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CHAPITRE DEUXIÈME

éloigne considérablement l’aluminium des métaux communs. Pour le constater mieux, j’ai laissé pendant plusieurs mois des globules d’aluminium pesant à peine quelques milligrammes au contact de l’acide sulfurique faible sans leur faire subir d’altération bien visible. Cependant l’acide précipitait légèrement par l’ammoniaque.

Aeide iiitriciue. — L’ acide nitrique faible ou concentré n’agit pas à la température ordinaire sur l’aluminium. Dans l’acide nitrique bouillant, la dissolution s’effectue avec une telle lenteur, que j’ai dû renoncer à ce mode d’attaque dans mes analyses. Par le refroidissement de la liqueur toute action cesse.

Ces faits expliquent très-bien comment M. Hulot a obtenu de très-bons résultats en remplaçant par l’aluminium le platine de la pile de Grove, et il a observé comme moi, quoiqu’il eût employé de l’aluminium et des acides impurs, cette inertie du métal en présence de l’acide nitrique.

Acide clilofliydcifiue. — Le véritable dissolvant de l’aluminium, c’est l’acide cblorbydrique faible ou concentré; toutefois, quand le métal est parfaitement pur, la réaction se passe si lentement, que M. Favre de Marseille, avec qui j’ai fait cette épreuve, a dû renoncer à ce mode d’attaque pour déterminer la chaleur de combustion de l’aluminium. Mais avec de l’aluminium impur la réaction est très-énergique et la dissolution très-rapide.

A une température très-basse, l’acide chlorhydrique gazeux attaque l’aluminium et le transforme en chlorure anhydre très-volatil. Dans cette circonstance le fer ne semble pas s’altérer; le protocblorure de fer, peu volatil, peut sans doute protéger, en la recouvrant d’une couche trèsmince, la matière métallique restée intacte. Cette expé-

PHOFRlliTI'lS CHIMIQUES. 29

rience me ferait admettre que e’est l’acide ehlorliydriqiKî et non l’eau qui est décomposé par l’aluminium; et en effet, le métal est attaqué d’autant plus facilement que l’acide est plus concentré. On s’expliquerait ainsi la différence d’action entre les solutions d’acide chlorhydrique et d’acide sulfurique, celle-ci étant presque inactive. Ce raisonnement s’applique également à l’étain.

Hyclros^èiie ^iiicië. — Quand l’ aluminium contient du silicium, il dégage, en se dissolvant dans l’acide chlorhydrique, de l’hydrogène d’une odeur plus infecte encore que l’odeur développée par la fonte de fer dans les mêmes circonstances. La raison en est dans la production de ce corps remarquable découvert tout récemment par MM. Wohler et Buff, l’hydrogène silicié.

Késidias tle raatiaaieae psti» i*ac5«le eSai®i*laycSi*ic|iie. - Quand la proportion de silicium est faible, la totalité s’exhale a l’état de gaz; quand elle est un peu plus forte, elle reste en dissolution à l’état de silice avec l’alumine, et on a la plus grande peine a séparer exactement les deux terres, même quand on a évaporé à sec la solution alumineuse. Si la proportion de silicium va jusqu’à 3 ou 5 pour loo, le silicium reste insoluble mélangé avec un peu de protoxyde de silicium, que MM. Wohler et Buff ont si bien reconnu par l’action de l’acide fluorhydrique; celui-ci dissout le protoxyde de silicium avec dégagement d’hydrogène sans attaquer le silicium lui-même. Enfin on arrive facilement a produire des alliages de silicium et d’aluminium dans lesquels le premier domine, et il cristallise souvent, au milieu de la masse métallique, en octaèdres réguliers et en tétraèdres. L’acide chlorhydrique produit toutes ces séparations en dissolvant lui-mérne de notables proportions de silice.

CIJAPITHE DEUXIEME.

11 ne faudra donc pas s’étonner si, en dissolvant de l’aluminium du commerce, on obtient quelquefois un résidu noir et cristallin qui, séparé par le filtre et séché à 200 ou 3oo degrés, prend feu par places; on aura ainsi obtenu du silicium mélangé avec son protoxyde, Si^0^2H0.

