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L. LUNIER

194 DE l'aliénation mentale en suisse.

Pour quelques cantons, d'ailleurs, je puis préciser davantage.

Le nombre des aliénés placés à Kônigsfelden représente à peine le douzième du chiffre total des malades du canton d'Argovie.

Presque tous les aliénés de Bâle-Ville et de Genève, au contraire, sont placés dans des établissements spéciaux.

Dans le canton de Berne, la moitié environ des aliénés sont séquestrés.

Le 16 juin 1867, il n'y avait que 11 aliénés séquestrés sur 33 recensés dans le canton de Claris, et je ne comprends dans ce dernier chiffre ni les imbéciles (83) ni les crétins (29).

La moitié des aliénés du canton de Neuchâtel sont placés à Préfargier.

120 aliénés de Saint-Gall, sur un chiffre total de 526 fous et idiots, c'est-à dire moins du quart, sont internés dans l'asile cantonal de Saint-Pirminsberg.

Le docteur Emile Joos estime que sur les 122 aliénés du canton de Schaffhouse, une cinquantaine seulement devraient être placés dans des asiles spéciaux.

En 1851, sur les 52 aliénés du canton de Schwyz, 40 étaient maintenus dans leur famille.

Les trois quarts environ des aliénés du canton de Soleure sont placés dans l'asile cantonal de la Rosegg.

En 1851, sur 174 aliénés de Thurgovie, 90 seulement étaient séquestrés.

En lS(i7, il y en avait 162 à l'asile de Miinsterlingcn sur un

chiffre de 400 environ (communication orale du docteur Ville), soit à peu près les deux cinquièmes.

J'ai obtenu la même proportion pour le canton deVaud.

Les deux établissements du canton de Zurich, la RhHnau et l'asile en construction, contiendront ensemble 750 places pour les 1200 aliénés environ que l'on compte dans le canton : il n'y en a guère encore que 350 de séquestrés.

Il ressort des considérations sommaires que je viens d'exposer, que la proportion des aliénés séquestrés est presque partout, en Suisse, en raison directe de la richesse et de la densilé

de la population des cantons. Les progrès de la civilisation se traduisent en tous lieux de la même façon.

Je n'ai pas les documents nécessaires pour établir quelle est dans les divers pays de l'Europe la proportion des aliénés admis dans les établissements spéciaux. Je dirai seulement qu'en France elle est approximativement de 1 séquestré sur 1100 habitants, et sur 2,â6 aliénés, y compris les crétins et idiots qui entrent pour moitié environ dans le chiffre total.

En Belgique, la proportion des aliénés colloques est de 1 sur 1,46.

En Suisse, du reste, comme presque partout ailleurs, le nombre des aliénés traités dans les asiles n'a pas cessé d'augmenter progressivement depuis une trentaine d'années. Cette augmentation est due aux mêmes causes et suit la même marche

qu'en France, et les considérations que j'ai exposées à ce sujet devant la Société médico-psychologique, en 1865 (1), sont de tous points applicables à la Suisse.

k° Constitution matérielle des établissements.

Sur les douze asiles privés mentionnés dans le tableau cidessus, trois surtout méritent d'être signalés; ce sont ceux de Bellevue, de la Métairie et de Wyl, dirigés par d'anciens médecins d'asiles publics, les docteurs Binswanger, Guder et Ellinger. Les autres n'ont qu'une importance très-secondaire ou sont dirigés par des personnes étrangères à l'art de guérir. Ces maisons de santé, d'ailleurs, n'offrent rien departiculier dansleur organisation matérielle; je m'en tiendrai donc à ce que j'en ai dit dans la première partie de ce travail.

Je passerai également sous silence , parmi les établissements publics, le quartier spécial annexé au nouvel hôpital cantonal de Liestal, dans Bàle-Campagne, et l'asile d'incurables de la Rheinau, dans le canton de Zurich, sur lesquels je n'ai que des renseignements insuffisants. Je parlerai des autres suivant l'ordre de leur fondation; je réunirai, d'ailleurs, dans autant de chapitres spéciaux tout ce qui se rattache à l'organisation médico-administrative, au régime alimentaire, aux guérisons, à la mortalité, et enfin au travail envisagé au double point de vue thérapeutique et économique.

