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(EUVllES DE UENIII HEINE.
loré et le plus luxuriant de la nature idolâtrée, passaient leur existence dans la joyeuse ivresse des sens. Israël était assis pieusement sous son figuier, chantant la louange du Dieu invisible, et vivant de la vertueuse vie des justes, tandis qu’alentour les temples de Babylone, de Ninive, de Sidon et de Tyrus retentissaient du bruit des tambours et des cymbales dans ces fêtes monstrueuses et infâmes, dans ces orgies sanglantes et lubriques, dont la description nous fait encore aujourd'hui dresser les cheveux d’épouvante. — Si l’on considère cet entourage impie, on ne peut pas assez admirer la grandeur précoce du peuple juif. Quant à l’amour de la liberté qui régnait au sein de ce peuple, tandis que nonseulement dans son voisinage, mais chez toutes les nations de l’antiquité et même chez les Grecs philosophes, l’esclavage était justifié et florissant, — je ne veux pas parler ici de cet amour de la liberté chez les Juifs pour ne pas compromettre l’Ancien et le Nouveau Testament auprès des puissants du jour. Jamais, non jamais il n’y a en de socialiste plus audacieux que notre maître et Seigneur Jésus-Christ, et déjà Moïse donnait, lui aussi, dans le communisme, quoiqu’en homme pratique et sensé il ait seulement cherché à transformer les usages existants par rapport à la propriété. Oui, au lieu de lutter avec l’impossible, au lieu de décréter par un coup de tête l’abolition de la propriété, il ne s’efforça que de la moraliser, il chercha à mettre la propriété en harmonie avec l’équité et le véritable droit de la raison, à la mo-
dilier selon les vrais besoins de l'humanité ; et c’est ce qu’il opéra par l’établissement du jubilé , où tout héritage aliéné, qui chez un peuple agricole consiste toujours, enterres, retombait en la possession du propriétaire primitif, de quelque manière qu’il fût sorti de ses mains. Cette institution du jubilé forme le contraste le plus tranché avec la prescription chez les Romains, où après l’écoulement d’un certain laps de temps, celui qui était de fait possesseur d’un bien, ne pouvait plus être forcé à le restituerau propriétaire légitime, si celui-ci n’était pas à même de prouver que pendant ce temps déterminé il en avait exigé la restitution en due forme. Cette dernière condition laissait libre jeu à la chicane, surtout dans un État où fleurissaient le despotisme et la jurisprudence, et où l’usurpateur riche avait à sa disposition tous les moyens d’intimidation, principalement vis-à-vis du pauvre, qui ne pouvait pas acheter de témoins et faire face aux exigences de la procédure. Le Romain était à la fois soldat et jurisconsulte, et il savait légaliser par sa faconde et les ruses du barreau le butin qu’il avait conquis par la force brutale de l’épée. 11 n’y avait qu'un peuple de brigands et d’avocats casuistes qui fût capable d’inventer la prescription et de la consacrer dans le code civil du droit romain, dans ce livre inique, cruel et infernal, qu’on serait tenté d’appeler la Bible de Satan.
J’ai par’#î tout à l’heure de la parenté morale, de l’affinité élective qui existe, entre les Juifs et les Germains,
et sous ce rapport je note ici, comme un trait remar-
ŒUVRES DF. HENRI HEINE
quable, la juste répugnance avec laquelle le vieux droit germanique stigmatise la prescription ; dans la bouche du paysan bas-saxon vit encore de nos jours ce bel et touchant dicton : « Cent ans d’usurpation ne font pas un an de droit. » ( llundert Jahr Unrecht tnachen nicht ein Jahr llecht). La législation de Moïse protesta d’une manière encore plus décidée contre cette abominable loi de la prescription, en instituant le jubilé. Moïse ne voulait pas abolir la propriété, il voulait plutôt que chacun en possédât, afin que personne ne devînt par la pauvreté un valet, un serf, avec des sentiments serviles. La liberté fut toujours la pensée fondamentale de ce généreux libérateur, et c’est celte pensée qui respire et brûle dans toutes ses lois concernant le paupérisme. Il haïssait l’esclavage presque avec fureur, mais il ne pouvait pas anéantir complètement cette monstruosité par trop enracinée dans la vie domestique d'un âge primitif, et il devait borner ses efforts à adoucir légalement le sort des esclaves, à leur faciliter le rachat et à restreindre la durée du service. Mais lorsqu'un esclave, que la loi affranchissait enfin, ne voulait absolument pas quitter la maison de son maître, alors, d’après la loi de Moïse, ce gueux d’un servilisme incorrigible était cloué par l’oreille à la porte de l’habitation du maître, et après cette exposition ignominieuse, l'esclave était légalement condamné à servir tout le reste de sa vie. O Moïse, grand émancipateur, vaillant rabbin de la liberté, adversaire terrible de toute servitude ! tends- moi ton marteau et tes
clous, afin que j’applique ta loi à cette valetaille sentimentale, à ces laquais à la livrée noire, rouge et or, et qui chantent les délices de l’esclavage — C'est par leurs longues oreilles que je les attacherai au portail du château de leur maître, S. M. le roi de Prusse !
