SOUFRE
Le soufre se présente sous divers états allotropiques, tant à l’état solide qu’à l'état gazeux. Commençons par ces derniers.
Soufre en vapeur. — Ces états existent à des températures différentes.
En effet, la densité de la vapeur de soufre, prise à 5 oo° par Dumas, est égale à 6 , 65 , 4 , valeur trois fois plus forte que celle de 2, 2 qui résulterait du poids atomique, et que faisait prévoir l’analogie du soufre et de l’oxygène.
M. Troost a obtenu le môme nombre 6,6 en opérant à 440° sous des pressions réduites de 100 et 60 millimètres, de manière à s’éloigner du point d’ébullition sans élever la température.
La vapeur du soufre dans ces conditions est donc comparable jusqu’à un certain point à l’ozone ; elle est môme deux fois aussi condensée. Le soufre gazeux vers 5 oo° est un polymère tricondensé du véritable élément soufre.
Cette variété allotropique se détruit par l’élévation de la température ; la densité de vapeur diminue en effet progressivement ; à 6 o 5 ° elle est égale à 2,g3, puis à partir de 86o° elle devient constante et égale à 2, 2, nombre conforme à l’équivalent du soufre. La vapeur du soufre, polymérisée à 5 oo°, devient à partir de 8oo° la vapeur du soufre normal.
Dans l’intervalle de ces deux températures, on peut admettre que la vapeur est constituée par un mélange des deux états, en dissociation l’un par rapport à l’autre.
Ces conclusions trouvent une confirmation dans l’étude des spectres de la vapeur de soufre.
Selon que la vapeur est condensée ou à l’état normal, on observe soit le spectre primaire (spectre de bandes), soit le spectre secondaire (spectre de lignes) (Salet) (i). Le spectre d’absorption manifeste révèle des modifications analogues (Gernez) (2).
Soufre solide. — A l’état ordinaire, c’est un solide jaune citron incolore, insipide, mauvais conducteur de la chaleur et de l’électricité.
Si on chauffe progressivement le soufre, on voit ses propriétés physiques varier comme s’il subissait plusieurs transformations moléculaires. Il fond à 11 3 °. De 11 3 ° à 120 0 il est fluide, jaune et transparent. Peu à peu il se colore enbrunet devient visqueux. Vers 200 0 il est si visqueux qu’on peut retourner le vase sans qu’il s’écoule. A 25 o° il redevient fluide, tout en restant coloré en brun. Enfin il bout 3447 °,3 sous la pression de 760 millim. de mercure (V. Régnault).
Quand on le laisse refroidir, il passe par les mêmes phases. Un thermomètre placé dans la masse accuse vers 23o° un arrêt dans l’abaissement de la température, ce qui indique un dégagement de chaleur et le passage du soufre à un état différent. Deux autres arrêts analogues se manifestent, l’un vers 170°, l’autre vers 140°.
Le coefficient de dilatation du soufre liquide ne croît pas régulièrement avec la température, mais il décroît entre i3o° et 17a" et passe par un minimum entre 160 0 et 170° (Despretz, Moitessier, Pisati).
Si l’on refroidit brusquement par immersion dans l’eau froide
(1) Ann. de chim. et phys. (4), XXVUI.