DIXIÈME PARTIE
-- AVBUX VU L'AUTEUR —
Un Français spirituel y — ces mots auraient , il y a quelques années, formé un pléonasme ; — un spirituel français me nomma un jour un romantique défroqué, f ai un faible pour tout ce qui est esprit^ et quelque malieieuse qu*ait été cette dénomination, elle m*a beaucoup amusé. Elle est juste. Malgré mes campagnes eiterminatrices contre le romantisme» je restai moi* même toujours un po6te romantique, et je Tétais à un plus haut degré que je ne m*en doutais moi-même. Après avoir porté à Tengouement pour la poésie romantique en Allemagne les coups les plus mortels, un désîr rétrospectif s'empara de mon âme et je me pris à sou* pirer de nouveau après la mystérieuse fleur bleue dans le pays des rêves du romantisme; je saisis alors la
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vieille lyre enchantée, et dans un poème tragi-comiqae je m*abandonnai à toutes les merveilleuses exagérations, à toute rivresse du clair de lune» à toute la magie bouffonne de cette folle muse que j'avais tant aimée autrefois. Je sais que ce fut là le dernier chant du véritable vieux romantisme et que je suis son dernier poète. L'andenne école lyrique allemande a pris fin avec moi» tandis que j^inaugurai en même temps lanouvelle école, la poésie lyrique moderne de TAUemagne. Cette double mission de destructeur initiateur m'est attribuée par les historiens de notre littérature, n ne me sied pas de parler là-dessus avec développement y mais je puis du moins dire à bon droit que j'ai joué un rôle important dans rhistoûre da romantisme allemand , et c'est pour cette raison que mon livre de V Allemagne, où j'ai voulu présenta aussi complètement que possible l'histoire de l'école romantique d'outre-hhin , ne devrait pas manquer de renseignements sur Fauteur lui-môme.
J'fd donné dans ce livre une suite de monographies sur les principaux poètes romantiques de mon pays, et j'aurais dû y ajouter mon propre portrait. En ne le faisant pas, j'y ai laissé une lacune à laquelle je ne saurais remédier aisément. Me portraire moi-même serait on travail non-seulement scabreux , mais impossible. Je serais un fat si j'étalais amplement le bien que je pourrais dire de moi y et je serais un grand sot si j'exposais aux yeux de tout le monde les défauts que je me connais peut-être aussi parfaitement , puis, avec la meilleure
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volonté d*étre sincère , personne ne peut dire la vérité sur son propre compte. Jusqu'à présent nul n'y a réussi, Di saint Augustin y le pieux évéque d'Hippone , ni le Genevois Jean-Jacques Rousseau ; surtout ce dernier qoi , tout en s*appelant Thomme de la vérité et de la nature, n'était au fond pas moins mensonger et dénaturé qoe les autres. Il est trop fier pour s'attribuer faussement de bonnes qualités ou de belles actions; il invente plutôt les choses les plus affreuses pour sa propre diffamation. Est-ce qu'il se calomnie peutrétre luinfnéme pour pouvoir^ avec une plus grande apparence de véracité, calomnier à leur tour ses amis, par exemple mon pauvre compatriote Grimm ? ou fait-il des aveux controuvés pour cacber de véritables fautes? car, comme tout le monde sait, les histoires scandaleuses qui ont cours sur notre compte ne nous sont pénibles que dans le cas où elles reposent sur la vérité, tandis que notre cœur en est moins douloureusement affecté, si elles ne sont que de vaines inventions. Par exemple je suis bien convaincu que Jean-Jacques n'a pas volé ce ruban qui fit perdre à une fenrnie de chambre injustement accusée son honneur et sa place ; il n'avait d'ailleurs pas le talent de voler, il était pour cela bien trop timide et trop gauche, trop lourdaud, lui, le futur ours de Termitage d'Ermenonville. Il s'est peut-être rendu coupable d'un autre délit, mais certes il ne commit pas de vol. Il n*a pas non plus envoyé ses enfants à l'hospice des enfants trouvés, il n*y a envoyé que les enfanta de mademoiselle