‹ De l'Allemagne (volume 3)Chapitre 31 sur 36 · II · texte numérisé non relu

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80D8 de correction^ nos bouges de prostitution , nos casernes ^ etc. ^ En lisant son livre, on croirait que chaque Allemand mérite le prix Monthyon — et tout cela dans la seule intention de vexer rempereur, dont nous étions k cette époque les ennemis.

La haine contre Tempereur est l'âme de ce li^re de f Allemagne , et quoique Napoléon n'y soit nulle part nommé expressément ^ on voit pourtant qu'à chaque ligne qu'elle écrite madame de Staël jette un regard fiirtif vers les Tuileries. Je ne doute pas que ce livre n'ait contrarié l'empereur bien plus fortement que n'aurait pu le faire l'attaque la plus directe ; car rien ne nous blesse autant que ces petites piqûres d'épingle de la main d'une femme qui a assez étudié l'anatomie de l'homme pour connaître nos endroits vulnérables.

Oh les femmes 1 Nous devons letu* pardonner beaucoup, car elles ont beaucoup aimé. Leur haine n'est au fond qu'un amour qui a tourné casaque. Parfois aussi elles cherchent à nous faire du mal, parce qu'elles croient par-là faire du bien à un autre. Quand elles écrivent, elles ont toujours un œil dirigé sur le papier, et l'autre sur un homme quelconque ; et ceci s'applique à toutes les femmes auteurs, à l'exception de la comtesse Hahn- Hahn, qui n'a qu'un seul œil. Nous autres hommes auteurs, nous avons également nos prédilections, nos sympathies préconçues, et nous écrivons pour ou contre une cause, pour ou contre une idée, pour ou contre un parti; mais les femmes écrivent toujours pour ou contre un

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Md honrnie, ou, pour mieux dire» à cause d'un ^eul homme. Ce qui les caractérise, c'est un certain cancan, qu'elles transportent aussi dans la littérature, et qui m'est pins insupportable que les plus grossières calomnies des écrivains de mon sexe. Nous autres hommes, nous men« tons quelquefois, et nos mensonges sont peu délicats* Les femmes, comme toutes les natures passives, savent raieoient inventer ; mais elles ont le talent de défigurer les faits existants d*une manière si perfide, que ces falitflcations raflinées sont plus nuisibles que les inventions grossières des hommes. Je crois que feu mon ami Balzac avait véritablement raison, quand il me dit un jour d*un ton très-afiUgé : La femme est un être dangereux.

Oui, les femmes sont dangereuses; je dois pourtant ajouter que les jolies femmes ne sont pas aussi dangereuses que celles dont les qualités reposent plutét dans leur esprit que dans leur physique. Car ces dernières sont moins indolentes, elles vont au-devant de Famourpropre masculin, et s'attachent un plus grand nombre de courtisans par la glu de la flatterie. Je suis loin de vouloir donner à entendre par là que madame de Staël ait été laide, — nulle femme n'est laide ; — mais je suis en droit d'avancer que, si la belle Hélène de Sparte avait eu sa mine, toute la fameuse guerre de Troie n'aurait pas éclaté, la flère cité de Priam ne serait pas devenue la proie des flammes, et Homère n'aurait jamais chanté la colère d'Achille, fils de Pelée et de Thétis aux pieds d'aj*gent.

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Madame de Staël, comme je Tai dît tout à Thetire, s'était déclarée contre Tempereur, et elle lui faisait la guerre. Mais elle ne se bornait pas à écrire des livres contre lui, elle cherchait encore à le combattre autrement que par les armes littéraires : elle fïit pendant quelque temps l'âme de toutes ces intrigues oligarchiques el jésuitiques, qui précédèrent la collision des rois et roitelets d'Europe contre Napoléon. Comme une vraie sorcière elle ét^t accroupie près de la fatale chaudière^ dans laquelle tous les empoisonneurs diplomatiques, surtout ses amis Talleyrand^ Mettemich, Pozzo di Borgo, Castlereagh, etc., cuisaient les maléfices qui devaient faire périr Tempereur. La malheureuse femme, aveuglée par une haine personnelle, mettait sa plus grande activité à remuer dans cette fatale chaudière, ob ne bouillonnait pas seulement la ruine de Tempereur, mais aussi celle du monde entier, le malheur de tout le genre humain. Quand l'empereur succomba, madame de Staël entra triomphante dans Paris, avec son livre de PAUe-^ magne f et accompagnée de quelques cent mille Allemands, qu'elle amenait pour ainsi dire comme une vivante illustration de son livre. Cette illustration vivante, mangeante, buvante, jurante et fumante, avec toutes ses odeurs exotiques, devait naturellement rehausser beaucoup l'authenticité de Touvrage, car le public français pouvait à présent se convaincre par ses propres yeux de la fidélité parfaite avec laquelle Tauteur nous avait dépeints, nous autres Allemands, nous et nos vertus

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germaniques. Quel précieux frontispice ne fdt pas ce vieux Blûcher, ce pilier des tripots, qui avait toujours les cartes à la main et la pipe à la bouche, et dont la yerve ordurière se plaisait à parodier les paroles sublimes des harangues napoléoniennes! Dans un de ses ordres du jour, cet animal se fit fort, pour le cas où Fempereur tomberait vivant entre ses mains, de lui faire donner le fouet ou des coups de bâton. — Aushauen lassen est le mot dont il se servit, et pour I*honneur de mon pays, je dois présumer que notre père Blûcher était ivre lorsqu'il publia cet infâme ordre du jour.