La présence du silicium augmente beaucoup la facilité avec laquelle l’aluminium s’attaque sous l’influence de l’acide chlorhydrique.

et soude. — Les solutions alcalines agissent avec une grande énergie sur l’aluminium en le transformant en aluminates de potasse et de soude avec dégagement d’hydrogène. Cependant l’aluminium est inattaquable par les alcalis monohydratés et en fusion : on peut en effet laisser tomber un globule d’aluminium pur dans la soude caustique, fondue et amenée presque au rouge dans un vase d’argent, sans observer le moindre dégagement d’hydrogène: le silicium au contraire se dissout avec une extrême énergie dans les mêmes circonstances.

Décapage de l'altiiiiisiBvaiiK sâliesé. — Aussi je me suis servi de soude caustique fondue pour décaper l’aluminium silicié. Pour cela on plonge dans l’alcali maintenu en fusion au-dessous du rouge la pièce d’aluminium. Au moment de l’immersion, quelques bulles d’hydrogène se dégagent de la surface métallique, et quand elles ont disparu, tout le silicium de la couche superficielle de l’aluminium a été dissous. Il ne reste plus qu’à laver à grande eau, et à plonger dans l’acide nitrique l’aluminium qui prend ainsi un très-beau mat.

Aiiinioikiac|ue. — L’ ammoniaque n’agit que faiblement sur l’aluminium en produisant un peu d’alumine (jui, d’après l’observation très-curieuse de M. Wbbler, a

PROPlilLTÉS CmMlQUPS. 3(

la propriété de se dissoudre en partie dans l’aleali volatil. Dans une atmosphère où l’on a répandu de l’anirnonia- (jue, l’aluminium ne perd pas du tout son éclat, ce qui s’explique facilement, puisque c’est seulement au contact de l’eau que se détermine l’oxydation du métal avec dégagement d’hydrogène.

Acides oi*|^anic|iies , vinaigre, ete. — L’ acide acétique étendu agit sur l’aluminium a la manière de l’acide sulfurique, c’est-a-dire d’une manière insensible ou au moins avec une lenteur extrême. L’acide étendu de manière à présenter la concentration du vinaigre le plus fort a servi à cette expérience.

Acide tartriffue, vin.— M. Paul Morin a laissé pendant très-longtemps une plaque d’aluminium dans le vin qui contient de l’acide tartrique en excès (du tartre) et de l’acide acétique, et il a trouvé tout à fait nulle ou insensible l’action du vin sur le métal.

Aânaigre et sel. — L’ action d’un mélange d’acide acétique et de sel marin en dissolution dans l’eau, sur l’aluminium pur, est très-différente; car l’acide acétique déplace une portion de l’acide chlorhydrique que l’on peut supposer existant dans le sel marin et le rend à peu près libre. Cependant la réaction est d’une lenteur extrême sur l’aluminium, surtout quand il est pur.

Coiisëc£ïaciices g)i*atic|tMcs. — Ce point méritait d’être éclairci a cause des applications que l’on peut faire de l’aluminium à la fabrication des vases culinaires. J’ai observé que l’étain dont on se sert si souvent et qui chaque jour est mis en contact avec du sel et du vinaigre, s’attaque beaucoup plus rapidement que de l’aluminium dans les mêmes circonstances. Si l’on prend de l’étain laminé,

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(lu paillon d’étain, qu’on le fasse chauffer pendant quelques minutes dans une dissolution de sel marin additionnée d’acide acétique, on pourra constater, en décantant la liqueur claire et en la traitant par l’hydrogène sulfuré, qu’il s’est dissous des quantités considérables d’étain. Ce sera l’effet constant d’un mélange de sel et de vinaigre sur les vases de cuisine*.

Quoique les sels d’étain aient un goût de poisson trèsprononcé, que leur action sur l’économie soit loin d’être négligeable, la présence de l’étain dans nos aliments passe inaperçue. Dans les mêmes circonstances l’aluminium se dissoudra en moindre quantité, l’acétate d’alumine se résoudra à l’ébullition en alumine ou en sous-acétate insoluble, n’ayant pas plus de goût et plus d’action sur l’économie que l’argile elle-même. C’est pour cela, et parce qu’on sait d’ailleurs que les sels d’alumine n’ont aucune influence appréciable sur Téconomie par leur base , que l’aluminium peut être, considéré comme un métal d’une innocuité absolue.

