‹ De l'amour (volume 2)Chapitre 32 sur 34 · DERNIERES REFLEXIONS · texte numérisé non relu

DERNIERES REFLEXIONS

Si nous pouvions observer à la fois toutes les suites des j>assions, de quelle imprudence, de quelle folie n 'accuserions-nous pas ces ext remîtes où Ton se hasarde parce qu'on a eu la faiblesse de s ennuyer en ne soutirant pas? On se félicite d'aimer é|>erdùment , et on se promet de rester ainsi attaché avec constance ;

plein de cette trompeuse idée , on sacrifie tout à des impressions d'un jour. On préfère une fantaisie qui ne produira que des dangers , à des liens dont les douceurs , plus durables , pourraient être exemptes d'amertume. Il y aura toujours dans les besoins exagérés du cœur et de l'imagination quelque cbose de funeste ; cette impatience trouble la pensée , fait négliger les principes , et s'oppose à Tordre dans les desseins , à la sécurité dans les sensations , à l'art du bonheur.

Assez d'obstacles devaient naître de la seule différence des conditions ; pourquoi en susciter de plus fâcheux encore? Au milieu de ces vues si contraires, comment former de Tégoïsme des particuliers un véritable intérêt public? Quelle discordance ! Que d'êtres froissés et blessés! Il est vrai que tout paraît se soutenir, parce que le tout ne saurait être détruit. Il est vrai que nous distinguons de certaines règles, et qu'en apparence on maintient souvent l'ordre ; mais de quels élémens se compose-t-il?

Combien la sagesse est difficile pour les familles dans la confusion où vivent les peuples ! Que de fois on est dupe, même 6ans l'ignorer ! Que de fois aussi on contribue au malheur de ceux dont on voudrait la satisfaction ! Que % d'injustices on souffre ; que d'injustices on commet inévitablement ! Notre marche est douteuse ou embarrassée : la consolation du juste est seulement de faire moins de mal que les hommes iniques , et de ne jamais partager avec eux la volonté d'en faire.

Le genre humain gagnerait beaucoup à ce que la vertu fiit moins laborieuse. Le mérite ne serait pas aussi grand; mais quel bien procure cette élévation rarement soutenue? Ce que nous devons désirer , c'est que les hommes droits ne paraissent plus des personnages remarquables. Pour que le devoir fut toujours aimé, ne faudrait-il pas qu'on pût le pratiquer toujours? Malheur à toute administration réduite à dire : N'écoutez pas votre intérêt! Malheur à toute doctrine qui demande de l'héroïsme î Malheur aux cités où il sera

sublime d'être juste! Misérable terre ! où les lois ne répriment que des écarts trop scandaleux , où il n'est pas encore reconnu que la passion et rentière abstinence s'éloignent également de l'ordre général , ou enfin la patrie ne se fait entendre que pour imposer comme un joug, après les avoir altérées, d'importantes maximes de la morale de tous les âges!

Si la plupart des bommes étaient sans retenue, la société serait trop méprisable; si beaucoup d'entre eux étaient austères, leur vie semblerait inutile pour eux-mêmes. Des habitudes circonspectes, mais douces et même sensuelles, sont les seules où généralement les cœurs doivent trouver du repos. L'abus des plaisirs nous accable, les reproches nous déchirent , le renoncement exigerait trop de force : il faut entretenir des affections plus conformes à l'idée qu'on peut se faire ordinairement de l'ordre essentiel. Rectitude et plaisir, ce sont les indications les moins obscures au milieu des ténèbres que l'avenir éclaircira peut-être. Il est des signes accordés à l espérance : les par-.

fums du printemps, les plus intimes émotions «le l'amour, la diguité de lbommc sage, annoncent que nous ne sommes pas oubliés sur la terre. Jouissons des biens qui passent, mais sans diminuer en nous le besoin de vivre ; restons justes et capables de jouir encore , a(in de croire qu'un jour la secrète volupté qui soutient l'univers nous sera mieux connue.

Mous ne verrons pas ebanger le monde.

Tenter une reforme subite , ce serait remplacer les misères par des désastres, et les vices par des fureurs. Si les peuples peuvent être ramenés sur des traces beureuses , ce sera 1 ellcl tardif de la persévérance des écrivains dans une morale inoins aveugle. Cependant la probabilité de quelques institutions meilleures ebez des générations que nous ne connaîtrons pas. ne peut nous paraître un dédommagement assez positif. Comment serait-il interdit à quelques-uns de nous de regretter la simplicité des lois premières. Kn renonçant à saisir ce que néanmoins leur pensée aura con-

stamment pour objet, en avouant que le beau absolu est inaccessible , ils pourront s'attacher à une image moins imparfaite des vrais biens, et quelquefois ils jugeront suffisant que le « plaisir ne soit pas désbonnète.

Elle serait trop inconsidérée sans doute la règle de conduite qui supposerait un peuple entièrement raisonnable. Les sentimens d'une vie libre sont devenus romanesques. Au milieu de nos usages , qui pourra discerner avec justesse , et faire recevoir des idées de bonheur général? Que de recherches pour un génie infirme , pour une vie précaire ! La loi du monde est peu étudiée. Elle subsiste , exprimée sans cesse par le cours des choses: mais avant de la bien comprendre, chaque homme se décourage ou disparait.

