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II. — STATISTIQUE

Les premiers recensements généraux de la population en Suisse ne remontent pas à une époque bien reculée, et cela sans doute parce que l'organisation politique et administrative de cette confédération ne nécessitait pas au même degré qu'ailleurs la connaissance de documents qui sont Indispensables dans les pays où règne la centralisation ; et puis, il n'était pas

facile, en raison surtout de l'indépendance à peu près absolue des cantons par rapport au pouvoir central , notamment en ce qui concerne les questions d'administration intérieure, d'obtenir à un moment donné des renseignements uniformes de la nature de ceux qui sont nécessaires pour établir avec une certaine précision la statistique d'un pays.

Aussi, lorsque pour la première fois, en 1850, un recensement fut exécuté dans toute l'étendue de la confédération d'après une formulaire uniforme et des règles identiques (1), éprouva-t-on de grandes difficultés pour obtenir des résultats absolument comparables et fut-on même obligé de renoncer à publier un certain nombre de documents dont l'exactitude et la précision laissaient évidemment trop à désirer. Ceux relatifs aux infirmités de l'esprit et du corps furent de ce nombre.

Lors du recensement de 186), l'expérience du passé fut, sous ce rapport, mise à profit, et l'on retrancba des tableaux de recensement les rubriques concernant la folie, l'idiotie, le crétinisme, et, en même temps, celles relatives aux aveugles et aux sourds-muets. Nous considérons cette suppression comme fort sage, et nous serions assez d'avis qu'on en fît autant, au moins pour la folie, l'idiotie et le crétinisme, dans d'autres pays où les documents statistiques sont en général cependaut recueillis avec soin, mais où les renseignements concernant l'aliénation mentale sont presque forcément entacbés des plus

(1) 11 a bien été fait en 1836 un recensement général de la population en vue de la révision d'une échelle des contingents d'hommes et d'argent; mais il n'y eut ni uniformité ni simultanéité dans les opérations.

graves imperfections. Les familles, en effet, n'avouent pas facilement au premier venu certaines infirmités auxquelles des hommes spéciaux, d'ailleurs, peuvent seuls assigner leur véritable place dans les cadres statistiques.

Et puis, enfin, pour obtenir des renseignements précis, il ne faut pas trop demander, et, comme l'a dit sagement Horace Say au Congrès statistique de Bruxelles : « Pour que la statistique soit bien faite, il faut qu'elle consente à limiter un peu le champ de ses études. »

Ce n'est donc point dans les recensements fédéraux de 1850 et 1860 que nous trouverons les documents nécessaires pour établir la statistique de l'aliénation mentale en Suisse.

Fort heureusement, l'initiative individuelle a produit ce que le gouvernement n'avait pu obtenir, et nous trouverons dans un certain nombre de documents publiés à partir de 1840 des renseignements précieux pour le but que nous nous proposons d'atteindre. Afin de mettre un peu d'ordre dans les faits et considérations que nous allons exposer, nous les grouperons en sept chapitres.

I. — Chiffre, et proportion des fous, idiots et crétin* par rapport à la population.

Établissons d'abord en quelques mots, pour n'y plus revenir, ce qu'il faut entendre, selon nous, par les mots (diénés, fous, idiots et crétins .

Sous le terme générique d'aliénations mentales, maladies mentales ou p/trénopathies, nous comprenons toutes les lésions des facultés intellectuelles et morales, qu'elles soient aiguës

DE L'ALIÉNATION MENTALE EN SUISSE. 8t

ou chroniques, congénitales ou acquises, primitives ou consécutives.

Les aliénations mentales se divisent en deux groupes, à savoir :

1° Celles caractérisées par l'absence ou l'arrêt de développement des facultés intellectuelles et morales : idiotie, crétinisme ;

2° Les aliénations mentales acquises ou accidentelles, qui comprennent elles-mêmes deux catégories bien distinctes de troubles vésaniques : la folie, le délire.

