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DE L’ALCOOLISME AU POINT DE VUE DE L’HYGIÈNE GÉNÉRALE

La question s’étend encore, et se perd cette fois-ci dans les espaces d’un immense horizon; l’hypothèse remplace les laits lorsqu’on essaye de se rendre compte de l’influence destructive de l’alcoolisme sur les populations.

Presque toutes les grandes questions sont posées, pas une seule n’est résolue. C’est par une observation non scientifique que nous avons l’aperception et la vague intelligence d’une dégénérescence de l’espèce humaine; mais il faudrait de grandes recherches de médecine et de statistique pour établir dans quelle mesure peut avoir lieu la dégradation des populations en proie à l’alcoolisme, et, dans l’affirmative, par quelle évolution pathogénique elle procède.

Dans l’impossibilité où nous nous trouvons, faute de documents précis, d’élucider entièrement un sujet aussi grave, nous dirons seulement qu’on a attribué à l’alcoolisme les effets suivants : 1° Y accroissement considérable du nombre des suicides ; 2° celui des délits et des crimes; 3° la transmission héréditaire de funestes penchants, de la passion des boissons ; U° Y origine héréditaire également de Y épilepsie, de la folie , de Y idiotie, de la scrofule et de mille autres maladies, bien que les parents n’en fussent pas affectés eux-mêmes; 5° Y affaiblissement de la puissance génitale; 6° la dépopulation de certains pays, et la misère, qui en est la conséquence.

Nous nous bornerons à reproduire ici quelques considérations présentées par M. Morel :

« Malgré la difficulté d’avoir des 'détails précis de la part

des malades, on peut admettre, avec M. le docteur Magnus Huss, que l’affaiblissement dans les fonctions génératrices coïncide avec les progrès de la paralysie. Certains faits d’observation ont porté le même auteur à penser que l’alcoolisme agit pareillement d’une manière funeste sur la fécondité des femmes.

Il estune loi préservatricedelanaturehumainequifrapped’une impuissance précoce les individus qui commettent de pareils excès, et nous aurons occasion de remarquer que cette même impuissance se retrouve chez les descendants d’individus quiont fait abus des spiritueux. Us ne sont pas seulement frappés de faiblesse intellectuelle congénitale, victime de pratiques mauvaises, mais à cette dégradation intellectuelle et morale vient se mêler l’impossibilité de se reproduire, et cela en dépit du développement normal des organes génitaux. Ce dernier symptôme est pour nous le signe irréfragable de la dégénérescence avec conservation d’un type physique qui ne paraît pas, en apparence au moins, dévier du type général de l’humanité. Il entraîne de toute nécessité l’extinction de la famille, et celle de la race en serait la conséquence forcée, si l’on pouvait supposer la généralisation de ces faits déplorables dans un état social déterminé.

S’il en est ainsi, et beaucoup de faits isolés tendent à démontrer malheureusement cette dégénérescence, par quelles mesures d’économie générale et d’ordre public pourra-t-on arriver à prévenir d’aussi terribles résultats? Ici cesse comme on le pense bien, le rôle du médecin, mais il n’est pas moins nécessaire de dire ce qui a été fait et ce qui pourrait être fait.

D’abord, dans toutes les parties des administrations qui sont organisées sur une grande échelle, sous la direction et la surveillance du gouvernement, il faut reconnaître que les mesures les plus sages ont été prises; c’est ainsi que dans l’armée et la marine, l’ivrognerie est sévèrement punie et que tout a été fait pour la prévenir. Les soldats dans les camps et surtout ies marins en campagne sont dans l’impossibilité de s’enivrer. Il en est de même dans les grands établissements qui sont sous la surveillance du gouvernement ou de diverses ad-

ministrations, comme dans les casernes, les prisons, les hôpitaux. Enfin l’industrie privée a imité ces sages errements, ainsique cela se voit dans les mines, les usines, les filatures et dans tous les ateliers.

Dans beaucoup de communes en France, on doit remarquer avec satisfaction les arrêtés de l’autorité municipale qui prescrivent la fermeture des cabarets pendant les offices religieux, et à une certaine heure de la soirée, et qui en interdisent l’entrée aux enfants et aux jeunes gens au-dessous d’un certain âge.

Mais de toutes les institutions, celles qui sont appelées à avoir la plus grande et la plus heureuse influence, sont, sans contredit, les sociétés de tempérance. On a déjà vu leurs utiles résultats en Amérique, où elles se sont multipliées depuis 1813. Par leur influence certaines communes du midi de la Suède sont entièrement soustraites aux dangers de l’alcoolisme. En Angleterre et en Russie, elles commencent à s’organiser. La France seule n’en possède pas encore. Aussi doit-on accueillir, avec grande satisfaction, toutes les dispositions qui s’en rapprochent, et nous citerons volontiers à cet égard un arrêté du conseil de l’administration municipale de Versailles, de l’année 1851 (1).

Mais il importerait surtout que le gouvernement prît en main la question et fit des efforts pour favoriser l’organisation de semblables sociétés.

En effet, c’est dans ce sens seulement qu’il peut intervenir, car son action doit s'arrêter au seuil de la vie privée.

Cependant, nous devons signaler une tendance qui pourrait avoir d’heureux résultats : il serait question d’appliquer, par un jugement sommaire, une pénalité aux individus trouvés en état d’ivresse sur la voie publique; rien n’est encore décidé à cet égard, mais la question est à l’étude.

Nous ne parlerons pas, comme quelques utopistes, de droits plus considérables à frapper sur les boissons; ce projet serait irréalisable, mais on pourrait peut-être accorder moins d’autorisations pour l’ouverture de cafés, de débits de vin, etc.

(!) Voir noie n° 4.

Il faudrait aussi sévir de plus en plus contre la sophistication des boissons. Enfin la surveillance devrait être assez grande pour prévenir des spéculations delà plus monstrueuse immoralité. Nous ajoutons en note (1) une observation qui montre qu’elles peuvent s’élever jusqu’au crime.

Ici doit se terminer cette troisième partie, parce que, faute de moyens d’application, le médecin doit s’arrêter devant les grandes questions d’économie générale. Son rôle est terminé du moment où il a signalé les dangers et indiqué les moyens d’y porter remède. C’est au législateur à faire le reste.

(1) Voir note n° 6.

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