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AUX ALIÉNÉS

J'ai déjà, dans la première partie de ce travail, exposé comment était organisé le service des aliénés dans chacun des cantons suisses ; il me reste à parler des divers modes de traitement employés par nos confrères, et particulièrement des établissements consacrés aux aliénés.

1° Méthodes thérapeutiques.

Je me suis assez longuement étendu sur ce qui concerne le traitement du crétinisme pour n'avoir point à y revenir ici; qu'il me suffise d'ajouter que les crétins sont rarement admis dans les asiles spéciaux et qu'on n'en rencontre guère que dans les maisons de refuge [Pfleganstalten) et les hospices ordinaires, où ils demeurent cachés pour ainsi dire aux yeux des touristes, ce qui, pour le dire en passant, a certainement contribué à faire croire à beaucoup de voyageurs que le mal avait pour ainsi dire disparu, quand il n'est encore qu'atténué (1).

Mais cette séquestration dans les hospices n'aurait-elle pour résultat que de soustraire des êtres difformes à la vue des femmes enceintes, et surtout d'empêcher les rapports sexuels

(1) Clayton avait déjà constaté en 1790 que ce n'était pas sans difficultés qu'on pouvait observer des crétins dans le Valais, qu'on les cachait aux voyageurs. Voy. On the Crétins of the Valais, dans Memoirs of ihe Literary and Philosophical Society of Manchester, t. III, 1790, p. 2G8.

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entre ceux chez lesquels la procréation est encore possible, qu'il ne faudrait point hésiter à l'approuver. Elle montre d'ailleurs que les habitants des vallées atteintes par l'endémie, au lieu de considérer la naissance d'un-crélin comme une faveur du ciel, la regardent aujourd'hui comme un malheur et presque comme une honte pour leur pays : de là à faire d'énergiques efforts pour en faire disparaître les causes, il n'y a qu'un pas, et ce pas a déjà été franchi presque partout en Suisse.

Pour ce qui concerne le traitement de la folie, je n'ai rien trouvé de particulier dans les ouvrages publiés par les médecins suisses, et dans ce que j'ai pu apprendre de leur pratique usuelle dans mes rapports avec ceux que j'ai eu l'heureuse chance de rencontrer lors de mon voyage. Ils sont unanimes, d'ailleurs, sur la convenance de ne traiter les aliénés dans leur propre famille que dans des cas exceptionnels, et sur l'opportunité de les isoler presque tous dès le début de la maladie dans des établissements spéciaux.

Quant au placement des aliénés dans des familles étrangères, aucun des médecins avec lesquels j'ai pu m'entreteuir de cette question ne le considère comme un moyen de traitement : il constitue tout au plus, à leurs yeux, un mode d'assistance applicable à certaines catégories, fort peu nombreuses d'ailleurs, d'incurables inoffensifs, et notamment d'imbéciles et de crétineux.

Je vais essayer de dégager des documents en ma possession ce que présente de plus saillant à cet égard la pratique des médeciiR suisses.

Si nous en croyons Hungerbùhler, on n'est entré que fort tard, en Suisse, dans la voie des réformes concernant les aliénés : la description qu'il nous donne, dans sa brochure de 1846, de l'état dans lequel ils se trouvaient encore à cette époque dans la plupart des cantons, ne peut laisser aucun doute à cet égard. Il y avait à peine quelques années qu'on avait substitué le placement dans des maisons de charité à la mise aux enchères et à l'adjudication au mieux offrant de l'entretien des indigents (1).

Déjà cependant, en 1866, un certain nombre d'aliénés étaient admis dans des quartiers d'hospice et même dans des asiles spéciaux publics ou privés. L'asile du Champ-de- l'Air, à Lausanne, date, en effet, de 1810 ; Kônigsfelden, de 1818; Walzenhausen, de 1826; Zurich, de 1836; les Vernets, à Genève, de 1838 ; Mùnsterlingen, de 1860 ; et enfin l'asile de traitement de Baie, de 1842.

Malheureusement, la plupart des médecins de ces établissements n'ont pas publié les résultats de leur pratique, et deux ou trois seulement ont exposé dans leurs rapports quelques aperçus sommaires sur le traitement des maladies mentales.

Le vénérable professeur Fr. Brenner, dans son rapport de 1862, se borne à nous dire que c'est surtout dans la période de mélancolie, — qu'on observe au début de presque toutes les affections mentales — , qu'on obtient des résultats favorables ; mais que ce ne sont point des voyages et des raisonnnements

(1) Ueber das o/fentliche Irrenwcsen in der Schweiz, p. 15.

[Widerspruch) qu'il faut employer en pareille occurrence, mais bien des moyens de traitement appropriés à chaque cas en particulier, et notamment les calmants (1).

Le docteur L. Binswanger, dans une communication faite le 14 mai 1866 à la Société d'utilité publique de Thurgovie, séant à Romanshorn, a justement flétri les pratiques mysticomagnétiques par lesquelles certaines personnes étrangères à l'art de guérir, et notamment mademoiselle Trudel et M. Zeller, à Miinnedorf (Zurich), voulaient remplacer dans le traitement de la folie les moyens thérapeutiques généralement usités (2). Mais ce ne sont point là des exposés de doctrine, et il est à peine possible d'en tirer quelque enseignement.

Quant au professeur Ginesingvr, je ne puis guère parler ici des considérations thérapeutiques exposées dans l'excellent ouvrage que j'ai déjà cité; M. Griesinger appartient beaucoup plus à l'Allemagne qu'à la Suisse; son livre, d'ailleurs, est dans toutes les mains, et je ne puis mieux faire que d'y renvoyer le lecteur.

2° Nombre et situation des établissements.

Erlenmeyer, dans son mémoire de 1863, compte en Suisse quarante-deux établissements d'aliénés ; mais il a compris sous

(1) Bericht iiber die Wirksamkeil der Irrcnanstall in Basel, 1862, p. 15.

(2) Ueber dcn Kûhlerglauben bci Anwendung soganannter Universalheilmittel, Geheimmillel . Zaubcrmittel, in-8, 186G, p. 13-15.

ce nom des hospices ordinaires, des quartiers servant de dépôt provisoire, et des maisons de santé où les aliénés ne sont pour ainsi dire admis qu'accidentellement, comme cela se fait dans tous les pays où il n'existe pas de loi spéciale sur la matière. En réalité, au mois de mai 1867, il n'y avait en Suisse que vingtcinq asiles d'aliénés, à savoir :

6 quartiers d'hospice (Q)

7 asiles publics spéciaux (S)

12 asiles privés (P)

Encore dois-je ajouter que deux de ces établissements, la maison de santé de Bâle et celle de Vennes, sont particulièrement affectés à des idiots et à des enfants arriérés; que d'autres ne reçoivent pas exclusivement des aliénés, ni môme des malades atteints d'affections nerveuses (Mett, Munchenbuchsee) ; que plusieurs enfin n'ont qu'une très-faible importance.

Ces vingt-cinq établissements sont répartis dans douze cantons seulement, ainsi que l'indique le tableau suivant :

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