‹ De l'alcoolisme des diverses formes du délire alcoolique et de leur traitementChapitre 1 sur 25 · ADRIEN DELAHAYE, LIBRAIRE -ÉDITEUR · texte numérisé non relu

ADRIEN DELAHAYE, LIBRAIRE -ÉDITEUR

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Si, depuis quelques années, les questions relatives à l'alcoolisme ont eu le privilège d'attirer l'attention générale, les derniers événements ont suffisamment démontré que ce n'est pas trop des efforts réunis de tous, médecins, philosophes, législateurs, pour conjurer le danger pressant qui menace à la fois la santé, la morale et la société.

Dans la savante discussion soulevée au sem de l'Académie par M. Verneuil, sur la gravité des lésions traumatiques et des opérations chirurgicales chez les alcooliques, MM. Béhieret Chauffard se sont efforcés de faire ressortir la déchéance physique et intellectuelle que se préparent les individus adonnés aux boissons alcooliques ; déchéance telle que tous les actes pathologiques, spontanés ou traumaliques , se présentent sous un aspect particulier et avec un caractère d'insigne gravité.

Pour les chirurgiens comme pour les médecins, l'ivrogne est un sujet à part ; il sent, il souffre et il réagit autrement que les autres malades.

Maunan. 1

Quand on envisage l'intoxication alcoolique dans son ensemble, on trouve entre les deux pôles extiêmes, c'està-dire entre les accidents passagers, fugaces de l'ivresse et les troubles profonds, permanents, irrémédiables de l'alcoolisme chronique, une longue période dans laquelle, les malades, tout en présentant les caractères généraux du délire alcoolique, offrent entre eux des différences assez marquées pour exiger un groupement particulier. Les uns, en effet, présentent du délire, du tremblement, des troubles digestifs qui s'amendent au bout de quelques jours et disparaissent entièrement si l'individu reste sobre. D'autres se montrent avec des accidents tout d'abord analogues aux précédents, mais de marche différente ; chez eux, en effet, le délire persiste plus longtemps ou bien les troubles hallucinatoires laissent, après leur disparition, des idées délirantes que l'on retrouve au bout de deux ou trois mois, quelquefois même davantage ; ces malades, en général, font des excès depuis longtemps, et souvent ont déjà présenté d'autres accès de délire alcoolique ; les troubles somatiques chez eux sont plus accusés, et l'intelligence commence déjà à présenter un certain degré d'affaiblissement, toutefois ils sont encore susceptibles de guérison, si, changeant de profession ou de milieu, ils font trêve avec leurs anciennes habitudes.

Enfin, une troisième catégorie d'alcooliques, moins nombreuse que les deux autres, conserve, après l'accès, des idées délirantes que Ton voit persister quelquefois très-longtemps après la cessation des phénomènes physi-

ques. Ce sont là des malades à système nerveux plus impressionnable, chez lesquels les antécédents héréditaires expliquent ordinairement l'action plus puissante et plus durable de l'agent toxique. Ces malades, d'ailleurs, s'ils s'améliorent et sortent des asiles, ne tardent pas à faire de nouveaux excès, et pour eux les rechutes sont, on peut dire, la règle.

Ainsi considéré, l'alcoolisme ne comprend pas encore tous les faits. Pendant la longue succession de scènes pathologiques dont il se compose, tantôt et le plus souvent, l'empoisonnement alcoolique marche d'une façon lente et progressive, sans secousses ou troublé seulement de temps à autre par des accidents peu intenses; d'autres fois, au contraire, on voit se dérouler des phénomènes d'une acuité extrême. Ces accidents suraigus, sous la dépendance fréquente d'excès récents et répétés, otîrent, quelle que soit la période de l'intoxication, un aspect assez uniforme pour que l'on s'accorde généralement à leur donner la même dénomination de delirium tfemefis^ dont on admet, toutefois, deux formes, l'une fébrile et grave, l'autre apyrétique et généralement bénigne. La forme fébrile, sorte de délire aigil alcoolique^ ainsi que l'indique Marcé (1), a sa physionomie spéciale et devra être mentionnée à part; quant à la forme apyrétique, elle offre des caractères généraux qui la feront rentrer naturellement dans le délire alcoolique simple.

0) Marcé, Tndté des millndic'i mentales, 186:2, p. 613i

L'intoxication chronique, dans son évolution ultime, suit deux voies différentes, l'une aboutissant à la démence, l'autre à la paralysie générale. Ces deux modes de terminaison sont en rapport, le premier, avec la dégénérescence graisseuse, et le second avec la sclérose diffuse des centres nerveux. Quelques observations suivies d'autopsie en fourniront la preuve.

Nous aurons ainsi, pour répondre à la question posée par l'Académie, Des diverses formes du délire alcoolique et de leur traitement^ à étudier successivement :

r L'ivresse;

2° Le délire alcoolique simple, envisagé d'après le degré d'intensité, chez trois catégories distinctes de malades;

3° Le delirium tremens ;

4° L'alcoolisme chronique, avec ses deux terminaisons, l'une par la démence, l'autre par la paralysie générale.

Avec le délire alcoolique nous aurons à parler des formes maniaque, mélancolique, stupide, admises par la plupart des auteurs et en rapport généralement avec les caractères particuliers des hallucinations. Nous aurons, en outre, à faire la part des accidents produits par l'abus de l'absinthe.

Après avoir déterminé les aspects variés sous lesquels se présente l'alcoolisme, à ses diverses phases, et le traitement qu'il réclame dans chacune de ses formes, nous rechercherons, dans un dernier chapitre, les combinaisons qu'il peut offrir avec d'autres maladies des centres

INTRODUCTION. a

nerveux; dans ces combinaisons, i'alcool agit parfois comme simple excitant et rend plus aigus, sans les modifier, les symptômes de l'alfection première; d'autres fois, au contraire, atteignant plus profondément l'organisme malade, l'agent toxique impose son délire spécial, qui vient se greffer sur le trouble cérébral préexistant; de là des causes d'erreur, et, dans certains cas, dans la paralysie générale à la première période, par exemple, il devient très-difficile de déterminer la nature de l'affection, celle-ci étant masquée par les manifestations plus bruyantes et plus actives de l'alcoolisme nouvellement surajouté.

Nous aurons enfin à étudier l'influence de certaines affections intercurrentes (érysipèle, pneumonie, traumatisme, etc.), qui, rompant plus ou moins brusquement l'équilibre physiologique dans lequel se maintenait l'alcoolisé, malgré un certain degré d'empoisonnement, ne tardent pas à ébranler la résistance opposée par l'organisme à l'intoxication; dans ces conditions nouvelles, l'empoisonnement jusque-là resté latent révèle son existence par des phénomènes quelquefois d'une grande intensité.

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