‹ De l'ammoniaqueChapitre 10 sur 10 · VI. ANALYSE DU GUANO · texte numérisé non relu

VI. ANALYSE DU GUANO

Le guano est un engrais produit par les excréments d’oiseaux marins. Il renferme, outre des matières organiques, des acides, acide rique, xantique et oxalique, des composés ammoniacaux (carbonates et phosphates) et du phosphate de chaux.

Dans l’analyse du guano on se contente de doser l’azote et l’acide phosphorique. Cependant il est bon de savoir la quantité d’eau qu’il contient et de déterminer le poids des éléments fixés.

Dosage de l’eau. — On prend 10 grammes de substance, on la met dans une capsule bien exactement tarée qu’on laisse dans une étuve chauffée à 100° jusqu’à ce qu’elle ne perde plus de son poids. — Dans les bons guanos, la quantité d’eau peut varier de 8 à 18 °/ 0 .

Eléments fixes. — Les éléments fixes seront déterminés en énumérant un poids connu de guano dans une capsule. La cendre qui reste ne doit pas peser plus de 30 à 33 pour 100. La couleur doit être blanche ou légèrement grise; si on observe une couleur rougeâtre, c’est l’indice d’une falsification telle qu’un mélange de terre, d’argile ou de sable.

Dosage de l'azote total. — On introduit dans un tube à combustion de verre vert et d’une largeur de 40 centimètres, un mélange de guano et de chaux sodée. : — Au fond du tube on a mis un peu d’acide oxalique, séparé par une petite couche de chaux sodée. — On remplit enfin le tube de la même matière. La colonne de substances est fixée avec de l’amianthe, puis le tube est fermé par un bon bouchon que traverse un tube à deux boules.

Dans ce tube on introduit 10 c0 d’acide sulfurique ou 20 rao . On chauffé le tube par sa partie antérieure, on porte au rouge. Tout l’azote est ainsi transformé en gaz ammoniac.

L’acide oxalique qui se trouve au fond du tube est décomposé et balaie l’ammoniaque qui est absorbée par l’acide sulfurique.

La différence de titre correspond à l’ammoniaque obtenu : — hdécigrammes d’acide sulfurique représentent 0,1429 d’azote. Un bon guano doit contenir 12 à H pour 100 d’azote.

Sels ammoniacaux. — Pour déterminer le poids des sels ammoniacaux contenus daus un guano, il suffit d’en prendre une quantité connue, de l’épuiser par l’eau et de la mettre dans une petite capsule placée sur une assiette et contenant un peu de mercure. Un petit trépied permet de placer une seconde capsule au-dessus de la première. On y a versé 10 CC d’acide sulfurique titré. Enfin, au liquide ammoniacal, on ajoute quantité suffisante d’un lait de chaux. Ceci fait, le tout est rapidement recouvert d’une cloche en verre. 11 suffit généralement de iti heures pour obtenir une évaporation complète. Du reste, un papier do tournesol rougi et humecté permettra de s’assurer du résultat; bien entendu il ne devra pas changer de couleur. — Lorsque l’opération est terminée, on rétermine la quantité d’acide sulfurique qui a été saturée.

Dose de l'acide phosphorique. — Pour doser l’acide phosphorique, on calcine un poids connu de guano. On ajoute de l’acide azotique; si la calcination est bien faite, il ne doit pas y avoir d’effervescence. On étend d’eau, on filtre et on sursature par l’ammoniaque; le précipité blanc qui se forme alors est du phosphate de chaux ; du phosphate de chaux on déduit la quantité de phosphore contenue dans le guano.

DE LA DIFFICULTÉ DE SE PRONONCEE EN MATIÈRE JUDICIAIRE SUR LA VALEUR D’üN GUANO

Les chimistes et les pharmaciens sont souvent dans la nécessité de faire de semblables analyses. Car la vente des engrais est une branche de commerce très-développée. Il ne manque pas de gens pour frauder.

Souvent, il est vrai, l’acheteur, au lieu de substances fertilisantes riches en matières azotées, ne reçoit en échange de son argent que des produits inertes.

Dans certains cas l’incinération permettra d’affirmer lafrande; mais il arrive souvent qu’aucune substance étrangère n’a été introduite dans l’engrais où cependant il n’existe que de faibles quantités de produits azotés.

Il sera excessivement difficile de porter un jugement dans un pareil cas et même impossible d’accuser de tromperie, En effet, il arrive que le coupable peut être l’acquéreur sans qu’il s’en doute. Les engrais qui sont livrés au commerce, ont besoin pour être appréciés par le cultivateur, qui ne les achèterait pas sans cela, d’avoir de l’odeur. Or, cette odeur est l’indication d ! une déperdition des matières azotées, déperdition continue.

Le cultivateur déjà met donc le commerçant dans la nécessité de lui livrer un engrais susceptible d’avoir perdu une certaine quantité des produits qui en font sa valeur. Inconvénient soulevé, si au lieu de s’en rapporter 'a son odorat, il avait recours au chimiste, ce qui permettrait aux vendeurs de mêler à leurs engrais des produits conservateurs.

De plus, il arrive souvent que l’emploi du guano n’est fait que longtemps après son achat. C’est chez le consommateur, alors que les produits fertilisants se sont dissipés par leur propre volatilité augmentée encore par la fermentation.

Voilà bien des circonstances dont on devra s’inquiéter, et il pourrait être facile d’éviter ces inconvénients.

D’abord, au lieu de conserver les engrais dans des toiles d’emballage dont l’imperméabilité favorise la déperdition des gaz ammoniacaux, il serait bon, comme M. Chevallier l’a conseillé, que les engrais fussent enfermés dans des tonneaux. Tout au moins, si le prix de revient empêche le vendeur de prendre cette précaution, l’acquéreur pourrait s’y soumettre dans le but d’une économie véritable, car au lie» de substances inertes qu’il emploie, il assurerait la conservation son engrais.

Enfin il serait utile de conserver les engrais dans des endroits frais pour éviter les fermentations, qui contribuent à les dépouiller de leurs propriétés.

L’addition do chlorure de sodium sera bonne, parce que les chlorures sont des absorbants des sels ammoniacaux.

M. Barrai a constaté qu’un guano pur exposé dans une assiette, sur 12 pour 100 d’azote qu’il contenait, a perdu 10, tandis qu’un guano additionné de chlorure de sodium n’a perdu que 5 pour 100.

Au lieu de chlorure de sodium on peut employer le procédé indiqué pour conserver les sels ammoniacaux dans les fosses à fumier, c’est-à-dire employer un mélange de plâtre et de sulfate de fer, ou du plâtre simple. Il suffirait de séparer le guano par des couches de poussière do plâtre.

Permis d’imprimer,

Le Vici-r>cclcur de l’Académie de l'urù,

A, MOURIER.

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