociétés de lempérance, crée depuis quelques années des hôpitaux d'ivrognes el qu’elle fait des lois pour protéger les intérêts de la société, des familles, el des ivrognes eux-mêmes, contre les suiles de l’ivrognerie... ce n'est pas contre l'ivresse des rues que la médecine française el tous les organes sérieux de l'opinion publique s'élèvent depuis vingt ans avec une insistance chaque jour plus vive ».
« Le mal social qui provoque à l'élranger un concert d’efjorts el qui cause parmi nous de justes alarmes, est un fait d'origine récente el qui se manifeste moins par la progression du scandale de la rue que par celle de l'immoralhlté sous toutes ses formes, des instincts pervers, du suicide, des crimes, des maladies nouvelles qui aboutissent à la folie et pour lesquelles la médecine a dù créer, depuis 1813, une
nomenclature particulière ».
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Les événements qui ont eu lieu depuis vingt-cinq ans ont prouvé que les vues de M. Roussel n'élaient Pas trop pessimisles, el que le lableau fait par lui des ravages de l'alcoolisme n'était malheureusement que {rop vrai. Aussi est-il permis de regreller que, devant la préférence marquée des membres de la Commission pour le projet Desjardins, et le peu d'empressement de la Chambre à accueillir le sien, M. Roussel ait cru devoir le retirer. Le temps lui a en effet donné raison; depuis 1870, l'alcoolisme a suivi une marche régulièrement ascendante, et lon constate son influence pernicieuse dans la plupart des faits de la vie sociale. Magistrats, médecins, officiers, économistes, pédagoques, tous sont aujourd'hur d'accord pour tenter en commun l'organisation de la lutle contre le mal. IT est reconnu que celui-ci est une des causes principales de la mortalité de plus en plus grande, de la misère, du suicide; qu'il est un des facteurs les plus puissants de la dégénérescence physique et morale de l'individu, auquel la tare qu’il imprime a un redoulable caractère d'hérédité. Dans la criminalité, enfin, l'alcoolisme, l'ivresse qui en est la manifestation extérieure el brutale, et la folie qui en est là conséquence falale, jouent un grand rôle.
Pour le démontrer, les statistiques établies en France
re
et à l'étranger nous journiront des documents péremploires, el l'on se rendra compte facilement que plus, dans une nation, la consommation d'alcool est élevée, plus les crimes el délits sont fréquents.
Nous chercherons ensuile à établir que la loi contre l'ivresse, actuellement en vigueur, n'a, suivant les prévisions de M. Roussel, rien changé à lélat de choses de 1871, puisqu'au contraire la situation a empiré; que, bien souvent, celte loi est restée lettre morte, qu’elle étail impuissante contre l'alcoolisme et que, même pour la répression de l'ivresse publique, ce qui étail son bul spécial, elle a élé loin de donner les résultats que le législaleur attendait d'elle.
On aurait pu, et l’on pourrait encore, certes, mieux faire en ce qui touche l'ivresse publique. Le pourraiton en ce qui concerne l'alcoolisme? nous ne le pensons pas. On peul punir l'ivrogne, qui est dans la rue un objet de scandale : on ne peut atteindre l'alcoolique, dont l'extérieur ne révèle souvent en rien la funesle passion ; une loi permettant de punir l’homme qui s’alcoolise donnerait immédiatement naissance à des abus et porterait une grave atteinte au principe de la hberté individuelle. Et nous sommes d'avis que
le projet de M. Roussel, même volé comme il était
LR présenté, n'aurail pas donné d'autres résullats que la loi de 1873.
Est-ce à dire cependant qu’il faudra supporter, sans rien faire pour la guérir, cette plaie qui ronge la France, et conduit, par une pente insensible, la race à la dégénérescence ? non, certes. El nous consacrerons une parle de ce travail à l’élude critique des principaux moyens législatifs préconisés dans la lutle contre l'alcoolisme, bien qu’il nous semble que les esprits ne soient pas suffisamment préparés, nt l'opinion publique assez travaillée pour que l'action du législateur puisse s'exercer avec une réelle efficacité. Des lois n’ont de chance de vivre, en effet, que si elles sont en quelque sorte demandées par l'opinion publique, et si tout le monde comprend leur nécessilé. Aussi lerminerons-nous en étudiant par quels moyens, autres que les moyens législatifs, on peut remédier au mal; comment, dès l’école, on inculquera à l'enfant, car c’est par là qu’il faut commencer, les principes qui devront être ensuile la règle de toute sa vie; comment celte première éducalion sera reprise et complétée pendant le passage du jeune homme sous les drapeaux; comment enfin la société elle-même, grâce au zèle de quelques hommes dé-
voués, sera là pour fortifier el encourager les hési-
sé pe
tants, et relever dans la mesure du possible les réfractaires. Il est bien entendu que des lois sages et soigneusement éludiées ne pourront que venir en aide à celle œuvre d'initiative privée, que dans bien des cas, même, elles seront indispensables.
Nous n'hésilerons pas, chaque fois que nous en trouverons l’occasion, à mettre en lumière tout ce qui a élé fai à l'étranger ; bien des nations, en effel, qui ont eu plus tôt conscience du péril, ont précédé la France dans la lutte contre l'alcoolisme. Chez quelques-unes, les efforts tentés el poursuivis avec ténacilé et persévérance ont élé couronnés de succès : Pourquoi, dans notre pays où loutes les idées qénéreuses et humanitaires trouvent loujours des adeptes
fervents et zélés, n’en serait-il pas de même ?