(1) Des aliènes : des divers modes de traitement et d'assistance qui leur sont applicables. lir. in-8, 1865, p. 13.

A. Le Champ-de-VAir, à Lausanne.

L'asile du Champ-de-l'Air date de 1810 ; il est situé dans l'un des faubourgs de Lausanne, sur un point culminant d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur les alpes savoisiennes.

Destiné d'abord à ne recevoir qu'une cinquantaine de malades, cet asile fut successivement agrandi par la construction de nouveaux corps de bâtiments, mais toujours sur l'emplacement à peine suffisant cependant, qui avait été affecté primitivement à l'assiette de l'établissement.

Depuis 1857, le Champ-de-l'Air contient à peu près 160 places, 80 pour chaque sexe, réparties dans deux quatiers, l'un pour les convalescents, l'autre pour les malades en traitement.

La contenance du domaine est de 25 poses ou 9 hectares, dont la plus grande partie est affectée à la culture.

Les habitations de jour et de nuit des aliénés sont toutes établies dans un seul corps de bâtiment à deux étages, dont je n'essayerai même pas de donner une description, tant les diverses catégories de malades s'y trouvent enchevêtrées et confondues sans ordre, sans classement possible.

Je n'ai donc point été étonné d'apprendre que l'Etat de Vaud, l'un des plus éclairés de la confédération, avait décidé l'érection d'un nouvel établissement pour 350 malades, à Romane!, à 3 kilomètres de Lausanne. Le domaine qui a été acheté à cet effet a une étendue de 35 hectares 77 ares, dont 2 h. 30 seront occupés par les bâtiments et préaux.

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L'asile projeté aura la forme d'un parallélogramme de 123 mètres de façade sur 133 mètres de côté. L'architecte n'a pas cru pouvoir mieux faire (pie de reproduire sur une plus large échelle le plan de l'asile de Préfargier. C'est une faute grave, à mon avis; ce qui est bien pour un asile de 130 malades, peut, en effet, ne pas l'être pour un asile de 350. Je reviendrai plus loin sur cette question.

Quoi qu'il en soit, le nouvel asile, établi en pleine campagne, aura sa façade au sud-est et pourra contenir trois cent cinquante aliénés des deux sexes. Les curables et les incurables n'y auront pas de quartiers distincts.

La dépense est évaluée à 1 200 000 francs.

Le médecin en chef du Champ-de-1'Air est, depuis 1865, M. le docteur Zimmer, aux efforts duquel sont dues les améliorations, malheureusement insuffisantes, apportées progressivement dans l'établissement.

B. Kunigsfelden, à Brugg.

C'est de 1815 à 1820 qu'un quartier d'aliénés a été annexé à l'hospice cantonal de Kbnigsfelden, situé sur une colline d'où la vue s'étend sur une plaine bornée au loin par les montagnes.

Les habitations des aliénés sont établies dans les vieux bâtiments de l'abbaye, où l'on a tant bien que mal ménagé, pour chaque sexe, trois quartiers de classement enchevêtrés entre eux et avec les autres services de l'hospice, et qui sont aiïectés aux agités, aux furieux et aux tranquilles.

Il n'y a pour ainsi dire pas de salle de bains.

L'eau qui vient d'Habsburg, à une certaine distance, monte à près de 3 mètres; elle est abondante et de bonne qualité.

Je n'ai pas vu un seul malade avec la camisole, exemple que devraient bien suivre d'autres établissements suisses beaucoup mieux organisés sous le rapport matériel, notamment Préfargier et la Waldau. Mais j'ai trouvé trois aliénés dans des cellules lambrissées et sans lit ; M. Schauffelbiiel préfère ce mode d'isolement à l'emploi de la camisole.

On se sert pour les malpropres du manchon de toile huilée sur lequel je reviendrai en parlant de Préfargier.

Mais ce qui distingue surtout cet asile, c'est l'extrême propreté qui règne dans tous les services, et le soin avec lequel sont tenus les malades.

Quoi qu'il en soit, cet établissement ne répond que trèsimparfaitement à sa destination, et ce n'est pas sans raison que le Grand-Conseil en a décidé la reconstruction.

