‹ De l'aluminiumChapitre 46 sur 47 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

J’ai essayé de démontrer que l’aluminium pouvait devenir un métal usuel, en étudiant avec soin ses propriétés physiques et chimiques, en montrant l’état actuel de sa fabrication, qui permet désormais d’en fournir au commerce autant que l’exigera la consommation. Quant à la place qu’il doit occuper dans nos usages, elle dépend de l’estime qu’en fera le public, et du prix auquel il sera livré au commerce. C’est là que l’expérience et le temps doivent seuls intervenir pour donner la solution du problème que je me suis posé.

L’introduction d’un nouveau métal dans les habitudes de la vie est une opération d’une difficulté extrême. Mais ici je dois le dire, et en exprimant hautement ma gratitude, j’ai été favorisé, dès le début de mon entreprise, de la manière la plus généreuse par S. M. l’Empereur qui en a fait les premiers frais, par mes maîtres et mes confrères dont la protection et l’amitié ne m’ont jamais manqué, enfin par la critique scientifique qui a été toujours bienveillante dans ses appréciations.

Au commencement, on a trop compté sur l’aluminium dans certaines publications où on en a fait un métal précieux, plus tard on l’a déprécié au point de le considérer comme attaquable par l’eau pure. La cause en est dans ce désir que chacun avait de voir sortir de l’argile des champs un métal supérieur à l’argent lui-même : l’opinion contraire a pu s’établir grâce à des échantillons impurs d’un métal qui est difficile à préparer et dont l’analyse est toujours délicate. îl semble aujourd’hui que l’opinion intermédiaire, celle que j’ai toujours soutenue, celle

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que l’on trouvera exprimée dès les premières lignes de cet ouvrage, se répand dans le public et empêchera les illusions et les craintes exagérées, lesquelles seraient également préjudiciables à l’adoption de l’aluminium comme métal usuel.

Enfin il est un dernier fait que je demande la permission de consigner ici. Après les expériences faites aux frais de l’Empereur à l’usine de Javel, l’aluminium est entré dans l’industrie sous le patronage de financiers et de capitalistes qui ont été uniquement guidés par le désir de concourir à une œuvre utile. Avant les entreprises commencées, soit à Paris, soit à Rouen, pour la création d’une fabrique d’aluminium, tous les intéressés ont été avertis des risques qu’ils couraient et du peu d’espoir que j’avais moi-même de voir couronnée de succès une tentative de ce genre : un petit nombre de capitaux, d’après mon conseil, y ont été consacrés en prévision d’une perte qui serait peu considérable pour tous ceux qui la subiraient; quant au succès, il serait fort honorable pour ceux qui y ont contribué dans de pareilles intentions. Ainsi donc, quel que soit son sort, l’industrie de l’aluminium, établie comme elle l’est aujourd’hui, ne pourra être pour personne la cause d’une grande perte matérielle ou d’une désillusion, et pour moi, je n’ai pas compté que la notable partie de mon patrimoine que j’y ai consacrée retournerait jamais à mes enfants, trop heureux, si mes efforts doivent être couronnés d’un succès définitif, d’avoir fait fructifier la belle œuvre de l’homme que je suis fier d’appeler mon ami, de l’illustre Wohler.

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