La folie est une maladie, une entité morbide, à marche chronique, presque toujours apyrélique, fréquemment héréditaire, à causes multiples, plus souvent morales que physiques et difficiles à bien déterminer, maladie qui ne disparaît point habituellement avec la cause qui l'a produite, et affecte, en se systématisant, des formes fort diverses qui ont habituellement peu ou point de rapport avec cette cause déterminante.

Le délire, au contraire, n'est le plus souvent qu'un phénomène symptomatique, habituellement de courte durée, presque toujours pyrétique, assez rarement héréditaire, occasionné le plus souvent par une cause physique unique et facile à déterminer, symptôme qui disparaît généralement avec la cause qui l'a produit et affecte dans presque tous les cas le même caractère d'incohérence et de tendance à se généraliser, tout en conservant dans une certaine mesure l'empreinte de la cause déterminante.

La folie se complique parfois de délire, ou pour mieux dire,

I,. MINIER. (i

82 DE l'aliénation mentale en suisse.

d'accidents aigus qui ne sont qu'une complication el auxquels on a donné le nom de délire aigu.

Le délire fébrile, de son côté, peut dégénérer en la forme chronique, persister au delà de la maladie dont il n'a tout d'abord été qu'un symptôme, et devenir enfin une véritable folie. Cette dernière seule est de notre ressort.

La différence entre l'idiotie et le crétinisme est bien autrement difficile à établir : pour nous, le crétin se dislingue particulièrement de l'idiot par une conformation toute spéciale de la tète et du corps, que M. Baillarger attribue à un arrêt de développement de l'organisme (l), conformation que l'on retrouve plus ou moins prononcée à tous les degrés de la maladie, et qui permet généralement de distinguer au premier coup d'oeil les crétins des véritables idiots. Empressons-nous seulement d'ajouter que dans les régions où le crétinisme est endémique, on rencontre souvent à côté les uns des autres des crétins et des idiots, et que si la différence est bien tranchée dans les types les plus accentués, elle est parfois difficile à saisir dans ceux qui le sont moins.

Le docteur Meyer- Ahrens, aux travaux duquel (2) nous ferons de nombreux emprunts pour tout ce qui concerne le crétinisme en Suisse, considère comme une seule et même

(1) Académie des sciences, séance du Vi novembre lSôl.Vl Jim. tnéd.-psych., 1852, p. 123.

(2) Meyer-Ahrcns, dans Schwei:. Zeitschr. fur Med., 1853, et dans Beobachtungen ùber den Crelinismiis von llosch. Tubingen, 1852.

famille morbide, là où règne l'endémie crétineuse, les idiots, les imbéciles, les goitreux, les sourds-muets, les nains qui s'y rencontrent. Nous reviendrons ailleurs sur cette manière d'envisager le crétinisme.

Malheureusement, les observateurs qui ont fourni au docteur Meyer les documents qui lui ont servi pour sa statistique du crétinisme en Suisse, n'ont pas tous compris de la même manière ce qu'il faut entendre par idiotie ou crétinisme, que les uns ont confondus et que les autres, au contraire, ont plus ou moins nettement distingués.

La même observation s'applique, d'ailleurs, quoiqu'à un moindre degré, aux termes de folie, imbécillité et idiotie, qui ne sont pas toujours séparés dans les documents.

Quoi qu'il en soit, le lecteur sait désormais ce que nous entendons par les mots aliénés, fous, idiots et crétins.

Le premier travail où nous trouvons des renseignements statistiques est le mémoire publié en 1840 (1) par l'honorable docteur Schneider (de Brùgg), au nom d'une commission dont faisaient partie avec lui les docteurs Lehmann et Schnell, commission que le département de l'intérieur avait chargée de faire une enquête sur l'aliénation mentale et le crétinisme dans le canton de Berne.

