C. Asile de Zurich
Le quartier d'hospice où sont admis les aliénés curables du canton de Zurich date de 1836. Il est situé au milieu même de la ville, et n'a pas de dépendances agricoles.
Les habitations de jour et de nuit sont établies dans un seul corps de bâtiment a un étage, les hommes à droite avec préau devant, les femmes à gauche avec préau faisant face au pignon.
Ce quartier peut contenir une trentaine de malades. Il comprend : un seul escalier; des chambres à un, deux et trois lits; des habitations de jour au premier étage aussi bien qu'au rezde-chaussée.
Cet asile, bien tenu d'ailleurs, est tout à fait insuffisant : il sera prochainement remplacé par un magnifique établissement dont je vais dire quelques mots.
On a adopté dans le canton de Zurich le système de la sépara-
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tion absolue des curables et des incurables : ces derniers sont placés à la Rheinau et continueront à y être envoyés, rétablissement en construction devant être exclusivement alTecté aux aliénés curables.
La construction du nouvel asile a été décidée par le Grand- Conseil le 27 janvier 18(3i; commencé dès la même année, il ne sera terminé qu'en 1870. Cbaque année, depuis 1860, l'État inscrit à son budget une somme de 20J 000 francs, à laquelle il faut ajouter un legs de 650 000 francs.
L'achat du terrain a coûté 150 000 fr.
Et on évalue les dépenses de construction à 2 700 000
Ensemble 2 850 000
On emploiera pour acheter le mobilier le produit des intérêts du capital en réserve.
La dépense totale sera donc d'environ 3 000 000 francs pour deux cent cinquante malades, c'est-à-dire 12 000 francs par malade (1)!!
J'ai visité cet asile avec M. Treichler, le président du Grand- Conseil. Il est admirablement situé sur les hauteurs qui dominent Zurich du côté nord, en vue du lac. Au nord et à l'est, des collines couvertes de sapins le dominent et le protègent ;
(1) Voyez les documents officiels publiés à ce sujet les k et 12 décembre 1863 sous le litre de liericht (1er fur Priifwtg der \orlagen fur eine neue Irrenanstult verordneten Kommission </•.'- Grossen Hathes et Beschlussesenlwurf betreffend den Ihm riner neucu IrrenantlaU.
du côté du sud, la vue, que rien n'arrête, s'étend au loin jusqu'aux montagnes de Glatis et d'Uri.
Le domaine a de 21 à 22 hectares.
L'aspect de la façade est grandiose et imposant : la partie centrale qui forme avant-corps, a trois étages ; les parties latérales n'en ont que deux. Il en est de même des corps de bâtiment construits sur la ligne d'axe et de ceux situés immédiatement en arrière des ailes de la façade.
Je ne sais quelle impression produira cette agglomération de constructions, quand l'établissement sera terminé; mais elle ne représentera certainement point, à mon sens, l'idéal de ce que doit être de nos jours un asile d'aliénés. On ne saurait trop énergiquement s'élever contre cette fâcheuse tendance à construire à grands frais des monuments grandioses, dont le premier inconvénient est de ne répondre aucunement au but qu'on doit avant tout chercher à atteindre.
Je sais bien que la main-d'œuvre et les matériaux de construction coûtent fort cher à Zurich (1), que cette ville est le siège d'une université célèbre, et qu'enfin le nouvel asile ne doit recevoir que des aliénés curables; mais ces motifs ne peuvent, selon moi, légitimer une dépense de 12 000 francs par lit.
Le médecin-directeur de l'asile de Zurich est M. le docteur
(1) La journée d'un manœuvre se paye en moyenne 3 francs.
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Birmer, professeur de pathologie interne et de clinique psychiatrique à l'Université, qui a succédé h JM. Griesinger. Le second médecin est M, le docteur Ch. Meyer.
D. Les Vemets.
L'asile des Vernets, fondé en 1838, est situé dans la plaine de Plainpalais, à 2 kilomètres de Genève.
Le domaine est de S hectares (l), dont 1 hectare environ est occupé par les bâtiments, cours, préaux et jardins d'agrément. Les h autres, et de plus une parcelle de 80 ares environ tenue en location, sont cultivés par les malades; 54 ares sont en potager. Tous les labours se font à la main et sans attelage. Les charrois sont faits par des tiers. Il serait plus rationnel, à tous égards, que l'asile eût un cheval ou deux, comme cela se pratique dans la plupart de nos établissements.
