‹ De l'Allemagne (volume 3)Chapitre 32 sur 36 · II · texte numérisé non relu

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nouveau débarqué à Paris. H raffole du minois de la première grisette venue, comme il est ravi de la cuisine du plus mauvais gargotier du Palais-Hoyal oit Ton dloe h 3 francs par tète. Mais ce sont pour lui de nouveaux mets avçc des sauces étrangères. Plus tard on a des nausées en se rappelant d'avoir avalé cette ratatouille équivoque et ultra-épicée ; car nous avons dîné depuis dans des restaurants de bonne compagnie , avec des dames de bonne compagnie , et nous y avons appris à apprécier ces plats à la fois piquants et siniples qui sont cuits à point, arrangés avec art, parfois un peu faisandés, mais toujours d*un goût exquis.

Le soir du même jour que j'avais visité la Grande- Chaumière, où je vis les grands hommes de France encore dans l'état embryonique, un de mes compa^ triotes qui était déjà répandu dans le monde, m'introduisit dans un local qui avait quelque analogie avec celui dont je viens de parler. Le sexe féminin y était en majorité. C'est là que je fis la connmssance d'un grand homme qui alors était arrivé à l'apogée de sa grandeur. Depuis, sa célébrité a baissé, mais en France rien n'est stable, et les grands hommes s'éclipsent bien vite ; ils arrivent pour disparaître. Le grand homme dont je parle était le fameux Chicard, corroyeur- chorégraphe, d'une carrure fortement sculptée, et dont la face rubiconde contrastait à merveille avec sa cravate d'une blancheur éblouissante ; dans sa grave componction il ressemblait à un adjoint de mairie qui s'apprête à cou-

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ronoer une rosière. J'admirai beaucoup sa danse , et lorsque j'eus Tbonneur de lui présenter mes hommages, je lui fis remarquer que sa manière de danser ressemblait au plus baur degré à Tantique danse appelée le Sélénos, danse qu'on exécutait aux fêtes Dionysiades de la Grèce y et qui avait reçu son nom de Sélène, le digne nourricier de Bacchus. M. Cbicard me fit de grands compliments sur mon érudition , et me présenta à quelques dames de sa connaissance qui, à leur tour, ne manquèrent pas de me dire des cboses agréables et de prôner en tous lieux mon profond savoir, de sorte que ma réputation se répandit bientôt dans tout Paris , et que des directeurs de journaux vinrent me trouver pour obtenir ma collaboration.

Parmi ceux-ci^ se trouvait aussi M. Victor Bohain , et je me souviens avec un véritable plaisir de cette figure joviale et spirituelle , qui, par d'aimables incitations, contribua beaucoup à dérider le front du rêveur aile*mand. Il venait de fonder t Europe littéraire^ et en sa qualité de directeur en cbef, il vint me trouver pour minviter à écrire pour son journal quelques articles sur l'Allemagne, dans le genre du livre de madame de Staël, oonoune il disait. Je lui promis de fournir ces articles, mais je lui fis observer expressément que je les écrirais dans un genre tout à fait différent de celui qu'il me dé-signait, a Cela m'est égal, répondit-il en riant, j'admets « comme Voltaire tous les genres, excepté le genre en* « nuyeux, o Par précaution, afin que le pauvre liltéra-