Je quitte l’océan des considérations générales sur la religion, la morale et l’histoire, pour ramener modestement l’esquif de mes pensées dans ces eaux douces et paisibles, où l’auteur pourra, avec une indolence rêveuse, faire se refléter sa propre image.
J’ai déjà dit un mot de la naïve supposition émise d’une façon assez indiscrète par plusieurs de mes compatriotes qui semblaient s’imaginer qu'avec le réveil de mes sentiments religieux mon intérêt pour l’Église se serait sans doute accru en même temps. Je ne crois avoir laissé nulle part entrevoir dans mes écrits une prédilection pour une des différentes religions positives, et l’on a pu facilement s’apercevoir que je ne fus jamais extraordinairement épris ni d’aucun dogme ni d’aucun culte; or, pour ne pas laisser de doute à ce sujet, je dois avouer que je n’ai pas changé sous ce rapport, et que je suis resté complètement le même. En m’empressant aujourd’hui de formuler cet aveu aussi nettement que possible, j’ai en même temps en vue quelques membres trop zélés de l’église catholico-romaine que je voudrais faire sortir d’une erreur dans laquelle ils sont pareillement tombés à mon égard. Chose étrange ! à la même époque où le protestantisme en Allemagne me fit l’hon-
neur non mérité de se figurer que j’étais devenu un des croyants les plus illuminés, un des élus les plus fervents de l’église évangélique, moi qui étais auparavant un de scs membres les plus tiôdes, il se répandit aussi le bruit que j’avais embrassé la foi catholique; bien des bonnes Ames assuraient même que cette conversion avait déjà eu lieu il y a de longues années, et elles appuyaient leur dire par l’indication des détails les plus circonstanciés : elles précisaient la date et désignaient par son nom l’église où j'aurais abjuré l’hérésie du protestantisme et où je serais entré dans le giron de l’église catholique, apostolique et romaine. Il ne manquait à leurs récits que l’indication du grand nombre de coups de cloche dont le sacristain m’aurait gratifié à celte solennité. Combien ce conte édifiant avait gagné de consistance, c’est ce que je vois par des journaux et des lettres qui me parviennent de mon pays, et je ne saurais exprimer l’embarras tragi-comique où je me trouve parfois en voyant quelle affectueuse et béate joie , quelle touchante charité la prétendue bonne nouvelle fait, éclater dans plus d’une des missives qu’on m’adresse. Plusieurs voyageurs m’ont raconté que ma conversion miraculeuse fournit même en quelques endroits matière à l’éloquence do la chaire. Des séminaristes de talent désirent mettre sous mon patronage leurs premiers essais d’homélies , leurs poésies sacrées et leurs élucubrations sur l’histoire ecclésiastique. On voit en moi une future lumière de l’Église. Je ne saurais me moquer de
DF l'aLLKNAGNB.
cotte pieuse illusion , car l’intention qui l’accompagne est on ne peut plus honnête, — et quelque blâme qu’on puisse déverser sur les zélateurs du catholicisme, une chose au moins est certaine : c’est qu’ils ne sont pas des égoïstes, ils s’occupent de leur prochain j malheureuse* ment parfois un peu trop.
Ces faux bruits ne peuvent être attribués à aucune malignité j je n’y reconnais qu’une erreur, et c’est sans doute le hasard qui a défiguré en cette occurrence les faits les plus innocents. Oui, c’est sur des faits réels que repose l’indication de temps et de lieu dont je viens de parler} j’ai été en effet, au jour désigné, dans l’église désignée, qui était même autrefois une église de jésuites et qui s’appelle Saint-Sulpice ; je m’y suis aussi soumis à un acte religieux , — seulement cet acte n’était pas une odieuse abjuration, mais un serment de fidélité conjugale très-bourgeoisement édifiant; — j’y ai fait bénir par l’Église, après le mariage civil, mon union avec ma bien-aimée épouse, parce que celle-ci, issue d’une famille catholique très-orthodoxe, ne se serait pas crue assez mariée sans une telle cérémonie. En la supprimant j’aurais pu jeter le trouble dans une âme pieuse , qui devait pour son bonheur rester fidèle aux traditions religieuses de ses ancêtres. D’ailleurs il est bon pour bien des raisons qu’une femme soit attachée à une religion positive. Trouve-t-oh chez les femmes de la confession protestante plus de fidélité que chez celles de la croyance catholique? C’est un point trop scabreux à
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discuter. En tout cas, le catholicisme (l’une épouse est une chose très-salutaire pour le mari. Quand les femmes catholiques ont commis une faute, elles n’en gardent pas longtemps les regrets; aussitôt qu’elles ont reçu l’absolution par leur confesseur, elles en ont la conscience nette et se prennent de nouveau à gazouiller et à rire, et elles ne gâtent pas à leurs maris la bonne humeur ou la soupe, par le marasme que donnent aux femmes les tristes réflexions sur le passé. La pauvre épouse protestante au contraire, quand elle a commis un péché véniel , dont aucun prêtre ne soulage sa conscience , y pense toujours et se croit obligée de l’expier jusqu’à la fin de sa vie par une pruderie acariâtre et morose, par une vertu rébarbative et hargneuse qui gronde sans relâche. Sous un autre rapport encore, la confession est très-utile, et c’est un véritable bienfait pour l’époux que la pécheresse catholique n’ait pas la mémoire longtemps chargée du terrible secret de son délit; car, puisque les femmes sont forcées par leur nature de tout dire à la fin, il vaut mieux qu’elles n’avouent certaines choses qu’à leur confesseur au lieu de courir le risque d’être subitement entraînées par les angoisses d'un remords ou par accès malencontreux de tendresse, ou enfin par un débordement de leur babil intarissable, à faire au pauvre mari leur fatal aveu !
