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I. — Origine et marche du crétinisme

Le goitre, que l'on considère généralement comme le premier degré de l'endémie crétineuse, est connu depuis longtemps, et la lecture attentive des auteurs fournit la preuve de son existence à toutes les époques de l'histoire dans la plupart des pays où on le rencontre encore aujourd'hui. En est-il de même du crétinisme proprement dit? Il est au moins permis de le présumer, d'après quelques passages des auteurs anciens, et notamment dHippocrate, Vitruve et Pline l'Ancien (1).

Quoi qu'il en suit, aucun des documents que j'ai pu consulter ne fait mention du crétinisme en Suisse avant le commencement du x\T siècle (2).

Paracelse, qui y est né et y pratiqua la médecine vers 1525- 1530, ne parle point expressément du crétinisme endémique; mais on ne peut douter qu'il l'ait observé en lisant ce qu'il dit

(1) Plini secundi, Naturœ hisloriorum lib. XXXVII, io-fol. Paris, 1524, p. 441-443.

(2) Le docteur Saint-Lager, dans un excellent ouvrage que j'ai déjà cité, a présenté un historique succinct, mais je crois le plus complet qui ait encore été fait, du goitre et du crétinisme. J'ai trouvé dans cet ouvrage de bonnes indications pour les recherches spéciales que j'ai entreprises : j'en ai trouvé de très précieuses également dans le mémoire que le docteur Meyer-Ahrens, de Zurich, a publié en 1852 dans le journal de Rôsch (Beobachtungen iiber den Cretinismus ; Tùbingeu, 1852, drittes Heft) sous le titre de : Gesckichtliche MiUheilungen iiber die Kenntnissc von der Verbreitung des Cretinismus in der Schwei: vordem Jahre 1840, oder bis zu den von der Schveizerischen nalui-forsclicnden GcseiLciuift angestelUen Nachforschungen.

132 DE l'aliénation mentale en suisse.

dos rapports du goître et de l'idiotie dans sou chapitre De

generatione stultorum :

« Quae (struma?) licet stultis quideni propria non siut

sed ipsis cum aliis communia : in stultis tamen eadem omnia frequentissima sunt (1).»

Georges Agrieola, beaucoup plus connu par ses belles recherches minéralogiques que par ses publications sur la pratique de la médecine, a signalé le goître et le crétinisme sur deux points des Grisons, dans la vallée de l'Inn et dans celle du Rhône :

c Ex ipsis vero aliquae (aquœ) gutturosos efficiunt : ut... in alpibus duobus in locis in Cillera valle quae distat ab Oeno ad octovum lapidem meridiem versus... et in Sundcra valle, quœ abest à Curia, oppido Rlietice, circiter duodecim millia passus, ubi praeterea fons est cujus aquae potœ adeô laedunt cerebrum, ut slolidos faciat (2). n

Jean Stumpf, dans sa chronique suisse, dont la première édition porte la date de 1566, parle du grand nombre de goitreux et d'imbéciles {Kindliche) qu'il a observés dans les villages de Zizers, Igis, Trimmis et Untervaz.

(1) Paracelsi Opéra medico-chcniico-chirurgica, 2 vol. in-fol. l'.enève, 1658. Yirt. t. Il, p. 383 et 385.

(2) De natwa eorum quœ cffluwU ex terra. In-fol. Bàle, 1546. Lib. II, p. 118-114.

Dans un autre passage, Stumpf signale aussi l'existence dans le Valais des goitreux et des hommes à teint blafard (1).

Josias Simler, ministre de Zurich, a observé le goitre et le crélinisme sur plusieurs points de la Suisse ; il donne une bonne description des crétins du Valais :

« In agro tigurino ad Turum fluvium, proxime qua Rhenum ingrediturin villa Flaach nomine, fons est qui bibenles gutturosos efficit, ideoque strumarum fons nuncupalur. Ac quod vallesianos spectat in quibusdam pagis complures gutturosi inveniniuutur, in aliis prorsus nulli, in quibusdam pauci admodum. Alium quoque pagum se illic nosse amicus quidam ad me scripsil, in quo pluresclaudicent, quum in proximo pago nemo tali vitio laboret. Item pagum esse in quo plures fatui homines inveniantur, quos ipsi Gouchen (2) vocant, qui vix homines nominari merentur, bestiis similes, ut qui nullo cibo humano utantur : se enim vidisse qui stercore equino uteretur, alium qui fœno, alios qui nudi tota hyeme incederent, et varia hujusmodi monstra : quorum causa in occullo latet. Constat tamen illic prima m esse gratulationem quœ enixis aiïertur, quod naturarum expertae il lis dicere et gratulari soient, quod infans non sit faluus (3). ->