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teur allemand ne fût pas exposé à tomber dans le genre ennuyeux, Fami Bohain m'invitait souvent à dlaer et arrosait mon esprit de vin de Champagne. Personne ne savait mieux que lui ordonner un dîner où Ton ne goûtait pas seulement les merveilles de l'art culinaire, mais aussi la conversation la plus délicieuse; personne ne savait mieux que lui faire les honneurs d'une maison, personne ne savait mieux représenter que Victor Bohain — ausd est-ce indubitablement à juste titre qu'il a compté aux actionnaires de son Europe littéraire à peu près 100,000 francs de firais de représentation. Sa feoune était très-jolie, et elle possédait une gentille levrette, qu'on appelait Ji-Ji, en l'honneur de son précédent mattre, le spirituel critique du Journal des Débats, Ce qui contribuait parfois à donner à notre excellent hôte rair le plus enjoué qu'on puisse s'imaginer, c'était sa jambe de bois ; et quand il versait le Champagne à ses convives, il clochait autour de la table, d'une façon A charmante qu'il rappdait Vulcain au banquet de TO- Ijmpe, lorsque le fils boiteux de Junon usurpait les fonctions d'Hébé et produisait cette grande hilarité des Dieux, dont le fou rire était inextinguible, comme le dit Homère. Qu^est-il devenu, l'ingénieux Bohain? Il y a longtemps que je n'ai pas eu de ses nouvelles. Je le vis pour la dernière fois, il y a dix ans, dans rhAtel de la Couronne à Granville. D s'était établi alors à Londres, pour étudier la dette nationale anglaise, dont il admirait les proportions colossales; peut^tre aussi oubliait-il

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dans cette occapation les ennuis de petites dettes privées. C'est d'Angleterre que pour bumer Tair français il était venu passer un jour dans ce petit port de la Basse- Nonnandie , nommé Granville. Je Ty trouvai attablé à côté d'une bouteiUe de Champagne et d'un bon bourgeois an gros ventre, au front déprimé et à la bouche béante, h qui il expliquait le projet d'une affaire dans laquelle on pouvait compter sur un million de bénéfice, comme le prouvaient les chifies les plus positifs. Victor Bohain avait toujours un grand talent pour les spéculations, non pas métaphysiques mais industrielles, et quand il imaginait une affaire, il y avait toujours à gagner un million, jamais moins d'un million. Ses amis l'appelaient pour cette raison Mener Millione^ comme fut nommé autrefois Marco Paulo k Venise, lorsque après son retour de rOrient il racontait, sous les arcades de Saint-Marc, i ses compatriotes ébahis, combien de cent millions et encore de cent millions d'habitants il avait rencontrés dans les pays lointains où il avait voyagé, en Chine, dans la Mongolie, dans Tlnde, etc., etc. La géographie la plus moderne a réhabilité la mémoire de l'illustre Vénitien qu'on avait regardé pendant longtemps comme un charlattin ; et nous pouvons soutenir également au sujet de notre Mes$9r MiUione de Paris, que ses projets industriels étaient toujours conçus et combinés d'une manière ingénieuse, et que ce n'est que par d'incalculables vicissitudes du hasard qu'ils ont parfois mal réussi; plus d'un de ces projets a rapporté des bénéfices consi- II. 16.

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dérableSy après être tombé entre les mains d^hommes d'affaires d'une capacité moins grandiose, mais qui avaient l'avantage de ne pas savoir aussi bien faire les honneurs d'une entreprise^ ni représenter aussi magni* fiquement que Victor Bohain. V Europe littéraire aussi était une conception parfaite^ le succès en semblait assuré, et je n'en ai jamais pu comprendre la chute. En* core la veille même du jour où commença la stagnationi Victor Bohain donna dans les salles de rédaction de son journal un bal splendide, où il dansa avec ses trois cents actionnaires, aussi courageusement que jadis, à la veille du jour de la bataille des Thermopyles, Léonidas dansa avec ses trois cents Spartiates. Toutes les fois que je vois dans la galerie du Louvre le tableau de David, qui représente cette scène héroïque, je songe à la dernière danse de Victor Bohain ; il se tenait sur une jambe, absolument de même que le roi de Lacédémone sur la toile classique de David. ^^ Voyageur I quand tu descends à Paris la Chaussée d'Antin pour prendre les boulevards, et qu'à la fin tu ari'ives près d'un défilé boueuXi appelé la rue Basse-du-Rempart, sache que tu te trouves ici auprès des Thermopyles de t Europe littéraire ^ où Victor Bohain tomba héroïquement avec ses trois cents actionnaires 1