L'asile, placé à peu près au centre du domaine, se compose de bâtiments bâtis sur cave, formant les trois côtés d'un rectangle ouvert en arrière. Il comprend quatre pavillons d'angle, carrés, à un étage, reliés par des corps de bâtiment plus étroits.
Celui de devant n'a deux étages qu'à sa partie centrale, de laquelle se détache en arrière un pavillon où est installée la cuisine. Puis, beaucoup plus loin, mais toujours sur la ligne d'axe, a été construit un autre pavillon qui sert de grange el
(1) Environ 20 poses -, la pose de Genève est de 27 ares.
d'écurie. Un mur longitudinal qui relie ces deux pavillons partage en deux parties symétriques la grande cour de service intérieure. Les bâtiments latéraux, de la même largeur que l'aile antérieure, n'avaient primitivement que le rez-dechaussée. Il en est encore ainsi à droite, c'est-à-dire du côté des hommes; mais dans la section des femmes, en 1857, ce bâtiment a été élargi et élevé d'un étage.
Il y a pour chaque sexe quatre quartiers de classement qui sont affectés, en allant d'avant en arrière, aux convalescents, aux tranquilles, aux malpropres et aux agités.
Chacun de ces quartiers a ses habitations de jour et de nuit et son préau extérieur distincts.
Les habitations de nuit, très-multipliées, comprennent :
2 dortoirs à 8 lits, ci 16 lits
56 chambres à 1 lit, ci 56
Ensemble 132
57 pour les hommes et 75 pour les femmes.
J'ai compté pour chaque sexe huit cellules superposées, quatre au rez-de-chaussée et quatre à l'étage, disposition défectueuse à tous égards.
Huit lits chez les hommes et dix dans la section des femmes, sont affectés aux malpropres.
l lunieh. 14
Les habitations de jour consistent dans des galeries couvertes sur lesquelles ouvrent les habitations de nuit, beaucoup trop nombreuses au rez-de-chaussée.
Il y a deux salles de bains, l'une à proximité des quartiers des malpropres et des agités, l'autre dans celui des tranquilles.
Le bâtiment de façade est occupé au rez-de-chaussée par les bureaux et l'administration, et aux étages par le logement des employés et la lingerie.
L'asile des Vernets a été construit sur les indications de Samuel Tuke et d'après le système anglo-américain que caractérisent notamment, en effet, la prédominance des habitations individuelles sur les dortoirs, l'emploi des galeries comme habitations de jour, l'installation des services généraux sur l'axe de séparation des sections affectées aux deux sexes, le classement des aliénés d'après leur état habituel de tranquillité, d'agitation et de malpropreté, et enfin la concentration des habitations de jour et de nuit dans des bâtiments à plusieurs étages réunis à angle droit et ne formant, à proprement parler, qu'un seul corps (Parchappe).
Je ne veux point pour le moment me prononcer sur la valeur de ce système, qui n'est plus guère appliqué nulle part, au moins dans son intégrité.
Il y a aux Vernets un directeur responsable, M. Duehosal, un médecin en chef, M. le docteur Olivet, et un médecinadjoint, M. le docteur Déplace, nommé en 1832 ; les fonctions de médecin en chef ont été remplies, avant 1832,
par M. de la ftive, et de 1833 à 1856 par M. le docteur Coindet.
E. Miinsterlingen.
L'asile de Miinsterlingen n'est qu'un quartier d'hospice annexé en 1840 à l'hôpital cantonal de Thurgovie, établi à cette époque dans une abbaye de bénédictines, dont la fondation remonte au xu siècle, mais qui a été rebâtie en 1711 (1).
Miinsterlingen est situé sur la rive méridionale du lac de Constance, à une petite heure de la ville de ce nom, un peu plus loin que la maison de santé de Bellevue, que j'ai pu visiter en passant. On l'entrevoit du bateau à vapeur qui fait le service de Rorschach à Constance.
Le domaine de l'établissement est d'environ 21 à 22 hectares. Il n'y a pas dans le canton de Thurgovie d'autre asile que Miinsterlingen ; on n'y conserve cependant qu'un petit nombre d'incurables; ils sont, en général, maintenus dans leur famille ou placés dans les maisons de charité.