(1) Statislik des Irren im Kanton Bern, dans Bernische Viertel Jahrsschrift., 2e vol., 3e fascicule, 1840, p. 58 et suiv.

84 de l'aliénation mentale en suisse.

Un recensement spécial fait, en 1839, sur la demande de la commission donna pour tout le canton :

Fous 448

Idiots et crétins 122

Total 570 (I)

pour une population de 407 913 ; soit 1 sur 715 habitants.

Je veux bien admettre avec M. Schneider que ce chiffre était bien certainement au-dessous de la réalité ; mais ce n'est pas, ce me semble, une raison suffisante pour remplacer arbitrairement le chiffre 448 par le chiffre rond 500, et surtout celui de 122 par le chiffre de 1306, obtenu en 1836 par la commission de l'instruction publique, qui pouvait très-bien ne pas entendre les mots idiots et crétins comme nous les entendons nous-mêmes. C'est donc sous toutes réserves que nous reproduisons ici les chiffres admis comme vraisemblables par la commission bernoise, à savoir :

Fous 500

Idiots et crétins 1300

Total 1800

C'est-à-dire. . . 1 fou (Irrer) sur 816

— ... 1 idiot (Blodsinniger) sur. . . 314

— ... 1 aliéné (Geisteskranker) sur. 227

Nous dirons plus loin ce que nous pensons de ces proportions et quelle signification il y a lieu de leur attribuer.

(1) Ce chiffre ne comprend vraisemblablement que lés idiots et crétins dont il y avait lieu de se préoccuper au point de vue de la séquestration.

Le crétinisme est endémique dans quelques localités du canton de Berne. Nous en reparlerons.

Le docteur Berchlold-Beaupré, dans un mémoire publié en 1843 (1), nous apprend bien qu'à cette époque le crétinisme était endémique sur quelques points du canton de Fribourg et même dans les faubourgs de la ville; mais il ne donne à l'appui de son affirmation aucun document statistique.

En 1844, le docteur Borrel, en exécution d'un arrêt du conseil d'État du 13 mai de la même année, fit dresser avec une scrupuleuse exactitude la statistique des aliénés du canton de Neuchâtel. Il obtint les résultats suivants :

Hommes 108

Femmes 125

Total 233

Pour une population de 70 679 habitants; soit 1 aliéné sur 303 habitants. Ce sont ces chiffres qui ont servi de base pour la fondation de la maison de Préfargier (2).

Ajoutons que le crétinisme n'est nulle part endémique dans ce canton, et que, d'après Meyer-Ahrens, il y avait, en 1840- 1845, 87 sourds-muets, idiots et crétins.

(1) Dissertation sur le crétinisme, br. in-12. Fribourg, 1843.

(2) Notice sur la maison de santé de Préfargier. Neuchâtel, 1848, in-8, p. 7.

86 DE l'aliénation mentale en suisse.

Dans son rapport sur l'asile d'aliénés de Bâle, publié en 1850 (1), le docteur Brenner établit que la proportion des aliénés du canton de Bàle-Ville traités annuellement, est de 66 sur 25 787 habitants, soit 1 sur .''90, et que la proportion des aliénés restant à la fin de chaque année a été en moyenne, de 18Û2 à 1850, de 43, soit 1 aliéné sur 599 habitants. Mais ce chiffre ne représente que la proportion des aliénés séquestrés et nullement celle de tous les aliénés du canton, ainsi que cela semble ressortir du mémoire d'Erlenmeyer, dont nous parlerons plus loin.

Celte proportion des aliénés séquestrés du canton de Bâle- Ville a augmenté, d'ailleurs, depuis cette époque : au 1er janvier 1865, il y avait, en effet, dans les deux asiles de Bâle, maison de traitement et maison de refuge, 80 aliénés (2), ce qui, pour une population de 40 683 (recensement de 1860), donne la proportion de 1 aliéné séquestré sur 508 habitants.

