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» prescriptions de M. Wohler, bien lavé et bien séché,
si on l’introduit dans un tube de verre chauffé au rouge » et préalablement rempli d’hydrogène, et si l’on but » passer sur le métal de la vapeur de chlorure d’alumi- » nium, entraînée par un courant d’hydrogène , on voit » bientôt distiller une matière huileuse qui se concrète à » une température de i 5o a ‘loo degrés : c’est du chlo- » rure double d’aluminium et de sodium, que j’ai ana- » lysé. A la fin de l’expérience on trouve dans le tube une » matière différant entièrement de l’aluminium spon- » gieux. C’est un métal bien fondu , réuni en grosses » gouttelettes, et il est alors absolument dénué de sodium. » Cette expérience, que j’avais faite, au début de mon tra- » vail, en vue de produire un protocblorure d’aluminium, » en m’éclairant sur les véritables propriétés du métal , » m’a fourni un mode de purification et indiqué les condi- » tions nécessaires pour l’obtenir avec toutes les qualités » que j’ai énumérées plus haut. »
On se figurera encore mieux les difficultés spéciales que peut présenter la préparation de l’aluminium à l’état de pureté absolue, quand on saura que, même en fondant lo kilogrammes d’aluminium à la fois dans un creuset, il faut des soins minutieux pour le débarrasser des scories qui l’accompagnent dans sa fabrication.
AitBmiïiBMisi liai* la giiie. — Du moment que je connus bien nettement les propriétés de l’aluminium, et ce fut dans les premiers mois de l’année i854, je songeai à trouver une méthode économique pour arriver à le fabriquer industriellement. Guidé par les beaux travaux de M. Bunsen sur la décomposition électrique du chlorure de magnésium, j’essayai d’abord la réduction de l’aluminium par la pile, ce qui réussit très-bien; mais évidem-
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ment a cause du faible équivalent de raluminiuin par rapport au zinc, cette méthode devait donner au métal un prix de revient considérable.
i^oclâuiii. — ]1 l'allait donc revenir à la méthode des niétaux alcalins, à la méthode de M. Wohler dont je devais, dés lors, successivement étudier toutes les parties dans des expériences faites au moins sur une échelle moyenne.
C’est vers le milieu de l’année i854 qne je songeai au sodium, sans connaître toutes ses propriétés qui le rendent si préférable au potassium, mais seulement à cause du faible équivalent, ^3, du sodium par rapport à l’équivalent, 39, du potassium, et de la valeur commerciale des sels à base de soude.
j’étudiai d’abord la fabrication du sodium dans mon laboratoire avec l’aide de M. Debray. Mes expériences furent répétées pour la première fois dans l’usine de MM. Rousseau frères, où le sodium fut, par la nouvelle méthode, fabriqué en telle quantité, que ces Messieurs le mirent dans le commerce dès cette époque, a un prix extrêmement réduit. Ces essais m’ont été d’une extrême utilité, et j’ai été fort heureux de le reconnaître dans une note que j’ai insérée dans mon Mémoire sur la fabrication du sodium, et que je transcris ici :
« Depuis que j’ai entrepris ces expériences, MM. Rous- » seau frères ont bien voulu les appliquer sur une assez ® grande échelle dans leur fabrique de produits chimi- » ques. Je leur dois des observations précieuses que la » pratique leur a enseignées, et depuis ils ont perfec- » tionné dans quelques détails importants la production » du sodium; ils m’ont ainsi démontré de la manière la » j)lus certaine la ])ossibililé de donner à vil prix ce mêlai
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» à riiulustrie, le jour où elle le leur demandera en ejuan- » lités un peu considérables. »
Dès ces premiers essais, j’entrevis la possibilité d’arriver a la fabrication industrielle d’un métal dont les propriétés physiques et chimiques, alors à peine connues et si différentes des propriétés du potassium, permettaient le maniement le plus facile et l’emploi sur une grande échelle.
E!K|iérieiice^ de «fiiTel. — Vers le commencement de l’année i855, M. Dumas, qui a bien voulu m’aider en toute circonstance par ses conseils et son appui, m’eneouragea beaucoup à suivre la question industrielle que j’avais dès lors entamée. Grâce à sa bienveillante intervention, S. M. l’Empereur daigna m’appeler auprès d’elle, et m’annoncer qu’elle mettait a ma disposition tous les fonds qui seraient nécessaires à une pareille entreprise.
Je me mis à l’œuvre et je pus m’installer dans un hangar appartenant à l’usine des produits chimiques de Javel et que le directeur, M. de Sussex, avait bien voulu mettre â ma disposition.
Après quatre mois de travaux en grand, entrepris sans responsabilité de ma part, par conséquent avec la tranquillité et le repos d’esprit qui manquent souvent à l’industriel , sans la préoccupation des dépenses supportées par S. M. l’Empereur, dont la générosité m’avait laissé toute latitude, encouragé chaque jour par un homme de science distingué, M. le colonel Favé, officier d’ordonnance de l’Empereur et professeur â l’École Polytechnique, j’espère avoir fait avancer la question économique, et je dirai dans la suite où je l’ai laissée à la (laie du 29 juin i855, épocpie à laquelle mes opérations on( élé interrompues.
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Mes expériences furent décrites dans un Mémoire? ejui fut publié en i8f>6, et dans lequel tous les résultats que j’avais obtenus à Javel aux frais de l’Empereur et tous les perfectionnements que j’avais réalisés depuis dans mon laboratoire furent consignés : ils appartiennent intégralement au public.
