‹ De l'aménagement International des Forces HydrauliquesChapitre 8 sur 56 · CV · texte numérisé non relu

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D'après l’article 358 du traité de Versailles, la France a droit à l'exploitation de la totalité de la force motrice du Rhin sur tout le parcours de la frontière, moyennant le paiement de sa moitié en force ou en argent aux Etats allemands riverains.

Comme le fleuve, pour servir également à la navigation, présentait de redoutables obstacles, notamment la barre d'Istein, les ingénieurs ont préféré le doubler par un canal latéral creusé sur la rive française qui serait muni d’écluses. A chaque écluse le changement de plan créera une chute utilisée par une usine hydroélectrique.

La construction de ce canal se fait par tronçons. Le Rhin a été barré près de Huningue et une première section dite canal de Kembs d'une hauteur de chute de 13 m. 32 et d’une puissance moyenne de 120.000 CV a déjà été aménagée par la Société des Forces motrices du Rhin, qui en a obtenu la concession par une loi du 28 Juillet 1927. L'aménagement du Rhin est la conclusion -de nombreuses négociations diplomatiques et d’une série de conventions qui seront étudiées ultérieurement.

b) Le Jura

L'énergie hydroélectrique du Jura peut être évaluée à environ 300.000 HP. Les cours d’eau jurassiens ont habituellement des débits soutenus et régularisés par des calcaires. Le système de cluses du massif facilite leur aména-

gement. Malgré leur modeste contribution à l'ensemble des forces françaises, les forces jurassiennes sont activement employées depuis longtemps par de petites industries florissantes. Elles'se répartissent principalement sur la Valserine, affluent de l'Ain, sur l'Ain, affluent de droite du Rhône, et sur le Doubs, dans la partie nord du massif.

c) Les Alpes

Le régime des cours d’eau des Alpes du Nord (Alpes de Savoie et du Dauphiné) est assez différent de celui des cours d’eau des Alpes du Sud (Alpes de Provence).

1) ALPES DU NoRrD. — Ce sont les plus hautes montagnes de France. Elles forment un massif très large où la plus forte hauteur absolue est jointe à la plus forte altitude moyenne. En conséquence, leur topographie leur assure de fortes chutes et les eaux n’ont qu’une mince barrière à franchir pour entrer dans les régions basses.

Les Alpes du Nord recourbées vers l’intérieur du continent s'offrent directement aux vents océaniques du Nord- Ouest et les précipitations y sont en moyenne d'un à trois mètres suivant l'altitude et l'exposition.

Leur forte altitude moyenne permet la persistance de glaciers étendus qui alimentent les cours d’eau en été, au moment de la fonte des neiges et des glaces.

Il en résulte que les cours d’eau des Alpes du Nord ont un débit considérable avec maximum en été (Juillet) et basses eaux de septembre à mars.

Le seul obstacle à l’aménagement de la houille blanche dans cette région est le petit nombre de lacs de montagnes pouvant servir de réserves régulatrices.

Il ne faut pas s'étonner que, dans ces conditions, les Alpes possèdent depuis longemps des foyers industriels prospères et Grenoble est la véritable capitale de la houille blanche de France. |

Ce développement a été grandement aidé par la facilité des communicatons même au cœur du Massif.

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On peut diviser les usines des Alpes septentrionnales en trois groupes :

1° Les hautes vallées transversales (Tarentaise, Isère supérieure, Drac de Bozel, Arc, Romanche). La force produite dans ces régions est principalement utilisée sur place pour des fabrications électrométallurgiques et est également exportée vers le groupe industriel de Saint-Etienne.

2° La dépression centrale {vallées de l’Arve, du Doron, du Bride d’Allevard, de la Séveraisse, de l’Arly, du Drac et vallée moyenne de l'Isère). Ces cours d’eau actionnent les industries les plus variées : scieries, papeteries, forges, constructions métalliques, usines électrochimiques et électrométallurgiques.

3° Région subalpine. Elle comprend la zone extérieure des Alpes (Préalpes et chaînes subalpines). Moins bien doués que dans les précédentes régions, les cours d'eau de cette zone sont encore de fort débit et possèdent dans leur région supérieure des lacs régulateurs (lacs d'Annecy, du Bourget, d’Aiguebelette. Les principales usines sont sur la Dranse d’Abondance, le cours inférieur de l’Arve dans le Chablais, le Thiou, émissaire du lac d'Annecy, le Guiers, le Fier descendus du Massif de la Grande Chartreuse, le Furon et la Bourne venus du Vercors. L'énergie ainsi produite est consommée sur place ou expédiée vers Lyon, Valence et le Massif Central.

2) ALpEs DU Sup. — Elles sont beaucoup moins riches en forces hydrauliques que les Alpes du Nord. Les hauteurs y sont moins élevées (très souvent inférieures à 2.000 mètres). Les vallées formées de calcaires tendres, trop évasées ou réduites à d'étroits défilés, nécessitent de gros aménagermments.

Les précipitations y sont moins abondantes et l’évaporation active durant l'été.

On peut également répartir les usines de cette région en trois groupes :

1° Le groupe de la Haute-Durance (Haute-Durance,

Gyrande, Fournel, Biaisse et plus au Sud Guisane, Clarée et Gyronde).

2° Le groupe de la Moyenne Durance et de ses

affluents (Buech, Ubaye, Bléone, Verdon).