Au nombre des figures curieuses qui formèrent Tillustration du livre de l'AUemagney se trouvait également, comme il va sans dire, le savantissime Auguste Guillaume de Schlegel, ce chevalier pédant, qui se posait lui aussi en pourfendeur de géants, et qui voulait infliger la férule à Molière et à Racine. Madame de Staël le prônait comme un prototype de force héroïque et de naïveté allemande. Il y avait encore son ami Zacharie Wemer, ce modèle de propreté slavo-prussienne, que poursuivirent en riant les beautés décolletées du Palais-Royal. Paris se réjouissait alors aussi de Tarrivée de Joseph Goerres, de Maurice Amdt et de Tignoble Jahn, les plus fameux gallophobes d'alors, espèce de bouledogues toute particulière, à laquelle le défunt Boerne avait donné le nom de mangeurs,de Français, dans son livre intitulé Menzel der Franzosenfresser. M. Menzel, pauvre chien oublié depuis, était le plus vorace de ces man-«

geurs de Français, et à l'époque de ses dénonciations contre la jeune Allemagne , il croquait tous les jours an moins une demi-douzaine de Français et finissait ce repas en mangeant un juif pour se faire la bonne bouche. II y a longtemps qu'il n*aboie plus; édenté et pelé, il se traîne maintenant dans le coin obscur de quelque boutique de libraire à Stuttgard. Parmi les Allemands qui arrivèrent alors à Paris, se trouvait aussi Frédéric Schlegel, avec sa bien-aimée Dorothée, fille du célèbre Hoise Mendelsohn, cette Hélène de la laideur, que le gros Paris tudesque venait d*enlever au pauvre docteur Veit; ce mari trompé se montrait plus indulgent que le roi Ménélas, dont Homère ne nous rapporte pas qu'il ait payé une pension viagère à son épouse échappée. Je m dois pas passer sous silence une autre illustration de w genre, un ami et disciple de Frédéric Schlegel, qui vint à Paris à la même époque, et qui y est resté jusque aujourd'hui. C'était un baron allemand qui avait lapréten* tion de représenter la science de mon pays. Il était ori* ginure d'AItona, et il appartenait à une des familles Israélites les plus considérées de cette ville située à quelques pas de Hambourg sur TElbe. Sa généalogie, qui remontait jusqu'à Abraham, aïeul de David , roi de Jnda et d'Israël, lui donnait bien le droit de se dire gentilhonmie; comme il avait renié la synagogue et plus tard déserté la foi protestante pour embrasser le catholicisme, il avait aussi le droit de se nommer gentilhomme catholique. Dans cette qualité, pour soutenir les intérêts

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féodaux et cléricaux, il fonda à Paris un jouifnal nonamé le Catholique» Son érudition était très-équivoque ] mais il était très-ennuyeux, ce qui éblouit toujours les Français. Non-seulement dans son journal, mais aussi dans les salons de quelques douairières dévotes du noble fauboarg^ le savant gentilhomme parlait sans cesse de Bouddha^ et d'un ton sacerdotal et quelque peu syna* gogicali il prouvait aux Français qu'il y avait eu deux Bouddha^ ce que ceux-ci croyaient volontiers; il dé* montrait que le dogme de la Trinité était déjà dans la M* ««r^if indienne; il citait le Ramayana^Xe Mahabaratha, les EddoB Scandinaves et bien des fossiles antédiluviens non encore découverts; et comme il revenait continuellement à Bouddha et encore à Bouddha, ces frivoles Français finirent par l'appeler le baron Bouddha. C'est sous ce nom que Je le retrouvai en 4831 k Paris, et quand Je lui entendais débiter avec gravité et componc* tion sa kyrielle savante, il me rappelait un amusant pei^ sonnage du Vicar of Wakefield de Goldsmidt, cet excel^ lent chevalier d*industrie M. Jenkinson, qui cite sans cesse Manitho, Sanchuniathon et Birose; le sanscrit n'était pas encore inventé alors.

