INTRODUCTION
« Depuis le 11 novembre 1918, la France, a-t-on dit, a vécu de sa gloire ». Aujourd’hui, derrière les lauriers, les réalités apparaissent, d’autant plus lourdes et plus menaçantes que pendant plus long temps elles ont été ou négligées ou méconnues.
Parmi ces réalités, il en est une, dont les conséquences sont si profondes et les répercussions si étendues, qu’elle semble dominer toute notre situation économique actuelle. C’est notre Dette.
Si l’on en croit le rapport général de la Commission des finances du Sénat, notre passif se monte aujourd’hui à plus de 302 milliards. Dans ce chiffre notre dette perpétuelle et à terme est comprise pour plus de 133 milliards; notre dette flottante pour près de 61 milliards. Nous devons
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plus de 25 milliards à la Banque de France. Enfin notre dette extérieure, au cours du change du 28 février, dépasse 83 milliards.
De ce déplorable état de choses, les conséquences ne sont pas difficiles à découvrir: elles font l’objet de toutes les conversations, d’elles s’inspirent tous les discours, chacun propose son remède sans trop en prévoir l’effet.
A l’extérieur, nous avons eu la crise des changes, à l’intérieur la hausse des prix, la vie chère.
Certes, bien-des éléments de faiblesse concourrent au mal que l’on constate; et cette crise générale que nous traversons a des aspects et des causes multiples qui ne sauraient comporter un uni- que remède. Mais, en thèse générale, on peut dire que la cause première, l’élément essentiel du malaise que nous subissons réside surtout dans l’énorme masse de capitaux que la France a dû emprunter et que quatre ans de guerre ont englouti dans la fournaise des batailles: c’est cette dette formidable qui pèse sur notre marché des changes, elle qui par le poids de ses arrérages paralyse le relèvement économique de la nation. C’est en effet une vérité universellement reconnue que notre monnaie baisse de valeur, pour de multiples raisons sans doute — au nombre desquelles le cours forcé, compagnon inévitable et prolifique des guerres modernes — mais principalement parce qu’une monnaie vaut ce que vaut le crédit de l'Etat; et ce crédit ne pent être bien haut, Notre éminent ministre des Finances l’a affirmé en termes très nets à
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la tribune du Sénat: « La dette énorme que la France a dû contracter pendant la guerre est l’élément essentiel de la crise financière qu’elle traverse et de l’affaiblissement de son crédit dans le monde ».
Une nécessité pressante s'impose: amortir. Car Si la dette aceumulée pendant chaque période de sacrifices doit être transmise sans diminution et doit peser de tout son poids sur ceux qui auront plus tard à faire face aux exigences d’autres difficultés et d’autres luttes, il est par trop évident avec les alternatives ordinaires de paix et da guerre dans les affaires humaines, que, dans un temps peu éloigné, le fardeau réuni du présent et du passé deviendra trop lourd pour le peuple le plus prospère et que l'édifice du crédit publie devra crouler sous ses charges accumulées. Amortir est une nécessité de tous les temps pour les pays endettés, cela devient une véritable mesure de salut quand on est dans la situation où la guerre a mis la France. Une telle opération est indispensable à l’avenir de nos finances, à notre crédit de demain, à notre crédit d’aujourd’hui. Elle peut aider puissamment à relever notre situation compromise; sans elle, au contraire, peut-on avoir d’autre perspective qu’une banqueroute partielle à échéance indéterminée ?
Comment amortir? C’est là un problème singu- Jièrement complexe et ardu si l’on considère l’énormité des sommes en question. Mais ce prohlème n'est-il pas parmi les plus angoissants qui