CHAPITRE VUl
LB RtolMB D'ÂTÈ et LB BÂGIMB D'HIVBB.
en
Lorsqu'on examine l'étonnante diversité de manière (le vivre des peuples qui habitent les tropiques, les climals tempérés et les régions du Nord» on est conduit à supposer que la chaleur doit exercer sur l'échange des substances une iiitluence essentielle.
Et cette supposition est devenue une certitude. Déjà depuis longtemps on sait que l'évaporalion par la peau prédomine dans la chaleur, taudis que, par le froid, il y a plus d'excrétion d'urine. Cette augmentation d'urine qui, à rélal sain, se répète pendant tout l'hiver, est accompagnée d'une plus abondante formation d'urée. Si l'on y ajoute, ce qui est prouvé par des obse^^ati()ns exactes, qu'une chaleur plus grande amoindrit la quantité d'acide carbonique ex* piré dans un temps déterminé, et ([u'ainsi les deux plus importants produits de décomposition sont diminués, il restera hors de doute que l'excrétion décroit en été et s'accroît en hiver. Or, à l'excrétion ^
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( onTspondeni la nutrition, la fornialion du sang et la digestiou. Kl la conséquence nécessaires vérifiée d'ailleurs par rexpérience de tous les jours» sera que Ton digère moins et plus lentement en été.
L'atonie qu'entraîne avec elle une transpiration abondante, rend encore plus paresseuse la digestion. La formation du .sang et la nutrition des tissus perdant de leur activité dans la même proportion, nous sommes moins propres à l(nile espèce d'eUorts en été qu'en hiver. Et comme cette différence se fait remarquer bien plus distinctement, si un rapide échange de suhstances cause tout à coup un grand changement dans l'excrétion, on s'explique sans peine pourquoi une promenade ou un mouvement quelconque plus violent nous fatiguent promptement, lorsque le temps froid et humide avec lequel 1 invcr iiuas fait d'ordinaire ses adieux, cède subitement la place aux belles et chaudes journées du printemps. Il faut d'abord que nous nous soyons habitués peu à peu à un inoms rapide échange de substances, pour que cette surabondance de vie qui pare le monde végétal d'une verdure nouvelle et qui éveille au fond des bois les plaintes amoureuses du rossignol, se fasse aussi sentir en nous. Mais comme le mouvement de la matière est ralenti , toutes ces impressions, en nous élevani , nous invitent bien plutôt à des jouissances tranquilles qu'à une puissante activité. Si le nom du doux far niente a été inventé sous le ciel pur et chaud de l'Italie, chez nous les charmes d'un sentiment
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paisible, duiit une ardeur laborieuse trouble plu:» raremenila douceur» sont un privilège du printemps. Mai est le jiiois de l'amour.
£n automne, au contraire, quand à ce» jours d*élé dont la chaleur étouffante nous accablait, succède tout à coup uu temps plus Iruid, mais clair et serein, nous nous sentons excités à une activité allègre. Le mouvement plus vif de la matière empoi le aussi le travail dans son tourbillon, et souvent nous voyons terminer en peu de jours ce qui traînait depuis (les semaiues, san.s que uous pussions trouver ni la bonne disposition ni la force nécessaires pour racliever.
A la vérité, c'est surtout dans la vie du cerveau que se font sentir ces différences. Ces travailleurs, dont les membres vigoureux iatiguent saus cesse, ne connaissent pas te repos, même au prin* temps. Et gi.iiidement onl-ils raison. Car dans le cercle éternel de causes et d'effets où se renferme l'échange de substances,* ils hâtent encore par leur travail actif le mouvement de la matière. Tandis que Touvrier, dont la main doit le nourrir, lui et les siens, ne se repose jamais, le laboureur épie les signes d'appel que lui envoie la moisson, arrachée par son labeur opiniâtre aux entrailles de la terre, et il ne redoute ni la chaleur ni la latigue.
Aucune influence ne passe près de nous sans nous loucher. Si donc, en été comme en hiver, la profession et Tâge, l'habitude et le sexe, sont, aussi bien que la ehaleur, la condition du choix des aliments,
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il est facile cependant d'établir des règles déterminées, en examinaut séparément la chaleur et le froid dans Tenchainement de leurs eifets.
En été, le besoin de nom i iture est moindre, parce que la consommation diminue. Ainsi, Ton prendra une moindre quantité d'aliments, ou mieux encore des aliments moins nourrissants mais plus digestibles; la viande des jeunes animaux , les légumes nouveaux, les racines riches eu sucre, les fruits et la salade sont avec raison préférés en été. La préférence donnée aux boissons rafraîchissantes en été est aussi très-raisonnablement fondée» parce que la chaleur cause souvent des congestions passagères, et que la décomposition moindre de la substance des tissus, particulière à la saison chaude, ralentit la transformation du sang. Des boissons acides rarraîchissantes et ciarihantes, le jus de la groseille, du vinaigre de framboise et Teau combattent cette disposition. En revanche, les congestions sont augmentées par les boissons échauffantes et les épiées. L'excès des boissons spiritueuses est donc doublement nuisibhi en été; car, en outre, Talcool enlève aux parties du corps l'oxygène inspiré, indispensable à leur décom* position et aux fonctions de nos organes. Il faut donc ' en été choisir seulement les bières légères et les vins qui contiennejit peu d'alcool. Pour les épices, il faut en user modérément, ou se les permettre seulement alors qu'une excitation particulière de l'activité digestive est à désirer.