Un baron allemand d*une espèce plus idéale que Cô baron Bouddha, fut mon pauvre ami Frédéric de La Motte^Fouqué , qui appartenait également à la collection de madame de Staël , et qui entra alors à Paris sur sa maigre rossinante; c'était un don Quichotte de pied

en cap; ehâque fois qu'on lisait ses ouvrages, on adminii — Cervantes. ^

Hais parmi les paladins (rançais de madame de Staël se trouvait maint don Quichotte gaulois qui ne le cédait en rien y pour la folie, à nos chevaliers germaniques; comme I par exemple , son illustre ami, le vicomte de Chateaubriand, ce fou lugubre qui, à l'époque de la victoire du romantisme littéraire et politique, revenait de son pieux pèlerinage à Jérusalem. Il rapporta à Paris une inuuense cniche d'eau du Jourdain, et puisque ses compatriotes en France étaient redevenus païens dans le cours de la révolution , il les baptisa de nouveau avec Teau lustrale de la terre sainte. Arrosés ainsi, les Français redevinrent de vrais chrétiens; ils renoncèrent à Satan et à ses pompes, et ils reçurent dans Tempire du ciel des compensations pour les conquêtes qu'ils p»dirent sur terre, par exemple les pro^ces rhénane&i et à cette occasion je devins Prussien»

Je ne sais si l'on a raison de soutenir que madame de Staèl, pendant les Cent> Jours, a fait l'offle à l'emper^ir de lui prêter le concours de sa plume , à la condition qu'il lui paierait deux millions pour lesquels la France serait restée débitrice envers son père. L'empereur qui connaissait bien les Français, et qui pour cette raison était toujours plus économe de leur aident que de leur sang , n^entra pas dans ce marché, et la fille des Alpes ne démentit pas le dicton : Point d'argent, point de

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Suisses. D*aiUeurs Fassistance de ce grand talent aurait alors été peu utile à Tempereur, car bientôt après arriva la bataille de Waterloo.

J'ai mentionné tout à l'heure à quelle triste occasion je suis devenu Prussien. Je naquis dans la dernière année du siècle passé , à Dusseldorf , capitale du duché de Berg qui appartenait alors aux princes-électeurs du Palatinat. Lorsque le Palatinat échut à la maison de Bavière , et que le prince bavarois Maximilien-Joseph fut élevé par l'empereur Napoléon à la dignité de roi de Bavière, les États de ce dernier furent agrandis par une partie du Tyrol et d'autres pays adjacents. En échange, le roi de Bavière renonça au duché de Berg , en faveur de Joachim Murât , beau-frère de Pempereur, et Napoléon nomma celui-ci grand-duc de Berg, en ajoutant au duché plusieurs provinces limitrophes. Dans ces tempslà Tavancement était très*rapide, et bientôt après Tempereur nomma son beau-frère Murât roi de Naples; celui-ci céda alors la souveraineté du grand-duché de Berg au prince Napoléon-Louis, neveu de Tempereur et fils aîné du roi de Hollande et de la belle reine Hortense* Ce prince n'ayant jamais abdiqué, et sa principauté, qui fut occupée par les Prussiens, étant échue de droit, après sa mort, au fils cadet du roi de Hollande, le prince Louis-Napoléou Bonaparte, ce dernier^ qui est à présent aussi empereur des Français, se trouve être mon légitime souverain.

A un autre endroit je raconterai d'une manière plus

circonstanciée que je ne pourrais le faire ici, comment, après la révolution de Juillet^ je rompis mon ban et allai m'établir à Paris^ où je vis depuis, tranquille et content^ en Prussien libéré. Ce que j'ai fait et souffert pendant la Restauration, je le dirai aussi dans une publication qui paraîtra à une époque oit les intentions désintéressées de pareilles communications né pourront plus faire Tobjet d'un doute ou d'une mauvaise interprétation. J'avais beaucoup fait et beaucoup souffert, et lorsque le soleil de juillet se leva sur la France, j'étais devenu à la longue très-fatigué , et j'avais grand besoin de quelque délassement. L'air natal aussi devint de jour en jour plus malsain pour moi , et je dus songer sérieusement à un changement de climat. «Pavais des visions ; je regardais les nuages qui m'effrayaient en me faisant dans leur cours aérien toutes sortes de grimaces. Il me semblait parfois que le soleil était une cocarde prussienne ; la nuit je révais d'un affreux vautour noir qui déchirait ma poitrine et dévorait mon foie; j'étais très-triste. Ma mé« lancolie s'accrut encore par mes entretiens avec une nouvelle connaissance que je fis alors; c'était un vieux conseiller de justice de Berlin qui avait vécu longtempsi en qualité de prisonnier d'État, dans la forteresse de Spandau, et qui me racontait combien c'était désagréable de porter des fers en hiver. Je trouvai en effet très-peu charitable qu'on ne chauffStt pas un peu les fera de ces pauvres gens. Quand on chauffe nos chaînes elles ' ne causent pas un frisson si désagréable; aussi ai-je va