Entraînés par les illusions d une race turbulente et chargée de besoins , nous n'avons qu'un moment pour apprécier tant de mobiles mal combinés. L'inconstance humaine se joint à l'inconstance du sort : nos années que nous croirions fécondes, sont livrées aux pha-

ses diverses d un vain désir. Que penser de nos siècles si brillans, et pour lesquels il n'est pas d'autre avantage? Echappé k la démence ignorante, aux erreurs sans frein de la barbarie, mais livré à la fatigue , on perd le fruit des lumières. Dans l'impossibilité de songer à de fortes institutions, dans la nécessité d'avoir une foule avilie, qu'entre prendrez- vous pour le bonheur public? Qu'obtiendrez- vous de ces vœux inquiets et de ces vertus inutiles? comment la paix, l'union, la vraie joie se concilieront-elles avec ces goûts extrêmes , ces inimitiés, ces rivalités, avec toutes ces prétentions chagrines et opiniâtres ?

L'orage parcourt tous les lieux; à chaque instant il fait des victimes. Nous sommes nés sur d'innombrables ossemens , et le sol qui nous porte en est composé. Une fermentation dévorante , un mouvement sinistre laboure ce chaos où chacun de nous surnage durant quelques minutes. Unissez - vous , hommes vrais; vous dont les pencha m sont

purs, et les vues équitables, unissez- vous, aimez-vous. Le faste des esprits superbes est resté sans excuse ; on a vu que l'audace n'avait pas de fondement, et que toute science rencontrait des abîmes. Chérissons la tranquille intimité : en se consolant ainsi, en allégeant ce qu'on ne réformerait pas, on s'approche sans désespoir du moment où l'enthousiasme même finit, où la poussière vivante s'éteint. Là se perdent nos larmes comme noire gloire , comme nos travaux sans but , et nos opinions téméraires. Tandis qu'un mortel déjà célèbre s'agrandit avec éclat, des mortels malheureux s'agitent dans leur carrière silencieuse. Ce qui triomphe , ce qui succombe , sera également dissipé. L'industrie, la frugalité, la mollesse , l'imposture qu'on méprise , comme celle qu'on adore , les fidèles des divers dogmes, et les agens des factions contraires , tout passe, touts'oublie. Le luxe des villes, la splendeur des peuples, l'espoir des héros, se consument. Environnés de ce trouble , soyons paisi-

bles; témoins de ce délire, descendons avec prudence la pente universelle. Aimons la justice , afin que des jouissances irréprochables nous aident à soutenir nos années , confusément pressées entre le premier jour dont l'aurore n'a pas été vue, et le temps où il ne restera rien à l'homme de la terre.

NOTES

ÏSOTES.

M)TE i. (P.ge H ).

11 semblerait agréable , pour ainsi dire, de s'abuser sur le» personnes dont le principal mérite est d'avoir ce qu'on appelle vulgairement un bon cœur. Mais toutes les préventions deviennent nuisibles , même les préventions indulgentes, et le fréquent inconvénient de se voir détrompé trop tard l'emporte

sur cette sorte d'avantage d'être quelquefois séduit pour toujours.

Une belle ame est portée aux affections pures , et une bonne tête veut ce qu'exigent les principes impérissables. Mais on vante comme méritant la qualification de bon cœur un bomme dont il faut excuser tous les écarts , sous prétexte qu'il n'est pas dur, insensible, implacable, un bomme qui ne s' étant jamais connu de penebaus atroces , prétend céder indistinctement à l'impulsion présente. Il n'est guidé ni par ses propres réflexions, ni même par des maximes de justice généralement reconnues; se livrant presque sans choix à des émotions successives , il entreprend avec conGance ce qu'il prend pour l'inspiration d'une bonté naturelle. Tout ce qu'il sait éviter , c'est d'offenser positivement , ou directement , et il croit bien faire lors même qu'il devient la cause d'un mal plus grand que le bien qu'il a en vue.

Ces bons cœurs contribuent généralement aux désordres de la société. On prend des précautions contre les racchans ou contre les traîtres , et un bypocrite sera démasqué ; mais à quel moyen recourir contre l'homme faible , complaisant et inconséquent? Chaque jour sa bonté importune, et on est compromis ou déconcerté par ses bévues ; mais il n'afflige personne avec malice , ou même avec une entière ineapacité. On ne saurait le punir, on ne saurait le réformer. Son excellent cœur lui répète qu'il suit une bonne direction en n'écoutant jamais la raison , et qu'il sera complètement justifié s'il peut dire que ses intentions n'étaient pas mauvaises.

Si chef une femme un semblable caractère est moins à craindre au dehors v parce qu'elle ne lègle en général que les affaires domestiques , il lui est funeste à elle-même, et il doit l'être aussi pour sa famille. Un homme (ait quelquefois oublier ses fautes parmi les autres effets de l'activité à laquelle il se livre; mais les travers d'une femme , concentrés pour ainsi dire dans la maison, peuvent en déranger toute l'économie.

Souvent les hommes qui ont un bon coeur sont plus dangereux qu'un homme livré au vice. Dans le repos d'une conscience trompée ils ne se corrigeront pas , et leurs imprudences feront de nouvelles victimes. Ils se dévouent pour un confrère , et ils oublient leur famille ; ils chérissent un de leurs en fans , et ils laissent opprimer les autres ; ils cautionnent un ami de table, et ils ruinent leurs créanciers ; leurs laquais les volent , et ils négligent un parent malheureux qui ne les obsède pas; il» souffrent qu'on foule les peuples, mais ils enrichissent des favoris; ils retirent de l'exil un factieux , mais ils laissent des provinces dans la détresse. Sous des institutions sages, on verrait peu de gens aussi inconsidérés : la nature des choses demande que ce soit la raison qui règne. Le cœur pro|>oscra , mais la tète examinera : ordinairement elle gouvernera bien quand elle restera libre , quand le cœur n'aura pas trop d'ascendant.