3° En dehors du domaine de la Durance, on peut encore distnguer deux autres groupes d'’inégale importance : le groupe de l'Ouest (Drôme, Lez, Aygues, Ouvézé, Arc) peu riche et utilisé par les industries locales ; le groupe du littoral beaucoup plus important (Tinée, Var, Vésubie, Argens, Siagne, Loup et la Roya, qui sert de frontière entre la France et l'Italie sur une partie de sen cours et dont l’aménagement a fait l’objet d'une convention entre ces deux Etats.

3) LE RHONE. — Au massif alpin, il faut rattacher le Rhône, formidable réservoir d'énergie. Dès son entrée en France, il actionne l'usine de Chancy-Pougny dont la force a été répartie entre la France et la Suisse par une convention

de 1913.

On a projeté un aménagement total du cours du Rhône du lac de Genève à la Méditerranée, qui concilierait à la fois les intérêts de la navigation, de l’agriculture (irrigation) et de l’industrie (production de l'énergie hydroélectrique). À cet effet, deux barrages sont déjà en construction sur le cours supérieur du fleuve, à Bellegade et Malpertuis, un peu en amont de Génissiat où l’on avait envisagé primitivement de construire un barrage unique.

L'aménagement total du Rhône a été concédé par une loi de 1921 à la Compagnie nationale du Rhône, société d'économie mixte constituée par l'ensemble des collectivités et établissements publics intéressés à cette œuvre, ainsi que par l'Etat.

Cette entreprise qui intéresse au plus haut point les intérês de la Suisse n’a pu être mise en route qu'après de longues négociations avec cet Etat.

d) Les Pyrénées

Les Pyrénées, comparées aux Alpes, présentent un cer-

tain nombre de désa”antages pour l'aménagement des forces hydrauliques.

Elles sont moins élevées et offrent, en conséquence, moins de hauteur de chute.

Les débits de leurs cours d'eau sont moins abondants. Si les précipitations en pluies et neiges y sont au moins aussi abondantes que dans les Alves, la somme totale des précipitations y est inférieure parce que ces montagnes sont à la fois moins hautes et moins développées en profondeur.

De plus, les :2ux ne se concentrent pas dans les Pyrésées comme dans les Alpes, parce que la structure du bassin s'y oppose. Les vallées sont parallèles sensiblement en direction sud-nord et les eaux se dispersent sur les deux versants de l'Atlantique et de la Méditerranée.

Les Pyrénéees n'ont enfin qu'une surface peu étendue de glaciers — 40 kilomètres carrés environ.

Mais ces désavantages sont compensés par la présence de nombreux lacs de haute altitude. Peu étendus, il est vrai, mais de grande profondeur, ils constituent des régulateurs de premier ordre. Les torrents coulent dans des vallées de très forte pente constituées par des roches dures et ont une pente très rapide au moins en haute montagne. Les eaux très pures évitent de grands systèmes de décantation. Enfin, la suite de massifs calcaires qui bordent les Pyrénées tout le long du versant français, constitue une région de basses chutes et de gres débit, d'une forte puissance hydroélectrique.

On peut grouper sommairement les usines des Pyrénées en trois régions :

1° La région orientale est la moins bien arrosée, avec des pentes basses très sèches en été et des pluies d'automne et d'hiver, courtes et violentes. Elle renferme un certain nombre de massifs dominants et présentant des gorges profondes, faciles à aménager. Les rivières les plus intéressantes sont l’Aude et le Têt, venus du Massif du Carlitte.

2° La région centrale présente des rivières bien aménagées : l'Ariège et son affluent l'Oriège, le Salat affluent - de la Garonne. Dans cette région, se dirigeant vers l'Espa-

gne, pour se jeter dans la Sègre, affluent de l’Ebre, coule la rivière de Carol, déversoir du lac de Lamoux, le plus grand lac pyrénéen. Le projet d'utilisation des eaux de ce lac a créé un différend encore pendant entre la France et l'Espagne.

Le principal cours d’eau de la région centrale des Pyrénées est la Garonne, dont l'aménagement n’est encore qu'à ses débuts. Ses affluents supérieurs, par contre, comme la Pique, les Nestes d’Aure et de Louron fournissent dès maintenant de grosses quantités d'énergie électrique.

À cette région se rattachent également les cours supérieurs de l’ Adour et du Gave de Pau ainsi que de leurs affluents, en voie active d'aménagement.

Les massifs calcaires bordant les Pyrénées permettént aussi l'aménagement de basses chutes importantes sur l'Ariège, la Neste, le Salat et la Garonne, le Gave de Pau et les gaves d'Ossau, d’Aspe et d'Oloron. É

3° La région occidentale se distingue des précédentes par un abaissement général des sommets, l’absence complète de glaciers et de lacs. Mais les pluies y sont très abondantes et bien réparties dans l’année, les pentes des cours d'eau présentent des accidents de détail le long de profils très tourmentés : deux conditions intéressantes pour l’aménagement hydraulique. Cette région est en outre peuplée

et présente de nombreux et anciens débouchés pour la force motrice.

Les principales rivières y sont l’Adour et son affluent

la Nive.

e) Le Massif Central

Au point de vue international, il ne présente aucune importance, malgré ses très abondantes ressources hydrauliques, dont l’aménagement n’est encore qu'à ses débuts.

Il faut cependant signaler que les usines hydroélectriques de sa bordure orientale et de sa bordure sud-ouest fonctionnent en connexion respectivement avec les usines des régions alpestres et pyrénéennes.

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