De l'amitié
L'amitié est une confiance du cœur qui nous porte à rechercher la compagnie d'un autre homme remarqué par nous parmi les autres, à n'en rien craindre, à en espérer un appui, à lui désirer du bien, à désirer les occasions de lui en faire et à vivre avec lui le plus possible.
Elle est au nombre de celles de nos passions qui ne dérivent pas de la volonté de puissance ; elle est un goûf-, comme la gourmandise, comme le désir de flairer des odeurs saines, comme l'esthétique ; il ne s'y mêle.
et seulement quand elle a commencé et ce n'est donc pas sa cause, qu'une très légère ou assez légère volonté de posséder ou d'être possédé, et ce qu'elle souhaite, dès qu'elle commence et pendant qu'elle existe, c'est un état d'égalité ou ni l'un ni l'autre ne soit possédé, ne soit possesseur, ne soit dominateur, ne soit dominé.
Les éléments dont ce goût se compose me paraissent être les suivants : recherche naturelle de son semblable, horreur de la solitude, sentiment de sa faiblesse, besoin de communication et d'épanchement.
La recherche de son semblable est l'élément le plus important, le plus considérable, l'essence même de l'amitié, à ce point, qu'à être un peu nonchalant à l'analyse, on dirait, sans aller plus loin, que c'est le tout de l'amitié ; en tout cas c'en est le fond. Les expressions proverbiales, « dimidiutn met ; c'est un autre moi même» etc. sont philosophiquement, sontphsychologiquement,tout à fait justes. Le moi cherche un moi extérieur pour sortir de soi et se retrouver,obéissant à cette double loi qu'il s'aime lui-même et se pèse un peu à lui-même et qu'il veut à la fois échapper à soi et se saisir, s'alléger de lui-même et jouir de soi. C'est l'amitié qui nous rend à nous au moment où nous nous quittions par lassitude et où nous cherchions
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instinctivement à nous ressaisir sans tout à fait le savoir.
]] ne faut pas tout à fait s'en apercevoir. 11 faut qu'il y ait quelques légères diflFérences entre les deux moi. Celui qui disait à son ami : «Contredis-moi donc de temps en temps pour que nous soyons deux » avait un sens très précis de l'amitié. 11 faut que l'amitié nous rende notre moi, mais non pas qu'elle nous y replonge, auquel cas il était inutile de l'aller chercher- Mais si l'homme dont s'agit avait été contredit souvent par son ami il n'aurait pas tardé à lui dire : « Tu me dualises trop ». — Le fond de l'amitié est bien la recherche de notre semblable, c'est-à-dire de quelqu'un qui est nous sans être tout à fait nous, mais encore qui nous reproduit, et qu'on aime avec une transposition de l'égoïsme, qui nous épargne l'ennui et la honte de nous aimer nous même, tout en nous permettant encore de le faire inconsciemment.
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Loin de moi toute idée qui pourrait scandaliser; et ceci n'est qu'une comparaison ; mais si l'on a trouvé l'amitié divine c'est qu'il y a dans les démarches de l'amitié quelque chose de l'amour de Dieu. L'humanité aime en Dieu les qualités qu'elle se connaît, qu'elle transporte à un être supérieur, qu'elle amplifie et idéalise en lui et qu'elle y adore.
Ce que l'humanité fait pour son grand ami de là haut, l'individu le fait pour son ami d'ici-bas. 11 recherche en lui les traits de caractère qu'il se connaît, les meilleurs, du reste, ceux qu'il estime ; à peu près tous, d'ailleurs, car il en est peu qu'il n'estime point ; et ces traits de caractère il les aime, les caresse, les admire et les choie dans un autre, ce qui satisfait à la fois ses facultés d'expansion et ses facultés de complaisance envers lui-même.
L'amour del'hommepourlesbêtes, en sens inverse, nous éclaire encore sur ce caractère essentiel de l'amitié.
Nous n'aimons, nous ne pouvon?
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aimer que les animaux qui nous ressemblent. Le paysan aime les animaux laborieux et patients, les ânes, les chevaux, surtout les boeufs; il n'aime pas les animaux chasseurs et il n'aime pas non plus, il n'aime que comme propriété et source de rapport, les moutons et les chèvres; et ce ne sont pas pour lui des êtres, mais des choses. Nous aimons tous le chien parce qu'il nous aime et parce que, par affection pour nous, il se fait semblable à nous de tous ses efforts ; nous aimons en lui « le candidat à l'humanité ».