NOTE ». ( Pa&e 80 J.

a En Prusse, est-il dit dans le Tableau de Paris, toutes les filles nourrissent leurs enfans , et publiquement... On s'accoutume à ne voir plus en elles que des mères. Voilà ce qu'a fait un roi philosophe r voilà comme il a donné des ide'es saines à sa nation. » Il aurait fallu examiner si cette tolérance était éclairée , si le roi de Prusse renonçait absolument à multiplier les mariages, si enfin toutes les lois relatives au sort des femmes, à l'état des enfans, et à l'hérédité, s'accordaient avec cette liberté de se marier , ou de ne se marier pas, Frédéric n'a eu peut-être d'autre guide que la sagesse souvent inconsidérée du temps où il philosophait en soupant.

Si on voulait que la loi du mariage conservât toute sa force, les enfans illégitimes n'appartiendraient qu'à l'état. Néanmoins une mère pourrait quelquefois en garder un. Ce serait l'objet d'une permission spéciale , accordée très-rarement. Cette femme resterait veuve , et elle ne transmettrait à son enfant aucune propriété. CcpenJact quelques années plus tard, elle pourrait être réhabilitée par un acte «près , à la demande de l'homme qui voudrait l'épouser. 11 se chargerait de l'enfant

par une simple adoption ; nuis il ne serait jamais autorisé à s'en déclarer le père , et à le mettre au rang des enlans légitime».

NOTE S. ( l»*5;r 1S )

Les hommes instruits ont presque toujours raison en un sens, lors même qu'ils prennent des résolutions fatales. Ce qu'on soutient de part et d'autre f dans des questions compliquées , est juste à quelques égards ; mais on a tort de s'y attacher exclusivement. Chacun s'arrétant à une des faces de la vérité, an lieu de la considérer d'en haut , regarde la perspective , et néglige le plan : cette manière étroite est la principale cause des disputes. L'avantage donné opiniâtrement à des points de vue particuliers a suffi pour remplir le monde, tantôt de sectaires qui , avec des opinions ou des sentimens semblables au fond , se détestaient ou se méprisaient , tantôt de factieux qui guerroyaient en voulant , de bonne foi peut-elre , le triomphe de principes peu différais. Mais substitues le plan à la perspec • five, aussitôt les hommes s'entendront, et s'approcheront du lionhrur. Cela ne pourrait, à la vérité, se réaliser entièrement, j»aree que telle ne doit pas &rc la fin actuelle du mouvement

des liotumcs ; mais il leur est enjoint de s'efforcer de se servir de toute leur raison , et il leur est permis d'espe'rer eu cela des succès durables.

L'abolition du divorce dans plusieurs pays, aggrave nécessairement la position de quelques infortunés de mœurs irréprochables. Il n'est pas également certain que ces rigueurs de la discipline contribuent à rendre plus douce une association qui , s'il cuit permis de la rompre , n'en subsisterait pas moins ordinairement, et que perfectionnerait souvent alors une sollicitude plus attentive. S'il convient que !a faculté de divorcer soit restreinte dans des bornes qui favorisent la durée de la plupart des mariages,, il n'importe pas moins, et il importe surtout que ce lien ne devienne pas redoutable , que les célibataires ne soient pas nombreux , que le mariage enfin ne soit pas avili , ou abhorre.

Kn renonçant à la polygamie , on a pu rendre meilleure l'union conjugale , et quelques époux, ceux dont les principes et l'humeur ont assez d'analogie, obtiennent sans doute ainsi les véritables douceurs de la vie domestique. Mais l'indissolubilité, cette sorte d'unité de temps, appartient aux notions exagérées d'une pureté apparente. Cette délicatesse du mariage indissoluble a quelque chose de trop subtil. Qui empêche de dire aussi qu'à d'autres égards nous serions plus purs si nous . n'avions pas les mêmes assujétissemens que les divers animaux ? Cependant il faut savoir concilier avee des dehors honnêtes ce» tristes besoins. Vaudrait-il mieux périr faute de les satisfaire, et dans le dessein de montrer par là notre supériorité?

Millon soutient , dans son traite du Divorce, que le mariage n'a pas été institut* |>our la seule procréation de l'homme, mais aussi pour sa consolation. Comme il est rare, ajoute-il, qu'on puisse sa toi r avant l'union si les caractères ne sont pas inconciliables , il est injuste d'exiger qu'on reste encliainé. Si le mariage , poursuit-il , prévient des désordres, c'est seulement lorsque l'affection est réciproque; il en est tout autrement lorsqu'on ne peut regarder ce lien <pic comme un joug. \* no?od du mariage indissoluble, disait un célèbre Rspagnol , est un nœud gordien que rompra seule la feux de la mort. Lorsque le divorce a été permis en France, il y a plus de trente ans , des ecclc>iasliqnes, qui paraissaient éloignés de toute ambition et de toute intrigue, ont rassuré, du haut de lu chaire, les consciences timorées, en observant que dans la supposition même où l'Évangile exigerait réellement l'indissolubilité du mariage, une loi qui ne prescrirait pas le divorce . et qui , ne le conseillant jamais , le permettrait seulement, ne pourrait cire regardée comme contraire à la doctrine Mirée.

On a beaucoup cent sur le divorce (*); ce qui conviendrait

ob«i-rvati»ii»qiii forment U *un«- de cette lon;;u«> noir , ont • tr r. ritr»ni IKlti. On m a iinnniii. »|,»r» <|>i un juinr, \ > piornul- .ation delà loi qui abolirait le dnor«r a f.it nurr lr. drriiin* f'UllirU.

La fatnl'r lr rtnorcr, f olei en Uih.. a e|r , en K»l , Ubj.-i (I'oim

maintenant , ce serait de ramener la question à sa simplicité naturelle. Un des premiers soins doit être d'écarter le vain expose des perfections du mariage indissoluble. Les esprits juste* ne pourraient en rien conclure contre le divorce. Le lien perpétuel n'offre ces avantages qu'à ceux qui sont bien unis , qui se sentent heureux, et qui par conséquent n'useront pas de la faculté de divorcer.