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dans d'autres pays que même les natures les plus frileuses supportaient au mieux les fers quand on avait eu soin préalablement de les chauffer un peu. Il ne serait même pas mal de les parfumer encore avec de Tessence de rose ou de laurier* Je demandai à mon conseiller de justice s'il avait souvent eu à manger des huîtres à SpandauT II me dit que non^ attendu que Spandau était trop éloigné de la mer. Le ci-devant pensionnaire de Spandau se plaignait même de ce qu'il n*y avait pas toujours de la ▼iande ; seulement, disait-il , une mouche tombait quelquefois dans notre soupe y et on nous disait que c'était de la volaille. En même temps je fis la connaissance d'un Français, commis voyageur en vins, qui ne sut pas assez me répéter combien on s*amusait maintenant à Paris^ il me racontait qu'on y vivait comme au pays de Cocagne^ qu'on y chantait du matin au soir la Marseillaûe et c En avant, marchons Ib et a Lafayette aux cheveux blancs ! b et que sur tous les coins de rue on voyait écrit en grandes lettres: Liberté, égalité, fraternité 1 n exaltait aussi le Champagne de sa maison > dont il me donna un grand nombre de cartes d'adresse, et il me pourvut aussi de lettres de recommandation pour les meilleurs restaurants de Paris, en cas que je voulusse visiter la capitale de Tunivers pour me procurer une distraction. Comme j'avais réellenierit besoin de m'égayer un peu, et que Spandau est trop éloigné de la mer pour y manger des huîtres , qu'en outre les chaînes prussiennes sont très^froides en hiver, et que je ne vou-

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lais pas goûter de la volaille de S. M. le roi de Pnisse, je me décidai à fure un voyage à Paris , dans la patrie do Champagne et de to Marseillaise j afin d'y boire ce premier et d'entendre chanter cette dernière avec : c En avant, marchons!» et cLafayette aox cheveux Uancs!»

Le i*' mai 4831 je passai le Rhin. Je ne vis pas le vieux dieu, le père itAént», et je me bornai à lui jeter ma carte de visite dans le fleuve. D*après ce qu*on me dit, il était assis au fond de Feau, occupé à étudier de nouveau la grammaire française de Meidinger ; pendant la domination prussienne il n'avait guère fait de progrès en fiançais , et il voulait un peu rafraîchir ses connaissances en cette langue pour ne pas être pris an dépourvu en certains cas. Je crus Tentendre conjuguer dans les flots : j'aime, tu aimes, il aime, nous aimons.—* Hais qu'est-ce qu'il aimeî A coup sûr, pas les Pms<* siens. Je n'aperçus que de loin la cathédrale de Strasbourg; elle hochait la tête, comme le vieux et fidèle chevalier Eckart , quand il voit un jeune freluquet se rendre dans la montagne de Vénus.

A Saint-Denis je m'éveillai d'un doux somme matinal, et j'entendis pour la première fois le cri des conducteurs de coucou : Paris i Paris ! accompagné du son des clochettes d'un marchand de coco. Dans cette bourgade Ton respire déjà l'air de la capitale qu'on voit poindre à rhorison. Lorsque je descendis de voiture, un vieillard sec et râpé s*empara de moi, et voulut m'engager à

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visiter les tombeaux des rois ; mais je n'étais pas venu en France pour voir des rois morts, et je me bornai à me faire raconter par mon vieux drôle de dcerone la légende du glorieux saint Denis que le méchant roi des païens avait fait décapiter, ce qui ne l'empêcha pas de courir, avec sa tête dans sa main , de Paris à Saint-Denis, pour s'y faire enterrer et donner son nom à cet endroit, a Si Ton réfléchit à la distance , dit mon narrateur, il faut s'étonner du miracle que quelqu'un ait pu aller si loin à pied sans tête ; — mais , ajouta-t-il avec un singulier sourire, dans des cas pareils il n*y a que le premier pas qui coûte. » Ce vieux bon mot valait bien les deux francs que je lui donnai pour l'amour de Voltaire dont je ren* contrai déjà ici le ricanement. Eu vingt minutes je fus à Paris, et j'y entrai par la porte monumentale du boulevard Saint-Denis, arc de triomphe érigé primitivement en rhonneur de Louis XIV, mais qui dut servir ce jourlà à glorifier la joyeuse entrée d'un poète allemand dans Paris. Je fus vraiment surpris de la foule de gens parés qui se pressaient dans les rues, tous habillés avec tant de goût qu'ils ressemblaient aux figures d'un journal de modes. Ce qui m'imposait encore plus, c'est que tout le monde parlait français, cette langue qui est chez nous la marque distinctive des gens de qualité ; ici le peuple entier est donc d'aussi bonne compagnie que chez nous la noblesse. L'urbanité et la bienveillance se lisaient sur tous les visages. Que ces hommes étaient polis, que ces jolies femmes étaient souriantes I Si quelqu'un me

