LIVRE m, — DU RÉGIM£. S
La vie sédentaire alourdit la digestion et la formation du sang, et modère la décomposition qui précède rexcrétîon augmentée par l'activité du cerveau; aussi les artistes et les savants ont-ils à choisir, dans les limites d'un régime nourrissant, les aliments les plus faciles à digérer. Le pain bien cuit, la viande maigre, les légumes jeunes et les racines digestibles conviennent aux penseurs et aux portes, tandis que les iégumiueux, le pain lourd, les mets de farine et la viande grasse font ces hommes d'État à face maigre, à mine sombre, dont la farouche humeur met un crêpe à toutes les joies de la vie, et qui ne voient de protection et de salut pour la civilisa* tion que dans le fouet et les chaînes.
Les aliments épicés et les boissons excitantes sont doublement à recommander à tous les hommes qui travaillent du cerveau, pourvu qu'ils ne fassent abus ni des uns ni des autres. Pris modérément, les épiceSj.la bière et le vin, le thé et le café excitent une*sécrétion plus abondante des différentes glandes digestives. Ils favorisent ainsi la digestion qui s'opère ordinairement avec une grande lenteur dans la vie sédentaire. Ceci est un côté de leur utilité.
L'autre côté concerne directement le cerveau. Gomme son activité prédomine chez les penseurs et les poètes, il s'agit de procurer à Torgane de la pensée une excitation toujours nouvelle. Pour cela, les épices, le vin, le café et le thé sont des excitants convenables : ils donnent un essor plus élevé à Taclivité quL crée les images ou qui relie les pensées
pour en foriiier un ju^^rniont. Plus on répétera l'emploi des excitants , plus à chaque fois j pour obtenir le même résultat, il laudia eu augmenter la dose. Mais ce besoin toujours croissant émousse leur effet ; la fréquente répétition des excitants produit l'épuisement, et l'organe épuisé ne peut plus remplir ses fonctions dans toute leur étendue que lorsqu'on fait agir de nouveau les excitants dont Tusage est devenu un besoin par l'habitude. Beaucoup de savants ne réussissent au travail qu'après avoir t'xcité l'activité du cerveau par quelques tasses de thé ou de café, et dans des circonstances rares, par le vin. Je dis, des circonstances rares : en effet, tandis que le thé, par son action sur la force du jugement, convient plus particulièrement aux savants, tandis que le café, qui anime en môme temps la force de la pensée et celle de l'imagination, s'adresse k la fois aux savants et .iux artistes, le viu est la boisson favorite de ces derniers qui demandent avant tout à la réparation d*exciter la fantaisie, d'aiguiser les sens et la mémoire, et de favoriser la combinaison des idées.
A la condition de se tenir dans certaines limites, le corps ne soulfrira pas de l'usage des excitants. Mais si l'emploi est poussé jusqu'à ce que Tépuisement émousse complètement leur effet, les moyens d'excitation les plus énergiques, môme prodigués, Ûnissent par perdre toute leur vertu. Et comme l'habitude en a fait un besoin, il se produit inévitablement un relâchement nerveux dont on reconnaît les