Oui , l’impiété est en tout cas très-dangereuse dans l’union conjugale, et quelque vertement que je me sois montré moi-même esprit fort dans mes écrits, je n’ai
jamais permis qu’on prononçât dans ma maison un seul mot peu canonique. Aussi j’ai vécu comme un honnête épicier dans mon intérieur, au milieu de Paris, la Babylone moderne, et c’est pourquoi, lorsque je pris femme, je voulus ne pas me priver de la bénédiction de l’Église, quoique dans ce pays éclairé de France le mariage civil, institué par les lois, soit suffisamment sanctionné par la société. Mes amis du parti radical, autant que ceux du parti protestant, m’en ont voulu beaucoup et m’ont reproché d’avoir fait de trop grandes concessions à la prétraille. Leurs sarcasmes sur ma faiblesse auraient été bien plus méchants encore, s'ils avaient su quelles autres et plus grandes concessions j’ai faites alors au clergé qu’ils abhorrent et qu’ils appellent l’ogre de Rome. En ma qualité de protestant qui voulais épouser une catholique, j’avais besoin, pour faire bénir cette union par un prêtre de son culte, j’avais besoin, dis-je, d’une dispense spéciale de l’archevêque; mais ce dernier ne donne cette dispense qu’à la condition expresse que le futur époux s’engage par écrit à faire élever dans la religion de leur mère les enfants qu’il pourrait procréer. Cette promesse est consignée dans un acte formel, et quels que soient les cris qu’un élève dans le monde protestant sur une pareille contrainte, il me semble que le clergé catholique est ici parfaitement dans son droit, car celui qui requiert de l’Église la garantie de sa bénédiction, doit se conformer aux conditions qu’elle met à la donner. Je m’y suis donc conformé tout à fait de bounc foi, et j’aurais cer-
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tainement rempli mes obligations s’il y avait eu lieu. Mais, soit dit entre nous, comme je ne me connaissais pas une vocation trop prononcée pour la paternité, j’ai pu souscrire d’autant plus consciencieusement à l’engagement en question ; et lorsque je déposai ma plume sprèsla signature, j’entendis ricaner dans ma mémoire tes paroles de la belle Ninon : Oh , le beau billet qu’à Laeliastre !
Pour compléter mes aveux, j’ajoute qu’à cette époque, pour obtenir la dispense de l’archevêque, j’aurais été capable de donner à l’église catholique non-seulement mes enfants, mais encore moi-même par-dessus le marché, tant j’y mettais peu d’importance alors. Toutefois, Y Ogre de Rome qui, pareil au monstre dans les contes de fées, se réserve les naissances futures pour prix de ses services, ce pauvre ogre ne pensa pas à me dévorer moi, mais se contenta de cette progéniture qui a toujours tardé à venir, et c’est ainsi que je suis resté protestant, tel que je l’étais, et en ma qualité de protestant je proteste contre des bruits qui, sans être injurieux, peuvent cependant être exploités au préjudice de ma réputation.
Kn effet, moi qui laissai toujours passer sans m'en soucier les propos même les plus absurdes sur mon compte, je me suis cru obligé de faire cette rectification .pour né pas offrir au parti mal léché des Atta-Troll allemands l’occasion de grommeler sur ma légèreté et mon inconstance en toute chose, et de faire ressortir er
DE j/ALLEMAGNE.
