CANTON DE ZURICH
Il n'existe pas de loi spéciale concernant les aliénés dans le canton de Zurich, bien qu'il y ait deux asiles publics et plusieurs asiles privés.
Depuis 1815, les aliénés du canton sont placés dans le vieil hôpital cantonal situé au milieu même de la ville de Zurich. Un quartier distinct, construit en 1836 et pouvant contenir une trentaine de lits à peine, est affecté aux malades en traitement.
On doit celte année même transférer les incurables dans l'asile de la Bheinau, ancien couvent situé à cinq lieues de Zurich et à deux lieues à peine de Schaffhouse, qu'on vient d'approprier pour recevoir cinq cents malades.
On construit actuellement, pour les aliénés curables, un magnifique établissement dans la commune de Hirslanden, à 2 kilomètres nord de Zurich. Cet asile, commencé en 1864, et qui doit contenir deux cent cinquante malades, ne sera guère terminé avant deux ou trois ans. Nous en reparlerons.
Les pièces à fournir au directeur de l'asile pour obtenir le placement d'un aliéné sont :
1° Un certificat médical rédigé conformément à un modèle adopté ;
1k DE L'ALIÉNATION MENTALE EN SUISSE.
2° Un engagement au payement de la pension pris par la famille, mais plus souvent par la commune.
Aucune autre formalité n'est exigée.
Le médecin seul décide lorsqu'il y a lieu de mettre un aliéné en liberté.
Il n'y a qu'une classe de pension, dont le prix est en moyenne de 2 francs par jour. Le taux en est fixé pour chaque malade par la direction de l'hôpital, d'après les renseignements qui lui sont fournis officiellement par le président du conseil communal.
On admet bien rarement des aliénés étrangers au canton ; ils payent d'ailleurs le même prix que les autres.
Pour les aliénés dangereux séquestrés par mesure de police, ce qui est fort rare, l'État, en l'absence de la commune, paye un prix fixé de concert avec la direction de l'hôpital.
Erlemneyer (1) signale dans le canton de Zurich cinq asiles privés, à savoir : les asiles de Àndelfingen, Flaach, Mainedorf et Meilen, sur le bord du lac, et celui de Uottingen, dans l'un des faubourgs de Zurich.
D'après les renseignements qui m ont été donnés sur place par les docteurs Biriner et Ch. Meyer, et par le président du Conseil d'Étal, le docteur Treichler, il n'en existerait aujourd'hui qu'un seul, celui de M&nnedorf (et non Mainedorf), situé dans le bourg de ce nom, sur la rive septentrionale et vers le milieu du lac de Zurich. Cel asile, où le traitement médical est remplacé
(1) Loc. cit., p. 126.
par des pratiques mystico-magnétiques, reçoit des aliénés des deux sexes; il y en a habituellement de 100 à 150. Cela ne fait guère honneur aux habitants du canton de Zurich, l'un des plus éciairés cependant de la confédération.
En résumé, sous le rapport de la législation aussi bien que sous celui de l'organisation du service des aliénés, il y a entre les divers cantons de la confédération les plus grandes différences.
Trois seulement, — et ils appartiennent à la Suisse française, Genève, Neuchâtel, Vaud, — ont adopté des lois spéciales concernant les aliénés. Encore deux de ces lois au moins laissentelles beaucoup à désirer.
Dans deux cantons qui ont des asila* spéciaux, — Berne, Saint- Gall, — et d'autres qui n'ont que des quartiers d'hospice, — Argovie, Bâle, ïhurgovie, Zurich, — des règlements, revêtus pour la plupart de la sanction du Conseil d'État, déterminent les conditions d'admission dans ces établissements, et quelques-uns de ces règlements sont très-convenablement établis. Mais rien dans ces cantons et moins encore dans les autres ne détermine les conditions d'admission dans les asiles privés, qui sont cependant assez nombreux en Suisse et dont plusieurs ont une certaine importance.
Dans quelques autres cantons, à Lucerne, par exemple, il n'y a que des lois de police, telles que nous en avions en France avant Pinel; dans d'autres, enfin, il n'y a rien ou presque rien.
Les questions de traitement et d'assistance en Suisse sont généralement beaucoup mieux comprises. Si dans quelques-uns des cantons les moins importants, — Appenzell, le Valais, le Tessin,
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Schwytz, Uri, Zoug, — rien ou presque rien n'a encore été tenté
sous ce rapport, dans d'autres le service est largement doté.
