‹ De l'amour (volume 2)Chapitre 29 sur 34 · DE QUELQUES USAGES · texte numérisé non relu

DE QUELQUES USAGES

La castration était, vers le Boetis , la punition de 1 adultère, et, en Egypte, celle du viol. Plus récemment ce fut, chez les Perses, le châtiment réservé à la bestialité. Du moins cette mutilation paraissait indiquée par la nature même des actes contre lesquels on voulait sévir; mais elle devient un des plusmoustrueux

écarts de notre esprit déréglé, quand on ne se propose que de rendre plus sure l'inspection des harems , ou quand on n'a pour objet , comme dans l'Italie moderne, qu'une certaine manière d'exécuter quelques morceaux de chant.

On a observé jusque dans les "Pyrénées des traces d un usage moins révoltant, mais plus singulier, qu'on désignait communément sous le nom de couvade. Sans doute des formalités par lesquelles un homme se donnât pour le père du nouveau-né , semblaient indispensables dans des états où les eu fans restaient à la famille, et où cependant une liberté de mœurs, autorisée par les institutions , laissait plus d'incertitude qu'on ne voudrait en conserver parmi nous. En expliquant les anciennes coutumes conformément à son système général , l'auteur de X Antiquité dévoilée regarda cette conduite des maris comme une pénitence, un signe de repentir; il supposa que quand on avait contribué à propager l'espèce contre la-

quelle le ciel était irrité, on cherchait à expier une faute aussi audacieuse (îg).

Des erreurs, au nombre desquelles une morale exacte rangerait sûrement cette indissolubilité du mariage qui le fait redouter par beaucoup d'hommes , des erreurs très-répandues ont rendu commune la prostitution. Dans des temps moins austères en un sens, elle se rattachait au culte, elles Hindous ont encore leurs Devedeschies , ou les Japonais leurs Bicanis ; mais nos courtisanes paraissent plus viles, parce qu'on trouve dans leur cupide licence quelque chose d'opposé à l'esprit apparent de nos usages. C'est en partie chez elles que tant d'hommes vont prendre, avec la honteuse habitude de mépriser les femmes , celle de négliger les convenances les plus salutaires.

Quels sentimens honnêtes conserve- 1- on quand on a perdu tout le prestige de l'amour? En vain celui des deux sexes qui a le plus de liberté extérieure voudrait établir que chez

nu

lui tout est pardonnable à cet égard. La délicatesse dans Tordre moral ne permet point de prodiguer, ou même de supporter les démonstrations de l'amour , non pas seulement sans aimer, sans estimer, sans connaître, mais avec une prompte répugnance. C'est une témérité incompatible avec l'honneur même d'aller chercher, dans d'ignobles réduits, les restes de ces maux qui firent le désespoir de plusieurs millions d'imprudens. On peut n'écouter que 1 instinct pour satisfaire d'autres besoins des sens; mais, en amour, puisqu'il s'agit de concilier des sensations qui varient selon la complexion, et même suivant les penchansde tout genre, il faut du choix, de la grâce, de la pudeur , enfin quelque réserve au milieu de l'abandon .

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