môme temps leur chaste et pieuse invariabilité, cousue dans une peau d’ours des plus imperméables. Cette réclamation est donc dirigée contre de véritables bêtes et non pas contre Y ogre de Rome. J’ai déjà , il y a longtemps , renoncé complètement à faire la guerre au catholicisme romain, et je laisse depuis des années reposer dans le fourreau le glaive que j’avais tiré jadis au service d’une idée, et non d’une passion personnelle. En effet, je n’étais dans ce combat pour ainsi dire qu’un oflicier de fortune qui sevbat bravement, mais qui, après la bataille ou l’escarmourche , ne garde aucune goutte de fiel dans son cœur, ni pour la chose combattue, ni pour ceux qui la défendent. Une inimitié fanatique contre la papauté romaine ne pouvait exister en moi, parce que je manque de cet esprit borné qui est nécessaire pour une telle animosité. Je connais trop bien ma taille intellectuelle pour ne pas savoir que je n’aurais guère, même par les plus furieux assauts, pu faire la moindre brèche à un colosse tel que l’église de Saint-Pierre ; je pouvais tout au plus être un modeste manœuvre dans sa lente démolition qui pourra durer encore bien des siècles. J’étais trop versé dans l’histoire pour n’avoir pas reconnu les proportions gigantesques de cet édifice merveilleux; — nommez-le toujours la bastille de l’esprit, soutenez toujours que cette forteresse n’est plus défendue aujourd'hui que par des invalides : il n’en est pas moins vrai que cette bastillè ne serait pas non plus facile à enlever, et certes ! plus d’un
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jeune assaillant va encore se rompre le cou tontre ses créneaux. Gomme penseur je n’ai jamais pu refuser mon admiration à l’enchaînement ingénieux et conséquent de tout ce système religieux et moral qu’on nomme l’Église catholique, apostolique et romaine ; aussi puis-je me vanter de n’avoir jamais, par la raillerie et le persiflage, attaqué ni son dogme ni son culte, et l’on m’a fait à la fois trop d’honneur et trop de déshonneur en m'appelant un parent de Voltaire par l’esprit. Je fus toujours poète , poète véritable , et c’est pourquoi la poésie qui fleurit et brille dans les symboles du dogme et du culte catholiques a dû»se révéler à moi bien plus profondément qu’à d’autres. De la sorte j’étais souvent, moi aussi , da/is ma jeunesse , enivré par la douceur intime et inflnie de la poésie spiritualiste du catholicisme, et (a délirante joie sépulcrale , la volupté de la mort, qui y domine, me faisait souvent frissonner d’ineffables délices. Moi aussi, je m’exaltais alors pour la sainte Vierge, la reine des anges , la Vénus immaculée des cieux , je mettais en vers coquets les légendes de sa grâce divine et de sa miséricorde sans bornes; et mon premier recueil de poésies contient de cette belle époque maintes traces enthousiastes de mon adoration pour la madone que j’ai effacées toujours avec un soin mesquin dans les recueils suivants.
Les années de la vanité sont passées, et je permets à chacun de sourire de ces aveux.
Je n’ai sans doute pas besoin de dire expressément
Di.
DE 1,’aLLKM AGNR. 327
qne, de même qu’il ne régnait en moi aucune haine aveugle contre l’église romaine, de même aucune petite rancune contre ses prêtres ne pouvait nicher dans mon âme : ceux qui connaissent mes dons satiriques et les besoins de mon humour ,' qui m’entraînaient souvent irrésistiblement vers la caricature, me donneront à coup sûr le témoignage d’avoir toujours ménagé les faiblesses humaines du clergé. Et pourtant je fus bien des fois, à une certaine époque , excité à d’amères représailles par ces rats cagots et venimeux qui s’agitent dans les sacristies de la Bavière et de l'Autriche, et qui, s’ils ne font pas grand mal par leurs morsures, en font d’autant plus par les nausées que vous donne leur puanteur. Cependant, même dans mon dégoût le plus violent, je gardai toujours ma vénération pour les véritables représentants du sacerdoce, parce qu’en reportant mes regards dans le passé , je me souvenais à quel point des prêtres catholiques avaient autrefois bien mérité de moi. C’étaient en effet des prêtres catholiques à qui j’avais dû , dans mon enfance , ma première instruction ; c’étaient eux qui avaient guidé les premiers pas de mon esprit dans leur école primaire. A l’école secondaire, que je visitais plus tard à Dusseldorf, et qui , sous le gouvernement français, s’appelait lycée, les professeurs étaient encore presque tous des prêtres catholiques, et ils s’occupèrent avee un zèle bien charitable de la culture de mon intelligence. Depuis l’invasion prussienne, où cette école reçut le nom gréco-prussien de gymnase, ces ecclésias-
ŒUVRES DE HENRI HEINE
tiques furent peu à jteu remplacés par des professeurs
laïques. Avec eux on écarta aussi leurs livres de classe, ces manuels et ces chrestomathies de peu de volume et écrits en latin, qui dataient encore des écoles de jésuites. Ces vieux livres furent également remplacés par des grammaires nouvelles et des chrestomathies plus volumineuses , écrites en un idiome allemand ou plutôt prussien, pédantesque jargon fort scientifique, fort abstrait et bien moins intelligible pour les jeunes têtes que ne l’avait été le latin des jésuites, cette langue facile , saine et naturelle. De quelque façon qu’on juge les jésuites, on est forcé de convenir qu’ils ont toujours fait preuve de beaucoup de sens pratique dans l’enseignement. Si, guidés par le système que vous savez, ils ont souvent mutilé dans leurs leçons les idées et la pensée de l’antiquité, du moins ils ont beaucoup répandu parmi des auditeurs de toute condition cette connaissance mutilée de l’antiquité, ils ont vulgarisé cette connaissance , ils l’ont pour ainsi dire démocratisée en la faisant entrer dans le peuple. Tout au contraire, avec la méthode prussienne d’aujourd’hui , le savant isolé , l’aristocrate de l’esprit, apprend mieux à connaître l’antiquité et les anciens; mais la grande masse de la population allemande ne garde plus que fort rarement dans sa mémoire quelque bribe classique , quelque lambeau d’Hérodote, quelque fable d’Ésope ou un vers d’Horace, comme cela avait lieu autrefois , où les pauvres gens avaient encore pour le reste de leurs jours à grignoter
PR l’allemagne.
