ŒUVRES DE HENRI HF.INE
branches du frêne, et tout le monde se hâte d’entrer dans l’assemblée des songes. » La servante dit : « Ne sois pas si téméraire, ô fille des Skioldund, de te rendre seule aux habitations des esprits; dans la nuit les morts sont beaucoup plus puissants qu’à la clarté du jour. » — Sigrune ne vécut pas longtemps dans la souffrance et le chagrin.
La légende finit là, mais le narrateur ajoute ces mots pour son propre compte :
C’était une croyance dans les anciens temps que les hommes renaissaient ; mais de nos jours cela s’appelle un conte de vieilles femmes. On rapporte d’Helgi et de Sigrune qu’ils vécurent une seconde fois; lui s’appela alors Helgi, héros d’Haddiugia, et Sigrune s’appela Kara, fille de Halfdan ; et c’était une walkyre.
Je donne encore le commencement d’une autre tradition Scandinave, appelée le chant de Vœlundur, parce qu’il semble en résulter une preuve assez distincte de l'affinité ou même de l’identité des Walkyres, des trois fileuses et des femmes cygnes dont j’ai parlé précédemment. Il y est dit :
Nidhudur fut le nom d’un roi en Svithiod ( la Suède ) ; il était père de deux fils et d’une -fille nommée Baudvildur. — Et il y eut en Finlande trois frères, fils du roi de ce pays, dont l’aîné s’appelait Slagfidr, le second Égill et le troisième Vœlundur; ils s’en allèrent pour faire paître leurs troupeaux, et ils vinrent dans Ulfdalir ( la vallée des loups), où ils se bâtirent des maisons. Là il y
KM
a un lac appelé Ulftiar ( le lac des loups ), et au bord de cette eau les fils du roi trouvèrent un matin, de trèsbonne heure, trois femmes assises à filer du chanvre, et ayant leurs chemises de cygne posées à terre à côté d’elles. C’étaient des walkyres, et deux d’entre elles étaient filles du roi Laudver : elles s’appelaient l’une Hladgur Svanhvit (blanche comme le cygne), et l’autre Hervoer Alvitr ( celle qui sait tout ) ; mais la troisième était Aulrun, fille de Kiar, de Valland. Les trois frères les ramenèrent chez eux, et Égill prit pour femme Aulrun, Slagfidur Svanhvit et Yœluridur Alvitr. Ils demeurèrent ensemble pendant sept hivers, mais dans la huitième année, les femmes s’envolèrent, pour se trouver aux combats, et elles ne revinrent point. Lgill partit à la recherche d’ Aulrun , et Slagfidur chercha sa Svanhvit, mais Voelundur resta dans Ulfdalir. Il était, au dire dîanciennes traditions, l’homme le plus habile dans son art. Il enchâssait dans de l’or rouge des perles précieuses, et il enfilait toutes scs bagues sur une corde d’écorce. C’est ainsi qu’il attendait le retour de sa femme brillante. — Lorsque Nidhudur, le roi de Svithiod, apprit que Yoelundur était seul dans Ulfdalir, il partit nuitamment avec ses hommes; leurs armures étaient solidement rivées, et leurs boucliers reluisaient au clair de lune. Arrivés à la demeure de Voelundur, ils surprirent le fils du roi et. le garrottèrent pendant son sommeil; et Nidhudur l’emmena avec lui. Etc., etc.
Je n’ai fait, dans ces pages, que toucher légèrement