Sel iiiarîBi et ciiioeures. — Une dissolution de sel marin ou de cblorüre de potassium, dans laquelle on plonge un fil d’aluminium pur, ne m’a semblé exercer sur le métal aucune action sensible, soit à froid, soit à chaud. Dans des expériences faites avec un soin extrême et publiées dans les Annales de Chimie et de Physique, M. Wohler et Buff ont fait chauffer pendant plusieurs jours de l’aluminium provenant de la cryolite avec du sel marin dissous, et l’alumine qu’ils ont ainsi produite était en quantité presque insensible , de sorte qu’on peut se demander si cette attaque si faible, quoique le contact ait été aussi prolongé , n’est pas due a des traces de ma tièresétrangères contenues soit dans le sel marin, soit dans

raluminiuin lui-niênie. Nous savons, en effet, que l’aluininiuin préparé avec un fondant fixe, comme la cryolile, en retient toujours, surtout quand il n’a pas été refondu cinq ou six fois, et chaque fois brassé comme je le dirai plus tard. Or le fluorure de sodium que peut contenir alors la cryolite est une matière alcaline, et comme l’alumine le décompose partiellement en soude caustique et fluorure d’aluminium, on conçoit que cette quantité si faible ait produit les résultats si faibles aussi que MM. Wohler et Buff ont observés. Quoi qu’il en soit , on peut dire que l’action d’une dissolution de sel marin sur l’aluminium est nulle ou insensible.

Il n’en^est pas de même des autres chlorures métalliques, et on peut a leur égard énoncer, comme règle générale, qu’ils sont décomposés par l’aluminium avec une facilité d’autant plus grande que le métal qu’ils renferment appartient a un ordre plus élevé. Le cblorbydrate d’alumine lui-même dissout l’aluminium en formant un sous-cblorbydrate avec dégagement d’hydrogène.

Action du sel niacin sui* les iiiétaiix coiiiiiiuiis. —

Pour arriver de ces faits de laboratoire à des conséquences pratiques, il faut connaître comparativement l’action du sel marin sur les métaux communs. On peut dire, en général, qu’aucun d’eux ne peut résister à l’action du sel marin et surtout de l’eau de mer. Des expériences faites avec de l’aluminium du commerce et du cuivre nous ont fait voir que l’attaque du cuivre par l’eau de mer était beaucoup plus rapide que l’attaque de l’aluminium indiquée seulement par des flocons très-légers d’alumine.

Sur rargeiit. — L’argent lui-même se dissout dans le sel marin avec une rapidité extrême, mais en petite quantité. Je fais chaque année, à mon cours de la Sorbonne,

34 CHAPITHE DEUXIÈME.

iiiu! expérience très-simple et que je connais ilepuis peu

d’années, sans savoir à qui elle est due.

On prend un creuset d’ argent on y verse une solution de sel marin; on chauffe, et au bout de quelques minutes d’ébullition la dissolution saline bleuit le papier de tournesol, ce qui indique dans la liqueur de la soude caustique, provenant du sel marin décomposé, dont l’argent a pris le chlore pour passer a l’état de chlorure d’argent.

Coiif^éqiieiices — L’argent est un métal

dont les coml)inaisons sont éminemment toxiques. nitrate d’argent, quoique absolument neutre au papier de tournesol, est un médicament dont on use avec les plus grandes précautions. Bien qu’on puisse affirmer que l’argent se dissout nécessairement dans de l’eau bouillante et salée, l’expérience a appris que les vases d’argent sont cependant très-salubres. Il en sera de même et a plus forte raison de l’aluminium; l’avantage qu’on y trouvera dans la pratique, c’est que le métal, s’il s’en dissout, n’apportera dans les aliments aucune substance sapide ou dangereuse. L’argenterie des orfèvres contient 5 pour loo de cuivre qui ne devient dangereux que quand on laisse les aliments se refroidir dans les vases où ils ont été préparés : c’est là le seul inconvénient que présente l’emploi de l’argent allié. Avec l’aluminium, rien de pareil n’est à craindre.

x\u surplus, toutes ces questions ne peuvent se résoudre que par une expérience prolongée. Il serait prématuré d’en vouloir donner aujourd’hui la solution; il me suffira d’avoir exposé les faits et les principes chimiques sur lesquels 011 peut s’appuyer pour tenter des épreuves de ce genre.

tle l*aliimiiiiiAm à raltëratioii. — Une

PHOPUllÎTKS UllîvnQUKS.