après les anciennes croûtes des tartines quotidiennes de Técole.'v« Combien un petit bout de latin orne tout l’homme ! » me dit un jour un vieux cordonnier' qui avait retenu , du temps où il allait avec son petit manteau noir aa collège des jésuites, plus d’un beau passage cicéronien des discours contre Catilina , morceaux qu’il citait avec plaisir et avec bonheur contre les démagogues du jour. L’éducation , la pédagogie , étaient la spécialité des jésuites} et quoiqu’ils aient voulu la faire dans l’intérêt de leur. ordre, il arrivait souvent que la passion pour la pédagogie en elle-même, Tunique passion humaine qui leur fût restée, gagnait le dessus, de sorte qu’ils oubliaient leur but , la suppression de la raison en faveur de la foi , et qu’au lieu de transformer les hommes en enfants, selon les devoirs de leur ordre, ils transformaient plutôt par l’instruction les enfants en hommes. Les plus formidables héros de la révolution sont sortis des écoles de jésuites, et sans la discipline de ces dernières, le grand mouvement des esprits n’aurait peut-être éclaté qu’un siècle plus tard.
Pauvres pères de la compagnie de Jésus ! vous êtes devenus l’épouvantail et le bouc émissaire du parti libéral , mais on a compris seulement ce qu’il y avait de dangereux en vous, et Ton ne vous a pas tenu compte de vos mérites. Quant à moi, je n’ai jamais voulu mêler ma voix aux cris d’alarme de mes confrères qui se prenaient toujours de fureur au seul nom de Loyola , comme des taureaux à qui Ton présente un chiffon de
ŒUVIIBS DE HENRI HEINE
drap rouge! et puis, tout en combattant sans relâche pour les véritables intérêts de mon parti, je n’ai parfois, dans le calme de mon âme, pu m’empêcher d’avouer à moi-même, combien il a dépendu souvent des plus petites circonstances du hasard que nous ayons suivi tel parti au lieu de tel autre , et que nous ne nous trouvions pas maintenant dans un camp tout à fait opposé à celui où nous sommes .engagés. Sous ce rapport, il me vient souvent à la mémoire une conversation que j’eus avec ma mère, il y a huit ans , lorsque je visitai à Hambourg la bonne et vénérable vieille femme qui était à cette époque déjà octogénaire. Je fus frappé d’une parole qui lui échappa, quand nous nous entretînmes des écoles où j’avais passé mon enfance, et de mes premiers maîtres qui avaient été presque tous des prêtres catholiques, et parmi lesquels, comme ma mère me l’apprit alors , s’était trouvé plus d’un ancien membre de la compagnie de Jésus. Nous parlâmes beaucoup de notre bon vieux recteur du nom de Schallmeyer, à qui l’on avait confié, pendant l’époque française, la direction du lycée, et qui faisait en même temps un cours de philosophie pour les élèves de la première classe. Dans ce cours il exposait franchement les systèmes grecs même les plus libres et les plus hasardés, dont le scepticisme était effroyablement opposé aux dogmes orthodoxes de la religion catholique. Et il était pourtant le prêtre de cette religion , et il fonctionnait parfois en cette qualité devant l’autel de l’église, revêtu de l’étole
DE l’aDLEMAGNE.