Comme, très évidemment, c'est la ressemblance des caractères surtout, uniquement peut-être, qui a fait la célèbre amitié de Montaigne et La Boëtie, analysons cette amitié telle que Montaigne, pour sa gloire éternelle et à l'honneur du genre humain, nous l'a décrite. Que dit-il, celui qui a déclaré qu'il était «expert en amitié » et qu'il « ne savait rien si bien faire qu'être ami ?» 11 dit, remarquez le bien, que La Boëtie
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et lui € se cherchaient avant de s'être vus», par suite des «rapports qu'ils oyaient l'un de l'autre », ce qui indique assez que l'un et l'autre avaient chacun à l'égard de l'autre la curiosité du pareil et l'attrait du déjà connu. 11 dit encore que dès leur première rencontre ils se trouvèrent si près, si connus, si obligés entre eux que «rien dès lors ne nous fut si proche que l'un à l'autre. »
Est-ce point dire qu'il y avait entre eux de telles affinités que l'un se reconnaissait dans l'autre aussitôt que l'autre parlait et même bien avant qu'il ne parlât ? — Il dit encore que dans les amitiés vulgaires et courantes « la volupté, le profit, le besoin public et privé » ont grande part et que ces amitiés ne sont pas des amitiés, « mêlant autre cause et but et fruit en l'amitié qu'elle même ». Or l'amitié réduite à soi qu'est-ce bien, si ce n'est le plaisir d'être ensemble et c'est-à-dire le plaisir de goûter ce qui est le plus conforme à soi et ce qui s'y marie.
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dès le premier abord, de la façon la plus facile, et la plus prompte et la plus intime ?
11 dit encore que les liens de famille sont tout différents, l'affection des enfants aux pères étant « plutôt respect » et l'amitié « se nourrissant de communication qui ne peut se trouver entre enfants et pères pour la trop grandz disparité» ; et nous revenons à cette idée que l'amitié repose sur la parenté, sur la ressemblance établissant comme d'emblée une « communication », une communion naturelle. — 11 fait remarquer encore qu'il ne peut y avoir entre parents des différences profondes de complexion : « c'est mon fils ; c'est mon parent ; mais c'est un homme farouche, un méchant ou un sot. » Au fait nous verrons ailleurs que les affections de famille sont des devoirs et que c'est du reste pour cela qu'elles sont d'admirables exercices ascétiques, de merveilleuses disciplines de vertu ; mais l'amitié est un plai-
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sir, la satisfaction d'une passion, du reste belle. Un ami est un frère ; mais un frère que l'on se choisit.
Comment se le choisit-on ?
Comme on se choisirait un double, comme on se choisirait un reflet qu'on aimerait soi-même à refléter.
L'amitié est avant tout la recherche du semblable à qui l'on se plaît à se ressembler.
Cela a de très grandes conséquences. On voit des amis se copier, s'imiter, se calquer l'un l'autre, prendre les mêmes gestes, les mêmes attitudes, les mêmes allures, les mêmes façons de se vêtir, de parler et de penser et de sentir, avoir, quelquefois, les mêmes amours, ce qui finit parles désunir; toujours les mêmes aversions, ce qui contribue à les unir davantage et à les confondre; car le fameux « eadem veîle eadem nolle » qui est très juste, du reste, a cependant en lui cette contrariété que « repousser les mêmes choses » réunit et que « vouloir les mêmes choses » peut amener à se couper la gorge. — J'ai connu deux amis qui n'ont été séparés, il y a deux ans, que par la mort. Ils avaient la même aversion à l'égard
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de quelqu'un, qui était moi ; cela les a merveilleusement confirmés en leur amitié pendant des années; ils ont eu un commun amour pour une jeune fille ; ils ont failli s'en haïr ; leur amitié a triomphé et ils sont restés célibataires. Je n'ai jamais connu deux hommes qui fussent plus semblables, de naissance, ni qui s'imitassent davantage, ce qui achevait de rendre parfaite leur ressemblance. Celui qui survit est dépareillé et il est probable qu'il ne sait plus ni haïr ni aimer, si ce n'est aimer par delà la tombe.
C'estpour cela que l'amitié, comme l'amour, duquel, du reste, ellediffère tant, ne laisse pas d'avoir quelques conséquences assez graves : l'ami se désintéresse du bien public, non seulement autant que l'égoïste, mai s beaucoup plus, l'égoïste, presque toujours, ne pouvant pas se suffire à lui-même, l'ami se suffisant à luimême dans son ami, ayant l'expansion nécessaire et suffisante qui le débarrasse de lui-même sans l'en
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détacher, n'ayant pas besoin, ni cure, de ses semblables parce qu'il a son semblable et n'ayant pas même l'idée du sacrifice, parce qu'il sort suffisamment de lui sans se sacrifier.