Les dépenses plus considérables que Von remar-
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que en hiver exigent impérieusement une recette plus riche. Aussi faut-il satisfaire ce plus grand besoin de nourriture , et l*on choisit avec raison des aliments plus nourrissants et plus diiiiciles à digérer. Ces derniers seront facilement maîtrisés par la force digestive plus active, leurcifet seraplusdurable, carie riche contenu de principes alimentaires qui se trouve dans les mets plus nourrissants, se change peu à peu en parties du sang et est conduit au sang avec plus de lenteur. Les mets de farine abondants en gluten, les léguiiniieux secs, la viande de porc grasse se supportent mieux en hiver qu'en été. Ën hiver, la combustion qui transforme la graisse en acide carbonique et en eau s'opère plus facilement, comme le prouve l'augmentation de Tacide carbonique expiré dans cette saison. L'oxygène quenousinspironsalorsa une action plus puissante. Quoique les graisses, à cause de leur riche contenu de carbone et d'hydrogène, soient facilement combustibles , elles diifèrent cependant des corps albumineuz et des corps adipogènes en ce qu'elles ont besoin, pour être briilècs, d'une plus grande quantité d'oxygène. C'est pour cela qu'en été et dans les pays chauds, la graisse des aliments, sur laquelle l'oxygène a moins d'action, est plus difficilement élaborée. Ët si, dans les régions tropicales, on préfère les c orps adipogènes aux graisses déjà formées, cette coutume est fondée sur une loi naturelle. Déjà du temps d'Hérodote, dans les pays chauds, on se nourrissait principalement de végétaux. Les habitants des Iles de la mer Pacifique ne
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mangent que rarement du poisson et des coquillages ; le porc et la volaille sont réservés pour les fêtes. Chez les nègres, les aliments ordinaires sont le riz, le millet, le maïs et les racines riches en amidon. Le riz est la principale nourriture de tous les peuplesdes tropiques. Nous trouvons ici l'exemple d'une coutume qu'on taxe souvent de superstition, tandis qu'elle est fondée sur une base très-raisonnable. J'ai déjà dit que, pendant les grandes chaleurs, la graisse est moins décomposée par l'activité diminuée de nos poumons; et c'est par un juste pressentiment de cette loi naturelle que, dans la basse Italie, pendant rété, et chez les Juifs , en Palestine, l'usage de la viande de porc est défendu. L'obéissance ne devient superstition que si elle se prolonge encore quand la raison sur laquelle se fondait la loi a disparu.
On doit, en été, éviter principalement tout ce qui arrête l'oxygène si utile aux parties organiques du corps, et d'un autre côté, il faut choisir, en hiver, les aliments qui modèrent la décomposition de nos tissus par l'oxygène. Ainsi, non-seulement on supporte, en hiver, une plus grande abondance d'aliments gras , mais encore on préfère les boissons dont la ri* chesse en alcool préserve les subsUmces de notre corps. U me reste toujours à comprendre comment des naturalistes peuvent prêcher l'abstinence de l'alcool, lorsque je remarque que l'usage des boissons spiritueuses augmente à mesure que l'on se rapproche du pôle. Tandis que l'Allemand du Sud se contente de la quantité d'alcool contenue dans la bière
OU le vin, dëjii i Allemand du Aord, le Hollandais et l'Anglais boiveat fréquemment de Teau-de-vie. £n Russie, en Suéde, en Non^ége, Tusage de l'eau-de* vie est infiniment plus répandu. Dans un cours public trè&'instruciif donné à Mayence, M. de Kittlitz exposa que les Kamtcliadales, renommés par leur respectpour kt propriété, volent souvent de Teau-devie, mais ensuite le voleur avoue , avec une ingénuité d enfant , qu'il n'a pas pu faire autrement ; ils ne prennent jamais que ce dont ils ont besoin. Cette au^unueiitalion régulière de la consommation d'alcool correspondant aux conditions du climat, aurait dû faire découvrir une base raisonnable pour l'usage populaire qui , dans ces derniers temps, se trouve complètement justifié par la science même. D'un côté , l'usage de l'alcool est une nouvelle source de développement de chaleur, par suite de laquelle les aliments sont plus longtemps conservés, et d'un au* tre côté, il préserve le coussin de graisse qui est sous la peau» et qui, comme mauvais conducteur de la chaleur, protège efflcacement les organes contre le froid extérieur. Les voyageurs qui ont visité les mers polaires sont unanimes pour assurer que les luH opéens, dans ces parages, ne sauraient se passer de boissons spiritueuses. Dans les contrées basses, froides et humides, Texpérience de tous les temps en a prouvé l'utilité.
Mais la science aussi bien que Texpérience pro^ scrivent l'excès. Après un usage abondant des boissons spiritueuses , on a trouvé le sang des artères
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semblable à celui des vemes. £t ainsi s'expliquent les cas de suffocation observés chez les homines et chez les animaux. Il est clair que l'oxygène que ralcoolabsorbe poursechangerd'aborden acide acétique eten l'cUi, el ensuite en acide carbonique et en eau, n'arrive pas aux substances du.saug. De l'union de ces substances avec l'oxygène dépend la transformation du sang veineux en sang artériel, une des plus importantes conditions d'un échange normal des substances.
Il faudrait appuyer sur ce point el y revenir tou- - jours. Car le meiUeui' moyen de préserver ses semblables de l'excès, c'est de leur expliquer clairement que les suites funestes de l'excès sont fondées sur une loi naturelle^ nécessaire» et qu'elles sont par cela môme inévitables.
Une raison éclairée est la seule base de toute véritable moralité. Par l'abolition, on fait des esclaves d'une promesse déraisonnable , et on ne traite pas l'homme mieux que l'animal que Ton retient à l'écurie pour l'empêcher de courir trop loin.