Les articles que j'eus à écrire pour ce journal éphémère, et que j'y fis imprimer, me donnèrent l'idée de parler plus amplement sur 1^ Allemagne, et j'accueillis avec plaisir la demande que me fit le directeur de la

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Bmme des Deux Mondes^ d'écrire pour sa revue une série d'articles sur le développement intellectuel de mon pays. Ce directeur n*était rien moins qu*un joyeux compagnon comme Mener Mittione, il péchait plutôt par un excès de sérieux. Depuis, par un labeur consciencieux et honnête, il a réussi à faire de son journal une véritable revue des deux mondes, c'est-à-dire une revue répandue dans tous les pays civilisés, où elle représente le génie et la grandeur delà littérature française. C'est donc dans cette revue que je publiai mes nouvelles élucubrations sur rbktoire intellectuelle et sociale de ma patrie ; mademoiselle Joséphine avait bien raison de prédire que j^irais loin. Le grand retentissement qu'eurent ces travaux me donna le courage de les rassembler, de les compléter, et c'est ainsi, cher lecteur, que se forma le livre de F Allemagne que tu tiens dans tes mains»

J*ai voulu révéler ici non-seulement le but de ce livre, sa tendance et ses intentions polémiques, mais aussi de quelle mat)ière il prit naissance, j'ai voulu donner touie sa genèse^ afin que le lecteur pût apprécier le degré dé foi et de confiance qu'il peut accorder à mes jugements^ Je n'ai pas écrit dans le genre de madame de Staël, et bien que je me sois efforcé d'être aussi peu ennuyeux que possible , j'ai cependant renoncé d'avance à tous ces effets de style et de phrase , qu'on rencontre chez madame de Staël, cet écrivain le plus grand de France pendant l'empire. Oui, l'auteur de Corinne surpasse, à mon sens, tous ses contemporains français, et je ne puis

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assez admirer le brillant feu d'artifice de sa diction; mais ces fusées spirituelles laissent malheureusement derrière elles une obscurité très-nauséabonde. Nous sommes aussi forcé d'avouer que son génie, loin d'être sans sexe, comme il aurait dû l'être selon sa propre définition, est essentiellement féminin. Hélas ! son génie est femme, il en possède toutes les infirmités et tous les caprices, et je ne saurais assez répéter que c'était bien mon devoir de contredire le magnifique commérage du génie cotillon de madame de Staël. C'était d'autant plos nécessaire, que les objets traités par elle dans le livre de r Allemagne étaient inconnus aux Français et possédaient pour eux le charme dangereux de la nouveauté, comme par exemple tout ce qui a rapport à la philosophie allemande et à notre école romantique. Je crois avoir donné dans mon livre, sur ces deux sujets, les éclaircissements les plus sincères, et le temps a confirmé ce qui, i l'époque où je l'avançais, paraissait inou! et imposable.

Oui, pour ce qui regarde la philosophie allemande, j'avais divulgué sans retenue le secret de l'école; enveloppé dans des formules scolastiques, il n'était connu qu'aux initiés de première classe. Mes révélations excitèrent en France le plus grand étonnement, et je me rappelle que d'éminents penseurs de ce pays m'ont avoué avec naïveté qu'ils avaient toujours pris la philo* Sophie allemande pour un certain brouillard mystique, dans lequel la divinité était cachée conune dans un sanctuaire de nuages^ et que les philosophes allemands leur

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avaient toujours paru être des visionnaires extasiés^ qui pe respiraieut que la piété et la crainte de Dieu. Ce n'est pas de ma faute s'il n'en a jamais été ainsi> mais que la philosophie allemande est justement le contraire de ce qu*on avait Phabitude de nommer jusqu'à présent piété et crainte de Dieu. Le plus conséquent de ces enfants terribles de la philosophie, notre moderne Porphyrius qui porte réellement le nom de Fleuve-de^feu (Feuer* bach), proclama, de concert avec ses amis, le plus radical athéisme comme le dernier mot de notre métaphysique. Avec une frénésie de bacchantes, ces zélateurs impies arrachèrent le voile bien du ciel allemand, en s'écriant : Voyez, toutes les divinités se sont enfuies, et là-haut ne réâde plus qu*une vieille femme aux mains de fer et au coeur désolé : la Nécessité.