sacerdotale. Je constate ce fait, car je pense qu'un jour, devant les assises du jugement dernier dans la vallée de Josaphat, il se pourrait bien qu’on me comptât comme une circonstance atténuante, d’avoir été admis déjà dans mon âge le plus tendre aux leçons philosophiques dont je viens de parler. Je jouissais de cette faveur pernicieuse à cause des liens d’amitié qui existaient entre le recteur Schallmeyer et notre famille; il s’intéressait - particulièrement à moi par le souvenir d’un de mes oncles qui avait été son Pylade , du temps qu’ils étudiaient ensemble à l’université de Bonn. Le brave homme n’oubliait pas non plus que mon grand-père, le fameux docteur Gottschalk de Geldern , l’avait sauvé autrefois d’une maladie mortelle; et il venait souvent chez nous pour conférer avec ma mère sur mon éducation et ma carrière future. C’est dans une de ces conférences, comme ma mère me l’a raconté plus tard à Hambourg, qu’il lui donna le conseil de me destiner à l’Kglise et de m’envoyer à Rome pour étudier la théologie catholique dans un séminaire de cette ville. Par l'influence des amis que le recteur Schallmeyer possédait parmi les prélats du plus haut rang à Rome, il affirmait être en état de me faire parvenir à une place ecclésiastique des plus importantes. Quand ma mère me raconta cette circonstance, elle exprima ses vifs regrets de n’avoir pas suivi le conseil de ce vieil ami plein de sagacité, qui avait pénétré de bonne heure les penchants de mon caractère , et qui avait bien compris
ŒUVRES DE HENRI HEINE
quelle température spirituelle et physique était la mieux adaptée et la plus salutaire à ma nature. Ma vieille mère s’était souvent reproché depuis d’avoir décliné une proposition aussi raisonnable ; mais à cette époque elle avait rêvé pour moi des dignités mondaines des plus superbes et des plus brillantes. Ensuite elle avait été dès sa première jeunesse une élève de l’école de Rousseau, dont le déisme rationnel allait bien à son caractère rigide et presque puritain; et encore pour d’autres raisons elle ne pouvait se faire à l’idée que son fils aîné endosserait cette soutane disgracieuse et mal cousue dont elle voyait affublés les ecclésiastiques de mon pays. Elle ne savait pas qu’un abbate romain porte ce vêtement tout autrement que les prêtres de l’Allemagne , braves gens sans doute , mais pour la plupart quelque peu mal léchés et d’une propreté équivoque , qui prouve bien qu’ils ne veulent plaire qu’au bon Dieu. Ma mère n’avait jamais vu un signore abbate se draper d’une façon coquette et séduisante dans son petit manteau noir, qui est l’uniforme sacré du muscadin tonsuré et du bel esprit à l’eau bénite dans cette ville de Rome, capitale éternelle de la beauté et de la galanterie. Un abbate romain ne sert pas seulement l’Eglise du Christ, mais aussi Apollon et les Muses. Il est leur mignon, et les Grâces lui tiennent l’écritoire quand il compose ses sonnets qu’il récite avec des intonations harmonieuses à l’académie des Arcadiens. Il est connaisseur des arts, et il n’a besoin que de tâter le cou d’une jeune cantatrice
ds l’allehagnb.
pour pouvoir prédire avec assurance si elle sera un jour une diva, une celeberrima cantatrice, une de ces prima donna qui remuent l’univers. Il se connaît aussi en antiquités, et le torse déterré d’une bacchante grecque lui fournit la matière d’un traité savant, qu’il écrit, en langue latine avec des tournures et des cadences cicéroniennes des plus élégantes , et qu’il dédie respectueusement au chef suprême de la chrétienté , au pontifex maximus , comme il s’évertue de l’appeler pour ne pas sortir du style classique. Et surtout quel amateur de tableaux est le signore abbate , qui visite les peintres dans leurs ateliers, et qui leur communique sur leurs modèles féminins les plus fines observations anatomiques! L’auteur de ces aveux aurait été précisément du bois dont on peut tailler de tels abbate. J’aurais flâné avec le plus ravissant dolce farniente à travers les bibliothèques, les galeries, les basiliques et les ruines de la ville éternelle,, étudiant au milieu des jouissances et jouissant au milieu des études, et j’aurais lu la messe devant l’auditoire le „ plus distingué ; je serais aussi monté en chaire, pendant le cârême , pour prêcher la sévérité des mœurs , sans cependant devenir jamais fastidieux par des paroles trop austères, et sans blesser jamais les oreilles et les consciences délicates — j’aurais surtout édifié les dames romaines, et grâce à leur patronage et à mes mérites, je serais peut-être parvenu aux plus hauts grades dans la hiérarchie de l’Église, je serais peut-être devenu un monsignore, un bas-violet, même le chapeau rouge eût II» 19.
