CONCLUSION
Nous avons fait, en commençant, le tableau des ravages exercés par l'alcool dans la société moderne, ravages qui vont toujours en augmentant, à tel point que la lutte contre eux commence à entrer, en France, dans une période active ; dans tous les milieux, on commence à comprendre le danger, et à s'organiser pour le combattre.
Dans l’état actuel des esprits, cependant, on ne peut guère espérer une intervention des pouvoirs publics sulfisante pour détruire radicalement le mal: l'heure n'est pas encore sonnée pour cette intervention. Les mesures législatives que l’on propose, il ne faut pas se le dissimuler, seraient mal accueillies, n'auraient pas beaucoup d'effet, et, sous la raillerie, l'indifférence et la mauvaise volonté générales, tomberaient bien vite en désuétude. Il est à craindre que le projet de MM. Siegfried et Bérenger, relatif à la limitation des délits de boissons, ne rencontre pas auprès des Chambres l’accueil favorable que mérite son opportunité. L'internement d'office des buveurs dans des asiles spé-
ciaux ? Nous le considérons comme contraire à la liberté
individuelle. Le monopole de l'alcool? Nous avons indiqué les inconvénients qu’il nous paraît présenter. Quant à la prohibition, soit totale, soit partielle, avant longtemps, il est inutile d'y songer. De plus, ces mesures, isolées, seraient insuflisantes ; chacune d’elles ne sera bonne que si elle est appuyée par les autres, que si elle fait partie d’un bloc difficile à entamer.
C’est donc aux alcooliques eux-mêmes, qu’il faut s’adresser, pour les guérir, non pas par la violence et la répression, mais par la persuasion, le raisonnement et l’exemple. & Il faut les amener », dit le D' Legrain, « à réclamer d'eux-mêmes à leurs représentants les excellentes mesures que l’on préconise ici et là, tout au moins à les accepter en essayant de s’y conformer. » Mais avant tout, il faut chercher à préserver les jeunes générations et les générations futures de la contamination ; c’est sur l’enfant que l’on doit agir, nous avons dit pour quelles raisons, c’est à l’école que la lutte doit être la plus vive.
En résumé, contre les ivrognes, qui donnent dans la rue le spectacle scandaleux et le fâcheux exemple de leur inconduite, nous demandons une loi plus énergique que la loi de 1873, dont l'insuffisance se témoigne chaque jour davantage; une loi qui ne vise pas seulement la répression du délit, mais aussi la guérison du délinquant ; nous avons dit en effet que celui-ci, une fois récidiviste, nous apparaissait bien plutôt comme un malade à soigner que comme un coupable à punir.
Contre les alcooliques, nous porterons notre espérance
sur l'initiative privée, c’est-à-dire sur toutes les sociétés de tempérance ou d’abstinence, auxquelles nous demanderons de continuer à faire tous leurs efforts pour gagner les esprits. Nous avons la conviction que ces efforts doivent être couronnés de succès; c’est à elles, en effet, qu’il appartient de préparer progressivement l'opinion publique, de manière à préparer le terrain et aplanir les difficultés pour les réformes législatives de demain, qui porteront le coup suprême à l'alcoolisme. Il ne faut pas se dissimuler toutefois que la lutte sera longue et pénible, que des années et des années s’écouleront avant que l’on arrive au résultat cherché ; mais ceux qui l'ont entreprise ne doivent pas se laisser décourager par ces considérations ; ils n’oublieront pas qu'ils se dévouent pour une œuvre de salut
public et d'utilité nationale.
Nu Le Président de la thèse, E. GARÇON.
Vu :
Le Doyen.