Il en est de même, à plus forte raison , des beautés surnaturelles qu'on veut apercevoir dans le mariage. Le théologien peut s'en occuper dans une dissertation sur les sacremens; mais l'esprit de la loi civile n'est pas de s'attacher à une harmonie presque idéale, il ne lui appartient de régler que les intérêts présens et positifs. Si une certaine dignité , qu'on juge à propos de croire céleste , devenait l'objet des lois civiles . elles conseilleraient, à l'exemple de la loi religieuse , elles favoriseraient la continence , et comme les lois humaines prescrivent au lieu de conseiller seulement, pour empêcher l'État de périr , il faudrait enfreindre sans cesse la loi de l'État.

Plusieurs écrivains ont considéré le mariage sur la terre comme l'essai d'un lien plus durable. Ils ont vu dans cette association de nos rapides années, des fiançailles pour une union sans terme. Ces perspectives d'un autre monde sont très

proposition de M. de Schonen, esprit éclairé dont ce qoi e«t jua«« ou «Moralement utile anime toujours le zèle. Heureusement, il |>ara»« «erlain que la question va «*tre diaentée de nouveau.

propres à satisfaire l'imagination ; mais, quand on rédige une loi, il faut plus d'exactitude. Que veillent les contractons . que |icDsent-ils? Voilà ce qu'on dort considérer. Certainement c'est du mariage dans la rie actuelle qu'ils s'occupent presque tous* et ils sont persuades que les lois humaines s'arrêtent aux portes du tombeau. Trop souvent ces lois restent défectueuses en réglant les choses visibles, que serait-ce si elles embrassaient rincoDOU? 11 faut être reçu citoyen de la Nouvelle Jérusalem pour savoir ce que sera dans les cieux 1 union conjugale»

On cite avec complaisance la plupart des législateurs qui, en établissant , ou en reformant le mariage , firent intervenir le sacerdoce. Nais c'est encore mettre des mots à la place des rnoses. i ersonne ne propose u einpecnei in ja sanction rcnaiense du mariage» ou même de changer à cet égard la disopline de l'Eglise : il s'agit seulement de permettre le divorce à ceux qui jugeront que leur conscience ne le leur interdit pas. On s.iit d'ailleurs que sous la loi de Moïse, et dans les premiers siècles du christianisme, le mariage était simplement un contrat civil. Pendant long temps l'Église ne s'est pas opposée au divorce. Remarquons de plus que ces hommes dont la pieuse sagesse , luttant contre le délire du siècle , ne renonce pas à mêler la religion à l'administration civile des États , et à confondre la loi spirituelle avec la loi temporelle , ont ordinairement le malheur de ne pas entendre par religion un cultr saint et nécessaire , un culte révélé. Ils abusent, pour vous surprendre , de ce qu'il y a de grand et de sacré parmi vous dans l'idée du culte. Tandis que vous songr* à une religion

divine, ils demandent pour tout pays une religion quelconque, c'est-à-dire vingt fausses , et une seule vraie , ou vingt fois contre une des erreurs grossières , et de détestables superstitions. Voilà ce qu'ils vantent infatigablement. Ils disent d'une

manière un peu cachée, mais enfin ils disent qu'il n'y aurait eu jadis ni morale , ni politique sans les autels de Jupiter ou de Teutatès, et que, par exemple, le mariage n'eût été qu'une honteuse fornication, si Junon ne l'eût pas sanctifié.

On répétera qu'il faut pourtant que les lois de l'État soient d'accord avec les préceptes de la religion de l'État? Ce sera encore un vain raisonnement. Le divorce, en tant qu'il occasionerait un second mariage, n'aurait jamais lieu malgré la conscience des fidèles, et il deviendrait une simple séparation pour quiconque le voudrait ainsi. Ceux qui croiraient enfreindre par là des devoirs d'un autre ordre , n'useront p.is d'une telle liberté; mais il est d'autant plus naturel de la laisser en France que les Français n'ont pas tous des croyances qui la prohibent. La loi fcra-t-elle des distinctions, et lui appartient-il de peser les scrupules ? Elle n'exige pas que l'on soit de l'Église romaine , comment rendrait-elle civilement obligatoires les décisions de cette Église? Tout ce qui est respectable n'est pas pour cela du ressort des lois. Craignez même de trop exiger dans nos temps de faiblesse ; évitez de n'accorder le divorce qu'à ceux qui déclareraient appartenir aux communions réformées. Lorsque autrefois l'Église de Rome perdit un si grand nombre de ses disciples, beaucoup d'entre eux succombèrent'à des tentations de cette nature. ■

C'est avec aussi peu dr justesse qu'un fait valoir comme décisives de certaines considérations morale». S'il est quelque mérite dans la constance, quelque vertu dans la résignation , que de désordres, de crimes même seront les fruits presque inévitables d'un assiiictissetnent sans terme. d*un malheur sans espérance, d'une haine sans oubli? La séparation peut, il est vrai, prévenir ces maux; mai* ne voit-on pas qu'elle ofïre les ioconvéniens réels du divorce , et d'autre* encore ? Elle rend au célibat , elle livre aux mœurs trop faciles dont il devient le prétexte , des individus qui sont dans la force de l'âge, et qui, avec une conduite plus timorée , se trouveraient souvent punis tous deux des torts d'un seul.