Dans un mémoire publié en 1865 par une commission spéciale nommée pour examiner la proposition du docteur Brenner, relativement au déplacement de l'asile de Bâle, le rapporteur évalue à 1 sur 500 la proportion des aliénés du canton à séquestrer (3). Dans les villes, en effet, l'écart entre le chiffre total des

(1) Bericht von Uerrn Doktor Brenner aber die Irren-Anstalt von ihrer Erôjfnung, 1842 bis 185(1.

(2) Communication du docteur Brenner.

(3) Ueber die l'ebcUliuule in der Basler Irrcn-.lnstalt und die \othvendigkeit ihrer Verleguiuj. Hàle, 1865, p. !:;.

aliénés et celui des séquestrés n'est jamais aussi considérable que dans les campagnes.

Les documents que nous venons d'analyser étaient à peu près les seuls publiés sur la matière lorsque fut instituée la commission spéciale dont nous avons parlé au commencement de ce travail.

Cette commission, nommée par la Société des naturalistes suisses, devait prendre en main la direction de toutes les questions relatives à l'aliénation mentale, tout en conservant le caractère d'une commission purement scientifique. Quoi qu'il en soit, cette commission, composée d'hommes compétents et zélés, sut mener à bien la mission difficile qui lui avait été confiée et put communiquer le résultat de ses travaux à la réunion des naturalistes suisses qui se tint à Glaris en 1851.

La partie statistique des travaux de la commission avait été plus particulièrement confiée à M. le docteur Binswanger, alors directeur de Mûnsterlingen, qui ne publia pas lui-même les résultats de ses recherches, mais les mit à la disposition du docteur Erlenmeyer. Nous les retrouverons dans le mémoire sur l'aliénation mentale en Suisse (1), que ce dernier publia, en 1853, dans les Annales de la médecine légale de Schneider et Schùrmeyer.

Ces documents sont incomplets assurément et ne compren-

(1) Dos Irrenwesen der Schweiz. 40 pages in-8. Ce mémoire n'a pas été tiré à part ; nous en devons la communication à l'obligeance du docteur Binswanger.

88 i)L L ALIÉNATION MENTALE EN SUISSE.

lient qu'un certain nombre de cantons ; mais ils n'en sont pas moins fort intéressants.

Erlenmeyer, d'ailleurs, a également mis à profit pour son travail les écrits des docteurs Schneider, Borrel et Bramer, dont nous avons déjà parlé, et surtout le premier mémoire du docteur Meyer-Ahrens (de Zurich), publié en 1845 dans les Archives fa Haeser (1), travail dans lequel ce savant distingué a groupé méthodiquement tous les documents publiés sur le crétinisme en Suisse, et notamment les résultats des recensements faits à partir de 1840 par les soins de la Société des naturalistes suisses.

Cette Société avait nommé à cet effet, dans la réunion qui eut lieu à Fribourg, en 1840, une commission présidée par le professeur Troxler, auteur lui-même de plusieurs travaux sur la matière (2) ; mais en 1841, à Zurich, on dut nommer une nouvelle commission pour activer les recherches : ce sont les documents recueillis par les soins de cette dernière commission qui ont été publiés par le docteur Meyer-Ahrens.

Voyons ce que nous apprend le travail d'Erlenmeyer, et

(1) Mittheilungen iiber die Verbreilung des Cretinismus in der Schweiz nach den der Naturforschenden Gesellschaft eingesandten Matcrialen (Haser's Arcliiv, VIIe vol., !ie fascicule).

(2) Voyez notamment ses observations insérées en 1817 dans les Archiv der Medizin, Chirurgie und Pharmazie, et son mémoire lu à Saint-Gall, le 27 juillet 1830, à la réunion des naturalistes suisses, et publié dans les mémoires de la Société sous le titre de : Der Cretinismus und seine Formen,als endemische Menschcncntartung m untcrm Vaterlandr.

comparons ies documents qui y sont exposés avec ceux publiés depuis 1851 et ceux que nous avons nous-mème recueillis.

