‹ De L'Amortissement De La Dette De GuerreChapitre 30 sur 30 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous venons de passer en revue les diverses combinaisons employées pour la réduction des dettes publiques. Quel jugement devons-nous maintenant porter sur elles?

C'e qui se dégage, semble-t-il, de cet aperçu, c’est que les procédés n’ont par eux-mêmes qu’une efficacité assez faible; l’amortissement dépend essentiellement et presque exclusivement de la volonté de ceux qui ont la responsabilité de la gestion fifinancière. Nous n’avons donc aucun motif bien sérieux de préférer absolument un procédé à un autre. Qu'ils soient intérêts composés, rente amortissable ou conversion, tous les systèmes peuvent être usités successivement et même se superposer. Mais ne livrons pas le crédit public à d’aventureuses expériences; et n’espérons pas apurer d’un seul coup la situation financière par un prélèvement sur le capital. Dans ce domaine très spécial de l’économie sociale, il ne faut pas s’attendre à découvrir de ces formules lapidaires qui tranchent en quelques mots les difficultés de l’heure pré-

sente. Les panacées sont aussi rares pour ne pas 8v

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dire aussi dangereuses-en économie politique qu’en médecine. Souvent une série de remèdes modestes et sans prétentions produisent par leur action combinée des effets que la brutalité d’une intervention systématique ne pourrait obtenir. Les problèmes financiers de cet ordre ne permettent pas d’improvisations hasardeuses. Il ne s’agit pas de trancher le nœud gordien à la manière d’un conquérant il faut le dénouer avec la patience d’un sage.

Et maintenant que devons-nous attendre de l’avenir? En fait, parviendra-t-on à rembourser ?

Certes, théoriquement, les moyens ne manquent pas de hiquider notre passif de guerre et le calcul nous démontre que si l’on consacre seulement 1 milliard par an à son extinction, au bout de 35 ans toute notre masse de dette aura vécu. Gardonsnous cependant de glisser ainsi de l’arithmétique à lP’utopie; tout change malheureusement dès que l’on entre sur le terrain des affaires. Les vrais rêveurs, n'est-il pas vrai, sont encore les mathématiciens. Spéculer sur les probabilités de l’avenir c’est done s’exposer à de cruelles déceptions. De tout temps et surtout dans les temps troublés que nous vivons, les événements gouvernent les hommes bien plus, hélas! que les hommes ne les gouvernent et les plus séduisantes théories sont soumises à un aléa qui ne permet pas de s’y appuyer avec la certitude désirable: c'est là précisément ce qui rend si délicat et si difficile l’énoncé d’une conclusion formelle en matière d’amortissement.

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Il faut avouer cependant que les enseignements de l’histoire ne nous laissent sur ce que l’on peut attendre de l'avenir que bien peu d'espérance. I1 est probable que l’on n’amortira pas plus dans l’avenir'que l’on n’a amorti dans le passé.

Avant de songer à rembourser, il faut en effet équilibrer notre budget. N'oublions pas que pendant l’exercice 1921 notre Trésorerie aura à faire face à 58 milliards de dépenses alors qu’elle n’encaissera que 22 milliards à peine de recettes normales. Par une ironie cruelle c’est la France victorieuse qui doit servir de banquier à son ennemi vaincu: pendant de longues années encore nous devrons recourir à l'emprunt pour avancer les sommes nécessaires à la reconstitution des pays envahis. | : Et plus tard amortira-t-on? Il est permis d’en douter. Iei encore l’histoire nous apporte le secours de ses précieux enseignements. Au lendemain de la guerre de 1870, les finances furent prospères, le surlendemain elles le furent beaucoup moins: à partir de 1884 le déficit s’installe dans nos budgets d’une manière quasi permanente. Une évolution en ce sens étonne, La logique voudrait une succession contraire, mais non les lois historiques et économiques exactement connues. Les progrès incessants de la science nous rendent tous les jours plus exigeants, bouleversent nos conditions d’existence, font surgir des besoins nouveaux. Qu’y faire? C’est la loi du progrès: l’humanité sous peine de rétrograder et de dépérir ne

peut rester immobile à piétiner sur place comme le voudraient peut-être cértains esprits chagrins. À ces besoins nouveaux, il faudra faire face, des ressources financières seront indispensables, de nouvelles charges sont à prévoir. Depuis la création des premières rentes, la Dette publique n’a jamais cessé d’angmenter. Chaque génération y apporte son contingent et la transmet grossie à ses successeurs. De loin en loin une opération plus ou moins bien exécutée peut bien réduire dans une infime proportion le montant de ses arrérages mais elle n’en diminue que rarement le capital. « Le seul procédé d'amortissement des dettes publiques, a dit Jean-Baptiste Say, c’est la banqueroute ».

Est-ce à dire que nous devons nous attendre à une faillite prochaine? Cela demande une distinction. Si l’Allemagne ne paie pas, M. le ministre des Finances l’a déclaré en termes très nets; c’est la faillite. Paiera-t-elle? C’est là une question qui, étant donnée la période de libération prévue à Versailles est intimément liée à ce que sera l’état politique de l’Europe et du monde d’iei à un demi sièele; et le problème ainsi' posé contient trop d’inconnues pour être résolu maintenant.

Mais si, comme nous l’espérons bien fermement, l’Allemagne se voit contrainte d’exécuter au moins en grande partie ses obligations, la situation dès lors n’apparaît plus du tout intenable. Certes, nous avons encore quelques années pénibles en perspective: ce que la patience éclairée des siècles avait édifié peu à peu, on nous demande de le re-

recréer rapidement. Mais dès que le Nord sera reconstruit et avec l’aide nouvelle de l’Alsace-Lorraine dont il faut tenir compte, il n'apparaît pas du tout impossible que la France puisse vivre et prospérer malgré une dette de 200 milliards. Quelques dix ans avant la guerre, M. Paul Leroy-Beaulieu déclamait gravement : « La France ne peut rester sous le poids d’une dette de plus de 30 milliards. Le vase est comble, quelques gouttes encore peuvent le faire déborder et amener la banqueroute ». Pourtant la & goutte d’eau » n’a pas fait déborder le vase. Et parions même que s’il écrivait aujourd’hui M. Leroy-Beaulieu serait le premier à déclarer qu’une dette de 200 milliards ne semble pas être pour nos épaules une charge par trop pesante. Ce ne serait pas là une des moindres surprises de ce temps si fertile en merveilles de toutes sortes.

La France, malgré sa dette a encore devant elle un prodigieux horizon de grandeur.

« Plaie d’argent n’est pas mortelle ». Après une victoire si subite et si éclatante que l’on se demande parfois, si elle n’est pas du domaine des songes, l’heure n’est pas aux lamentations et aux jérémiades. Gardons-nous de mériter le reproche qu’adressait Léon Say à la Chambre de 1888: « A ce pays qui aimait à espérer vous avez appris la désespérance; vous avez rendu pessimiste ce pays essentiellement et généreusement optimiste. Or, la France, quand on lui permet d’être optimiste, d'espérer et de croire, est la première nation du monde »,

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