L'amour de l'ordre est aveugle quand il produit cette régularité inflexible. \ ous chérissez dans le mariage irrévocable , l'uniformité d'un mode qui soumette tout ; c'est pour cela que vous préferez au divorce la séparation , qui, presque toujours moins consolante , excepte pour la licence , sera plus rarement invoquer. Vous êtes si éloignés de penser mal du prochaiu , que les dehors vous suftiscot. Et d'ailleurs qu'importent une longue suite de pcrlidics , pourvu que vous évitiez l'éclat d'une plainte ouverte. Vous comptez pour rien les chagrin» les plus amers m on n'en parle pas , et les plus détestable» abus s'ils restent déçu IMS sous quelque apparence honnête, «/est quand l' hypocrisie s'arrête, que la corruption commence .1 vos yeux. Mai* non . vous connaissez mieux les hommes, et vous savez que partout le> habitudes seront éditantes aussitôt que la règle sera sévère. Aussitôt que le mariage vra indis

solublc , la fidélité sera inviolable , et cette rectitude dans le Code civil suffira pour nous ramener aux heureuses mœurs qui

honorèrent nos ancêtres, avant le divorce, au temps de la régence (*).

Ceux qui, en faisant valoir l'harmonie possible des caractères , approuvent l'indissolubilité du mariage , d'après qnclques faits particuliers , ressemblent beaucoup à ce peintre qui, malgré le désordre survenu dans ses idées , voulait encore exercer son art , et prétendait en reculer les bornes. Rassemblant pour chaque figure deux modèles , il réunissait presque au hasard deux moitiés de visages différons ; c'est ainsi qu'il se flattait , dit-on , de découvrir, dans la physionomie, des beautés de l'ordre le plus élevé, semblables à ces bcaulés mystérieuses qu'on aperçoit aujourd'hui dans le mariage irrévocable. ; •

Dans le divorce, dit M. de B....d , la femme est sacrifice. L'homme , ajoute-t-il , se retire du mariage avec toute son indépendance , mais la femme ne reprend de ce qu'elle y a porté , que son argent. Ceci n'est pas une plaisanterie deM.de B....dj il suppose très-sérieusement qu'au moment du divorce , la femme a généralement perdu sa jeunesse , sa beauté, sa fécondité. Au contraire cela doit arriver rarement, surtout

H Ce paragraphe a été ci lé , le 9 décembre I 831 , dam la Chambre des Député* , comme donnant une idée vraie de» inconvénient du mariage indissoluble.

dans le véritable divorce , qui est, dit Muutcsquieu , l'effet du conscutrmeut mutuel ; 1* demande est alors fonder sur l'impossibilité de vivre dans l'union , unjiossibilité qu'on ne prétendra guère découvrir après quinze ou vingt ans d'inliiuité.

Ces remarques de M. de B....d en faveur des femmes, manquent de justesse à l'égard du divorce; mais, pourvu qu'on en ôtat l'exagération, elles conviendraient à la répudiation, à cette autre manière de dissoudre le mariage, et elles feraient bien sentir l' injustice , ou , comme l'ont dit deux hommes célèbres , la dureté de ce droit exerce' par le mari seul. Le divorce prononcé d'après des torts qui ne supposeraient point la vraisemblance d'un sincère raccommodement, pourrait être considéré comme une sorte de répudiation ; mais celle-là serait équitable , puisque le jugement rendu en faveur de la partie lésée ne deviendrait pas le privilège d'un seul sexe.

II est singulier que M. de B....d objecte contre le divorce , ce qu'on ne peut opposer qu'à un mode de répudiation trèsdi/Térent ; mais ce qui surprend davantage c'est que , précisément dans le même discours , il prélere ce dernier droit ne

n'étaient pas sacrifiées par la répudiation qu'eUes subissaient comme une peine , et elles le sont par le divorce qu'elles réclament souvent comme une justice , ou qu'elles implorent comme un asile. Ainsi ce serait pour le bonheur des femmes , qu'on ôterait l'espoir aux femmes malheureuses dans le mariage; et c'est pour l'intérêt de celles qui se voient réduites à

demander le divorce , qu'on veut rendre leur demande inadmissible. Souffrez qu'elles jugent elles-mêmes de ce qui leur est avantageux. C'est un principe qui n'a rien de révolutionnaire , de laisser à tout individu majeur et jouissant de sa raison , le soin de ce qui le concerne , quand les droits d'autrui ne s'y opposent pas.

Est -il donc si peu de réflexions raisonnables à faire contre le divorce? ne voit-on rien de mieux que de paraître prendjc part au danger du sexe que le mariage doit le plus favoriser ? Voici le raisonnement de M. de B....d en faveur des femmes ; Législateurs, hâtez-vous de consacrer leur entière dépendance, car elles sont opprimées par cette faculté du divorce y véritable démocratie domestique, qui permet à la partie faible de s'élever contre l'autorité maritale.

Si une femme s'est attachée avec sincérité , si elle s'est donnée avec candeur, si elle ne demande d'autre joie que les caresses de ses enians , et l'estime , ou la bonne amitié de son mari ; si pourtant il est livré , soit au jeu , soit à d'ignobles habitudes , ou s'il est subjugué par des maîtresses artificieuses qui s'efforcent de l'éloigner sans retour de sa femme; si des lors elle ne peut plus attendre de lui qu'une défiance apparente, d'injustes méprio, et de durs traitemens; si , n'a vaut opposé a ces travers que des pleurs pendantdes années, clic ne voit d'autre moyen d'échapper au désespoir que de se retirer légalement , vous qualifiez sa prière d'insubordination , et d'ignorance de ses véritables intérêts : c'est disserter en homme de parti, et non s'exprimer en législateur.

