‹ De l'alcoolisme dans ses rapports avec la criminalitéChapitre 27 sur 28 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

Parmi les plus importantes Sociétés de notre pays, il convient de citer la « Société française de tempérance »,

{fondée en 1872, et qui a pour président M. Cheysson, et qui

porte aussi le nom de « Ligue nationale contre l'alcoolisme », et l'Union française anti-alcoolique, fondée en 1895 par le docteur Legrain, qui en est président. Cette dernière comprend actuellement près de 30 000 adhérents répartis dans 500 sections environ. Ces deux sociétés, dont l'éloge n’est plus à faire, font, par tous les moyens, une propagande très active, organisent des conférences, des concours, publient des quantités de brochures qu’elles distribuent gratuitement ou dont le prix modique est à la portée de toutes les bourses, distribuent chaque année des récompenses aux personnes qui leur sont signalées par leur sobriété, ete. I est à souhaiter que le nombre de leurs adhérents ne fasse que s’accroître, et que le succès réponde aux efforts des hommes qui s’en occupent avec tant de zèle et de dévouement.

Nous né terminerons pas ce chapitre sans dire un mot de l’assistance vigoureuse qu'apportent depuis peu de temps, aux Sociétés de Tempérance, deux partis extrêmes, dont la force et la discipline en font des auxiliaires précieux : le parti catholique et le parti socialiste.

Le haut clergé de France commence à comprendre que la religion ne doit pas agir seule pour recommander à ses lidèles l’abstinence de l’alcool, mais qu'elle doit unir ses efforts à ceux de la science. N'oublions pas, que, dans un village, à côté de l’instituteur, qui représente la science ets en quelque sorte, les pouvoirs publics, dont l'influence est grande sur la majeure partie de la population et sur les

hommes surtout, se trouve le prêtre, dont l'influence n’est

a edit ot, SÉRRét dÉ S de

pas non plus à dédaigner, et qui, s’il comprend bien son rôle, loin d’être à ce point de vue pour l’instituteur un adversaire, lui prêtera au contraire un concours utile. De quelque côté que viennent les attaques portées contre l’alcoolisme, en effet, elles doivent être bien accueillies. Aussi devons-nous signaler la remarquable instruction pastorale de Mgr Latty (1), évêque de Chälons-sur-Marne, où se trouvent les paroles suivantes :

« Prêtres du Seigneur, et vous tous qui pratiquez les saintes lois de l'Evangile, soyons sobres et tempérants ; soyons-le, s’il le faut, jusqu'à l’héroïsme : les pauvres gens, les ouvriers, les humbles, nos frères, voudront suivre notre exemple, peut-être ; le devancer, jamais. Ne leur donnerons-nous pas, enfin, un grand et religieux exemple de raison? »

L'éloquent évèque ne s'est pas contenté de dire que la religion réprouve l'alcoolisme; son mandement est, en réalité, un véritable réquisitoire contre l'intempérance, réquisitoire appuyé à chaque instant sur les documents fournis par la science et par la statistique.

« Partout », dit-il « la science a dressé les catalogues et les statistiques des affreux ravages que fait l'alcool dans le corps de l’homme; et, quand elle nous les énumère, même en raccourci, avec les documents à l’appui, chacune de ses constations nous en donne, pour ainsi dire, le frisson et la peur : on croiraitentendre, avec le son lugubre

(4) On la trouvera in-extenso dans le bulletin de la Société française de tempérance, année 1900, n° 3 et 4.

et sec d’un couperet tombant et retombant sans cesse sur l'humanité, ces mots froids et répétés le jour et la nuit : C'est moi qui tue le plus ».

Le socialisme n’est pas resté en arrière du mouvement général ; il Y a même certains pays, comme la Belgique(1), où l’on peut dire qu’il marche en tète, Le chef du parti, M. Emile Vandervelde, dans une vigoureuse brochure (2), s'attache à démontrer que l’alesolisme est beaucoup plus la cause de la misère, que la misère n'est la cause de l'alcoolisme. « Le prolétariat », dit-il, « a pour impérieux devoir de s'attaquer, non seulement à l'ennemi du dehors, au Capitalisme qui lexploite, mais à l'ennemi du dedans, qui lui ronge les entrailles, aux besoins factices qui absorbent le plus clair de ses ressources et de ses forces. » Nous nous abstiendrons soigneusement de nous prononcer sur les considérations politiques de la brochure de M. Vandervelde, mais nous constaterons que sous l'influence de l'éloquence de celui-ci, la vente de l'alcool a été interdite dans les maisons du peuple de Bruxelles, de Gand et de plusieurs autres villes, et que cette mesure tend à se généraliser. Les socialistes suisses font aussi depuis longtemps la guerre à l’alcool. En Allemagne et en France, la question n'est pas encore aussi avancée. Pourtant, en 1899, au congrès

socialiste de Paris (3), les Compagnons ont adopté un vœu

(1) C’est également vrai de la Hollande.

(2) Le parti ouvrier et l'alcool, Bruxelles, 1898.

(3) D'après le D' Lrcrain, socialisme et alcoolisme, article publié dans le journal L'alcoo!, avril 1900.

exprimant que « la guerre contre l’alcoolisme doit entrer dans la propagande du parti socialiste ». Quelques idées politiques que l’on puisse avoir, nous avons dit que le mal était assez grand pour qu'il soit utile de ne négliger aucun concours. L'initiative privée, qu’elle émane du clergé, du socialisme ou des sociétés de tempérance, qu’elle s'exerce par une amélioration de la condition sociale de l’ouvrier ou par la propagande de la parole ou de la presse, voilà, selon nous, l’arme la plus pratique contre V’'alcoolisme. Que ceux qui prêchent l’abstinence ne manquent pas non plus de donner le bon exemple en l’observant eux-mêmes rigoureusement, la parole par laquelle M. Vandervelde termine ses exhortations étant d’une justesse frappante : « Ceux-là seuls seront dignes de gouverner le monde, qui auront appris à se maitriser eux-

mêmes ».

Grébaut 1l

Page 1