Ah 1 ce qui semblait naguère si étrange, se prêche maintenant sur tous les toits au delà du Rhin , et Tar^ deur fanatique de beaucoup de ces prédicants est époo» vantable 1 Nous avons maintenant des moines de Timpiété, des Torquemada de Tathéisme qui feraient brûler M. Arouet de Voltaire, parce qu'au fond du cœur le sei-> gneur de Femey n'était qu'un déiste endurci. Tant que de semblables doctrines étaient restées le privilège secret d'une aristocratie de gens lettrés ou d'hommes d'esprit, et qu'elles se discutaient en un langage de coterie savante, que n'entendaient pas les domestiques placés derrière nous pour nous servir, pendant que nous blasphémions dans nos petits soupers philosophiques \

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tant qu*il en était ainsi, j'appartenais, moi aoisi, à ces frivoles esprits forts dont la plupart ressemblaient anx grands seigneurs libéraux qui, avant la révolution, cherchaient à désennuyer leur monotone vie de cour par le charme des nouvelles idées subversives. Hais quand je in*aperçus que le populaire se prenait également à discuter les mêmes thèmes dans ses symposions crapuleux où la chandelle ou le quinquet remplaçait les bougies ou les girandoles ; quand je vis Texistence de Dieu niée par de sales savetiers et des garçons tailleurs décousus , quand l'athéisme commença à sentir le suif, l'ean-devie de schnaps et le tabac, •— alors mes yeux se dessillèrent , je compris par les nausées du dégoût ce que je n^avais pu comprendre par la raison^ et Je fis mes adieux à l'athéisme.

A vrai dire ce n'était pas seulement le dégoût qui me fit reculer et me poussa à déserter les opinions irréligieuses. La peur y était pour quelque chose , car j*av^ vu l'athéisme former une alliance plus ou moins occulte avec le socialisme le plus avancé , ou , pour laisser de côté toute hypocrisie de dénomination, avec le communisme. Cette peur n'était pas celle d'un richard qi» tremble pour ses capitaux , mais bien la terreur secrète de l'artiste et du savant qui voit menacée toute notre civilisation humaniste, ce fruit d'un labeur de trois aiècles et le véritable élément de notre vie moderne. Or, cette civilisation sera détruite un jour par les communistes, et quoiqu'on théorie un généreux enlralnement

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pniflse me porter à sacrifier les intérêts de Tartiste et du savant aux besoins des masses souffrantes , déshéritées et exploitées, néanmoins^ dans le domaine des faits, j*ai horreur de tout ce qui se fait par la multitude, et je n'en peux pas supporter le moindre attouchement. J'aime le peuple, mais je l'aime à distance ; j*ai toujours combattu pour Fémancipation du peuple , c'était la grande affaire' de ma vie; cependant, dans les plus chaleureux moments de mes luttes, j*évitais le moindre contact avec les masses. Je ne leur ai jamais prodigué des poignées de main. Un démocrate enragé de mon pays me dit un jour qu'il tiendrait sa main sur le feu pour la purifier, s'il av2Ût eu le malheur de toucher celle d'un roi ; moi je répondis que si sa majesté le peuple, le souverain en qui réside tout pouvoir légitime, avait serré ma main, je la laverais. Le peuple, ce pauvre roi en haillons, a trouvé des flagorneurs, des courtisans plus effrontés que eu forent Jamais ceux de Byzance ou de Versailles. Ils le flattent continuellement en s*extasiant sur ses perfec* lions et ses vertus. Us s'écrient : a Ah ! que le peuple est beau! que le peuple est bon ! et qu'il est intelligent, ce beau et bon peuple ! d Non, le peuple n'est pas beau, au contraire il est laid ; mais sa laideur vient de la saleté, et elle disparaîtra aussitôt qu'on aura institué des étuves publiques où sa majesté le peuple pourra se baigner gratuitement. Le peuple n'est pas bon non plus, il est plutôt très-méchant , mais il mord parce qu'il a faim ; il faut lui donner à manger, et alors le vilain grand mar-