M. de B....d ajoute que la loi du di votre a ébranle les fondémens des sociétés, que cette loi désastreuse, fille aînée de la philosophie t a tout corrompu , et qu'enfin [ par suite de cette corruption , sans doute ) personne ne veut plus en user. On pourrait conclure , de cette dernière assertion , qu'une loi si détestable devient du moins inooeente faute de partisans t et qu'il n'est pas nécessaire de l'abroger promptement avec une solennelle indignation.

Ailleurs, et par distraction, M. de B....d prétend que la faculté de divorcer est condamnée des législateurs m& mes qui la proposent. Peut-être ces législateurs préfèrentils au divorce la durée d'un excellent mariage; mais ils demandent le divorce quand le mariage est mauvais. Le divorce n'est pas un bien ; on le propose seulement comme le moyen d'éviter un mal extrême.

C'est dans les intérêts des en fans que se trouveraient les plus fortes objections contre le divorce, si les mêmes inconvénient ne résultaient pas en partie de la simple séparation. Toutefois l'exemple de tant de peuples anciens et modernes peut faire regarder ces difficultés seulement comme un motif de régit r a\< beaucoup d'atteotion ce qui concerne les enfans , et de répriiut r d'ailleurs les caprices qui changeraient en liceoee U liberté de rompre le mariage. Sans doute il convient que la séparation des époux n'ait lieu que d'après une volonté durable et réfléchie; mais par quelle raison tirée des choses de ce monde, ceux qui n'espèrent nullement cesser de se mépnser ou de se haïr , seraient-ils condamnés à vivre dans le supplice immoral u. 47

d'une apparente intimité? Sans approuver expressément le divorce, la loi peut le permettre comme un remède particulier â des maux qui s'aggraveraient chaque jour. Ne fait-on pas ainsi dans des circonstances plus funestes ? On blâme les jeux publics , et on les tolère. Conviendrait- il d'interdire tout ce qu'il est difficile de régulariser? Des lois simples n'ont jamais été suffisantes pour les transactions des négocians; cependant on ne proscrit pas le commerce , on ne le déclare pas subversif de l'ordre social et contraire aux maximes de nos aïeux. „ Mais en réduisant à une juste valeur ce qu'on a dit de ces obstacles mêmes , vous verrez que si tout n'e^t pas bien pour les enfans après un mariage rompu, il ne s'ensuit pas que tout soit bien pour eux quand le mariage est indissoluble. Ils sont plus heureux, ou mieux élevés, lorsque le père et la mère sont bien unis ; mais le divorce sépare-t-il ceux qui sont vraiment unis? Pourquoi supposer que l'union sera parfaite si le divorce est interdit, et que s'il est admis, au contraire , l'union sera dissoute par une fantaisie , par une passion , qui , sans cette liberté, n'eût pas eu de suites? C'est un point de vue très-faux. Peut-èlre le divorce fait- il rompre quelques mariages que l'on aurait enfin supportés; mais généralement la durée de ceux qu'il doit terminer serait intolérable pour les époux , et d'une bien faible utilité pour les enfans. Jamais ils ne reçoivent une éducation morale plus mauvaise que chez des parens qui vivent dans la discorde , ou seulement dans une froide inimitié.

M. de M e , qui fait des réflexions très-justes sur les

inconvéniens du divorce (toute loi a ses inconvéniens), suppose

ensuite que la femme qui le demande obéit aux conseils d'un séducteur qui ensuite la méprisera. Avec de telles suppositions , et en généralisant ainsi des cas particuliers , on arrive facilement aux conclusions que l'on a choisies.

Autre supposition de M. de M e. Les violences, les

crimes des époux mécontens étaient rares. C'est-à-dire que rarement le public en aviit connaissance ; ce secret des attentats domestiques est précisément ce qui les rend affreux. Ordinairement la justice n'en était pas instruite, mais les confesseurs en savaient plus sur ces cas réservés. Un homme distingué par l'étendue de ses connaissances tenait, disait-il , des grands pénitenciers que le plus ordinaire de ces crimes particuliers

A la manière dont on peint les funestes suites du divorce , qui ne croirait que nulle part l'expérience n'en a montré les résultats , si ce n'est depuis quelques années , et en France seulement. M. de M e observe que la fureur du divorce ne

discontinua pas pendant dix ans. Mais c'étaient dix ans de révolution ; au milieu des troubles publics , il n'est guère de règlement dont on puisse connaître les véritables effets. M. de

M e dit encore que les divorces furent nombreux à Parts;

mais il eût trouvé dans la plupart des provinces des résultat* trà-difïércns. On s'occup* trop exclusivement de la capitale, qui eotin n'est qu'une ville , et tous les jours on paraît oublier les trente-oeuf autres quarantièmes de la population. « \ it-on rien de semblable, s'ccrie-t-il , parmi les nations qui ont adopté le divorce ? Otte réflexion même auratt pu lui faire sentir

qu'en France la fureur de divorcer eut quelque chose d'accidentel , et qu'il n'en serait plus de même du divorce régie par le temps, ainsi que par de sages précautions légales. Ou assure qu'il suffît d'une si abominable liberté pour tout pervertir; mais une partie du monde admet le divorce, et, en comparant les peuples entre eux , on aura peine à se persuader que la rectitude générale des mœurs , ou spécialement la régularité des mœurs conjugales dépende de la sévérité des réglemens du mariage.

Quand un auteur qui a joui d'un moment de célébrité s'est occupé avec quelque suite d'une question importante, s'il a eu recours à des sophismes , on doit croire qu'il ne pouvait trouver rien de meilleur en faveur de son opinion. Le 16 décembre 181 5 , M. B....d était-il dans les dispositions que le bon paria de Bernardin de Saint-Pierre exigeait pour la recherche de la vérité ? Deux ou trois observations rapides suffiront pour justifier le doute à cet égard.