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bouscàlait par inadvertance sans me demander pardon aussitAty je pouvais parier que c'était un de mes compatriotes; et si quelque belle montrait une mine rechignée et aigrelette , j'étais sûr qu'elle avait bu du vinaigre on qu'elle savait lire Klopstock en original. Je trouvais tout on ne peut plus amusant. Le ciel était si bleu , Tair si doux, si généreux 1 et avec cela brillaient encore par ci par là les feux du soleil du juillet. Les joues de la ma-* gniflque et voluptueuse Lutèce étaient encore rouges dey baisers de flamme de ce soleil, et sur la poitrine de marbre de la belle cité le bouquet de fiancée n'était pas encore tout à fait flétri. Il est vrai que çk et là , sur les coins de rue, la devise nuptiale : Liberté^ égalité, fraternité était déjà effacée. Les jours de noces passent si vite!

Je me hâtai de visiter les restaurants auxquels j*étab recommandé; ces messieurs m'assurèrent que même sans lettres de recommandation ils m'auraient fait bon accueil) et qu^on me recevrait bien partout, à cause de ma mine honnête et distinguée. Jamais gargotier allemand Ue m^avait dit pareille chose , tout en pensant peut-être de même; un tel nistre s'imagine devoir se taire sur les choses agréables , et en revanche il se croit obligé de nous dire en face tout ce qui est déplaisant, afin de montrer sa franchise allemande. Dans les mœurs des Français y autant que dans leur langue, abonde cette flatterie délicieuse qui leur coûte si peu et qu*on savoure pourtant avec tant de plaisir. Dieu nous a donné la

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langue pour que nous paissions dire des choses charmantes à nos amis et de dures vérités à nos ennemis. Savais d*abord assez de difficulté pour m*exprimer en langue française ; mais après une demi-heure d'entretien avec une petite bouquetière au passage des Panoramas, mon français, qui s'était un peu rouillé depuis la bataille de Waterloo, redevint coulant, je retrouvai peu à peu les conjugaisons des verbes les plus galants, et j'expliquai assez intelligiblement à la petite bouquetière le système de Linné qui fait classer les fleurs selon leurs éta* mines; la petite suivait une autre méthode, et comme elle me le disait, elle rangeait les fleurs en deux classes, celles qui sentent bon et celles qui puent. Je crois qu'elle observait la même classification chez les bonunea, et c'est toujours plus raisonnable que de les ranger selon les étamines, comme Linné. Elle fut étonnée que, malgré ma jeunesse, je fusse si savant, et elle célébra et trompeta ma grande érudition dans tout le passage des Panoramas. Je humais avec délices l'encens de ces compliments aussi odoriférants que les fleurs de la petite flatteuse; je me sentais de plus en plus ravi de Paris et des Parisiens.

Je me promenais au milieu des enchantements les plus surprenants, et maint pigeon rôti vint voler dans ma bouche béante* Que de choses divertissantes ne vis-je pas ici dès mon arrivée I je vis toutes les sommités du plaisir public et toutes les caricatures notables de la bapitale. Les Français sérieux et graves étaient les plus

amnsants. Je vis Arnal| Bouffé , Déjazet, Deboreavi mademoiselle Georges y la marmite colossale au palais des Invalides, rexposition des morts à la Moi^e et rAcadémie Française. Celle-ci, c'est-à*dire rAcadémieî est une crèche pour de vieux littérateurs retombés en enfance y établissement vraiment philanthropique, et dont ridée se trouve aussi chez les Hindous qui fondent des hôpitaux pour des singes ftgés et décrépits ; la toiture de rédiflce qui abrite les vénérables tètes des membres de l'établissement, — je parle de rAcadémie Française et non pas d'un hospice indien , ^- est une vaste coupole qui ressemble à une énorme perruque de marbre. Je ne pus regarder cette pauvre vieille perruque sans penser aux épigrammes de tant d'hommes d'esprit qui se sont fait des goi^es chaudes aux dépens de cette Académie qui n'a pour cela discontinué de vivre. On dit à tort que le ridicule tue en France. II va sans dire que je visitai aussi la nécropole du Luxembourg où se trouvait une collection complète de toutes les momies da parjure, si bien embaumées qu'on voyait encore sur leurs figures les faux serments qu'elles ont prêtés à toutes les dynasties des Pharaons de France. Au Jardin des Plantes, je vis le palais des véritables singes, le bouc aux trois pattes et la girafe qui m'amusèrent tout particulièrement. Je m'abstins de voir le grand Opéra, parce que j'étais venu à Paris pour m' amuser. Je visitai la Bibliothèque royale, et j'y pus voir le conservateur des médailles qui venaient d'être volées; j'y remarquai en-

