‹ De l'allotropie des corps simplesChapitre 6 sur 29 · C. R., LXXIV · texte numérisé non relu

C. R., LXXIV

du soufre liquide porté à 120 0 et même à 140°, on obtient un solide jaune citron et friable, entièrement soluble dans le sulfure de carbone ; mais si on répète cette expérience avec du soufre chauffé vers 160 0 à 170°, c’est-à-dire à son maximum de viscosité, le soufre trempé que l’on obtient est mou et élastique comme du caoutchouc. Ce soufre mou, abandonné à la température ordinaire, redevient peu à peu dur et cassant, et repasse en grande partie à l’état de soufre ordinaire en perdant de la chaleur. Cette transformation est très rapide si l’on chauffe le soufre mou, vers ioo° ; il passe brusquement à l’état de soufre cristallisé sous la forme prismatique en dégageant assez de chaleur pour élever de ioo° à no° la température d’un thermomètre placé dans sa masse (Régnault).

La diversité de ces aspects s’explique par l’existence de plusieurs variétés allotropiques les unes cristallisées, les autres amorphes.

Soufre cristallin. — t° Soufre octaédrique. — Les cristaux naturels sont jaunes ; leur densité est 2,072 ; ils dérivent d’un prisme orthorhombique où l’on a

m m = ioi° 25’

et ont la forme d’octaèdres fermés par les faces b*.

Ces cristaux se produisent quand on abandonne à froid à l’évaporation une dissolution de soufre dans le sulfure de carbone. Ils représentent le seul état d'u soufre qui soit définitivement stable à la température ordinaire.

2 0 Soufre prismatique. — On obtient cette variété en laissant refroidir lentement le soufre fondu dans un creuset. Au moment où la croûte se solidifie, on la perce avec un fer chaud et on décante le soufre resté liquide au centre du creuset. Les parois sont tapissées de longues aiguilles transparentes de couleur

jaune. Ces cristaux dérivent d’un prisme clinorhombique dans lequel :

Ils sont formés par les faces p, m, h\ b\ e*.

Le soufre prismatique et le soufre octaédrique diffèrent non seulement par leur forme cristalline, mais encore par leur densité: celle du soufre octaédrique est 2,07 ; celle du soufre prismatique 1,97.

La transformation des prismes en octaèdres est accompagnée d’un faible dégagement de chaleur (o c ,o8 pour un atome selon .Mitscherlich) (1). La température de fusion dusoufre octaédrique est de 11 3 ° environ; la température de solidification du soufre fondu varie entre 112°,2 et 117°,4, selon que le soufre a été plus ou moins chauffé (M. Gernez) (2).

Le soufre prismatique peut se transformer en soufre octaédrique et vice-versa suivant la température. Le soufre octaédrique n’est stable qu’au-dessous de 98° ; le soufre prismatique, au contraire, qu’au-dessus de cette température. Les aiguilles prismatiques abandonnées à elles-mêmes s’altèrent peu à peu, deviennent opaques et se transforment en chapelets d’octaèdres. Leur densité passe de 1,97 à 2,07.

Réciproquement les octaèdres maintenus un peu au-dessous de 112°, et touchés avec un cristal prismatique, se transforment en prismes.

Si l’on maintient le soufre en surfusion vers ioo°, on peut obtenir à volonté, comme l’a montré M. Gernez ( 3 ), l’une ou

( 1 ) Ann. de chim. etphys. (3), LXV1.

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