« La société domestique commença par l'indissolubilité du lien conjugal. » C'est ce que personne ne saura jamais, et ce que tout homme non prévenu trouvera peu vraisemblable.

« Le législateur suprême , en parlant de la dissolution du mariage, dit lui-même qu'il n'en était pas ainsi au commencement. » Aussi ne sommes-nous pas au commencement ; nous nous en éloignons même beaucoup plus que Moïse, à qui furent dictées , par le législateur suprême , des lois nouvelles.

« La loi en faveur du divorce a été combattue par les meilleurs esprits. » On trouverait des avis contraires; on citerait

Montesquieu , etc. Mais ce n'est point par des autorites qu'on doit éclaircir la question ; pour la décider, il faut un examen sincère des besoins de notre temps.

M. dcB....d ajoute que le divorce est un monument de hontej mais , selon lui-même , c'est le Dieu d'Israël qui posa la première pierre de ce monument de honte. Si le divorce attestait la faiblesse des nururs , le dérèglement des esprits , c'est au-delà des Pyrénées et des Alj>es qu'on devrait trouver presque toute la morale, presque tout l'esprit de l'Occident.

« Nos lois actuelles, séparant avec soin ce que les législateurs de tous Us temps avaient mis intérêt à réunir... ne considèrent le mariage que comme un cootrat civil. » Ceci pourrait provenir de ce qu'en effet nos lois sont seulement civiles, et de ce que tes oracles gardant aujourd'hui le silence, les législateurs ne reçoivent plus d'eux leur mission. I* cours des générations a changé ces usages , et nous venons de voir que, pour le* contemporains de Moïse , les choses n'étaient déjà plus comme au commencement. Le divorce n'a pas même été proscrit constamment dans la France catholique. Au huitième siècle , on divorçait quand l'un des conjoints était attaqué de la lèpre ; alors « la partie saine se remariait. »

« l~i (in du mariage est à la fois la production de l'enfant, et sa conservation. * Le divorce ne s'y oppose point dès que les en fan 5 appartiennent à une famille, ou que l'État se charge d'eux.

« I,cs peuplades sauvages, où tous les individus se marient, sont faibles et misérables ; mais chez 1rs peuples civilisés où

les lois de la société condamnent au célibat une partie nombreuse de la nation , l'état est populeux et florissant. » Il es visible que cette population ne vient pas de l'indissolubilité du mariage, mais des facilités que donnent pour la conservation desenfans les arts utiles, et une vie plus sédentaire. M. de B....d oublie soigneusement la population florissante de plusieurs contrées où le divorce est admis. Remplacez par les choses relatives à la question , et que M. deB....d oublie , les choses qu'il n'oublie pas et qui sont étrangères à la question ; vous vous ferez alors une idée de la manière dont il l'approfondit , et de la maturité avec laquelle trop souvent on discute un projet de loi.

a C'est à l'enfant seul que tout se rapporte dans le mariage. » Si c'était à l'enfant seul, il faudrait dissoudre tout mariage .stérile , du moins quand la femme entre dans l'âge qui ne laisse plus d'espérance, et il suffirait de ceci pour que le divorce fût pleinement justifié. Mais ceux qu'on marie n'ont pas uniquement en vue l'enfant qui n'existe pas encore, et qui peut-être n'existera pas. Pourquoi s'oublieraient-ils eux-mêmes? Rien de moios naturel, rien de moins juste que ce système général d'abnégation. Sacrifier sans cesse et d'une manière positive le présenta l'avenir, c'est ôter aux intérêts de la vie toute réalité. Si le végétal n'a jamais de prix que par la graine qui le reproduira , quel sera le but de la culture ? Les parens cherchent d'abord leur propre bonheur. Mais ensuite ils veulent celui de l'enfant qui survient; ils disent avec joie : c'est un de nous.

« Le perc et la mère qui font divorce sont deux forts qui

s'arrangent pour dépouiller un faible , et le pouvoir public qui y coosent est complice de leur brigandage. » Le divorce n'est pas une injustice à l'égard des cnfans ; ils ne sont pas abandonnés , on ne li*s dépouille point, et il n'y a point là de briganthtge. Vainement on dirait que ce qui a été stipulé pour un tiers ne peut être détruit sans son consentement. Si le divorce est permis, les stipulations qui, dans l'acte de mariage, concernent ce tiers, ne sont pas absolues, et elles supposent toujours la possibilité future du divorce ; d'ailleurs ce qui a été réglé à l'égard de l'enfant, ayant pu l'être, et l'ayant été sans lui , n'est obligatoire qu'autant que les contractai ne rompent pas le contrat. Si le fils souffrait de cette rupture, ce qui même n'est assurément pas inévitable, il serait encore faux de dire qu'il est sacrifié. I,a loi qui d'abord aura pu lui être contraire pourra ensuite lui devenir favorable à lui-même , s'il se trouve qu'il ait fait un mariage funeste. Le divorce, qui , par ses suites, diminue l'héritage d'un premier enfant , doit-il être considéré comme un acte de brigandage ; alors ce sera aussi un abus, la où le divorce n'existera point , ce sera un brigandage d'avoir plusieurs cnfans. Ainsi il nous manque une loi qui enjoigne de se borner dans chaque mariage à un seul enfant , afin que de plus jeunes ne viennent [>oint déranger l'aîné dans son attente, et que leur naissance ne dépouille pas le faible.