(l(is causes ({ui expliciueiU le mieux la résistance; qu’oppose, dans certains cas, l’aluminium à l’altération sous rinüuence des réactifs, c’est la petitesse de son équivalent, qui est i3,75, en admettant pour formule de l’alumine AP 0^ tandis que l’argent a pour équivalent io8, correspondant à AgO. Ainsi les quantités d’argent et d’aluminium qui se combinent à la même matière sont entre elles dans le rapport de 824 a 27,5 ; ou, ce qui revient au même, la quantité d’acide qui dissoudra 100 grammes’ d’argent ne pourra dissoudre que d’aluminium.

— L’ action d’un sel quelconque sur l’aluminium peut se déduire facilement de l’action des acides sur le métal. On peut donc prévoir que dans les sulfates et surtout les nitrates acides, l’aluminium ne précipitera aucun métal de ses dissolutions, pas même l’argent, ce qui a été observé par M. Wobler, tandis que les dissolutions cblorhydriques des mêmes métaux seront précipitées par l’aluminium, comme l’ont fait voir MM. lissier.

De même, dans les solutions alcalines, l’argent, le plomb et les métaux élevés dans la classification des corps simples seront également précipités.

€?oiiséfiueiices iiraticnies. — Il faut conclure de là que pour déposer des métaux sur l’aluminium au moyen de la pile, il faudra toujours se servir de dissolutions acides dans lesquelles l’acide chlorhydrique libre ou combiné ne devra pourtant pas entrer.

Les solutions alcalines des mêmes métaux ne pourront être employées, quoiqu’elles réussissent si bien dans la dorure et l’argenture des métaux communs.

Dorure et éleetriciiie^ de Talii mini uni.

— C’est à cause de ces particularités si curieuses que b;

3G CMAFITRE DEUXIÈME.

dorure et l’argenture de raluiniuiuiu sont très-diftieiles

à obtenir, surtout avec la solidité désirable.

M. Paul Morin et moi nous avons souvent essayé en employant des bains à base de sulfure d’or acide ou d’byposulfite d’argent avec un excès d’acide sulfureux. La réussite n’a été que médiocre. Cependant M. Mourey, qui a déjà rendu de grands services à la galvanoplastie, dore et argente couramment l’aluminium pour le commerce, avec une perfection qui est surprenante à cause du peu de temps qu’il a eu pour étudier cette question. Je sais aussi que M . Cbristofle adoré de l’aluminium ; mais j’ignore entièrement les procédés qui ont été employés par ces Messieurs.

rifliivra^e imi« îa pile. — Le cuivrage de l’aluminium par la pile s’effectue, au contraire, très-facilement au moyen d’un procédé qui a été donné par M. Hulot. Il se sert simplement d’un bain de sulfate de cuivre acide. La couche de cuivre étant bien préparée est très-solide.

Oiiservatioii g;ëRiëi*aie, — Tout ce que je viens de dire au sujet de l’action des sels métalliques sur l’aluminium n’est vrai que pour l’aluminium pur. L’aluminium impur, surtout quand il contient du fer ou du sodium , agit alors en provoquant dans les sels de cuivre sur lesquels j’ai opéré un dépôt de cuivre métallique. Mais ce phénomène, même dans les cas les plus défavorables, est extrêmement lent à se produire, et si l’on opère sur une lame d’aluminium, on voit au bout de quelques semaines se dessiner sous forme de fibres rouges la texture du métal étiré, comme si le fer et l’aluminium n’étaient que juxtaposés et que les fibres ferrugineuses agissent seules. Aussi le dépôt n’est que local ; peu à peu cependant la transformation devient complète, mais elle est d’autant plus lente que l’aluminium est plus pur.

PIIOPHIÉ'I’ÉS CllllNllQüKS. S'y

11 y a peut-être là un phénoiiièiie de passivité singulière d’où résultent toutes les propriétés utiles de l’aluniiiiiuni, et que l’action du temps anéantit peu à peu lors- (|ue raluminiuin est au contact des dissolutions métalli- ( J lies très-conductrices.

Cette opinion, que j’ai exprimée dans un Mémoire publié dans les Annales de Chimie et de Physique^ en 1 855, se trouve énoncé sous une autre forme dans une lettre très-intéressante qu’a bien voulu m’adresser M. Marié- Davy, et enlin un peu plus développée dans un Mémoire que vient de publier M. Buff, sur les propriétés électriques de l’aluminium. Mais il me serait impossible de donner ici des explications sur un point de théorie qui est encore à peine ébauchée.