Sur le canton à'Appenzell, non plus d'ailleurs que sur ceux de Fribourg,de Genève, de Schaffhouse,Au Tessinctd'Unterivalden-le-Haut, Erlenmeyer n'avait pu obtenir de documents statistiques lorsqu'il publia son mémoire de 1853 : je n'ai moi-même rien pu recueillir de satisfaisant sur la plupart de ces cantons.

Pour le canton A'Argovie, nous trouvons dans Erlenmeyer les chiffres suivants :

Aliénés (Irre) 400

Soit 1 sur 500 habitants.

Crétins 413

La dénomination d'aliénés s'applique probablement ici à la folie et à l'idiotie sporadique.

Le crétinisme s'observe surtout dans la partie méridionale du raii ton, sur les bords de l'Aar. Il est endémique sur deux points de la vallée de l'Aar, vers l'embouchure du Suren, — Aarau, Buchs, Suhr, Grânichen, Rupperswyll, Hunzenschwyl, Shafisheim, Othmarsingen et Môriken, — et près de celles de la Reuss et de la Limmat, contrée basse et humide, notamment à Allenburg, Windisch, Reuss, Gebenstorf et Vogelsang.

Le crétinisme est également endémique dans quelques loca-

lités de la vallée du Rhin, telles que Kaisten, Môhlin et Kaiseraugst.

M. Legoyt (1) parle d'un recensement des aliénés qui aurait été fait en 1860 dans le canton d'Argovie, et qui aurait donné les résultats suivants :

Fous 747

Soit 1 sur 260 habitants.

Idiots et crétins. 923

Je ne sais à quel document ces chiffres ont été empruntés, mais je crains qu'ils ne soient entachés d'erreur.

Lorsque je suis passé en Suisse, en effet, le zélé directeur de l'asile de Konigsfelden, le docteur Schauffelbùel, qui a fait lui-même, en 1857, le recensement des aliénés, idiots et crétins du canton, m'a communiqué les chiiïres suivants :

Idiots et crétins (endémie) 340

Aliénés 1260

Soit 1 aliéné sur 154 habitants.

Voilà les résultats que donne la statistique quand elle est faite directement par des hommes compétents.

Le chiffre de 360 ne comprend que l'idiotie et le crétinisme endémiques.

(1) Du mouvement de l'aliénation mentale en Europe et dans l'Amérique du Nord, mémoire publié dans le Journal de la Société de statistique de Paris, année 1N63, p. 78.

Pour le canton de Bâle- Ville , Erlenmeyer reproduit les chiffres du docteur Brenner, dont nous avons déjà parlé ; il y ajoute quelques renseignements sur le crétinisme.

Il y avait en 1840-1845 (1) 64 crétins dans le canton ; mais le crétinisme n'était réellement endémique que dans la commune de Klein-Hùningen, dans la banlieue de Bàle, où, sur 405 habitants, on comptait 24 crétins, soit 1 sur 17 habitants, proportion relativement considérable.

Dans le canton de Bàle-Campagne, Erlenmeyer signale 27 crétins. Le village de Baselaugst à lui seul en comptait 7 sur une population de 307 habitants : nulle part ailleurs, dans le can • ton, le crétinisme n'est endémique : il tend, du reste, à disparaître.

Il n'est rien dit des aliénés.

Erlenmeyer ne donne aucun document statistique pour le canton de Genève, et le docteur Olivet, dans sa lettre du 16 juin 1867, m'apprend que rien n'a encore été publié sur ce sujet : il ajoute seulement qu'il n'y a pas de crétins dans le canton. Nous ne pouvons donc donner ici que le chiffre des aliénés séquestrés : il était au 1er janvier 1867 de 111, soit 1 aliéné sur 747 habitants.

(1) La date précise du recensement n'est presque jamais indiquée.

92 r>E l'aliénation mentale en suisse.