(1) Gemeiner Lobl. Eidgnoschaft Sleltcn, Landen und Volckern Chronikwirdiger thaaten besclireibung durch Johann Slumpffen. Zurich , 1566, p. 588 et 607. — Cit. de Meyer-Ahrens.

(2) On appelle encore aujourd'hui dans le Valais Tschengen et Tscholinen les crétins au premier degré, Trissel et TscheielUn ceux du deuxième degré, et Gauch ou Goich les crétins complets.

(3) Vallesiœ descriptio libri duo, par Josias Simler, in-8. Zurich, 1574, p. 4.

\?>l\ ni l'aliénation mentale en suisse.

Dans un autre passage, Siniler assure que de son temp>. les matrones reconnaissaient dès la naissance, mais sans nous dire à quels signes, les enfants menacés du ci étinisme.

Félix Plater, de Bàle, est, je crois, le premier médecin suisse qui ait parlé de l'idiotie endémique et de ses causes, et il l'a fait dans des termes qui méritent d'être reproduits :

c Proprie tamen de illis dicilur, qui verè slnlli et insipientes nati, mox etiam in ipsa infantia stultitiae indicia, gesticulando, praeter reliquorum infantium consuetudinem, edunt, neque facile obtempérant, aut dociles sunt, ita ut sœpè neque loqui discani, longé minus alia munie obire, in quibus industria aliqua requiritur. Quod in quibusdam regiouibus frequens est malum, uti de jEgypto scribunl, et in Valesiae pago liremis (1), sicut ipsevidi, et in Carinthiae valle B intsgert haUYicU), im\\ùs infandbus solet accidere : qui praeter innatam stuitiliam, capiteinterdum informi, lingue immensa et tumida, muti, strumoso saepe gutture. aspectum deformem praebent ; et sedenles in \is solemque intuentes, ac, bacillos digitorum interstitiis int«i ponentes, corpusque varié torquentes, oreque diducto, cachinnum et admirationem praetereuntibus movent (2). »

(1) liremis, que nous avons trouvé sur une carte du xvr siècle, dans le voisinage de Sion, est probablement la \illo désignée aujourd'hui sous le nom de Brann

(2) Felicis Plateri Praxeàs meàictè Tomi 1res, in-b, V édH. I7:»i'>, t. 1, p. 81. La première édition de cet ouvrage porte la date de L602-

Nous verrons plus loin ce que dit Plater au sujet des causes et du traitement du créliuisme.

Daniel Emerita , dont nous reparlerons plus loin , a vu également des goitreux et des crétins dans plusieurs localités de la Suisse, et notamment dans les cantons de Zurich et des Grisons :

« Sint et pagi fatuù (illttè ijtèbs GvVehën vocaut, vix

hominum dignos) referti : nullo in cibo humano, quidam et stercore et excrementis, alii fœno pascuntur : nudi etiam per hiemem incedunt : sono magis quam sermone utuntur quippe qui a nullo mortalium iutelligatur. . . (1). »

Jacques Tollius a été vivement impressionné par la vue des goitreux et des crétins qu'il a rencontrés dans la belle vallée de Goï're :

« At nos et mirati sumus, et vix a lacrumis nobis temperare potuimus, ubi plerosque horum montium incolas iia deformatos vidimus. Sed quota haec justi doloriserat? Miseri homines quorum guttura tumor ille altius obséderai, vix mentis compotes erant. Vidi, qnibus strumse aequarent capitis magnitudinem, in dextrum vel sinistrum humerum prolapsae; in aliis ovi, in quibusdam mali grandiusculi speciem referrent. Eadem

(!) Extrait d'une lettre imprimée à Leyde en 1627, et que nous avons trouvée dans les notes ajoutées par Henninius à l'édition qu'il a donnée en 1714 des Lettres de Jacques Tollius. Voy. p. 248.