Aetioii des nitrates, borates et silieates alcalins.

— L’action des nitrates, borates et silicates alcalins doit être traitée à part, à cause de la nature particulière de la combinaison qui en résulte et dans laquelle l’alumine joue le rôle d’un acide.

mtre. — L’aluminium peut être fondu dans le nitre sans éprouver la moindre altération, les deux matières restent en contact sans réagir jusqu’au rouge vif, température à laquelle le sel est en pleine décomposition et produit un vif dégagement d’oxygène. Mais si l’on pousse la chaleur jusqu’à ce point que l’azote lui-même se dégage et que le nitre devienne de la potasse, une nouvelle aftinité se manifeste et le phénomène change de nature. L’aluminium se combine alors rapidement à la potasse pour donner lieu à de l’aluminate de potasse. Le phénomène d’inflammation qui l’accompagne souvent indique une réaction très-énergique.

PiirilieatîOBft de l*iiliiiBiiii9taBii le uilee. — loilS

38 CHAPJTRE DEUXIÈME,

les jours on fond de raluininium avec du nitre pour le purifier au milieu d’un vif dégagement d’oxygène, et au rouge, sans qu’on ait rien à craindre. Mais il faut bien se garder de faire cette expérience dans un creuset de terre. La silice du creuset est dissoute par le nitre, le verre ainsi formé est décomposé par l’aluminium, et dès lors le siliciure d’aluminium devient trèsoxydable, comme je l’ai déjà fait voir, et surtout en présence des alcalis. C’est une expérience du même genre que la combustion vive de l’alliage d’étain et de plomb dans les proportions nécessaires pour former le stannate de plomb ou potée d’étain.

La purification de l’aluminium par le nitre doit se faire dans un creuset de fonte bien oxydé par le nitre lui-même à sa surface intérieure.

oi»»ei*vatioit — Je ferai à cette occasion

une observation générale. L’aluminium a une basse température se conduit comme un métal susceptible de donner une base très-faible; par conséquent sa résistance aux acides, l’acide cblorhydrique excepté, est très-grande : il se conduit avec les alcalis comme un métal susceptible de donner un acide assez énergique : aussi l’aluminium est attaqué par la potasse et la soude dissoutes dans l’eau. Cependant cette affinité est encore insuffisante pour déterminer la décomposition de l’eau par l’aluminium dans la potasse monohydratée fondue. A plus forte raison ne décomposera-t-il pas les protoxydes métalliques à la température du rouge vif. C’est pourquoi dans le moufle l’alliage de cuivre et d’aluminium donne de l’oxyde noir de cuivre, d’oii vient que l’alliage de plomb peut se coupellei*.

Mais par une exception étrange, et (jui n’appartient.

PHOPHlIiTlîlS CIIIMIQUF.S. 3c)

je crois, ([u’à raluiniiiiuin, dès que la température s’élève, au delà du rouge vil', les aftiiiités sont brusquement interverties : raluminium prend toutes les propriétés du silicium, il décompose alors les oxydes de plomb et d(; cuivre, avec production d’aluminates.

— C’est en traitant par l’aluminium les silicates et borates qu’on ol)tient le siliciuni et le bore par l’un des procédés que l’on trouvera décrits à la fin de cet ouvrage.

flaiêèri-s — Parmi les matières animales

que produisent les organes des animaux, il y en a qui sont acides, comme la sueur : celles-ci ne semblent pas avoir d’action sensible sur l’aluminium. J’ai vu cbez bien des fabricants des objets qui avaient été maniés par un grand nombre de personnes. La trace des doigts salissait quelquefois, mais ne faisait jamais de tache qu’on ne pût effacer en l’essuyant. En i855, M. Christofle exposa un couvert en aluminium très-impur, tel que je l’obtenais alors à Javel; presque toutes les personnes qui visitèrent l’Exposition universelle manièrent ces objets pour en constater la légèreté , et le métal résista à cette rude épreuve d’une manière victorieuse, ce qui ne serait certainement pas arrivé pour un couvert d’argent.