ŒCVRES DË HËfîftl hBINE.
pu me tomber sur la tâte — et comme, d’après le proverbe, « il n’èst pas de tout petit prêtrillon qui ne voudrait devenir un tout petit pape, » je serais à la fin peut-être arrivé au faîte même du pouvoir souverain du Vatican — car, bien que je ne sois pas ambitieux de mon naturel , je n’aurais cependant pu refuser d’accepter le pontificat , si le choix du conclave était tombé sur moi. La dignité papale est en tout cas un emploi très-honorable et en même temps très-lucratif, et je suis sûr qu’élu par, le sacré collège, j’aurais assez bien su m’acquitter des fonctions de mon nouveau rôle. Je me serais nonchalamment assis sur le siège de Saint-Pierre, tendant ma jambe pour le baise-pied à tous les pieux chrétiens, autant clercs que laïques. Je me serais également, avec le plus parfait sang-froid , fait porter en triomphé à travers les arcades de la grande basilique , et seulement dans le cas le plus chancelant je me serais tant soit peu cramponné atix bras du fauteuil d’or, que six camériers vigoureux portent sur leurs épaules; à mes deux côtés auraient marché des capucins avec des cierges allupiés, et des laquais galonnés tenant en l’air d’énormes plumeaux de paon pour éventer ma tête couronnée de la tiare — tout à fait comme cela se voit dans le fameux tableau de la Procession papale d’Horace Vernet. Avec la même componction sacerdotale, avec le même sérieux absolu — car je puis être très-sérieux , quand c’est absolument nécessaire — j’aurais aussi donné du haut du Latran la bénédiction annuelle à toute la chrétienté.
Revêtu de tous les ornements pontificaux, la triple couronne sur le front et entouré d’un état-major de chapeaux rouges et de mitres d’évêque, de chasubles étincelantes d’or et de pierreries, et de frocs de moines de toutes les couleurs, ma Sainteté, debout sur un balcon richement orné de tapis de Perse, se serait montrée à la foule innombrable prosternée à genoux , la tête baissée, bien en bas sous mes pieds, et fourmi b lant au loin, à perte de vue — et j’aurais tranquillement étendu mes deux mains et donné la bénédiction à la cité de Rome et au globe entier, Vrbi et orbi.
Mais , comme tu le sais bien, cher lecteur, je ne suis pas devenu pape ni cardinal non plus, pas même un tout petit chanoine, et de même que dans la hiérarchie du monde je n’ai gagné dans celle do l’Église ni places ni dignités. Je ne suis, comme disent les gens, arrivé à rien sur cette belle terre ; je ne suis devenu rien , rien qu’un poète. Mais non , je ne veux pas m’abandonner à une humilité hypocrite et déprécier ce beau nom de poète. On est beaucoup quand on est poète, et surtout quand on est un grand poète lyrique en Allemagne , parmi ce peuple qui en deux choses, la philosophie et la poésie lyrique, a surpassé toutes les autres nations. Je ne veux pas , avec la fausse modestie inventée par les gueux , renier ma gloire. Aucun de mes collègues n’a conquis le laurier de poète à un âge aussi jeune que moi, et si mon compatriote Wolfgang Goëthe chante avec complaisance, a que le Chinois, d’une main tremblante, peint
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sur verre Werther et Charlotte, » je puis de mon côté, pour continuer sur la même gamme ethnographique, opposer à-cette réputation chinoise une plus fabuleuse encore , c’est-à-dire une réputation japonaise. Lorsqu’il y a douze ans je ine trouvais un jour ici à Paris, à l’hôtel des Princes , auprès de mon ami Henri Woehrmann de Riga , celui-ci me présenta un Hollandais qui revenait justement du Japon après y avoir passé trente ans dans la ville de Nangasaki , et qui désirait vivement de faire ma connaissance. C’était le docteur Burger, qui publie maintenant à Leyden, avec le savant Seyhold, le grand ouvrage sur le Japon. Ce Hollandais me raconta qu’il avait appris l’allemand à un jeune Japonais qui , plus tard , avait fait imprimer mes poésies en traduction japonaise , et que c’avait été le premier livre européen qui eût paru dans la langue du Japon. — Le brave Néerlandais ajoutait que je trouverais du reste sur cette curieuse traduction un long article dans la Revue anglaise de Calcutta. J’envoyai aussitôt dans plusieurs cabinets de lecture, mais aucune des savantes directrices de ces établissements ne put me procurer la Revue de Calcutta , et je me suis aussi adressé vainement dans ce but à M. Julien et à M. Paultier, ces antagonistes' érudits qui ont enrichi la science de deux grandes découvertes : M. Julien le fameux sinologue a découvert que M. Paultier ne sait pas le chinois, tandis que M. Paultier le grand indianiste a découvert que M. Julien ne sait pas le sanscrit ; ils ont publié beaucoup de
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livres sur ce sujet à la fois très-important et très-intéressant pour le public.