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mot sera très-gentil et gracieux ^ et il sourira comme font tous les rois quand ils ont bien dtné. Le peuple n'est pas non plus intelligent y il est aussi stupide qu'il est permis de rétre à un monarque ; il est parfois aussi brute que ces Brutus dont il fait ses mandataires quand il s'empaie pour un moment du pouvoir absolu ; — il se &e seulement aux ambitieux qui parlent le jargon de ses passions y et il déteste l'homme de bien qui s'évertue à réclairer sur ses véritables intérêts. Permettez au peqde de choisir entre le juste des justes et le plus fieffî hri* gand, il s'écriera toujours: c Nous voulons Barrsbss! vive Barrabas! » A Paris comme à Jérusalem , toujours le même cri I Pour faire cesser cette ignorance popo* laire , il faut , après avoir donné à manger au peaple (car la mangeaille est la chose principale ), il faut, dis^e, établir des écoles gratuites où le peuple soit instruit, où il reçoive aussi la nourriture de l'esprit , et alors vous verrez conmie ces animaux féroces s'humaniseront^ comme ils deviendront intelligents, peu1>4tre même aussi spirituels que nous autres le sommes. Vous en verrez surgir plus d'un qui fera des vers comme le pe^ ruquier savant Jasmin , ou des livres eh prose conune mon compatriote le garçon tailleur Weitling.

Je ne puis penser à ce fameux tailleur Weitling sans me rappeler la singulière impression qu*il fit sur moi lors de notre rencontre dans la bouUqbe du libraire Campé à Hambourg. Le bon Dieu au haut du ciel doit avoir bien ri de la mine que je fis soudain quand cet

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Hltistre tailleur vint à ma rencontre et se présenta à moi comme un collègue professant les mômes doctrines de destraction sociale et d'athéisme. J^aurais bien désiré dans ce monient-là qu'il n'existftt pas de Dieu, afin qu'il ne fût pas témoin de la confusion et de la honte que j'éprouvais d'appartenir à un tel compagnonnage ! Le bon Dieu qui est la bonté même, comme dit la chanson, me pardonnera volontiers mes anciens torts en me tenant compte de l'humiliation que m'a value mon entrevue avec Weitling. Ce qui blessa surtout mon orgueil^ ee fut le peu de déférence que le drôle me témoigna en me parlant. La casquette sur sa tête, il était assis sur un escabeau, se frottant avec la main au-dessus de la cheville de sa jambe droite , qu'il tenait élevée en l'air, de façon que son genou lui touchait au menton. J'attribuais eette singulière position aux habitudes de métier du tailleur, sans pouvoir toutefois m'expliquer pourquoi il se frottait continuellement la jambe. Lorsque je lui en demandai la cause, il me dit d*un ton tout à fait insouciant, comme si c'était la chose la plus simple du monde, que pendant sa résidence dans les différents cachots de la confédération germanique on lui avait souvent mis les fers aux pieds, et que sa jambe se ressentait toujours de la douleur que lui avait causée la prèsaion de quelques anneaux trop étroits. — A cet aveu naïf, je dois avoir fait la même grimace que celle du loup dans la fable, au moment qu'il s'aperçut du poil raa au cou de son camarade le chien , et que celui-ci lui

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