[ère et œqualiscral stultitiœ cxuberantia ; quae quain molesta peregriuautibus esse possit... (1). »

./. J. Scheuchzer, inédecio à Zurich, nous apprend que, de son temps, de 1702 à 1711, à Kazis et Almens, dans la Uornleschg (Grisons), le goitre était très-commun (2).

Bien qu'il ne parle que du goitre, nous citerons, à cause dosa précision, le passage suivant de Wolfgan Christian :

« Strumae in nonnullis Helvetiae districlibus endemiae sont, praecipue in Valesiorum regione, ac ia illo ditionis Bernensis tractu, qui vocatur Emmenthal... »

Et plus loin :

« Hoc saltem novi strumas liuic genti (Valesiis) adeô

esse communes ut vulgo in dicterium abierit, valesios non slrumosos semet existimare membro decoro mutilatos (3). »

Samuel Seelmat ter affirme, en 1751, que le crétinisme, — (( plures strumosi, scrofulosi, surdi et muti et iinbecillœ mentis homiues » , — naguère endémique dans les villages de Wikon et d'Adelboden (Oberland Bernois), en avait disparu depuis qu'on

(1) Jacobi Tollii Epixiolœ itinerariœ, 2e édit. Amsterdam, l'I'i. p. 238.

(2) J. J. Scheuchzer, Itinera per Hclrctuv alpinas regiones de ) 7 1 • 2 a 1711,2 vol. in-'i. Lyon. \ï'2-\.

(5) Dn. D. Wolgangi; Mânes Hagliviani, in Acadcmiœ Cœtano- Leopoldimr Carolinœ naturœ curiosontm Epliemerides; année 1717 cent. V et vi, p. 111' de l'Appendice.

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avait remplacé, par une eau plus pure, les eaux calcaires dont les habitants faisaient précédemment usage (1).

Le célèbre Haller qui, de 1729 à 1736, a exercé la médecine à Berne, sa ville natale , n'a pas parlé du crétinisme en Suisse autant qu'on pouvait l'attendre d'un homme dont les connaissances étaient aussi variées et aussi étendues. Voici les seuls passages concernant cette maladie que j'ai trouvés dans ses nombreux ouvrages :

« Frequentissimum hic mihi observatur animo exem-

plum fatui generis hominum, quo vicina Valesia abundat. Id ad omne vitœ humanae officium inepti, vel in aprico sole humana dignitate manifesto minores sessitant, vel in lectis cubiculorum ferè immoti, tota vita sua decumbunt (2). »

Et ailleurs, en parlant de la perte de mémoire produite par la chaleur intense :

a Id vitium adeo in Valesia vulgare esse ibi mihi narra tn m est, ut ex recepta consuetudine pueros aestate ingruentc in montes frigidasque sylvas déportent (3). »

Nous reparlerons plus loin de cet usage des habitants du Valais de transporter leurs enfants sur les montagnes.

(1) Morbi circa Tobinium familiares cum casibus nonnullis et observationibus rarioribus. Bàle, 1751. — In Dispulationes ad niorb. hist. et cur. de Haller. 6 vol. in-4, Lausanne. Vid. t. VI, 1758, p. 697.

(2) Elemcnla physiologiœ corporis hwnani, in-4, 1 7 6 G , t. IV, liv. H, sect. 3, p. 530.

(3) Herm. Boerhaave, Prœlectiones Academicœ, édit. A. Haller, .S vol. in-8. Gottingue, 1743, t. IV, p. 466, note A.

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Dans un troisième ouvrage, enfin, Haller signale sinon le crétinisme au moins le goitre endémique à Kappellen près Aarberg (Capellen propè Albergam), dans le canton de Berne (1).

Bonrrit, dans sa description des glaciers des Alpes, parle des goitres de grosseur monstrueuse qu'il a vus à Martigny : « Ces hommes, ajoute-t-il. ont la plupart la langue embarrassée et une forte dose d'imbécillité (2). »

Tscharmr et Haller, dans leur Dictionnaire de la Suisse. parlent « du nombre de goitreux, de muets et d'imbéciles qu'on rencontre dans plusieurs villages du haut Valais, parmi lesquels il se trouve des êtres si mal organisés que, dans toute leur vie, ils ne se lèvent jamais de leur place et qu'à peine les besoins de la vie les plus pressants leur arrachent-ils quelques signes de sensation ou d'idée (3). »

Ils ne parlent ni du goitre, ni du crétinisme dans leur description du canton des Grisons.