Les femmes sont encore aujourd'hui dans les vieux bâtiments de l'abbaye ; elles sont toutes réparties, eu trois catégories, dans un seul corps de bâtiment à deux étages et dans deux préaux qui font face, l'un à la façade postérieure, l'autre à l'un des pignons du bâtiment ; mais ce qui caractérise cette section, c'est la situation respective des quartiers de classement. Chaque
(1) Voyez le décret constitutif en date du 9 octobre 1839 : Dekret iiber die Organisation des Verwaltung der Kanlonal-Krankenanstalt.
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catégorie de malades, en effet, a ses habitations de jour et de nuit au même étage, les agités au rez-de-chaussée, les pensionnaires et les tranquilles curables au premier étage, et enfin les incurables paisibles au deuxième étage. Je n'ai pas besoin de faire ressortir les inconvénients que présente celte singulière disposition des quartiers que nous retrouverons du reste à Bâle, à Saint-Pirminsberg et même à la Rosegg.
Chaque quartier n'a comme habitation de jour qu'une seule pièce qui sert alternativement de chauffoir et de réfectoire ; les dortoirs ne contiennent qu'un très-petit nombre de lits, six à sept au plus. Toutes ces habitations, d'ailleurs, sont tenues avec une propreté remarquable.
Depuis 1866, les hommes sont établis dans des bâtiments nouvellement construits sur les bords même du lac.
Cette section comprend :
1° L'n bâtiment à un étage, avec cour derrière pour les agités ; six loges parquetées, mais non lambrissées, avec sièges d'aisances fixes, deux portes ouvrant sur deux couloirs, et au plafond un châssis d'observation, dont on ne fait point usage et dont, je l'avoue, je n'ai jamais bien compris l'utilité ;
2° Un autre corps de bâtiment beaucoup plus vaste, à deux étages, établi parallèlement au lac et devant lequel s'étend un beau préau dessiné à l'anglaise, et sans clôture apparente. Les incurables et les malpropres en occupent de jour et de nuit le rez-de-chaussée; les pensionnaires et les tranquilles en traitement, le premier étage. On a eu cependant le bon esprit de n'établir au deuxième étage que des habitations de nuit. C'est
un progrès, mais cela n'est pas suffisant. Les habitations de jour, à part quelques ateliers, doivent toujours être de plain-pied avec les préaux.
La chapelle, commune aux deux cultes et à tous les malades de l'hôpital, est fort belle.
Les bains, mal établis dans la section des femmes, le sont un peu mieux dans celle des hommes. Je n'aime guère cependant ces couvercles de baignoires maintenus en place par un bois debout arc-bouté contre le plafond. Je trouve fort rationnels, au contraire, l'installation dans une loge d'une baignoire poulies aliénés bruyants et agités avec appareil pour l'irrigation continue, et les arrête-pieds qu'on place dans les baignoires poulies malades de petite taille.
L'eau ne manque pas à Mûnsteriingen ; on la prend dans le lac pour l'arrosage, les bains et la buanderie, et au pied de la montagne pour la boisson et la cuisson des légumes.
J'ai bien aperçu quelques fauteuils de force , mais ils étaient inoccupés; je n'ai pas vu de camisoles.
Il n'y a dans l'établissement que des lits de bois, garnis de matelas de crin.
Pour les gâteux, on fait usage soit de fournitures de lits en trois segments, soit de matelas ordinaires complètement recouverts de cuir, au moins en dessus, et troués au milieu. Je préfère le manchon de Préfargier.
Le médecin-directeur de Mûnsteriingen est depuis quatre ans M. le docteur Ville, qui n'a pas d'aide et est remplacé au besoin
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par le médecin de l'hospice, dont l'asile n'est qu'un quartier.
Le docteur Ville avait rempli antérieurement les fonctions de
médecin-assistant à Qoeppingen, en Wurtemberg, à Munich et
à Erlangen. J'ai conservé un excellent souvenir de son accueil
cordial.
F. Bâîe.
Il y a à Bâle deux asiles ou, pour mieux dire, deux quartiers d'aliénés, la maison de traitement et la maison de refuge.
La maison de traitement a été construite en 1842, en même temps que l'hôpital municipal dont elle est une dépendance.
Elle est située dans la ville même, sur la partie la plus élevée et au levant.