Le dévouement du moine à son ordre, du sectaire à son parti, du citoyen à son pays sont des amitiés multiples, des amitiés collectives, qui excluent les amitiés particulières ou qui sont le fait de ceux qui n'en ont pas ; et les amitiés particulières tendent à exclure les amitiés collectives ou à y rendre moins propre ; et je n'ai pas besoin de dire que c'est pour cela que les ordres monastiques proscrivent si énergiquement les amitiés particulières.
11 est remarquable et il est confirmatif de tout ce que nous venons de dire que celui qui est occupé par l'amitié n'a pas besoin de divertissement. Montaigne, qui ne nous cache rien sur lui, nous apprend, que privé de La Boëtie, il se mit à courir les filles, ce qui indique suffisamment qu'il n'avait souci de
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cette distraction tant qu'il possédait son ami. Rien ne s'explique mieux:
le divertissement est un moyen de s'évader de soi-même ; l'amitié en est un moyen aussi ; mais moins violent et qui nous laisse jouir de nous-mème tout en nous en délivrant. La ressemblance dans un peu de différence, ou plutôt Je sentiment de soi-même dans un altruisme qui suffît pour qu'en nous embrassant nous ne nous dévorions pas nous-méme, c'est l'essence même de l'amitié.
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Un élément moins important, considérable encore, de 1 amitié, c'est l'aversion pour la solitude. Il y a des gens qui ne peuvent pas être seuls, j'entends par là qui n'ont pas Tégoïsme assez fort pour vivre avec eux-mêmes, ou qui n'ont pas une nature assez riche pour l'entretenir de ce qui sort d'elle. Quand Diderot dit: « Il n'y a que le méchant qui vit seul » je ne sais pas trop ce qu'il veut dire ; car le méchant a besoin de vivre avec les autres pour exercer sa méchanceté, tout autant, et même plus, que le bon pour exercer sa bienveillance ; mais Diderot, étant donné son caractère, entend sans doute par bonté la démangeaison irrésistible de s'occuper des affaires des autres et de les encombrer infatigable-
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ment. Quand ibscn dit: « l'homme libre est celui qui vit seul » il a raison ; mais il oublie que personne ne peut vivre seul ; que celui, Descartes, Kant, Nietzsche, ou Ibsen, qui vit seul, est un homme qui produit sa société, de l'âme de qui sortent incessamment des pensées, des imaginations, des rêves et des personnages qui lui sont une compagnie et si nombreuse et si diverse qu'il n'a besoin de personne, àce point même que quand quelqu'un vient le voir et lui dit : « Je viens peupler votre solitude » il pourrait répondre : « Mais non ; vous la faites. »
Tant y a qu'en général les hommes, soit par bonté, soit par méchanceté, soit par absence de génie, sont incapables de supporter la solitude. C'est à cause de cela qu'ils recherchent des amis et c'est pour les mêmes causes s'exerçant sur d'autres, qu'ils les trouvent. L'amitié est souvent la réunion de deux ennuis. Seulement les amis acquis
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de la sorte, l'étant presqu'au hasard, sont moins des amis que des compagnons et nous n'avons, le plus souvent, de commun avec eux que le désird 'échapper à l'ennui et c'est-àdire notre médiocrité. Tels sont nos amis de café, de cercle, de promenade publique. Ils ne nous aiment que de ce qu'ils quittent et ils ne nous retiennent que par la peur de ce qui les attend. Ils ne nous aiment pas : ils nous préfèrent; et il faut savoir à quoi pour bien nous dire que nous ne leur sommes bons que faute de mieux et agréables que crainte de pire. 11 ne faut pas laisser cependant de compter cette horreur du vide comme un des éléments de l'amitié. Sans l'aversion pour la solitude l'homme ne chercherait même pas son semblable et l'amitié n'existerait pas. Notez du reste que c'est parmi les indifférents qu'on finit par trouver ce double qui doit nous être le contraire même de l'indifférent. L'horreur de la solitude n'est pas l'élément
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essentiel de l'amitié ; mais il en est l'élément primitif. Robinson a aimé Vendredi quand il l'a eu fait très semblable à lui ; mais cependant, il l'a aimé dès le premier jour.
Le sentiment de notre faiblesse d'individu est aussi pour beaucoup dans l'amitié et cela, non plus, n'a pas besoin de longue démonstration.
Sans que la vie soit toujours une lutte, elle est du moins une carrière où les embûches sont fréquentes et les faux pas toujours à craindre.