Dans ses lettres sur l'état politique de la Suisse, publiées en

(1) Opmcula palhologica, I vol. in-8. Lausanne, 17.")."), V partie.

obs. vi, p. 1(i.

(2) Description des glaciers el aman <lc glace du duché de Savoie. GertèvOj 177:;, 1 vol. in-8, p. fis.

3 Dictionnaire historique, politique ci géographique de la Suùw, 3 vol. in-8. Genève, I7sk-, voy. t. III. p. 188 204 II »'«i p» ne procurer les éditions antérieures.

1776, Williams Contrevient, à plusieurs reprises, sur les goitres et l'idiotisme des habitants de la vallée du Rhône, et notamment de ceux de Sider, Sion et Martigny : « Rien ne m'a plus frappé, dit-il, que la vue de quelques-uns de ces idiots étalés au soleil, la tête penchée et la langue pendante, offrant le plus dégoûtant tableau d'imbécillité dont on puisse se former une idée (1). »

Coxe ajoute, d'ailleurs, que lors de son passage à Sion, il paraissait établi que le nombre des goitreux et des crétins avait déjà considérablement diminué (2). Dans la classe inférieure du peuple, du reste, on regardait encore les crétins « comme des signes de la faveur céleste » ; on les appelait les bonnes âmes de Dieu, sans péché (Soûls of God, irithout sin) (3).

fiazoumoivsky, qui a consacré au goitre et au crétinisme un chapitre de son voyage dans le Valais, décrit avec beaucoup de vérité la nonchalance et l'inertie des habitants du haut Valais : « Chaque individu, dit-il, traîne une vie faible et languissante ; la pâleur de la mort est empreinte sur les visages, et un air de stupidité en est partout la compagne fidèle ; en général de petite stature, le poids de leur atmosphère semble tellement affecter, accabler ces pauvres êtres, qu'il paraît que la mélancolie, la taciturnité, une indifférence morale les suivent en tout

(J) Travels in Switzerland and in the Country of the Gri.'ons, trad. par Ramond, 2 vol. in-12. Paris, 1781. Voy. t. II, p. 11 et 12. Voyez aussi l'édit. anglaise eD 3 vol. Bâle, 1802, t. III, p. 74 à 83.

(2) Loc. cit., p. 37.

(3) Loc. cit., p. 39.

lieu et en font, pour ainsi dire, des créatures entièrement étrangères au reste des humains (1). »

L'auteur a fait les mêmes observations dans la vallée d'Un, où l'on ne voit, dit-il, « que goitreux et crétins, comme dans la vallée du Rhône (2). <>

Nous avons dit précédemment qu'il y avait encore aujourd'hui beaucoup de crétins et de sourds-muets dans cette vallée.

Dans un autre ouvrage, Razoumowsky parle d'un cas de crétinisme sporadique bien caractérisé qu'il a rencontré à Don- Didier, près du lac de IMorat, et qu'il ne sait trop comment expliquer (3).

De Saussure, en 1786, dans ses belles recherches sur les Alpes , a présenté sur les crétins des considérations pleines d'intérêt ; j'en parlerai quand j'exposerai l'opinion des auteurs sur la nature et surtout les causes de la maladie.

En 1786, Star signale la fréquence du goitre et du crétinisme à Altorf (h) et dans la vallée de Coire dont les conditions hygiéniques lui paraissent éminemment insalubres (5).

(1) Voyages minèralogiques dans le gouvernement de l'Aigle e iui? partie du Valais, par le comte de Razoumowsky. Lausanne, 1784, p. 132 à 136.

(2) Loc. cit., p. 130.

(3) Histoire naturelle dit Jorat et de ses environs, 2 vol. in-18. Lausanne, 1789. Voy.t. Il, p. 1G8.

(4) Th. Stor, Alpenrcisen, t. 11. Leipzig, l/Sii, p, 39. --Cit. de Meyer-Ahrens.

(5) Idem, p. 141 et 142.

