‹ De l'alcoolisme dans ses rapports avec la criminalitéChapitre 3 sur 28 · CONSÉQUENCES DE L'ALCOOLISME · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DE L'ALCOOLISME

L'usage des boissons fermentées, dont le vin est le type par excellence, a paru de tout temps répondre à un besoin naturel de l’homme. Et ce besoin a toujours présenté un tel caractère de nécessité, que, dès l’origine pour ainsi dire des sociétés, il a été l’objet de l'attention des législateurs, Il est permis pourtant de se demander pourquoi, dans l'antiquité, il ne nous est pas présenté avec les couleurs tristes et sombres sous lesquelles on le dépeint de nos jours, pourquoi la littérature ancienne ne nous le montre pas avec cet aspect dégradant et abject qu’il a aujourd'hui. Nulle part il n’est question de ce cortège de maux physiques et de plaies sociales qui accompagne l'alcoolisme tel que le comprennent le médecin et le législateur de notre époque et que tout homme intelligent doit s’eflorcer de combattre par tous les moyens possibles.

Est-ce à dire que l'alcoolisme n'existait pas? On a prétendu que l’usage des boissons fermentées ne pouvait l'engendrer : or, comme nos ancètres n'en connurent point d’autres, cette maladie n'existait pas pour eux. Gertes, il y

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a là une erreur ; si l’abus du vin n’entraïnait pas déjà pour la société de sérieux désordres, comment expliquer la préoccupation des pouvoirs publics au sujet de l’ivrognerie, préoccupation qui se traduisait par des lois de répression d’une dureté souvent excesssive ? Il est préférable d’admettre que la maladie moderne que nous appelons alcoolisme existait déjà chez nos ancètres, excusables jusqu’à un certain point, si l’on songe à leurs connaissances médicales, trop rudimentaires pour leur permettre de se rendre compte de la gravité du mal. Il est juste également d’ajouter que celui-ci, par suite des exigences de la vie, ne pouvait frapper qu’une certaine classe d'individus, et que, de plus, il ne présentait pas tous « les caractères redoutables que lui a donnés la propagation parmi les masses ouvrières agglomérées et salariées par l’industrie moderne, d’un agent nouveau, produit artificiel d’une autre industrie inconnue aux anciens, l'alcool » (1).

À l’époque, en effet, où l’on n’usait que de boissons fermentées, l'abus n'en est encore qu’une exception. En un mot, l'alcoolisme est individuel. Comme le dit fort judicieusement le D' Legrain (2), les accidents d’alcoolisme chronique, quand ils existent, éclatent tardivement, à une époque où l’homme ne procrée plus; quand l’homme a constitué une famille, il était indemne de toute tare, ses

enfants par conséquent sont exempts du vice héréditaire.

(4) M. Théophile Roussel, proposition de loi présentée le 16 août 1871.

(2) L'alcoolisme en France, conférence faite le 6 décembre 1896.

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Seule, l’ivrognerie, manifestation brutale et saisissable pour tous de l’alcoolisme pouvait frapper les esprits.

De nos jours, il n’en est plus de même. — Est survenue la découverte des procédés de distillation, d'abord imparfaits, puis poussés progressivement à une complète perfection. Sous des influences diverses, l’usage de l'alcool s’est généralisé : d’individuel, l'alcoolisme est devenu collectif; il n'est plus seulement une maladie quiatteint l’homme dans ses organes physiques, il est un mal national. Ses conséquences funestes sont indéniables à la fois sur l'homme considéré en lui-même et sur l’homme envisagé comme membre de la société. Ce second point est extrèmement complexe ; Aussi passerons-nous un peu rapidement sur tout ce qui n’a que des rapports éloignés avec le cadre de cette étude, pour chercher à établir principalement que l’alcoolisme est une des causes les plus importantes de la criminalité, soit directement, en raison de tous les actes répréhensibles commis sous l'empire de l'ivresse ou de la fureur alcoolique, soit indirectement, en raison des crimes et délits commis sous l'influence de causes provenant elles-mèmes de l'alcoolisme, comme par exemple la misère et l’aliénation mentale. — Nous verrons également, à l’aide de statistiques et de comparaisons, que la criminalité augmente en raison directe de la consommation de l'alcool, et que, par contre, dans certains pays où l’on a lutté avec quelque succès contre le mal,

elle a diminué dans de sérieuses proportions.

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