Salive^. — Les matières alcalines, comme la salive, auraient plus de tendance à oxyder raluminium. Mais l’effet produit est encore insignifiant, à en juger par une expérience que voulut bien faire une personne qui conserva dans sa bouche, pendant très-longtemps, une petite lame d’aluminium, sans que le métal en reçût la moindre atteinte.

l?laiÉèrev«i |ellrillelaiei^, M. Eliarrière a labriqué,

4o CHAPITRE DEUXIÈME,

pour un malade auquel on avait pratiqué la trachéotomie, une petite canule en aluminium très-légère et, à cause de cela, très-facile a porter. L’aluminium s’est fort peu altéré. Il s’est formé au bout de quelque temps une matière farineuse blanche en quantité presque impondérable, mais bien visible : c’était de l’alumine dont la présence ne pouvait avoir pour le malade aucun inconvénient, a cause de l’innocuité et de l’insolubilité de l’alumine, mais qui indiquait néanmoins une altération du métal par les matières purulentes. Le poids de l’appareil n’avait pas été modifié d’une manière sensible, même au bout d’un temps très-long. Sous les mêmes in- Üuences, l’argent se serait sulfuré; de sorte que j’admets volontiers que rien ne s’opposera à l’emploi de l’aluminium pour la construction des appareils de chirurgie, destinés à être placés à demeure, et dont le poids occasionnerait de la douleur ou de la gêne.

Alliai^es. — L’aluminiuin s’allie facilement au sodium, surtout en faibles proportions. De là vient que les propriétés du métal mal fabriqué sont complètement altérées. Les dernières traces de sodium ne peuvent être enlevées qu’avec une peine extrême, surtout lorsque l’on produit l’aluminium en présence des fluorures, à cause de l’affinité toute spéciale de l’aluminium pour le fluor à la température où le fluorure d’aluminium commence à se volatiliser.

— Le fer et l’aluminium se combinent en toutes proportions. Ces alliages sont durs, cassants, cristallisés en longues aiguilles, lorsque la proportion de fer s’élève à 7 ou 8 pour loo. L’alliage à lo pour loo de fer ressemble beaucoup à du sulfure d’antimoine. 11 se liquate encore avec une certaine facilité en donnant une carcasse

PHOPmÉTÉS CHIMIQUES. Z^I

peu fusible el de l’aluminium moins ferrugineux. Mais ce mode de purification de l’ aluminium ne peut être absolu. La présence d’une grande quantité de fer dans l’aluminium altère également ses propriétés chimiques et physiques.

Ziflic. — Les alliages de zinc sont aigres, a moins que le zinc ne soit en très-faible proportion. Quelques échantillons d’aluminium zincifère ont été mis dans le commerce par suite d’une circonstance fort étrange, dont il est utile que je dise un mot, pour faire éviter à l’avenir de pareils accidents. On faisait à l’usine de la Glacière du chlorure de sodium et d’aluminium dans des cornues en terre, venant de l’usine à zinc de la Yieille-Montagne. Le ciment de ces vases avait été fabriqué avec de vieilles cornues, ayant servi déjà à la fabrication du zinc et imprégnées de silicate de zinc. Sous l’influence du charbon contenu dans le mélange qu’on y traitait et du chlorure que l’on y faisait passer, il se formait du chlorure de zinc ({ui, se mêlant au chlorure d’aluminium, passait inaperçu jusque dans l’aluminium, dont il n’altérait pas les propriétés d’une manière bien manifeste. Aussi des analyses ayant été faites en Allemagne, j’y ai entendu dire que l’aluminium n’était qu’un alliage auquel le zinc donnait la fusibilité qui devait manquer à l’aluminium pur.

Les alliages de zinc ont été employés dans les tentatives peu fructueuses jusqu’ici, qui ont été faites pour souder l’aluminium avec lui-même d’une manière solide.

Cwivre. — Les alliages de cuivre ayant un grand intérêt, je ferai leur histoire complète dans un chapitre particulier concernant le bronze d’aluminium.

Ploiiii». — Le plomh ne s’unit qu’imparfaitement à raluminium. Cependant l’alliage se maintient en cer-

CIIAP1TRI<: DEUXIKME.

laines proportions, siirlout à la lein|)éraliire nécessaire à la coupellation de raluminiuin.

Le niercure ne peut s’unir à l’aluniiniuni. Des essais de toute nature que j’ai faits moi-inênie, et que M. Walferdin a continués, le prouvent de la manière la plus claire.