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core, relégué dans un corridor désert, le zodiaque de Dendérah qui avait fait autrefois tant de bruit. Le même jour je vis aussi madame Récamier, la beauté la plus célèbre du temps des Mérovingiens , ainsi que M. Bal« lanche, que cette ultra*vestale traînait partout à sa suite comme pièce justificative de sa vertu : le bon et excellent Ballanche que tout le monde loue et que personne ne lit , était venu au monde avec un visage où manquait la joue droite , et plus tard il perdit la joue gauche par une amputation. A mon grand regret je ne vis pas M. de Chateaubriand^ qui m*aurait certainement amusé. Je ne vis pas non plus M. Villemain ; sa femme de^ ménage me dit qu'il n'était pas visible , parce que c^était un jeudi , le jour où il se lave. En descendant l'escalier, je vis en bas un écriteau avec Tinscription : «Parlez au concierge ^d et je m^empressai d* adresser quelques paroles obligeantes à ce brave homme ; je lui fis mon compliment sur la propreté de son illustre locataire qui se lave tous les jeudis, a Voyez-vous, lui dis-je, la propreté est une chose très-rare chez les savants^ et , par exemple, le célèbre Casaubonus ne se lavait qu'une fois par an , le mardi gras, peut-être pour se déguiser.» Le Pipelet me fit une profonde révérence, et d'une voix soupirante il me répondit: a Vous êtes très-honnête, monsieur, je dois vous détromper. L'illustre individu que je m'honore de compter parmi mes locataires ne fait pas une trop grande consommation d'eau de Seine , il n'enrichit pas les Auvergnats, et, sous le rapport de la

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propreté , H est un peu Casaubonus. » A cea mots il se mit k rire, et moi je m'en allai en riant également sans savoir pourquoi. Pour me donner des allures françaises je me dandinais et je fredonnais Tair : c Où allez-vous , monsieur l*abbé t vous allez vous casser le nez,* lorsque sur mon chemin je vis surgir un grand édifice que Ton me dit être le Panthéon. H y avait là également une inscription, mais en marbre, et au lieu d'un a Parles au portier, » on y lisait : « Aux grands hommes la. patrie reconnaissante, b En entrant je ne vis qu'un énorme édifice plein de vide, une espèce de ballon en pierre, dans le milieu duquel se promenait tout seul un long et sec Anglais, ayant son Guide de Paris dans la bouch^et les pouces de ses mains accrochés aux échancrures de son gilet. Je m'approchai de lui très-poliment et lui dis : « A veryfine exhibition ! » j'ajoutai même a veryftne indeedf b car j'espérais qu'en me répondant il laisserait son Guide tomber de sa bouche , comme dans la fable le corbeau laissa tomber de son bec le fromage. Mais le Guide dont je voulais m'emparer pour y chercher quelques renseignements ne tomba pas; le corbeau anglais tint ses dents serrées, et, sans faire la moindre attention k moi, il sortit. J'en fis de même, le suivant de près jusqu'au portique. Là, devant le péristyle, je remarqua la figure joufilue d'une grosse commère, d'une fecnme aux grandes mamelles, comme on représentait alors la déesse de la liberté. C'était probablement la portière du Panthéon. Il me sembla que la vue du fils

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d* Albion Tavâit mise en très-bonno humeur. En me faisant un signe dUntelIigence , avec ses petits yeux qui pétillaient dans sa grosse face comme des vers luisants^ die se gaussa du pauvre Anglais y et j'entendis pour la première fois ce gros rire gaulois qu'on ne connaît pas chea nous, et qui est très-bonasse et très-moqueur à la fois, comme le vin généreux de France ou un chapitre de Rabelais. Rien n'est plus contagieux qu'une pareille hilarité , et moi-même je me mis à rire de bon cœur, eoDune je n'avais jamais ri dans mon pays. Pour enta* mer une conversation avec cette gaillarde et amusante personne , il me vint Tidée de lui demander où étaient les grands hommes dont parlait l'inscription de cet hôtel de la reconnaissance nationale. A cette question la bonne rieuse éclata d'un rire encore plus étourdissant, les larmes lui vinrent aux yeux, elle dut se tenir le ventre pour ne pas étouffer, et prenant haleine à chaque mot, elle répondit : s Ah I vous venez ici dans un mauvais moment. A l'heure qu'il est les grands hommes sont très-rares chez nous : ils n'ont pas donné à la der« nière récolte; mais nous espérons que la prochaine sera bien meilleure ; nos grands hommes en herbe poussent tfone manière prodigieuse et promettent beaucoup. Si vous voulez voir ces grands hommes futurs, qui sont encore infiniment petits dans ce moment, vous n'avez qu'à vous rendre à un établissement situé tout près d'ici, sur le boulevard Mont-Parnasse, et qu'on nomme la Grande-Chaumière. Là est la pépinière dansante de ces

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petits grands hommes , de ces marmousets de la gloire qui seront un jour l'orgueil de la France et la joie du genre humain ; vous tombez bien^ car c'est aujourd'hui un jeudi... » La folle rieuse n'en pouvait plus^ et lorsque je pris congé d'elle pour m'acheminer vers l'endroit indiqué, j'entendis encore longtemps l'écho de sa gaieté.