Dans le canton de Glaris, on comptait, en 1850, hh aliénés, soit 1 sur 686 habitants.

Il y a peu de crétins dans le canton : le crétinisme est cependant endémique dans les communesde Linththal — 32 crétins sur 1617 habitants — , à une altitude de plus de 800 mètres; à Bettschwanden — 22 crétins sur 2083 habitants — ; à Malt, 800 mètres d'élévation, — 10 crétins sur 736 habitants — . On rencontre même des crétins, mais en moindre quantité, à Elm, à une hauteur de 970 mètres

D'après un recensement fait cette année même, et dont les résultats m'ont été communiqués par le président du conseil de santé, il y aurait dans le canton :

Imbécillité congénitale et acquise. ... 83

Idiotie et crétinisme 29

Folie 33

Total 145

Soit, en défalquant les crétins, 1 aliéné sur 287 habitants ; proportion qui n'est évidemment qu'approximative, parce que le chiffre 83 comprend à la fois des idiots et des déments (1).

(1) Cette confusion est souvent faite encore même par des médecins qui emploient l'expression Dlodsinn pour désigner la démence consécutive aussi bien que l'imbécillité et l'idiotie congénitales, et parfois même le crétinisme.

Dans les Grisons, il y avait, en 1850 :

Aliénés 93

Soit 1 sur 967 habitants.

Crétins 357

On observe le crétinisme dans les Grisons à 1000 et même 1330 mètres de hauteur. Il est plus commun dans la vallée du Rhin et les vallées secondaires qui en dépendent que dans celle de l'Inn.

Dans la première, on le rencontre surtout à Mayenfeld, Malans, Zizers (20 sur 1015 hab.), Igis (9 sur l'A hab.), Trimmis [h sur 1105 hab.), Untervaz (5 sur 1150 hab.), Goire, Ems (8 sur 1029 hab.), Illanz, Kâstris, Sumvix, et, en face, Surrhein.

Sur le Rhin antérieur, on l'observe jusqu'à Dissentis, à 1150 mètres d'élévation.

Dans la vallée latérale du Lugnez, il faut citer surtout le bourg de Vigens, où les crétins abondent. Il n'y en a pas, au contraire, dans le Safienthal.

Sur le Rhin postérieur, on ne rencontre de crétins que dans les régions les plus basses, dans la Domleschg, par exemple, et notamment dans les communes de Thusis, Kazis et Sarn. Le crétinisme est inconnu dans le district élevé de Davos ; dans la vallée de Schalfick, on ne l'observe guère qu'à Goire.

Non loin de Saint - Pirminsberg, vers l'embouchure du Landquart, on observe le crétinisme en même temps que les affections scrofuleuses et le goitre ; ces maladies sont incon-

nues, au contraire, dans la région montagneuse que traverse cette rivière torrentielle.

Le crétinisme est plus rare dans la vallée de l'Ion : il paraît inconnu dans h Haute-Engadine. Dans la Basse-Engadine, on l'observe à Schuls, en face de l'embouchure de la Scarle, à une hauteur de 1330 mètres (7 crétins sur 989 habitants).

Parmi les vallées du Sud, il faut citer en première ligne celle de Poschiavo , où le crétinisme se rencontre endémiquement dans le Puschlav.

Plus à l'ouest, dans la vallée de la Moesa, qui se jette dans le ïessin, le crétinisme est endémique dans le district de Misocco, et notamment à Gabbiolo et à Lostallo, à une hauteur de 425 mètres.

Il est inconnu dans les vallées de Bergell et de Munster.

