DÉLIRE DE PERSÉCUTION
d'avoir volé, celui qu'on magnétise est toujours plus ou moins magnétisé, celui qu'on a empoisonné par les aliments continue à être l'objet d'un empoisonnement de même nature (1). »
Dans le délire alcoolique, nous le savons, c'est, au contraire, la mobilité, la multiplicité, la variété qui caractérisent les conceptions délirantes.
L'observation suivante nous donnera une idée de cette combinaison.
Observation XXXVIII. — Délire de persécution, offrant deux périodes d' excitation, dans lesquelles se montrent des hallucinations rappelant l'origine alcoolique.
La malade C..., femme R..., âgée de 33 ans, entre à Sainte- Anne le \ 6 février. Cette malade, née d'une fille-mère, et ne connaissant pas son père, s'imagine, à plusieurs reprises, être issue soit de riches propriétaires de son pays, soit de fonctionnaires occupant des positions élevées ; d'autres idées délirantes viennent ensuite s'ajouter aux premières, elle croit qu'on lui cache son origine pour lui dérober une fortune, que des gens organisent des complots contre elle, qu'on fait disparaître des papiers, etc.
Depuis quelque temps, elle boit et prend de l'anisette en assez grande quantité. Les nuits sont mauvaises, le délire de persécution devient plus actif : on Vacuse d'avoir volé ; des hommes et des femmes courent après elle, Vinjurient, veulent la faire emprisonner ; on la menace ; elle aperçoit des fantômes, des ombres dans sa chambre. Très-effrayée et voulant en finir, elle se précipite par la fenêtre.
Elle arrive à l'asile Sainte-Anne, avec une vaste contusion de la fesse gauche, elle est inquiète, a peur; on l'acuse, ditelle, on lui veut du mal; on la tourmente.
La nuit les hallucinations sont plus fréquentes, elle voit des ombres passer au-dessus de son lit, elle aperçoit des visages
(1) Lasègue, loc. cit., Arch. génér. de méd., juin 1869.
à la porte, derrière les vitres; des fantômes rôdent autour de son lit, etc.
Le tremblement des mains est très-peu accusé.
Les hallucinations et Tagitation persistent une quinzaine de jours, mais elles sont suivies de délire de persécution qui n'a pas entièrement disparu quand la malade sort de l'Asile quatre mois après.
Revenue auprès de son mari, elle s'occupe assez régulièrement du ménage, mange avec appétit, et dort tranquillement, toutefois, elle continue à parler de sa naissance, des personnes qui veulent la voler et elle prétend connaître maintenant l'habitation de son père. A plusieurs reprises, elle se présente chez un fonctionnaire, directeur d'administration, l'appelle son père, lui témoigne la plus vive affection. La voyant folle, on l'acueille deux ou trois fois avec ménagement, puis on la congédie tout doucement.
Plus tard, la porte restant close, elle se met dans une violente colère, injurie les concierges, fait du scandale.
Bientôt elle recommence à boire ; le délire devient plus actif, elle ne reste plus à la maison; parée de ses habits de fêle, elle rôde dans les rues, attendant et cherchant la personne qu'elle appelle son père; elle s'excite plusieurs fois chez elle; dort mal, entend le canon, la fusillade, elle aperçoit des oiseaux noirs et blancs voltiger dans la chambre; elle voit le diable; se lève, ouvre les fenêtres, crie, s'agite, etc.
Elle rentre une deuxième fois à l'Asile le 7 avril, quatorze mois après la première séquestration.
Elle est assez calme dans la journée, mais la nuit, elle aperçoit des ombres et des fantômes, elle entend des voix qui la menacent ; tout remue au-dessous de sa chambre, on frappe, on fait un bruit épouvantable, c'est, dit-elle, comme l'enfer.
Les mains offrent un tremblement à peine appréciable.
Au bout de quinze jours, les hallucinations pénibles de la nuit ont cessé, les idées de persécution restent ce qu'elles étaient avant cette période d'excitation.
On trouve chez cette malade un délire persistant, toujours le même, tendant à se systématiser; à deux reprises, il s'exagère, sous l'influence de l'excitation alcoolique,