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S06 ŒUTIIES DE HENRI BEINB.
femme-démon ; de cette diablesse de femme qnî, avec toute sa morgue olympienne et la magnificence de sa passion, n'en trahit pas moins la femme galante; c'est une courtisane céleste et parfumée d'ambroisie, c'est une divinité aux camélias , et pour ainsi dire une déesse entretenue. Si je fouille dans mes souvemirs, je dois l'avoir rencontrée un jour en passant par la place Brédt, qu'elle traversait d'un pas délicieusement leste; elle portait une petite capote grise d'une simplicité raffinée, et elle était enveloppée du menton jusqu'aux talons dans un magnifique chàle des Indes ; dont la pointe (lisait le pavé, a Donnez-moi la définition de cette femme, dis-je à M. de Balzac, qui m'accompagqait. — C'est une femme entretenue, répondit le romancier. «— Moi j'étais plutât d'avis que c'était une duchesse, d D'après les renseignements d'un commun ami qui arriva, nous reconnûmes que nous avions raison tous les deux.
Aussi bien que le caractère de la dame Vénus, le vieux poëte a su rendre celui du Tannhœusery de ce bon chevalier qui est le chevalier Des Grieux du nocyen âge* Quel beau trait est-ce encore quand, dans le milieu du poème, Tannhffîuser tout à coup commence à parler au public en son propre nom, et qu'il nous raconte ce que plutôt le poète devrait raconter, c'est-à-dire comme il parcourt le monde en désespéré ! Cela a pour nous Tair de la gaucherie d'un poète inculte, mais de pareils accents produisent dans leur naïveté des effets merveilleux.
Le poème du Tannhœtuer a été écrit, selon toute ap-
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parence^ peu de temps avant la réformatîon; la légende qui en fait le sujet ne remonte pas beaucoup plus haut, Bl ne lui est peut-être antérieure que d'un siècle à peine. .\iusi la dame Vénus n^apparait que très- tard dans les IraditioDs populaires de rAIIemagne, tandis que d'autres divinités, par exemple Diane, sont connues dès le commencement du moyen âge. Au vi* et au vu* siècle, Diane figure déjà comme un génie malfaisant dans les décrets des évêques. Depuis lors, on la représente d'ordinaire à cheval, elle qui autrefois, gracieusement chaussée et lé* gère comme la biche qu'elle poursuivait, parcourait à pied les forêts de Tancienne Grèce. Pendant quinze cents ans, on fait prendre successivement à cette divinité les figures les plus diverses, et en même temps son carac-* tère subit le changement le plus complet. — Ici se présente à mon esprit une observation dont le développement offrirait une matière sufiisante pour les plus intéressantes recherches. Toutefois je me bornerai à Tin* diquer et à ouvrir la voie i des érudits sans travail; ou*vriers de la pensée en grève. Je me contenterai de faire remarquer en peu de mots que, lors de la victoire définitive du christianisme^ c'est-à-dire au ni* et au iv* siècle, ^s anciens dieux païens se virent aux prises avec les Embarras et les nécessités qu'ils avaient déjà éprouvés dans les temps primitifs, c'est-à-dire à cette époque rérolutionnaîre où les Titans, forçant les portes du Tartare, entassèrent Péllon sur Ossa et escaladèrent TOlympe. Us furent contraints de fuir ignominieusement,
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ces pauvres dieux et déesses, avec toute leur cour, et ils vinrent se cacher parmi nous sur la terre, sous toutes sortes de déguisements. La plupart d'entre eux se réfu* gièrent en Egypte, où, pour plus de sAreté, ils revëtireni la forme d'animaux, comme Hérodote nous rapprend. (Test tout à fait de la même manière que les divinités du paganisme durent prendre la fuite et chercher leur salut sous des travestissements de toute espèce et dans les cachettes les plus obscures, -lorsque le vrai Dieu parut avec la croix, et que les iconoclastes fanatiques, la bande noire des moines, brisèrent les temples et lancèrent l'anathème contre les dieux proscrits. Un grand nombre de ces émigrés olympiens, qui n'avaient plus ni asile ni ambrobie, durent avoir recours k un honnête métier terrestre pour gagner au moins de quoi vivre. Quelquesuns d'entre eux, dont on avait confisqué les biens et les bois sacrés, furent même forcés de travailler comme simples journaliers chez nous, en Allemagne, et de boire de la bière au lieu de nectar. Dans cette extrémité, Apollon parait s'être résigné à entrer au service d'éleveurs de bestiaux ; de même qu'autrefois il avait gardé les vaches du roi Admète, il vécut comme berger dans la Basse- Autriche, mais ses chants harmonieux éveillèrent les soupçons d'une moine savant, qui reconnut en lui un ancien dieu païen et le livra aux tribunaux ecclésiastiques. Soumis k la torture, il avoua qu'il était le dieu Apollon, n demanda la permission de jouer de la lyre et de chanter une dernière fois avant d'être conduit au sup-
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piîce. Or il joaa d'une manière si Attendrissante, il y avait dans son chant un charme si puissant, et de plus, il était si beau de taille et de visage, que toutes les femmes pieurërent, il y en eut même qui tombèrent malades à la suite de cette émotion. Au bout d'un certain tenips^ on voulut retirer le corps de la tombe pour lui enfoncer un pieu dans le ventre : on croyait qu^il avût dû être un vamiûre, et que les femmes malades se guériraient par remploi de ce remède domestique, d'une eflScacité généralement reconnue ; mais lorsqu'on ouvrit le tombeau, il était vide.
Quant k Mars, Fancien dieu de la gnerret je serais assez disposé k croire qu'au temps de la féodalité il aura poursuivi ses anciennes habitudes en qualité de chevafier-brigand. Le long Westphalein Schimme penning, neveu du bourreau de Munster, le rencontra à Bologne conune maître des hautes œuvres. Quelque temps après, Mars servit sous les ordres du général Frondsberg comme lansquenet^ et il assista à la prise de Rome. A coup sûr il dut y ressentir de cruels chagrins en voyant détmire si ignominieusement sa ville chérie et les temples où il avait été adoré lui-même, ainsi que les temples des dieux ses cousins.
Le sort de Bacchus, le beau Dionysos, après la grande déconfiture, a été plus heureux que celui de Mars et d'Apollon. Voici ce que raconte à ce sujet la légende du moyen ftge : — Dans le Tyrol, il y a des lacs trèséteodus, environnés de forêts dont les arbres s'élèvent