Elle consiste en un seul corps de bâtiment à un étage de 270 pieds de longueur sur 37 de largeur, la partie centrale formant avant-corps avec fronton. Les hommes sont à gauche, les femmes à droite.
Il n'y a pour chaque sexe que deux quartiers de classement qui ont, comme à Mûnstcrlingen, leurs habitations de jour et de nuit au même étage, les agités au rez-de-chaussée, les tranquilles à l'étage ; petite cour derrière pour les premiers, préau plus vaste sur la façade antérieure pour les seconds.
Les habitations de nuit consistent en quatre dortoirs de sept à huit lits, et en chambres ou cellules à un lit.
Le quartier des agités comprend deux cellules pour les hommes et sept pour les femmes, deux petits dortoirs séparés par une chambre de surveillant et un chauflbir-réfectoire.
Les cellules, à fenêtres hautes, ouvrent sur une petite pièce qui communique elle-même, comme toutes les autres, avec une galerie qui règne en arrière dans toute la longueur du bâtiment.
Le quartier des tranquilles comprend également un chauffoirréfectoire, deux dortoirs séparés par une chambre de surveillant et une chambre d'isolement. Il n'y a pas d'étage au-dessus des cellules.
Le pavillon central contient au rez-de-chaussée la salle de
bains et les cabinets du directeur et du médecin; à l'étage,
« l'habitation du surveillant-chef et de sa famille.
Les bains et les latrines sont médiocrement installés.
Tous les lits sont en fer; aucun système particuliei» n'a été adopté pour les malpropres.
Il ne nous a point semblé qu'on abusât des moyens de contrainte.
La maison de traitement, située à 200 mètres environ des autres bâtiments de l'hôpital, regarde le sud-ouest; elle contient 38 lits et a coûté 115 300 francs.
La maison de refuge construite en 1856, pour désencombrer l'asile de traitement, est affectée aux incurables et aux épileptiques; elle contient trente-quatre lits, établis au rez-de-chaussée d'un corps de bâtiment dont l'étage est occupé par des incurables non aliénés.
Établie à quelques mètres de l'asile de traitement, la maison de refuge offre à peu près les mêmes dispositions, au moins dans
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son ensemble ; on y a ménagé deux ou trois cellules pour les malades les plus difficiles.
Ces deux asiles, mais surtout la maison de traitement, sont remarquables, d'ailleurs, par leur bonne tenue et l'extrême propreté qui règne dans toutes les habitations.
Je n'ai pas besoin de faire remarquer combien est défectueuse l'organisation qui a été adoptée à Bâle pour le service des aliénés. Les inconvénients en ont été signalés à plusieurs reprises parle savant médecin de l'asile, le professeur Brenner, et plus récemment par le rapporteur de la commission chargée d'examiner son projet de déplacement de l'établ'scement. Le rapporteur
conclut avec raison à la convenance de construire un nouvel
asile sur un terrain suffisamment vaste , à vingt ou trente minutes de la ville (1).
Le médecin en chef de l'asile de Bâle est depuis longtemps le Dr Brenner, professeur de pathologie médicale à l'Université, qui y fait également un cours théorique de psychiatrie; il n'a pas d'adjoint.
G. Saint-Pirminsberg.
L'asile public cantonal de Saint-Pirminsberg a été établi
(1) Ueber die Uebelstiinde in der Basler Irrcn-Anstaltund die Xotliwendigkeil ihrer Yerlegung. Basel, 1865.
en 1847 dans la célèbre abbaye de bénédictins de Pfœffers, fondée en 713 et rebâtie en 1665.
L'établissement est situé sur un plateau de la Calanda, à 200 mètres environ au-dessus de la gorge de la Tamina et à 3 kilomètres des sources, si curieuses à visiter, des eaux thermales salines de Pfœiïers. Il est entouré de tous côtés, si ce n'est à l'est, par de hautes montagnes, et notamment par le Monte-Luna, au sommet couvert de neige.
Le domaine de l'établissement est de 72 hectares environ, y comprise la ferme située h une heure de marche sur la montagne, et où, pendant la belle saison, une vingtaine d'aliénés travailleurs sont installés à demeure.
Saint-Pirminsberg ne reçoit que les curables. Le nombre des places, qui n'était d'abord que de quatre-vingts, est aujourd'hui de deux cents, et l'on songe à l'augmenter encore.