Instinctivement nous cherchons sur qui nous appuyer et qui s'appuie sur nous à charge de réciproque et de revanche. C'est ce qu'Homère dit très bien par la bouche de Diomède: « Lorsque deux hommes marchent ensemble, l'un reconnaît avant l'autre ce qui les ferait réussir ; un homme seul y arriverait aussi ; mais son esprit seiait plus lent et ses desseins moins aftermis.»
Dans les temps modernes ce que nous recherchons le plus dans un
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ami et ce que nous lui promettons c'est un concours moral. Un ami est pour nous un témoin qui déposera pour nous devant les autres et à qui nous faisons le ferme propos de rendre le même bon office. Nous voulons trouver pour nous et nous voulons être pour quelqu'un l'homme de la comédie anglaise, rhommeloyal, de Wycherley : « Tu te prétends mon ami. Comment le prouverastu ? — Ma bourse est à toi — Et à la première fille venue — Je me battrai pour toi. — Et pour un démenti. Ce n'est pas là un grand sacrifice. — Je dirai du bien de toi, en face, à ceux qui te tourneront en ridicule. — Ah I tu es un ami 1»
Enfin une des raisons secrètes pourquoi nous cherchons l'amitié, c'est le besoin de confidence, de « communication », comme dit Montaigne, et d'épanchement. Je comprends peu, à vrai dire, te besoin de ne se point cactier. Mais il est incontestable qu'il existe. Un de mes amis, administrateur, avait commis une légère faute administrative, qui lui paraissait assez grave, car il était de conscience sévère. Il avait été appelé auprès de son ministre, il avait été blâmé, il avait reçu l'assurance qu'il n'en serait que cela ; l'affaire était enterrée; et, à moi, qui ne savais rien de cette chose, biusquement, sans transition, sans y être amené par quoi que ce fût, alors que je n'avais ni aide à lui apporter, ni conseil à lui donner.
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il me la raconte tout entière, dans tout le détail, à ma profonde stupéfaction. Quoi donc ? C'était par besoin de confession. Un je ne sais quoi lui disait qu'il serait plus léger après m'avoir fait cette confidence, après l'avoir faite à quelqu'un à qui il était libre de ne pas la faire. Pas même cela peut-être; simplemenî, absolument, sans obligation, n.
sanction, il avait besoin de parler.
La confession des catholiques est fondée sur l'observation de ce phénomène psychologique.
Or nous avons, tous tant que nous sommes, beaucoup de choses à cacher à tous ; bonnes et mauvaises ; c'est du reste les plus mauvaises et les meilleures qu'un instinct secret nous avertit de dissimuler ; nous cachons, de ce qui est en nous, le meilleur et le pire, le pire pour n'être pas méprisés, le meilleur pour n'être pas ridicules ; c'est ce meilleur et ce pire que nous voulons au moins dire à quelqu'un.
A quelqu'un qui nous ressemble,
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pour être compris, à quelqu'un qui nous aime pour rencontrer l'indulgence, à quelqu'un que nous estimons assez, pour le juger digne de nous voir par nos beaux côtés. De l'indulgence nous sommes sûrs, car, comme aditdélicieusement Madame Barrattin, « l'amour est aveugle, l'amitié ferme les yeux » ; de la complaisance pour l'éloge naïf que nous faisons de nous-mêmes, nous sommes sûrs aussi ; car l'amitié, à la prendre par ses qualités négatives, c'est l'absence de concurrence, de rivalité et d'envie, et l'ami, par définition, nous saura gré de ce que nous avons de bon, sans nous trouver orgueilleux ni ridicules de le dire, du moment que c'est à lui seul que nous le disons. 11 n'y a pas étalage de supériorité avec quelqu'un que nous tenons pour notre semblable et notre égal, et même, puisque nous le tenons pour tel, c'est lui faire un compliment que de dire du bien de nous. Je ne conseille bien entendu ce procédé de félicitations
qu'à très bon escient. Mais encore cet horrible besoin de parler de soi ne trouve son emploi légitime et sa dérivation salutaire — et Aristote aurait dit sa « purgatlon » — que dans le commerce de l'amitié.
Rousseau rapporte un mot bien profond. Quelqu'un lui disait, Diderot sans doute : « Vous ne m'aimez donc pas? Vous ne me dites jamais du bien de vous. » 11 est vrai : la confidence n'est pas l'amitié, mais elle en est la marque.
La confidence à des indifférents est la marque ou d'un cgoïsme intempérant ou d'une sociabilité naïve ; la confidence à l'ami choisi est le signe qu'on l'aime, qu'on se félicite de l'avoir choisi et qu'on avait besoin de l'avoir.