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Stor a également observé le goitre et le crétinisme dans le Valais ; l'endémie lui a paru avoir son summum d'intensité vers la partie moyenne de la vallée, entre le haut et le bas Valais (1).

H. L. Lehmann a vu beaucoup de goitreux et de crétins à Furstenau, Scharans, Rotels et Almens dans les Grisous (2).

J. F. Ackermann croit qu'à Kazis, de même d'ailleurs que sur d'autres points de la Domleschg, il y a eu des crétins dès la plus haute antiquité (3).

De Salis a observé le goitre et le crétinisme dans la vallée des cinq villages : Zizers, Igis,* Trimmis, Untervaz et Haldenstein, où depuis longtemps l'endémie a été signalée, et il a donné de celte vallée une description sur laquelle nous reviendrons : de Salis ajoute d'ailleurs que, de son temps, le mal avait déjà beaucoup perdu de son intensité (U).

Tels sont les documents dans lesquels j'ai trouvé l'existence de l'idiotie endémique bien nettement signalée sur divers points de la Suisse, de 1530 à 1813. A. partir de cette époque, les sociétés savantes de la Confédération commencèrent à étudier

(1) Idem, Vorbereilang, p. lv-lx.

(2) Patriotisches Magazin von und fur Biindten, von H. L. Lehmann. Bern, 1790, p. 16 à 42. — Cit. de Meyer-Ahrens.

(3) Ackermann, Ueber die Cretinen, eine Besondere Menschenabart in âen Alpen, in-8. Gotha, 1790, p. 28.

(4) Neuer Sammler, 1807, p. 308-31/1, et Meyer-Ahrens, p. 19.

sérieusement cette question, et elles n'ont plus dès lors cessé de s'en occuper activement.

Ce fut d'abord la Société Argovienne de culture nationale qui nomma dans son sein une commission de quatre membres, pour faire une enquête à ce sujet. On trouva, dans le canton, 106 crétins complète, répartis dans vingt-buii localités.

Le docteur Henri Zschokke, chargé du rapport, lut à la Société, en mars 1813, un excellent travail sur lequel je reviendrai, en parlant des causes et des traitements du crélinisme (1).

Dans un premier mémoire imprimé en 1817, le professeur Troxler présenta quelques considérations sur le crétinisme et en signala notamment la fréquence dans la vallée de Malters (canton de Lucerne), qu'il considère comme le berceau du goitre et du crétinisme (2).

Mais ce fut surtout dans la communication qu'il lit le 27 juillet 1830 à la Société des naturalistes suisses, séant à Saint-Gall, qu'il exposa sur cette grave question des considérations qui attirèrent l'attention du monde savant.

Troxler avait, d'ailleurs, dès cette époque, émis l'avis que la Société entreprît la statistique du crétinisme en Suisse, et formulât à cet effet une série de questions préparatoires ; mallieu-

(1) Ueber dw Ursachen des Vrelmismus HN Kanlon Aargnu uuJ m der Sciure i: uhcrliaupi, dans le lu1 vol. des Œuvres d'Henri Iicbekke. Aarau, 1825.

(2) Archiv dcr Mcdizin, Chirurgie und Pharmazie. Aarau. 1S17, 3e fasc, p. A3.

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reusement diverses circonstances ne permirent pas de donner immédiatement suite à sa proposition, et elle ne fut prise en considération que dans la réunion qui se tint à Fribourg en août 18^0, et dans laquelle furent faites des communications intéressantes qui ont été insérées dans le recueil des actes de la Société. J'ai dit précédemment comment les recherches statistiques, commencées dès celte époque, donnèrent lieu à un excellent rapport d'ensemble, publié en 1845 par le docteur Meyer-Ahrens, dans les Archives de Hàser.

Je signalerai enfin la Note statistique sur les sourds-muets qui se trouvent dans le canton de Vaud, lue à la Société cantonale d'utilité publique par le professeur Gindroff, et dans laquelle il est dit que, d'après un recensement fait avec soin, il y avait, en 1826, 152 sourds- muets dans 55 paroisses, et particulièrement dans les districts de Moudon, Payerne, Aubonne et la Vallée, et que, sur ces 152 sourds-muets, 70, dont un certain nombre pour cause d'imbécillité voisine du crétinisme, n'étaient susceptibles d'aucune amélioration (1).

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