Actioia flîe riimstlgttaiie cl’aaaBmoiiliiBaa. — M. LlSsajous a fait à propos du fer une expérience très-intéressante que je répète dans mes cours, depuis cinq ou six ans, et qui réussit toujours. Si on plonge un clou de fer dans l’amalgame d’ammonium, le fer est immédiatement mouillé, comme le serait l’argent; mais au fur et , à mesure que l’ammoniaque et l’hydrogène se dégagent, le mercure se rassemble en petites sphères a la surface du fer, qui ne paraît pas avoir subi la moindre altération.

L’aluminium n’est même pas mouillé en pareille circonstance, ce qui semble prouver qu’il a encore, moins (jue le fer, d’affinité pour le mercure.

Kiiae» ëtitiii» ei«diBii£isBi. — Le ziiic, l’étain et le cadmium s’unissent facilement a l’aluminium. Les deux |>remiers altèrent ses propriétés dès que la proportion dépasse quelques centièmes. L’alliage de cadmium, au contraire, est toujours malléable. Ces alliages, surtout le dernier, sont fusibles et peuvent servir à souder l’aluminium, quoique imparfaitement.

Argent. — Quelques centièmes d’argent suffisent pour enlever à raluminium toute sa malléabilité. Cependant l’alliage à 3 centièmes d’argent est employé, par M . Cbristofle, pour le moulage des objets d’art, et l’alliage à 3 pour loo, pour la fabrication des lames de couteau.

~ Une matière siliceusii quelcoinjiie, mise à haute température au contacl de raluminium, est tou-

jours décomposée, et, si raluminium est en excès, il se forme une combinaison ou un alliage de silicium et d’aluminium dans lequel les deux corps peuvent s’unir presque en toutes proportions. Ainsi se comportent le verre, l’argile, la terre des creusets vis-a-vis de l’aluminium .

Cependant on peut fondre l’aluminium dans le verre et les creusets de terre sans qu’il y ait la moindre altération du métal, parce qu’il n’y a pas contact entre les deux matières : l’aluminium ne mouille pas les creusets. Mais du moment qu’un fondant quelconque, même le sel marin, facilite le contact immédiat, la réaction s’opère et l’on obtient toujours de l’aluminium plus ou moins silicié. C’est pour cela que j’ai prescrit de n’ajouter à l’aluminium pour le fondre aucune espèce de flux, quand même celui-ci serait inattaquable par l’aluminium.

Cependant, parmi les matières fusibles qui facilitent cette action de l’aluminium, il est nécessaire de distinguer les fluorures. Ceux-ci attaquent eux-mêmes les matières siliceuses du creuset avec une énergie extrême en les dissolvant; elles sont décomposées ensuite par l’aluminium avec une facilité toute spéciale.

L’aluminium chargé de silicium se présente avec des qualités très-différentes , suivant la proportion de ces deux corps simples. Quand l’aluminium est en grand excès, on obtient ce que j’ai appelé la fonte d’aluminium au moyen de laquelle j’ai découvert, en i854, le silicium cristallisé. Cette fonte grise et aigre contenait, d’après mon analyse :

Silicium io,3

Aluminium et traces de fer. 89,7

Lorsqu’on attaque raluminium silicié par l’acide chlor-

CliAFlTRfc: DEUXlEMli.

hydrique, l’hydrogène qui s’en dégage exhale une odeur infecte que m’attribuais autrefois à la présence d’un hydrogène carboné, mais qu’ aujourd’hui on sait appartenir à l’hydrogène silicié, depuis les belles expériences de MM. Wohler et Buff. C’est, en effet, par la production de ce gaz qu’il faut expliquer l’odeur de fer plus ou moins intense que répand l’aluminium plus ou moins souillé de silicium.

Mais l’aluminium peut absorber des proportions bien plus eonsidérables de silicium, et en traitant par l’aluminium le fluosilicate de potasse, M. Wohler a obtenu une matière encore métallique contenant jusqu’à 70 pour 100 de silicium, quelquefois à l’état de cristaux facilement séparables.

Depuis que j’ai eu l’occasion, dans un trayail que j’ai publié sur le silicium , d’examiner un grand nombre d’éehantillons de ces combinaisons d’aluminium et de silicium, j’ai constaté qu’elles étaient beaucoup plus altérables que raluminium et le silicium purs, sans doute à cause de l’affinité que possèdent l’une pour l’autre la siliee et l’alumine.