L'asile projeté sera établi sur le domaine de KÔnigsfelden, qui est aujourd'hui de 29 hectares. On y admettra surtout les aliénés curables : l'établissement actuel sera conservé pour les épileptiques, les aliénés atteints de maladies incurables, les vieillards, etc.

Le nouvel asile pourra recevoir 250 à 300 aliénés, y compris les pensionnaires. La dépense est évaluée à 1 700 000 francs, qui seront fournis par l'Etat, propriétaire de l'établissement actuel.

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Je n'ai point hésité à déclarer à mon excellent confrère, le docteur Scliauffelbiiel, que ce chiffre de dépenses me paraissait bien élevé, même en admettant que depuis une dizaine d'années le prix des constructions ait presque doublé en Suisse.

Le nouvel asile dont la construction sera très-prochainement commencée, est conçu d'après un système mixte qui me semble consliluer un progrès par rapport à la plupart des établissements construits en Allemagne et en Suisse depuis une trentaine d'années. Je vais essayer d'en donner une idée.

L'asile est isolé au milieu d'un parc; sa façade principale regarde le midi.

Sur la ligne d'axe, sont disposés :

Le bâtiment d'administration, de forme carrée, à deux étages, formant saillie en avant et en arrière sur les ailes qui s'en détachent de chaque côté.

Ce corps de bâtiment est affecté aux divers services administratifs, au logement du directeur-médecin et du médecin adjoint; il contient, en outre, la chapelle, quatre salles à deux lits pour les maladies incidentes, une grande pièce pour les fêtes et divertissements, et enfin trois chambres pour les visiteurs.

Plus en arrière, mais toujours sur la ligne d'axe, dans un bâtiment à un étage qui a la forme d'un T renversé, sont établis : au rez-de-chaussée, la cuisine et la buanderie ; à l'étage, le vestiaire et la lingerie.

Les quartiers de classement, au nombre de quatre seulement, sont disposés symétriquement de chaque côté de la ligne d'axe,

à savoir : en avant, les tranquilles ; sur les côtés, dans un bâtiment qui se détache à angle droit du précédent, les semîagiiês et les malpropres ; en arrière, les furieux.

Les épileptiques, je l'ai déjà dit, ne seront pas admis dans le nouvel asile.

Ces quartiers de classement sont complètement séparés les uns des autres, et ont. tous un et même deux préaux extérieurs distincts : les malades n'ont point accès dans les cours intérieures.

Le quartier des tranquilles établi dans un bâtiment à deux étages qui se détache latéralement du pavillon d'administration, comprend :

1° Au rez-de-chaussée; en avant, un réfectoire, un office, un lavoir et deux petites salles de réunion ; en arrière, séparées par un couloir de 3 à h mètres de largeur, qui règne tout autour de l'établissement, les latrines et une petite salle de bains contenant trois baignoires ;

2° A chacun des deux étages, trois dortoirs de dix lits, séparés par deux chambres d'isolement et deux chambres de gardien ; puis, au delà d'un couloir de service, un dépôt de vêtements et un cabinet de toilette.

Sur la même ligne, dans l'angle formé par l'aile affectée aux tranquilles et celle occupée par les semi-agités et les malpropres, a été ménagé un petit quartier pour les pensionnaires qui ont leurs habitations de jour au rez-de-chaussée, et celles de nuit aux étages. Ces dernières consistent en quatre chambres à deux lits et deux chambres à un lit.

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Le quartier des semi-agités comprend :

1° Au rez-de-chaussée, deux réfectoires, deux salles de réunion, deux petites salles d'isolement, le tout communiquant par des perrons de cinq à six marches avec deux préaux d'inégale étendue ;

2° Aux deux étages, douze dortoirs à quatre lits, quatre chambres à un lit, deux vestiaires et quatre cabinets de toilette.

Le quartier des malpropres, qui fait suite au précédent, n'a que le rez-de-chaussée où sont disposés quatre dortoirs à quatre lits, deux à un lit, deux chambres de gardien, deux cabinets de toilette, une salle de réunion qui sert en même temps de réfectoire, une salle de bains contenant deux baignoires, un lavoir et un vestiaire.