En Suisse, du reste, le progrès, ou du moins ce que nous considérons comme tel, a suivi, en ce qui concerne le traitement et l'assistance des aliénés, la même marche que partout ailleurs. A l'époque que j'appellerais volontiers d'indifférence ou de barbarie, à laquelle appartiennent encore, à des degrés divers, les six cantons dont je viens de parler, et où les aliénés sont abandonnés à eux-mêmes ou renfermés dans les prisons, a succédé la séquestration dans des maisons de refuge et de charité, ce qui se pratique encore, au moins en partie, dans les Grisons, Glaris, Lucerne, Schaffhouse et Unterwald.
Puis enfin, on en est venu à comprendre que l'aliéné était avant tout un malade, et que s'il était nécessaire de le séquestrer par mesure de police, il l'était plus encore peut-être de l'entourer de soins tout particuliers. De là, la création des maisons de traitement.
Mais ici, de nouveau, nous rencontrons de grandes différences entre les divers cantons.
Dans ceux qui n'ont pas d'asile, — Fribourg, Glaris, les Grisons, Lucerne, Schaffhouse, — les aliénés curables seuls sont envoyés dans les cantons voisins ; les autres sont entretenus tant bien que mal dans les maisons de charité dont presque toutes les communes en Suisse sont pourvues. Il en est de même d'ailleurs dans le canton de Thurgovie, qui n'admet guère que les curables dans son quartier de Miinslerlingen.
D'autres cantons placent les curables el les incurables dans
des quartiers ou établissements séparés, — Bâlc- Ville, Berne, Zurich, — ou n'admettent dans l'asile que les curables et entretiennent les autres chez des cultivateurs, — Saint-Gall, — ou môme placent à la campagne presque tous leurs aliénés, — Unterwald.
Quelques cantons enfin, à l'instar de ce qui se fait en France, admettent dans leurs asiles tous ou presque tous leurs aliénés curables et incurables. Il en est ainsi dans les cantons d'Argovie, de Genève, de Neuchâtel, de Soleure et de Vaud.
Les aliénés ne sont que- très-rarement assistés à domicile en Suisse, et cela surtout dans les cantons qui ont des asiles (1); quelques communes seulement accordent des secours aux familles indigentes qui ont à leur charge un idiot ou un crétin. II ne faut pas oublier, d'ailleurs, que si dans quelques-uns des cantons les plus riches, tels que ceux de Berne, Fribourg, Glaris, Saint-Gall, Soleure, Vaud, l'Étatvienten aide aux communes pour l'entretien de leurs aliénés, soit directement, soit indirectement, partout ailleurs, celles-ci doivent acquitter elles-mêmes, en l'absence de la famille ou de caisses spéciales, la totalité des frais d'entretien. Aussi, quand les aliénés à leur charge ne sont pas interdits, c'est-à-dire dans l'immense majorité des cas, les communes sont-elles les premières ^ intéressées à veiller sur leurs biens et revenus.
(1) On oublie trop facilement, en effet, que les hôpitaux et plus récemment les asiles d'aliénés ont été créés pour remplacer ou compléter l'assistance à domicile qui a existé de tout temps sous une forme ou sous une autre.
Presque partout, du reste, en Suisse, on a adopté pour la fixation du taux de la pension à payer par les familles dans les asiles publics, une mesure qui nous paraît excellente; ce ne sont point les parents qui fixent eux-mêmes ce taux, mais bien le conseil d'État ou tout au moins la direction des établissements, d'après le chiffre des revenus propres de l'aliéné ou de ceux qui lui doivent assistance. Je dois ajouter qu'en Suisse, où l'impôt sur le revenu est généralement adopté, les fortunes sont beaucoup mieux connues que cbez nous. Cependant nous croyons qu'en France il y a quelque chose à faire sous ce rapport. N'est-il pas regrettable, par exemple, qu'un chef de famille qui a 30 à ùO 000 francs de rente, soit placé dans un asile à 12 ou 1500 fr. par an ?
Nous avons déjà dit un mot du placement des aliénés chez des paysans. On ne fait pas autre chose dans le canton d'Unterwald, et l'on paraît s'en être bien trouvé, dans certains cas, dans ceux de Saint-Gall, de Neuchâtel et de Vaud. Ce mode d'assistance, au sujet duquel nous faisons toutes réserves, ne peut être et n'est en réalité appliqué que dans des conditions exceptionnelles qu'il n'appartient point à l'homme de créer.