J’ai déjà fait voir l’importance qu’il y avait à obtenir l’aluminium parfaitement pur. Je dois dire, en outre, que le métal aujourd’hui répandu dans le commerce peut contenir soit du fer, soit du silicium, suivant le mode de sa préparation. Ces deux sortes d’impuretés sont nuisibles aux qualités de l’aluminium et on doit tout faire pour en éviter la présence.

»oi*e. — On obtient un alliage très-riche en bore en fondant de raluminium avec du borax, de l’acide borique ou du Iluoborate de potasse. Cet aluminium boré présente comme raluminium silicié cette singulière pro-

PROPRIKTIiS CHIMIQUES. /|f5

priéié, qup le I)opp dïniiniie Loules ses qualités, l/ailiagc', (jui est très-blane, ne peut que se plier légèrement et résiste en se déchirant à raction du laminoir. Il exhale une odeur très-forte d’hydrogène silicié , sans doute à cause du silicium des vases qui s’attaquent en même temps qu(‘ la eomhinaison borique qu’on y introduit. M. Wohler e( moi nous avons démontré que l’on pouvait extraire de ces alliages le bore sous deux formes différentes, le bore grapbitoïde et le diamant de bore. Comme ce dernier corps peut recevoir des applications, je donnerai, à la fin de c(‘ volume, le mode de préparation auquel il faut avoir nécessairement recours et qui exige l’emploi de l’aluminium.

eiiai*i»on. — Je n’ai pu, quelque effort que j’aie tenté, combiner le charbon et l’aluminium. Dans la décomposition du chlorure de carbone par l’aluminium, il se forme du charbon ordinaire et il reste de l’aluminium qui n’a subi aucune modification.

Placage de raliEifiBinium. — M. Savard, en i854, réussit à plaquer l’aluminium sur le cuivre et sur le laiton avec la plus grande perfection.

Les deux lames métalliques étant préparées à la manière ordinaire et bien frottées avec du sable, on les mit l’une sur l’autre entre deux lames de fer bien serrées. Le paquet fut chauffé au rouge sombre, puis fortement pressé à cette température. Le placage devint très-solide, et on put obtenir des feuilles laminées dont j’ai encore un échantillon et qui s’est parfaitement conservé.

Le point délicat de cette opération, c’est de chauffer assez le paquet pour que l’adhérence se produise sans que la fusion de l’aluminium s’effectue, et quand on ne chauffe pas très-près de ce point de fusion, Ladhérence est incomplète.

46 CFiAPiTiîii üeuxif:mf:. — prophiétés chimiques.

Des essais de meme nature, faits avec une feuille d’or et une feuille d’aluminium; n’ont pas réussi. Dès que l’adhérence se manifeste, la combinaison entre les deux métaux se produit et l’or disparaît dans la plaque d’aluminium. Dans une opération faite à une température insuffisante, les deux métaux, ne se conduisant pas de la même manière- sous le laminoir, se sont détachés après quelques passes. Depuis, des essais ont été tentés par d’autres personnes pour plaquer T aluminium sur cuivre avec ou sans l’intermédiaire de l’argent, et ils ont trèsbien réussi.

De toutes les expériences qui viennent d’être rapportées, de toutes les observations qui viennent d’être faites, il faut conclure que l’aluminium est un métal qui n’a d’analogies complètes avec aucun des corps simples que nous considérons comme des métaux.

En i855 j’ai proposé de le ranger a côté du chrome et du fer, en faisant sortir le zinc du groupe dans lequel celui-ci a été classé jusqu’ici. Le zinc se place, en effet, très-bien a côté du magnésium, et les recherches que nous avons, le capitaine Caron et moi, publiées récemment sur ce métal rendent plus intimes encore les analogies de ces deux métaux volatils. Depuis, les études que j’ai faites sur les corps simples m’ont fait admettre provisoirement une autre opinion, qui n’a rien d’absolu sans doute, mais qui mérite au moins d’être discutée sérieusement. On trouvera, a la fin d’un Mémoire que nous avons, M. Wobler et moi, publié dans les Comptes rendus et dans les Annales de Chimie et de Physique , les raisons pour lesquelles nous serions tentés de placer l’aluminium près du silicium et du bore dans la série du charbon, au même titre qu’on place l’antimoine et l’arsenic dans la série de l’azote.

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