Le quartier des agités, établi dans un corps de bâtiment à rez-de-chaussée, qui forme par rapport au précédent la branche transversale d'un T, comprend dix cellules cubant chacune 40 mètres, un chauffoir-réfectoire, une petite cuisine et un lavoir, qui donnent sur les deux préaux, et, au delà du couloir d'isolement, une salle de bains avec deux baignoires et un vestiaire.

Dans son ensemble, le nouvel asile de Konigsfelden, dont les plans ont été dressés par M. l'architecte Rolhplelz, a beaucoup d'analogie avec celui de Limoges, dont M. Fougères a donné la description et le plan dans le numéro de mars 1867 des Annotes médico-psychologiques.

Le projet en a été établi et soigneusement étudié dans

toutes ses parties par l'intelligent et zélé directeur-médecin de Kônigsfelden, le docteur Schauflelbùel, auquel le Grand- Conseil d'Argovie a eu le bon esprit de confier la mission de visiter les meilleurs asiles d'Europe et de demanser sur ses plans l'avis des hommes compétents. Voici sommairement exposées les observations que je lui ai soumises :

Pour les asiles dont la population dépasse deux cents malades, je préfère de beaucoup les pavillons détachés aux constructions agglomérées. Ces dernières, cependant, offrent moins d'inconvénients dans les asiles de traitement que dans ceux où sont reçues toutes les catégories d'aliénés.

Mais, étant admis le système des constructions agglomérées, j'approuve dans le projet de M. Schauffelbuel, la disposition générale adoptée pour les quartiers de classement et les services généraux ;

Le sous-sol établi dans toute l'étendue des constructions ;

Les couloirs qui séparent au rez-de-chaussée les salles de réunion des salles de bains et cabinets de toilette, et au premier étage, les dortoirs des vestiaires et dépôts de linge;

L'installation d'une machine à vapeur destinée à faire monter l'eau, chauffer la cuisine, les bains et la buanderie, chauffer et ventiler les deux quartiers des malpropres et des furieux;

L'éclairage au gaz ;

Les lavoirs, cabinets de toilette et escaliers distincts établis dans chaque quartier ;

Enfin, la répartition des malades dans un très-grand nombre d'habitations de nuit, dont aucune ne contient plus de dix lits.

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Mais j'aurais adopté un tout autre emplacement pour le pensionnat ; je l'aurais établi dans un pavillon détaché, à une certaine distance des autres quartiers.

Aux quatre quartiers projetés, j'en ajouterais un cinquième, à proximité des bâtiments d'administration, où je réunirais les enfants, les vieillards, les infirmes et les aliénés atteints de maladies incidentes, auxquels seraient affectées autant d'habitations de nuit distinctes, mais contiguës.

Il ne me paraît pas nécessaire d'avoir dix cellules de nuit pour chaque sexe, c' est-a-dire vingt cellules pour deux cent cinquante malades. Quatre ou cinq suffiraient, surtout avec les chambres d'isolement établies dans chaque quartier.

Il n'est pas nécessaire d'établir des salles de bains dans toutes les divisions; ée système n'est guère applicable qu'aux trèsgrands établissements; encore dans la plupart de ceux où il a été adopté, notamment à Nantes et à Toulouse, a-t-on dû y renoncer. Dans la majorité des cas, je préfère, pour l'ensemble de la population, un service de bains central, et pour les agités, un certain nombre de baignoires établies dans autant de pièces séparées.

Je n'aime pas davantage (pie les latrines soient attenantes aux bâtiments; il vaut mieux les établir sur le chemin de ronde on au milieu des préaux dans de petits kiosques ou pavillons | toit saillant faciles à surveiller de tous les points où se tiennent habituellement les surveillants.

Enfin, il ne me semble pas rationnel d'installer la buanderie,

la lingerie et le vestiaire dans le même corps de bâtiment que la cuisine.

Le directeur-médecin de Kônigsfelden est aujourd'hui M. le docteur Schouffelbùel, qui a grandement contribué à obtenir la construction du nouvel asile dont les plans, d'ailleurs, ont été dressés sur ses indications.

Il est secondé pour le service médical par M. le docteur Munziker, médecin adjoint.

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