‹ De l'aliénation mentale et du crétinisme en SuisseChapitre 43 sur 62 · II. — Nature et caractères de la maladie · texte numérisé non relu

II. — Nature et caractères de la maladie

Je n'entends parler ici, comme je l'ai fait d'ailleurs dans le chapitre précédent, 'que des opinions émises par les savants qui ont principalement sinon exclusivement observé le goitre et le crétinisme en Suisse.

• (1) Revue encyclopédique, ou Analyse raisonnèe des productions les plus remarquables. Paris, 1826, t. XXXI, p. 248.

\hU de l'aliénation mentale en suisse.

F. Plater parle à plusieurs reprises du crétinisme dans sou chapitre I)e mentis alienatione, si remarquable à tous égards, et qui mérite mieux qu'une simple mention.

Bien qu'il ait admis, en effet, une variété de folie déterminée par l'intervention des esprits déchus et pour laquelle il conseille de ne point s'adresser au médecin, mais bien aux théologiens (1), Plater n'en doit pas moins être considéré comme l'un des créateurs de la médecine mentale, dont il a fait évidemment une élude toute particulière.

Plater, en effet, définit très-sommairement, mais d'une façon précise, l'affaiblissement intellectuel (mentis imbecillitas), qu'il distingue en :

L'obtusion intellectuelle {heùetudo mentis) ;

La pesanteur d'esprit (tarditas ingenii) ;

L'imprévoyance (im prudent ia) ;

L'absence de mémoire (oblivium) ;

L'affaiblissement de la mémoire [memoria imminuta) (2).

•C'est dans le cerveau, d'ailleurs, que Plater place le siège de ces différentes lésions des facultés intellectuelles, auxquelles il attribue pour cause l'hérédité, la sénilité, les coups et chutes sur la tête, l'afflux du sang vers l'encéphale ou au contraire les évacuations sanguines trop abondantes, les excès vénériens, les maladies de longue durée, le carus, la mélancolie, les convulsions, les poisons et philtres aphrodisiaques ou narcotiques, l'inaction

(4) Tome I, p. 28.

(2) Tome I, p. 2.

des facultés mentales ou bien au contraire les excès de travaux intellectuels, de veilles ou de contention d'esprit, la diversité des occupations intellectuelles, les vices de conformation du crâne ou du cerveau (instrument i imperfectio, vel figura indecenscerebri), la trop grande humidité ou sécheresse de cet organe (1).

F. Plater, comme le font encore quelques médecins suisses, a donc confondu sous la même dénomination — imbécillités, Blodsinn — l'imbécillité congénitale et la démence consécutive.

Cette confusion doit d'autant plus nous étonner de la part de Plater, que plus loin il distingue très-nettement la folie proprement dite de l'idiotie congénitale, qu'il décrit sous le nom de stultitia, fa-uitas vel infantia (2), et qu'il donne de l'idiotie sporadique et endémique une bonne description.

Dans son chapitre des tumeurs — Extuberantiœ gênera — Plater distingue nettement, d'ailleurs, le goitre — Bronchoceles seu Gutturis hernia — des tumeurs scrofuleuses (3).

Un peu plus loin, il parle du caractère endémique de la maladie :

« Hœ quoque certis regionibus, ubi plurimis accidunt, adeo consueta sunt, ut non indecorœ illic habeantur (U). »

De Pavo dit qu'on ne saurait mieux comparer les crétins du Valais qu'aux blafards de l'isthme de Darien :

(1) Tome I, p. 3

(2) Tome I, p. 80.

(3) Tome III, p. 202.

(4) Tome III, p. 205.

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