‹ De l'alcoolisme et de ses conséquences au point de vue de l'état physiqueChapitre 4 sur 10 · ET D E · texte numérisé non relu

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AU P9INT DE VUE OE L'ÉTAT PHYSIQUE. INTELLECTUEL ET MORAL DES POPUUTIONS

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Messieurs,

Vinum multnm potatum irritationem et iratn et ruinas mul-^ tas feeit. Ces paroles ifun sage de la haute antiquité sont aujourd'hui plus Traies que jamais; aussi ne doit-on pas trouver étrange que des savante se réunissent pour étudier les désordres de tous genres produits par les excès de boissons alcooliques, et chercher les moyens de s'opposer à leurs ravages.

Les peuples les plus civilisés des temps anciens, les Ëgyp. tiens, les Hébreux, les Grecs et les Romains ne ftirent pas toujours sobres, et si chez eux Talcoolisme était moins répandu que parmi nous, cela ne tenait pas sans doute à leurs vertus, mais à ce qu'ils ne connaissaient pas comme nous les boissons distillées et les falsifications nombreuses que IV mour immodéré du gain leur fait subir chaque] jour.

Les peuples barbares de ces temps éloignés ne valaient pas beaucoup mieux que les peuples civilisés; chex les uns comme chez les autres, les excès étaient pour ainsi dire de

bon ton, et il en était de l'ivrognerie comme du luxe, l'exemple partait d'en haut. Ce vice honteux était de mode en quelque sorte dans la vie de ces peuples.

Après la chute de l'empire romain, l'abus du vin ne cessa pas. A cette époque encore, l'exemple vint des grands; les djésordres furent tels que la nécessité d'édicter des lois pour réprimer le vice de Tivrognerie ne tarda pas à se faire sentir; aussi Charlemagne défendit-il de provoquer à boire et à trinquer.

Le vin, la bière, le cidre et quelques autres liqueurs enivrantes provenant de la fermentation du suc d'un petit npmbré de plantes étaient jusque-là les seules boissons spiritueuses connues. Le xp siècle vit naître une nouvelle liqueur de la distillation du vin : fabriquée dès l'origine par les Arabes^ elle reçut le nom d'alcohol et fut regardée d'abord comme un poison, plus tard comme un remède {aqua vilœ), et au xvie siècle comme une panacée universelle. L'usage de cette liqueur ne tarda pas à se répandre : en 1514, Louis XII permettait à la communauté des vinaigriers de distiller les eaux-de-vie^ et, dès 1678, la vente de ces produits, au lieu d'être réservée comme autrefois aux pharmaciens, se fit pubUquement dans les rues. Pourtant les désordres engendrés par l'abus de l'alcool n'ont acquis une fréquence véritablement effrayante que dans le siècle où nous vivons, c'est-à-dire depuis les progrès accompUs par la distillerie, et, comme cet abus prend chaque, jour une plus grande extension, non-seulement parmi nous mais dans le' monde entier, il est bon de s'occuper des effets qu'il détermine et des moyens de prévenir son influence fâcheuse. Votre rapporteur étudiera donc tout d'abord les symptômes de Tintoxication par l'alcool aujourd'hui désignée sous le nom d'alcoolisme, puis les lésions anatomiques et les affections héréditaires qu'elle engendre ; après quoi il s'appliquera à faire ressortir les conséquences de l'abus des boissons alcooliques au point de vue de l'état physique, intellectuel et moral des populations.

Les désordres matériels et fonctionnels déterminés par les

excès de boissons alcooliques sont de deux ordres : tantôt Us sont passagers et se manifestent immédiatement ou peu de temps après l'ingestion de ces boissons, Talcoolisme est aigu; tantôt ils sont persistants et apparaissent après un usage répété et longtemps continué de ces mêmes boissons, l'alcoolisme est chronique. Qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre de ces deux formes d'intoxication, le système nerveux est toujours en jeu, c'est lui qui est plus particulièrement atteint.

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