‹ De l'alimentation et du régimeChapitre 53 sur 61 · LIVRE m. — DU BÉtilMË. Î · texte numérisé non relu

LIVRE m. — DU BÉtilMË. Î

conserve plus iouglemps, parce que l aicuol applique à sa propre décomposition l'oxygène inspiré, et ensuite que la graisse, que l'alcool aide à économiser, les protège contre les intempéries des saisons auxquelles ils doivent fréquemment s'exposer.

La bonne bière partage ces avantages avec les boissons alcooliques, et elle y joint cette utilité, qu'elle aj)aise la soif par son riche contenu aqui ux. Aussi celle boisson et i*eau sont-elles à recommander pour apaiser la soif fréquente que cause un labeur fatigant. C'est donc unetrcb-louable coutume que de rafraîchir par un verre de bière, le matin et l'aprèsmidi, les ouvriers qui doiveul se livrei' à un travail actif, car la bière égalant les fruits pour le contenu d'albumine, complète ainsi, et même directement, la nourriture.

ŒAPITRE Yll

ItiGIME DBS ABTISTES ET DES SAVANTS.

Si le cerveau est soumis, comme tous les autres

lissus du corps humain, .lux i iïvis de l'échange de substances , il est clair que chez cet organe principal du système nerveux, l'excitation de l'activité doit augmenter les produits de déeomposilion. Ainsi, le besoin de nourriture est excité par toutes les im* •pressions et les passions, les manifestations de force de l'esprit, l'espoir et la joie, la colère et l'ambition, l'attente inquiète et l'amour heureux. De méme« l'échange de substances sera accéléré par les mouvements puissants de la volonté, de l'imagination, et par les efforts de la pensée. Cela n'einjx^che pas, il est vrai, qu'une impression ne puisse remplacer ou dominer toutes les autres. On voit souvent des hommes que l'amour et la joie, la colère ou l'inquiétude émpéchent de manger, ou chez lesquels la sensation de la faiiii n'est pas perçue pendant luut le temps que dure l'excitation de la pensée; mais la

LITBE m. — BU RÉOIME. 167

faim et la soif ne peuvent être que passagèrement

suspendues, et bientôt après elles rentrent dans leurs droits avec une nouvelle force.

On croit généralement que l'activité de l'esprit n'augmente pas la consommation de la substance. C'est une erreur, et elle provient de ce qu'on se révolte volontiers contre l'observât ion qui nous montre si impérieusement la force inséparable de la matière. Car, même parmi ceux qui se sont voués exclusivement à l'observation de la nature, combien n'en estil pas qui se complaisent à subtiliser sur les entités qu'ils cherchent ou derrière la matière, ou au-dessus d'elle ! Et combien est petit le nombre de ceux qui se font une idée claire de cette proposition acquise à la science depuis Spinosa, que la somme de toutes ses propriétés forme l'entité d'un corps ! Que de fois n'a-t-on pas vu des esprits philosophiques, dans un momenl d abandon, énoncer naïvement, pour un cas spécial, la pensée que la valeur de leurs productions dépend de la substance incorporée au cerveau par le moyen des aliments. Mais aussitôt qu'on élève à la généralité d'une loi le hasard apparent tle ce cas spécial, ils reculent ell'rayés devant l'importance de leur propre pressentiment, et ils fuient la clarté d'une conviction à laquelle seule ils pouvaient devoir le repos.

Cette nuageuse séparation de la matière et de la force qui, poussée à l'extrême, devrait accorder aussi à l'acier et à l'ambre un esprit incorporel, n'est point la seule cause de l'erreur si répandue,]qui Mi

2U8 i)E l'alimentation LT IJl' RKGIM£.

croire que la matière n'est pas usée par les créations

de rimagimilion el les combinaisons de la pensée. On compare souvent Tartiste et le savant avec l'ouvrier dont le corps fatigue, au lieu de les comparer avec les hommes qui vivenl dans une tranquille indolence, également paresseux à sentir et à penser. On oublie ainsi trop l'acilementque, chez l'artisan habile, l'activité intellectuelle ne manque pas, tandis que chez la plupart des artistes et des savants, l'échange de substances excité par les efforts de l'esprit est modéré par leur vie sédentaire. Cependant, la tensiuu de l'cspril augmente l'excrétion des sels uriques, élève la température du corps et accroît le besoin de réparation. Les artistes et les savants doivent, aussi bien que les ouvriers, compenser par un apport de principes alimentaires ce surcroît de consommation qui ( liauge les parties de leur cerveau en produits de décomposition et d'excrétion. Chacun sait que, malgré leur vie sédentaire, les artistes et les savants sont très-rarement atteints d'obésité, et personne ne s'attend à trouver chez les hommes d'une grande activité intellectuelle, distin'.niés par leurs productions dans les arts ou les sciences, cet amas des parties solides des tissus que Ton remarque chez ceux dont les douceurs d'une vie oisive forment l'unique souci. Un gros ventre, une face large et charnue peuvent indiquer un moine ou un Sybarite fainéant, mais non un savant ou un artiste. L'excès de graisse dans le sang du cerveau paralyse la pensée, et verse du plomb sur les ailes de l'imagination.

Page 1