En quelques minutes j'arrivai à ce Panthéon provisoire des futurs grands hommes de France , qu'on appelle la Grande-Chaumière. C'est un nom auquel la pensée républicaine attache probablement une signification occultei car le chaume est l'emblème de la vie frugale et laborieuse , et il devient le symbole de ces prolétaires qui démoliront les superbes palais de l'orgueil et du vice aristocratiques, pour élever à leur place le foyer des bonnes mœurs et de la vertu, la Grande-Chaumière du peuple. J'entrai dans le sanctuaire de rétablissement qui porte le nom symbolique, et je ne regrette guère les dix sous payés à l'entrée. J'y vis en efiét les grands hommes futurs de la France, ces petits grands hommes dont le front reflétait déjà l'aurore de leur gloire, je vis ces héros de l'avenir dont la vie et les hauts faits plus ou moins mirobolants seront décrits par un Plutarque qui est encore à naître^ ou qui suce dans ce moment à la mamelle de sa mère, s'il n'est par hasard nourri au biberon. Tous ces personnages appartenaient à la cause républicaine, et portaient le costume d'une forte conviction, c'est-à-dire un énorme feutre et un gilet à la Robes-

pi^re avec des revers d'une largeur démesurée et aussi Uanc que la conscience de rincorrupiible 1 Chacun y était avec sa chacune , et les jeunes Jacobins dansaient avec leurs jeunes Jacobines. Il y avait des Gâtons en droit et des Brutus en médecine; il y avait des Sempronia exerçant la couture et des Portia giletières ou culottièresy enfin la fine fleur du quartier des écoles. Ces grisettes citoyennes étaient très-jolies et aussi vertueuses que permet de rétre le climat du pays latin; toutes sans exception étaient des républicaines enragées : on dit qu'elles changent souvent leurs amants , mais jamais leurs opinions. J'étais bien tombé, car ce jour-là le père La Hire, le directeur de rétablissement , pour ainsi dire le garde champêtre de cette grande Chaumière, était b colère, comme on disait au temps du père Duchéne. Cet individu d^une force athlétique , et rageur par nature , m'amusa beaucoup par la brutalité naïve avec laquelle il surveillait la décence de son public. Une pauvre petite, dont le fichu s'était un peu dérangé dans la ferveur d'une contredanse , se sauva toute tremblante , à son seul regard menaçant. Il chassa honteusement une autre petite citoyenne, qu'il trouvait également trop décolletée. Ce monstre ignorait qu'à Sparte les jeunes filles dansaient nues avec les jeunes gars lacédémoniens, sans que jamais la chasteté ait couru grand risque dans la ville de Lycurgue. C'est que la pudeur d'une femme est un rempart pour sa vertu, plus sûr que toutes les robes du monde, quelque peu échancrées qu'elles soient au-dessus

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de la gorge. Le père La Hire est la terreur en personne pour les danseurs qui outre-passen t les bornes d'un cancan honnête. Il empoigna deux néo-Robespierre par leurs collets t et tenant avec ses longues mains chacun d'eux suspendu au-dessus du sol, comme jadis Hercule fit avec Antée, il les porta ainsi jusqu'au delà de la porte ; il jeta après eux un petit Saint-Just , qui avait marronne k la vue de cet acte de tyrannie. Celui-ci se releva y décrotta sa redingote, redressa sa haute cravate, et protesta contre cette violation des droits de Thomme, en nommani le père La Hire un Polignac. L'orchestre jouait dans ce moment la Marseillaise.

Je dus à cet incident la connaissance d'une jeune personne qui se trouvait à côté de moi, et que je protégeais contre la foule curieuse. Elle était très-mignonne, sa bouche était en coeur, ses yeux noirs étaient presque trop grands , et il y avait quelque chose de mutin dans la coupe de son nez retroussé , dont les narines finement ciselées se gonflaient de plaisir à chaque fanfare de la musique. On l'appelait mademoiselle Joséphine, ou Joséphine et même Fifine tout court. Lorsqu'elle apprit que j'étais Allemand, elle fut très-contente, et me pria de lui tBite cadeau d'une peau d'ours , car depuis des années , disait-elle , elle désirait posséder une peau d^ours pour en faire une descente de lit; que c'était son rêve ! Elle me croyait plus septentrional que je ne l'étais , et pro*bablement ces dames s'imaginent que dans mon pays on n*a qu'à étendre la main pour saisir un ours au oollet et