Les bâtiments affectés aux malades ont été reconstruits ou appropriés successivement depuis 18£7 et lors de mon passage à Saint-Pirminsberg, les cours et préaux de l'établissement étaient encombrés de matériaux de construction.
L'ensemble des bâtiments représente un parallélogramme allongé d'avant en arrière ou mieux du sud au nord (1). En avant et en arrière, vastes corps de bâtiments affectés aux femmes; à droite, la chapelle; à gauche, bâtiment occupé par les hommes; puis, plus en arrière et à gauche, relié à l'ensemble
(1) Autrefois, en effet, on entrait parla façade principale, au sud; on entre aujourd'hui par l'une des façades latérales, au couchant.
par une aile qui se détache du côté postérieur du parallélogramme, un quatrième corps de bâtiment affecté aux hommes agités.
L'espace compris entre les quatre côtés du parallélogramme est divisé d'avant en arrière par un bâtiment à rez-de-chaussée où sont établis les magasins.
Presque toutes ces constructions ont deux ou trois étages et un soubassement.
Il y a, pour chaque sexe, quatre quartiers de classement : agités, semi-agités, tranquilles et malpropres, et un cinquième pour les pensionnaires. Malheureusement ces quartiers sont superposés, chaque catégorie de malades ayant au même étage ses habitations de jour et de nuit, comme à Munsterlingen et à Bâle.
J'ai déjà dit ce que je pensais de cette disposition des quartiers de classement.
Il n'existe pour chaque sexe que deux préaux : l'un pour les agités et les malpropres, l'autre pour les tranquilles et les pensionnaires.
A Saint-Pirminsberg, comme presque partout ailleurs, en Suisse, j'ai été frappé de la bonne tenue et de la propreté des habitations, et cela malgré l'enchevêtrement des services et l'encombrement momentané résultant des travaux qu'on exécutait sur plusieurs points de l'établissement.
Les habitations de nuit consistent en chambres à un et deux lits et en dortoirs contenant au plus douzo lits.
Les bains et les latrines sont mal établis.
L'eau, de bonne qualité, vient en grande abondance de la montagne : je n'ai pas vu un seul goitreux dans l'asile.
Là, comme à Kbnigsfelden, on préfère la séquestration en cellule à la camisole, dont on ne fait que très-rarement usage, tandis que j'ai trouvé quatre malades en cellule.
Tous les lits sont de bois ; les matelas des malpropres sont garnis du manchon de toile huilée; mais il ne m'a point semblé que ce service fût fait avec soin.
La chapelle de l'asile, magnifique construction du xvne siècle, est en même temps celle du village. Elle sert aux deux cultes catholique et protestant.
Le médecin-directeur de l'asile de Saint-Pirmimberg est, depuis trois ans, le Dr Zinn, qui est secondé par le Dr Henné, médecin assistant.
H. Préfargier.
Construite de 1844 à 1848, la maison de Préfargier n'a été ouverte qu'au commencement de 1849. Cet établissement, le plus remarquable de la Suisse par son ensemble et plus encore peut-être par le soin avec lequel ont été exécutés les moindres détails, mérite une description particulière.
C'est en 1844 qu'un honorable citoyen de Neuchâtel, M. Auguste de Meuron, conçut la noble pensée de doter son canton d'un établissement, pour la construction duquel il laissa toute latitude à M. le docteur Bovet et à l'architecte français, M. Phi-
lippon, qu'il chargea de l'exécution. M. le docteur Bovet et le donateur lui-même allèrent étudier à l'étranger ce qui avait été fait de mieux à cet égard, et ce n'est qu'après avoir terminé cette étude qu'ils arrêtèrent, avec M. Philippon, le programme de l'établissement projeté.
Dans son ensemble, la maison de Préfargier a beaucoup d'analogies avec l'asile de Mort, construit en 1851 par le même architecte. Je dirai d'abord ce qu'elle était dans le principe: je parlerai ensuite des transformations qu'elle a subies.
L'établissement est situé à Préfargier, à i kilomètre du grand village de Saint-Biaise et à 6 kilomètres nord-est de Neuchâtel, sur les bord du lac, réunissant ainsi les deux importantes conditions de l'isolement et de la proximité d'un grand centre de population.