Depuis lors, je n’ai pas fait d’autres recherches sur ma gloire japonaise. Dans ce moment elle m’est aussi indifférente que, par exemple, la gloire que je possède dans les îles de Finlande. Hélas! la gloire, cette manne sucrée, douce comme l’ananas et la flatterie , elle s’est
changée en amertume pour moi depuis bien longtemps,
et elle me semble maintenant amère comme l’absinthe. Je pui3 dire comme Roméo : « Je suis le fou de la Fortune. » Je me trouve à présent devant la grande marmite, mais je manque de cuillère. A quoi cela me sert-il qu’on boive à ma santé au milieu des festins , dans des coupes d’or et avec les vins les plus exquis, si pendant ces ovations, loin et isolé de tous les plaisirs du monde, je ne puis humecter mes lèvres qu’avec une fade tisane ! A quoi cela me sert-il que toutes les roses de Schiras s’épanouissent et brûlent pour moi , éclatantes de tendresse — hélas ! Schiras est situé à deux mille lieues de cette triste châmbre de malade que j’occupe depuis si longtemps, et où je ne sens d’autres parfums que par hasard ceux de serviettes chauffées. Hélas ! la moquerie de Dieu pèse sur moi. Le grand auteur de l’univers , l’Aristophane du ciel, a voulu faire sentir vivement au petit auteur terrestre, au soi-disant Aristophane allemand, à quel point ses sarcasmes les plus spirituels n’ont été au fond que de pitoyables piqûres d’épingle , en comparaison des coups de foudre de la satire , que
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V humour divin sait lancer sur les chétifs mortels. —
Oui, l’amer flot de railleries, que le grand maître déverse sur moi, est terrible, et ses épigrammes sont cruelles à faire frémir. Je reconnais humblement sa supériorité, et je me prosterne devant lui dans la poussière. Cependant, quelque faibïe que soit ma verve créatrice, en la comparant à celle du grand créateur, u n’en brille pas moins dans ma tête la raison éternelle, et j’ai le droit de citer devant le tribunal de cette raison et de soumettre à sa critique respectueuse la plaisanterie de Dieu , mon Seigneur et maître. C’est ainsi que tout humblement j’ose faire observer d’abord que la plaisanterie atroce qu’il m’inflige, me semble se prolonger un peu trop ; voilà plus de six ans qu’elle dure, ce qui finit par devenir ennuyeux. Puis je voudrais aussi faite remarquer en toute humilité que cette plaisanterie n’est pas neuve , que le grand Aristophane du ciel s’en est déjà servi à mainte autre occasion , et qu’il a commis ainsi un plagiat sur ses propres œuvres. A l’appui de ce que je viens d’avancer, je citerai un passage de la Chronique de Limbourg. C’est un livre très-intéressant pour ceux qui veulent s’instruire sur les mœurs et les coutumes de l’Allemagne du moyen âge. Cette chronique décrit, comme un journal de modes, les costumes et d’hommes et de femmes qui étaient en vogue à chaque période ; elle donne aussi des renseignements sur les airs nouveaux qu'on chantait chaque année, et elle reproduit quelquefois le commencement de la chanson. Par
exemple, elle rapporte de l’année 1480 qu’on tambourinait et chantonnait alors dans toute l’Allemagne des chansons plus douces et plus charmantes que toutes celles dont on avait eu connaissance auparavant dans les pays germaniques, et que jeunes et vieux, surtout les femmes, en raffolaient jusqu’au délire, de sorte que du matin au soir on les entendait résonner. Mais ces chansons, ajoute la chronique, avaient été composées par un jeune clerc atteint de la lèpre et vivant à l’écart de tout le monde, dans quelque endroit désert. Tu n’ignores pas, cher lecteur, quelle maladie affreuse c’était que la lèpre au moyen âge, et que les pauvres gens affligés de ce mal incurable étaient repoussés de toute société et devaient se tenir à distance de tout être humain. Des morts vivants, enveloppés jusqu’aux pieds d’un froc gris et le capuchon rabattu sur le visage, se promenaient portant à la main une énorme cliquette, appelée cliquette de saint Lazare, avec laquelle ils annonçaient leur approche , afin que chacun pût à temps les éviter: Le pauvre clerc, dont la susdite Chronique de Limbourg rapporte la gloire qu’il s’étail acquise comme chansonnier, était donc un tel lépreux , et il se morfondait dans les tristes solitudes de sa misère, tandis que, joyeuse et chantante, toute l’Allemagne applaudissait à ses poésies. Oh ! cette gloire aussi était la nvftjueriè' .de Dieu , la cruelle moquerie qui , au fond , m foujdjws la même, quoiqu’elle ait paru alors sous lê'cÇsmnjàÉplus romantique du moyen âge. Le roi blavf eTTs^ël et de Juda
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disait avec raison : « Il n'y a rien de nouveau sous le soleil.» — Peut-être ce soleil lui-même n’est-il qu’une vieille plaisanterie réchauffée , une redite brillante qui , rapiécée de nouveaux rayons, étincelle maintenant làhaut d’une façon si éblouissante !
Parfois, dans mes sombres visions noctifrnes, je crois voir devant moi le pauvre clerc lépreux de la Chronique de JLimbourgy mou frère en Apollon, et à travers le capuchon gris ses yeux souffrants me regardent d’un air fixe et étrange; mais au même moment il disparaît, et j’entends se perdre au loin, comme l’écho d’un rêve, le craquement sourd de la cliquette de saint Lazare.