à i^oiieii. — A peu près a la même époque, M. Chanu, un des plus bonorables fabricants de Rouen, fonda une usine dans laquelle mes procédés devaient être appliqués et qui fut établie a Amfreville-la-Mi-Voie, près Rouen. La direction en fut confiée à MM. Charles et Alexandre lissier, jeunes chimistes attachés au laboratoire de la manufacture de Javel, quand j’y commençai mes expériences. Après avoir assisté pendant deux mois environ à l’établissement de mes appareils, forcés de quitter l’usine à la suite de mésintelligences survenues entre eux et M. de Sussex, ils furent admis dans mon laboratoire de l’Ecole Normale et initiés par moi-même à la connaissance de tous les procédés qu’ils devaient appliquer plus tard .
Cryoïite. — C’est un peu après que fut étudiée dans mon laboratoire, sur la demande de M. Chanu et de MM. lissier, la décomposition par le sodium d’un minéral tout récemment introduit sous le nom de soude minérale ou de ciyolite sur les marchés industriels de Danemark et de Prusse. M. le Percy a Londres, puisM. H. Rose à Berlin, avaient déjà reçu une certaine quantité de ce curieux minéral et en avaient extrait de l’aluminium par un procédé très-simple. Les recherches effectuées dans mon laboratoire avec l’aide de MM, Morin et Debray fureni publiées dans mon second Mémoire sur raluminium, et
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elles sont devenues l’une des bases du nouveau procédé actuellement suivi pour la fabrication de l’aluminium.
Fabriciueà lit Qiaciève. — Au printemps de l’année i856, l’usine de Rouen fut fermée, et je résolus de ne pas laisser tomber sans solution le problème que j’avais posé à l’industrie. C’est alors seulement que je m’associai à M. Debray, a M. Paul Morin et à MM. Rousseau frères, fabricants de produits chimiques à la Glacière, pour continuer les expériences de Javel avec la coopération de ces Messieurs et dans leur usine où déjà on fabriquait de l’aluminium depuis le commencement de l’exposition de i855. Nous avons employé au profit de l’œuvre commune un capital fourni par nous seuls et un travail continu de plus d’une année pendant laquelle fut fondé un ensemble de procédés qui seront décrits dans le courant de cet ouvrage. A la suite de ces essais commencés au printemps de i856, le prix de l’aluminium put être diminué de plus des deux tiers de la valeur qu’il avait alors, et put être vendu à Paris au prix de 3oo francs. Ce résultat capital pour l’avenir de la nouvelle industrie fut obtenu par nous vers le mois d’août i856.
à Moïiesi. — Dans cet intervalle, une société, à la tête de laquelle se trouve un capitaliste très-éclairé de Rouen, M. W. Martin, reconstitua l’usine d’Amfreville sous la direction de MM. .lissier frères.
Faille à JVaBiterre. — Enfin, au mois d’avril 1857, petite usine de la Glacière, placée dans un faubourg de Paris, au milieu de maisons et de jiirdins maraîchers et versant dans ratmospbère des fumées chargées de soude
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cl de chlore, lut obligée, pur suite des plaintes générales, de cesser sa fabrication d’aluniiniiim. Elle fut transportée à Nanterre, où elle est établie aujourd’hui sous la direction de M. Paul Morin sur une échelle assez grande pour pouvoir fournir à une consommation quadruple au moins de la consommation actuelle. Ce progrès considérable, auquel on devra peut-être l’avenir de l’aluminium, s’il doit en avoir un, est dû à la coopération d’un petit nombre de personnes dont quelques-unes sont mes frères et mes parents et qui ont fait avec moi les frais de cette nouvelle entreprise.
Qu’il me soit permis de citer ici par reconnaissance M. d’Eichtal, qui voulut bien nous donner son appui, malgré les incertitudes de réussite qu’il n’ignorait pas, et sans doute a cause du désir qu’il avait de servir les intérêts de la science à laquelle il a été déjà si utile.
Enfin, M. Lechatelier, ingénieur en chef des Mines, M. Jacquemart, ancien élève de rp]cole Polytechnique et l’un des principaux fabricants d’alun du département de l’Aisne et moi, nous avons étudié ensemble toutes les parties scientifiques et industrielles dont la solution intéressait la nouvelle fabrication.
Voilà en quelques mots l’histoire de cette industrie naissante que beaucoup de personnes trouveront peutêtre trop près de son berceau pour mériter les honneurs d’une publication de ce genre. J’avouerai sincèrement que c’est un peu mon avis, et que je ne me suis décidé à prendre la plume pour parler de mon œuvre que {)our éviter de la voir amoindrie et défigurée comme elle l’a été dernièrement dans un livre écrit par MM. lissier frères sur l’aluminium.
J ai cru devoir ajouter un chapitre très-coui1 velalil à uu(‘ matière d’un certain intérêt industriel (jue fou peut
lO PUt:FACE.
préparer avec ralunnniuin: il s’agit du diamant de bore dont l’éclat et la beauté pourraient le faire servir comme pierre précieuse si on l’obtenait en gros cristaux, mais ([ùi certainement peut être utilisé dès aujourd’hui, à cause de sa dureté qui permet de l’employer à la taille du diamant et des pierres dures.