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faire bonne prise de sa peau. Elle était si insouciante , son sourire était si caressant, son petit parler était si doux, son gazouillement résonnait si délicieusement dans mon cœur, que j'aurais très-volontiers, quelque bon patriote que je sois, sacrifié les peaux "de tous les ours d'Allemagne pour plaire à cette enchanteresse française. Je notai tout de suite sa demande sur mon carnet , et en prenant son adresse je lui promis qu'elle me verrait bientât arriver chez elle avec ma peau d*ours allemande. En attendant je la priai de me faire Thonneur d'accepter de moi un fruit plus méridional, c*est-à-dire une orange. Elle accepta sans cérémonie, en disant qu'après les pieds de cochon à la sainte Ménéhould, ce qu'elle aimait le phis, c'étaient les oranges, a Mais pour ceux-là, les pieds de cochon, ajouta*t-elle , je les adore, je les idolâtre, et pour ce plat je ferais des bassesses, o Pendant que made« moiselle Joséphine mangeait et savourait son orange, ou pour employer sa propre locution, pendant qu'elle s*identifiait avec elle, je tftchai de Tentretenir d'une manière ausâ agréable quMnstructive. A propos des peaux d*ours je lui parlai zoologie, j'abordai même la question la plus scabreuse de Tanatomie comparée, la question de la queue , à savoir si l'homme primitif a été doué d'une queue comme les singes , et si la race humaine a plus tard perdu cet ornement antédiluvien par quelque maladie plus ou moins honorable ? mademoiselle Joséphine fiit émerveillée de ma grande érudition, et à plusieurs reprises elle me dit : «Monsieur, vous irez loin lx> Je ne

doute pas qu'elle ne m'ait donné un bon coup d'épaule, en faisant la propagande de mes talents daps tout le faubourg Saint- Jacques et les rues adjacentes. C'est parles femmes que les réputations se font à Paris.

Quelque grande que soit ma gratitude envers elle, je suis pourtant forcé d'avouer avec franchise que dans mon entretien avec mademoiselle Joséphine je m'aperçus que la pauvre fille était très-ignorante, et qu*eUe ne connaissait même pas les notions ethnographiques les plus élémentaires. Elle ignorait^ par exemple, que la ville de Hambourg est une république conune autrefois Athènes, et qu'elle est située près d'Altona, où se trouve le tombeau de Klopstock. Elle ne savait guère non plus quelle différence il y a entre les Prussiens et les Russes, entre la schlague et le kuout. Elle s'imaginait que Pastronomie était une invention de M. Arago, et quand je lui appris que la terre , le globe que nous habitons, tourne continuellement autour du soleil, elle s'écria: a Quelle horreur ! la seule idée d'un tel tournoiement me donne le vertige ! » Son corps grêle et délicat frémît comme un tremble, et elle reprit : a Qui vous a donc dit que la terre tourne autour du soleil?» Quand je répondis que c'était un Polonais nommé Kopernic , elle haussa les épaules et s'écria : a Un Polonais? alors je n'en crois pas un mot. Il faut toujours se méfier de ce que disent les Polonais; ils n'ont pas inventé la vérité. Vous autres Allemands, avec votre profond savoir, vous êtes tiop crédules. Est-ce que chez vous les femmes aussi croient

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k ces billeresées d^un tournoiement de la terre qui font en même temps tourner le cœur? alors elles sont probablement moins nerveuses que nous^ Françaises , et elles peuvent aussi , pour cette raison , supporter des études plus fortes; on m'a dit que les Allemandes sont mille fois plus Instruites que nous, et qu^elIes savent par cœur toutes les momies d*Égypte. En vérité^ nous autres jeimes personnes en Fhmce sonunes mal éduquées , D0D8 n'apprenons rien du tout, et moi qui vous parle ^ voyes-vousy je n*ai reçu aucune instruction : tout ce que je sais de Thistoire naturelle je l'ai appris de moimême, b

Eq flatteur galant je taxai d'exagération ces aveux d'ignorance nationale, et j'allai même jusqu'à rabaisser im peu outre mesure l'instruction des demoiselles allemandes. Je soutins qu*elle n'était pas aussi parfaite qo^onse le figure à l'étranger, qu'elle était même trèsdéfectueuse f et que , par exemple , j'avais vu dans ma PsWe des jeunes filles soi-disant bien élevées qui ne savaient pas chanter les chansons grivoises de BérangtT! ff C'est impossible! b s'écria mademoiselle Joséphine.

Je me souviens aujourd'hui , à propos de cette excell^te personne , des paroles de Héphistophélès qui , en faisant boire à Faust de la coupe enchantée , lui dit : s Avec ce breuvage dans le ventre, tu prendras chaque <^tillon pour une Hélène, b La nouveauté du genre est ^ philtre qui opère le même charme sur tout Allemand

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