‹ De l'Allemagne (volume 2)Chapitre 2 sur 32 · AVANT-PROPOS. VU · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. VU

pour des hommdges dédicatoîres , qui seraient un anachronisme aujourd'hui y et dont la forme intempestive produirait surtout dans ce moment un effet tout contraire à celui où l'auteur visait lorsque parut la première édition de son livre. A cette époque y le nom auquel j'adressais ces hommages était pour ainsi dire un schibolet^ et désignait le parti le plus avancé de l'émancipation humaine , qui venait d'èti*e terrassé par les gendarmes et les courtisans de la vieille société. En patronisant les vaincus^ je lançais un superbe défi à leurs adversaires^ et je manifestais ouvertement mes sympathies pour les martyrs qu'on outrageait alors y et qu'on bafouait sans merci dans les journaux et dans le monde. Je ne craignais pas de m'exposer au ridicule y dont leur bonne cause était^ il faut l'avouer^ un peu entachée. Les choses ont changé depuis : les martyrs d'autrefois ne sont plus honnis ni persécutés^ ils ne portent plus la croix ^ si ce n'est par hasard la croix de la Légion d'honneur; ils ne parcourent plus nu-pieds les déserts de FArabie pour y chercher la femme libre ; — ces émancipateurs des liens conjugaux^ ces briseurs de chaînes matrimoniales, à leur retour de TOrient ils se sont mariés et sont devenus les épouseurs les plus intrépides de

Vin AVAi«t>-]PROPos.

rOccldent> et ils ont des bottes. La jplupaH dô ces fiiàftyrd sont à posent dans la prospérité ;. ptusietli^ d'entre eux jsôttt béo^miilionnaires^ et plus d*uu est arritê àUï plaides leè plus honorifiques et les plus lucratives — on ta vite avec les chemins de fer. Ces ci-^detànt apôtres qui ont rêvé l^&ge d'or pour toute inhumanité i se àont contentés de t)rQpàger l'âge de IVgent^ le règne de ce diéu-argent.. qui est le père et la mêrè de tous -et de toutes — c'est peut-être le même dieu qu'on a prêché en disant : Tout est eii iui^ tien n'est hors de lui^ sans lui on n*est rien — Mais ce n'est pas le dieu qu'àdorè Tautéur de ces lignes^ je lui préfère même ce pauvre Dieu nazaréen qui n'avait pas le soii , et qui était le i)ieU des gueux et dés soûfirànts. Comme j*dppartiens un peu à cette dernière catégorie, je ferais un acte de grande niaiserie, si je voulais préconiser par des compliments surannés les hautains triomphateurs , les heureux du jour, qiii peuvent bien s*en passer.

Je ne puis assez faire ressortir ta remarque que je n'avais pas l'intention de donner un tableau complet de l'Allemagne. Je voulais seulement, à différents endroits, soulever le voile qui couvre ce mystérieux pays; et si le lecteur n*a pa» vu tout, ou n'a vu qii^une

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petite partie^ du moiDS il a vu cette petite partie dans sa vérité naturelle, tandis qu'il ne slnstmlra que bien pauvrement^ ou poitit du tout, par les livres où on lui promet les renseignements les plus complets et qui^ au bout du compte , ne sont qu'une énumératlon et

une tlomenclatùre tèches et stériles ^ bien qu'exactes et sincëress Quant à la littérature allemande , mon

livre n'embrasse que l'histoire de l'école dite romantique^ el en jne proposant de donner les informations les plus précises sur les écrivains qui j appartiennent^ j'ai été forcé de parler d'eux avec {dus de détails que je n'en ai accordé à des poètes allemands d'un ordre supérieur et doués de beaucoup plus de talent^ mais qui ne font pas partie de l'école romantique. J'ai même passé sous silence plusieurs grands auteui's que l'on compte parfois parmi les adhérents de cette école j mais qui^ à mon sens, n'y appartiennent nullement, comme, par exemple, Henri de Kleist et feu mes amis Charles Immermann et Christian Grabbé , tous les trois hommes d'un grand génie. Ce sont des géants^ quand on les compare à ces auteurs de l'école romantique dont j*ai parlé dans mon livre, et ils peuvent sans contredit être regardés comme les poètes les plus distingués de l'Allemagne pendant la période

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de Goethe. En tout cas, ils n'ont pas été surpassés depuis^ quoique le théâtre allemand de nos jours possède deux poëtes du mérite le plus rare en la personne de mes amis Frédéric Hebel, auteur de Judith, et Alfred Meissner, auteur de la Femme dUria. Le premier est de la parenté intellectuelle de Kleist et de Grabbé, et ce n'est pas l'affaire d'un critique banal que de savoir apprécier son esprit; l'autre, Alfred Meissner, est bien plus accessible à Tintelligence des masses, son public; est plus grand ; c'est une âme passionnée, et je suis persuadé qu'il saura un jour conquérir la popularité de Frédéric Schiller, dont il est l'héritier présomptif en Allemagne.

Je viens de faire remarquer que je n'ai pu parler dans mon livre de plusieurs de nos grands poëtes allemands, parce qu'ils n'entraient pas dans mon cadre, destiné exclusivement à l'école romantique. Parmi ces grands poètes se trouvent aussi quelques poëtes lyriques qui s'approchent de ladite école par la tournure de leur esprit imbu de romantisme. Aussi , par erreur, on les nomme parfois des romantiques. De ce nombre sont quatre dont le talent égale celui de nos plus grands poëtes, ce sont : feu mon ami Adalbertde Chamisso, Français de naissance; puis

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