‹ De l'amitié, MontaigneChapitre 41 sur 47 · Crediteur, créancier, mot tout latin · texte numérisé non relu

Crediteur, créancier, mot tout latin

. De pied coy, de pied tranquille, de pied ferme, du latin guiatus, quies. . « La vie vaut-elle tant de peine ? »

. « Non plus un homme, mais l'ombre d'un homme. » L 5. C'est-à-dire : il n'a jamais élé un moment où...; je n'ai jamais manqué de partager avec vous.

6. Voir la page précédente. « Oui, c'est bien aussi mon avis. »

la moitié de peine, pour le mal que je vous veois souffrir, que pour le mien; et avecques raison, parce que les maux que nous sentons en nous, ce n’est pas nous proprement qui les sentons, mais certains sens que Dieu a mis en nous : mais ce que nous sentons pour les autres, c'est par certain jugement et par discours de raison que nous le sentons. Mais je m'en vois ; » cela disoit il, parce que le cœur luy failloit. Or, ayant eu peur d’avoir estonné ! sa femme, il se reprint, et dict : « Je m'en vois dormir : bon soir, ma femme ; allez vous en. » Voylà le dernier congé qu'il print d'elle.

Aprez qu'elle feut partie : « Mon frere, me dict il, tenez vous auprez de moy, s’il vous plaist. » Et puis, ou sentant les poinctes de la mort plus pressantes et poignantes, ou bien la force de quelque medicament chaud qu'on luy avoit faict avaller, il print une voix plus esclatante et plus forte, et donnoit des tours dans son lict avecques tout plein de violence : de sorte que toute la compaignie commencea à avoir quelque esperance, parce que jusques lors la seule foiblesse nous l’avoit faict perdre. Lors, entre autres choses, il se print à me prier et reprier, avecques une extreme affection, de luy donner une place. De sorte que j'eus peur que son jugement fust esbranlé : mesme que luy ayant bien doucement remontré qu'il se laissoit emporter au mal, et que ces mots n’estoient pas d'homme bien rassis, il ne se rendit point au premier coup, et redoubla encores plus fort : « Mon frere ! mon frere ! me refusez vous doncques une place ? » Jusques à ce qu'il me contraignit de le convaincre par raison, et de luy dire, que puisqu'il respiroit et parloit, et qu'il avoit corps, il avoit par consequent son lieu. « Voire, voire?, me respondit il alors, j'en ay; mais ce n’est pas celuy qu'il me faut : et puis, quand tout est dict, je n’ay plus d'estre. — Dieu vous en donnera un meilleur bientost, luy feis je. — Y feusse je desjà, mon frere ! me respondit il; il y a trois jours que j'ahanne * pour partir. » Estant sur ces destresses, il m'appella souvent pour s'informer seulement si j'estois prez de luy. Enfin, il se meit un peu à reposer, qui nous confirma encores plus en

1. Sur ce sens très fort d’estonner, voyez la p. 56. 2. Voire, vraiment, vere.

3, Que j ahanne, que je peine :

Cependant que j'ahanne,

A mon blé que je vanne

A la chaleur du jour.

(Du Beuray, d'un Vanneur de blé au vent.)

nostre bonne esperance : de maniere que, sortant de sa chambre, je m'en resjouïs avecques madamoiselle de La Boitie. Mais une heure aprez, ou environ, me nommant une fois ou deux, et puis tirant à soy un grand souspir, il rendit l'ame, sur les trois heures du mercredy matin dixhuitiesme d’aoust, l'an mil

cinq cents soixante trois, aprez avoir vescu trente deux ans, neuf mois, et dixsept jours.

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