Le domaine de la maison a une étendue de 9 hectares 36 ares. L'exposition en est magnifique; les bâtiments sont établis à une portée de fusil du lac, à cinq minutes de la route de Berne, au point où la plaine de Marin s'incline insensiblement vers le rivage. De là, la vue s'étend au sud jusqu'aux cimes neigeuses des Alpes bernoises et du Mont-Blanc, pour se reposer en se rapprochant sur les eaux limpides du lac. Au nord, on aperçoit les dernières chaînes du Jura; à l'est, dans le lointain, l'ouverture du lac de Bienne et les riants paysages d'Epagnier et du Jolimont; à l'ouest, enfin, le vieux château de Nenchàlel dominant la ville et son amphithéâtre d'élégantes habitations.
On entre dans rétablissement par la façade de l'ouest, après
avoir traverse une partie du parc, dessiné à l'anglaise, qui entoure de tous côtés les bâtiments d'habitation.
Ces bâtiments, construits avec une élégante simplicité, ont leur façade principale au midi. Ils forment dans leur ensemble un parallélogramme de 72 mètres de longueur sur 60 de profondeur.
L'aile antérieure ou méridionale a deux étages dans la partie centrale qui forme avant-corps et un seul sur les côtés ; les ailes latérales n'ont qu'un étage au-dessus du rez-de-chaussée. Le côté postérieur du parallélogramme n'a ou plutôt n'avait primitivement que le rez-de-chaussée.
Le bâtiment de façade est occupé, au centre, par l'administration, la chapelle, le vestiaire et la lingerie, et, sur les côtés, par un quartier de pensionnaires et de convalescents, qui comprend au rez-de-chaussée, un réfectoire, un salon et une petite salle de bains, et à l'étage, huit chambres à un lit.
Les ailes latérales contiennent, en allant d'avant en arrière, les tranquilles, les agités et les malpropres.
Le quartier des tranquilles comprend : au rez-de-chaussée, deux salles de réunion et un réfectoire, et à l'étage, un dortoir de douze lits, deux chambres à quatre lits et quatre à un lit.
Les trois catégories de malades dont je viens de parler et auxquels sont affectés deux jolis préaux, occupent donc toute la moitié antérieure de l'établissement ; elles sont séparées des trois autres — malpropres, agités et furieux, — au rez-dechaussée, par les bains, à l'étage, par une infirmerie de sept lits.
222 DE l'aliénation mentale en suisse.
Le quartier des agités comprend : au rez-de-chaussée, une salle de réunion et un réfectoire, et à l'étage deux chambres à quatre lits et quatre à un lit. Préau sur la façade latérale.
Le quartier des malpropres et paralytiques se compose : au rez-de-chaussée, d'un chauiïoir- réfectoire et d'un dortoir de quatre lits, et à l'étage d'un dortoir de huit lits, et d'une chambre à un lit. Préau à la suite du précédent, sur la façade postérieure.
Enfin, le quartier des furieux, établi dans l'aile postérieure, comprend, entre deux galeries, cinq cellules avec fenêtres hautes et, au plafond, un châssis vitré qui permet d'en surveiller l'intérieur et au besoin de les éclairer la nuit. Dans l'un des angles de chaque cellule, on a établi un siège d'aisances enclavé dans le mur avec cuvette en entonnoir et vase mobile qu'on retire du dehors.
Une salle de bains ne contenant qu'une baignoire a été ménagée à la réunion des quartiers des furieux et des malpropres. Chaque quartier, d'ailleurs, a son escalier et son cabinet de toilette distincts.
La partie centrale de l'aile postérieure est occupée par les remises, la salle des morts et la salle d'autopsie.
Deux galeries couvertes et ouvertes, séparées par une avenue centrale de 15 mètres, relient le pavillon d'administration aux remises.
Ces galeries sont elles-mêmes rattachées aux ailes latérales par deux bâtiments à rez-de-chaussée, où sont établies à gauche la cuisine et à droite, du côté des femmes, la buanderie.
Un corridor de 3 mètres qui règne en dedans, dans toute l'étendue des constructions, met en communication tous les quartiers entre eux et avec les services généraux.
Un couloir de 2 mètres qui fait le tour de l'établissement, môme au-dessus des loges et partage le premier étage en deux parties égales, établit également une communication facile entre toutes les habitations de nuit.