Dans le canton de Lucerne, il y avait, en 1850 : Aliénés 700

soit 1 sur 190 habitants, et, même dans le district de Sursee, 1 sur 159 :

Crétins 206

D'après une lettre que nous avons reçue le 18 juin dernier du directeur des alîaires médicales du canton, il n'y a pas été fait de recensement des aliénés depuis dix-huit ans. Nous avons donc été étonné de lire dans le travail précité de M. Legoyl, qu'en 1860, on avait recensé dans ce canton 113 aliénés et

960 crétins et idiots; nous craignons qu'il n'y ait là quelque erreur ou malentendu, et cela d'autant mieux qu'Erlenmeyer ne parle pas de ce recensement daus son mémoire de 1863.

Le crétinisme est endémique à Allishofen ( 1 crétin sur 35 habitants) et a Eltiswyl (1 sur 100). Là d'ailleurs, comme presque partout ailleurs en Suisse, le crétinisme tend à disparaître.

Le canton de Saint-Gall comptait, en 1850 :

Fous 229

Idiots et crétins (cas sporadiques) 297

Total 526

Soit 1 sur 285 habitants.

Idiots et crétins (cas endémiques) 311

dont kl crétins complets, répartis comme il suit : Unterrheinthal , U; Oberrheinthal , 3; Werdenberg, 6; Sargans,26; Neutoggenburg , 5 ; Wyl, 3.

On ne rencontre guère le crétinisme que dans la vallée du Rhin et sur la Tamina.

En 1855, le chiffre des aliénés et idiots du canton de Schaffhouse était de 106, et, en 1861, de :

Fous 94

Idiots de naissance 28

Total 122 aliénés (1).

(1) Th. Enderis, loc. cit., p. 37, et communication du docteur Emile Joos, directeur des affaires médicales du canton.

96 de l'aliénation mentale en suisse.

Soit, pour une population de 35 500 habitants, 1 fou sur 378 habitants, et 1 aliéna sur 291.

Le crétinisme n'est endémique sur aucun point du canton. M. Saint-Lager (1) parle seulement de k\ crétins répartis autour de Schaffhouse, Wilchingen, Stein et Ramsen.

Dans le canton de Schwyz, il y avait, en 1850, 52 aliénés, soit 1 sur 850 habitants.

Le crétinisme n'est endémique qu'à Einsiedeln ; encore, sur une population de près de 7000 habitants, y a-t il à peine 5 à 6 crétins.

Pour le canton de Soleure, Erlenmeyer nous donne 211 aliénés (lire), soit 1 sur 335. Il ne dit mot du crétinisme. J'ai vu cependant quelques crétins et semi-crétins dans l'asile de la Rosegg.

D'après le docteur Kottmann, qui a publié en 1853 (2) une statistique du crétinisme dans le canton de Soleure, il y avait, à cette époque :

Crétins 38

Semi-crétins 52

Crétineux 58

Total U8

et, de plus, kl sourds-muets, sans distinction des cas endé-

(1) Éludes sur les causes du crétinisme et du goitre endémiques. Paris, 1867, p. 348.

(2) Kottmann, dans Schiveiz. Zeitschrift fur Medicin, etc., 1853.

miques ou sporadiques : je ne crois pas que le crélinisme soit nulle part endémique dans le canton de Soleure.

Erlenineyer ne dit rien du Tessin dans son mémoire de 1853; mais il donne, dans celui de 1863, la proportion de 1 aliéné sur 416 habitants.

Le crétinisme est endémique dans quelques localités du Tessin ; mais nulle part, la proportion des crétins n'atteint un chiffre important. Nous empruntons au docteur Saint-Lager (1) la statistique suivante de 1855 :

District de Bellinzona. . . 45 crétins.

— Riviera 33

— Lorentina ... 18

— Lugano 30

— Mendrisio . . . 12

— Locarno 13

— Val Maggia. . 6

Total 157 crétins.

Il y avait, en 1850, dans le canton de Thurgovie :

Aliénés (fous et idiots) 174

Soit 1 sur 513 habitants.

Crétins 74

Le crétinisme n'est nulle part endémique dans le canton ; mais il y a plusieurs localités suspectes sur les confins, et uo-

(1) Loc. cit., page 345.

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