‹ De l'amour (volume 2)Chapitre 13 sur 34 · SI TOUT L'HONNEUR DES FEMMES DOIT CONSISTER DANS LA CHASTETÉ · texte numérisé non relu

SI TOUT L'HONNEUR DES FEMMES DOIT CONSISTER DANS LA CHASTETÉ

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troubler journellement , et ce qui parut suriispensablc , ce fut sans doute de souà quelque discipline la volupté , naturelie ment indocile, et déjà embarrassante dans ses suites diverses Le mal ne consista

pas dans la loi de retenue , mais dans d'inutiles rigueurs , dans une exagération accablante qui devait diminuer l'ascendant de la vertu. « Pourquoi ce plaisir, si pardonnable en lui-même, demandait un écrivain du siècle dernier, a-t-il une influence si pernicieuse ? C'est reflet du prix que nous y avons attaché. Lorsque rien ne pourra plus aggraver la honte, quel soutien les vertus trouveront-elles au fond de Famé? »

On ne se borna pas à recommander une réserve prudente sous plusieurs rapports, et une continence modérée; on se mit à préconiser toute privation. Par une double erreur, souvent on paraissait exiger des femmes la chasteté seule, et souvent on en exigeait trop de chasteté. Plusieurs fois elles ont été déshonorées sans s'être rendues coupables. Chez la plupart de celles qui ne murmuraient jamais , l'abstinence était moins une vertu qu'une superstition , et chez d'autres ce n'était pas de la sagesse , mais de la vanité.

Les différences que la nature avait établies

entre les sexes, indiquaient des différences analogues entre l'honneur des femmes et l'honneur des hommes ; mais on a changé ce contraste en opposition. Comme si la vertu ne devait avoir qu'un mode pour chaque sexe, on a fait consister toute celle de la femme dans la continence, et toute celle de l'homme dans la bravoure : beaucoup de gens ont du croire que s'ils se faisaient remarquer en cela, on les dispenserait du reste. Souvent abandonnée à des sectaires , la science des devoirs n'a pas été rectifiée avec autant de soin que d'autres parties moins essentielles de la civilisation. De nos jours même, l'esprit de la morale, dans ce qu'on appelle le monde , n'est guère autre chose que l'honneur, tel que les Barbares l'entendaient quand ils se répandirent en Occident.

Les femmes , il est vrai , doivent joindre une circonspection particulière à la décence qui forme la loi commune. Il est aussi de leur intérêt, non moins que de celui des hommes, qu'en général le sexe qui a besoin d'appui soit

fidèle à ses engagemeus. Si le mariage devenait j>our la plupart des hommes un état très-iacheux, ils l'éviteraient, et un grand nombre de femmes vivraient plus malheureuses, jusqu'à d'autres changemens dont l'époque ne peut être prochaine.

Mais n'exigeons pas que le plaisir ait constamment pour but direct la procréation, puisque cette première fin de 1 amour n'en est pas la seule fin connue. En vain une grande pureté flatterait notre orgueil ; elle ne serait pas bonne si elle ne laissait pas écouter tous les conseils delà raison. Cette dignité trop systématique, que le vulgaire achèverait de corrompre , cette sévérité extrême proposée indistinctement à tous les caractères, substitueraient la haine de la contrainte au sentiment du devoir. Les facultes reçues de la nature étant beaucoup plus étendues pour le plaisir que pour la materni té , ne condamnons pas toujours une femme indépendante, et sûre d'ailleurs de n'être jamais entraînée au-delà de ce que sa raison excuse, ne la blâmons pas si l'idée lui vient

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