Un pavillon isolé, construit en arrière des remises, au delà d'une cour carrée avec galeries de chaque côté, est occupé à droite par la vacherie et la laiterie, à gauche par les écuries et la sellerie.
L'eau, qu'on a dû aller chercher à 2 kilomètres de Préfargier, y arrive en abondance avec une pression suffisante pour monter au premier étage et fournir des jets d'eau sur plusieurs points de l'établissement.
On a adopté pour le chauffage le système à eau chaude de Léon Duvoir. Trois appareils ont été établis à cet effet sous la direction de l'inventeur dans l'aile antérieure et les ailes latérales.
Le service des bains est très-bien établi. L'eau froide arrive aux baignoires par des conduits, mais l'eau chaude y est versée avec des seaux ; on obtiendrait le même résultat, c'est-à-dire une complète sécurité sous ce rapport, en se servant d'un tuyau mobile, qu'on adapterait au robinet d'eau chaude. Pour les malades de petite taille, dont les pieds ne peuvent atteindre l'extrémité de la baignoire, on se sert d'arrête-pieds comme à Konigsfelden.
224 de l'aliénation mentale en suisse.
L'été, les malades prennent des bains froids dans le lac même.
Les préaux sont fermés par des sauts-de-lonp dont les murs, habilement masqués par des plantes grimpantes et une haie vive en troène, n'arrêtent point la vue.
Les fenêtres du rez-de-chaussée ouvrent au moyen d'espagnolettes crémones, dont la poignée peut être arrêtée à volonté par un tour de clef. A l'étage, des volets brisés qui disparaissent le jour dans l'épaisseur du mur, s'appliquent en dedans contre les croisées auxquelles ils sont fixés par des pattes de fer dont sont munies les espagnolettes. Il suffit, pour éloigner toutes chances d'accident de ce côté, d'enlever la poignée de l'espagnolette qui se détache par un mécanisme ingénieux.
Telle était dans le principe la maison de Préfargier, qu'on a pu pendant longtemps citer comme un modèle. Malheureusement, le chiffre de cent à cent dix malades que devait d'abord contenir l'établissement fut bientôt dépassé, et on dut transformer en dortoirs quelques habitations de jour et porter à cent trente le nombre des lits. Et puis, on suréleva d'un étage, pour y établir une salle de fêtes, la partie centrale de l'aile postérieure, ce qui eut pour effet de masquer, en partie du moins, la vue de ce côté.
Plus récemment, enfin, — mais celte fois on fit bien, — on déplaça la buanderie, pour l'installation de laquelle on a construit un pavillon entre les préaux des femmes tranquilles et des agitées.
L'intelligent directeur de Préfargier a compris du reste qu'il
était temps de s'arrêter dans cette voie de remaniements, et il n'a point hésité dernièrement, quand il s'est agi d'augmenter encore le nombre des places, à proposer de construire des pavillons isolés à une certaine distance des bâtiments actuels, comme M. Dumesnil vient de le faire à Quatre-Mares. M. le Dr Borrel nous a mis sous les yeux, lors du congrès aîiénisle international, en août dernier, les plans d'un de ces pavillons dont je dirai ici quelques mots.
Le pavillon dont la construction est projetée ne doit recevoir que des pensionnaires riches, sous la direction immédiate de l'un des médecins de l'établissement et de sa famille, le tout conçu de telle sorte qu'il constitue au plus haut degré le véritable traitement familial.
Ce pavillon, d'une architecture très-gracieuse, n'aqu'un étage; sa longueur est de 28 mètres sur 12m,50 de largeur. La partie centrale contient au rez-de-chaussée des salons communs et au premier étage l'appartement du médecin ; les ailes, qui forment saillie d'un mètre sur la façade antérieure et delm,70 sur l'autre, comprennent trois pièces à chaque étage et de chaque côté, soit en tout douze pièces dont huit chambres à coucher et quatre salons ou salles à manger.
Un large couloir met en communication facile l'appartement du médecin et les chambres des malades, que l'on peut au besoin d'ailleurs isoler complètement. Celte disposition, ainsi que le fait observer avec raison M. Borrel, offre dans une certaine mesure l'avantage et le confort des pavillons détachés, mais avec toutes les facilités de contrôle et de surveillance que pro-