« Otte troisième personne ( l'enfant v ne peut, même présente, consentir à la dissolution de la société qui lui a donné l'être , puisqu'elle (cette troisième personne) est mineure dans la famille, même lorsqu'elle est majeure dans l'état.... et le

pouvoir civil qui l'a représentée pour former le lien de la société ne peut plus la représenter pour le dissoudre , parce que le tuteur est donné au pupille , moins pour accepter ce qui lui est utile que pour l'empêcher de consentir à ce qui lui nuit. » Si la société qui donna l'être à cet enfant est formée sous une loi qui n'interdise pas le divorce , nécessairement le divorce ne changera pas ce qui aura été réglé à l'égard de l'enfant. De plus , il suffit d'un peu d'attention pour sentir que l'enfant parvenu à l'âge de majorité n'est pas plus mineur dans la famille , quant à ses intérêts personnels , qu'il ne l'est dans l'État , bien que le pouvoir ne soit pas entre ses mains. On renonce à combattre le reste de ce passage; il faudrait d'abord en déterminer le sens , ce qu'on ne se flatterait pas de faire en peu de mots : on est loin même d'assurer que de telles subtilités aient un sens.

M. de B....d observe encore que des écrivains protestans ont blâmé le divorce. Cela montrerait seulement qu'il n'y a pas à cet égard, chez (es protestons, l'unanimité qu'on ne voit pas non plus chez les catholiques dans le sens contraire. M. de B....d n'en peut tirer aucun avantage, à moins qu'il n'en conclue que les protestans condamnent généralement le divorce admis toutefois par les protestans. Il semble vouloir insinuer que , du moins de nos jours , tout le monde est de son sentiment ; mais ce n'est qu'une forme oratoire empruntée de ceux qui ne s'attachent pas à parler avec exactitude. Dans toute discussion morale , politique , ou autre, quand les avis sont le plus partagés , on n'en répète pas avec moins d'assurance des deux parl> :

3tô

Tout le monde pense... tout le monde veut. Dites moins que tout le monde désire ce que vous approuvez ; mais montrez , en raisonnant avec justesse et de bonne foi , que vous le préférez parce que la raison l'approuve.

Dans le Rapport fait au nom de la Commission de la Chambre des Députes, le 19 février 1816 , les objections en faveur du divorce ne sont pas éludées ; mais ce qu'on leur oppose de plus posif est tiré de la discipline de l'Église, d'après ce principe que la religion catholique est déclarée celle de l'Etat, et que la plupart des Français n'en reconnaissent point d'autre. C'est dénaturer la question ; la loi civile n'a pas pour fondement la loi religieuse. L'objet des deux lois est le même à plusieurs égards ; mais les bases étant différentes , et les dernières fins n'appartenant pas au même monde, les moyens peuvent et doivent n'être pas semblables. Si les lois eivdcs empruntaient leur plus grande force de la loi religieuse , elles ne devraient être qu'un commentaire du texte sacré. Cet état de choses a lieu quand l'enthousiasme est général , quand la foi est aveugle; alors les lois humaines sembleraient trop profanes , et l'administration reste théocratique. Mais ces sortes de gouverne meus ne sont plus ; il faut régler , en Europe , les choses de la

terre conformément à la situation Ja plus générale des esprits éclairés dans l'Europe.

Pour concilier les deux lois politique et religieuse , il n'est pas nécessaire que Y une des deux fléchisse ; il convient seulement que la première ne prescrive pas ce que l'autre a prohibé. Il faut quelque soin sans doute pour mettre en harmonie les dispositions de l'une et de l'autre, et cet embarras est inévitable dans tout pays soumis , en quelque sorte , à deux autorités ; mais si la loi civile devait exiger tout ce que demande la loi religieuse, cette loi civile n'ayant plus de caractère qui lui fût propre , la loi sacrée suffirait , et ce serait revenir au gouvernement des prêtres de Thèbcs ou des premiers califes. Toute véritable loi civile se règle sur des maximes temporelles , rien n'étant bon s'il ne subsiste selon sa nature. Comme il serait absurde de ne pas obéir à Dieu , les législateurs ne peuvent exiger ce qui paraît défendu par la conscience; mais comme il ne leur appartient pas de prononcer sur ce qui dépend de la foi , leur devoir est de n'ordonner jamais ce dont la raison ne se trouve que dans les préceptes d'une communion , cette communion fût-elle unique dans l'État.

Si l'un des deux époux malheureusement désunis rencontre dans sa croyance un obstacle au divorce , tout se réduit pour lui à une simple séparation , et il reste célibataire. C'est assez qu'il rende cet hommage à la force du sacrement; il n'est responsable que de ses propres œuvres.

On craint tiuc la loi civile n induise les Gdèles à violer la loi religieuse. Mais la loi civile ne le conseillera nullement , et

cria suffit. Si la destination des lois temporelles était d'ajouter une nouvelle force à des couimanderaens d'une autre origine , il faudrait, premièrement, qu'elles fussent diverses pour les Français des diverses communions ; secondement, qu'elles s'attachassent à faire suivre sans exception tous les réglemens de l'Église, ce qu'on n'avait pas cru jusqu'à présent nécessaire, ou même possible.

D'après le Rapport , tout en distinguant avec justesse le cas où la loi religieuse défend ce que la loi civile permet , du cas où la lui religieuse permet ce que la loi civile dé/end, on trouve bon que cette dernière introduise de nouvelles reventes , qu'après avoir consacre à sa manière les scrupules de la cooscicnce, elle parte du point où ils s'arrêtent, et quelle tende à améliorer le cito yen , en lui imposant un devoir de plus. Ainsi la quantité des devoirs rend les hommes meilleurs , cl c'est dans les liens les plus étroits qu'ils jouissent de toute leur moralité. Ainsi on perfectionne les fidèles en leur imposant des devoirs oubliés par le suprême législateur , mal instruit sans doute de leurs vrais besoins. L'amélioration des mœurs ne serait plus une œuvre qui demandât beaucoup d'étude ; il ne s'agirait, par exemple, que d'asservir tous les Français à la règle des cénobites les plus austères.

Prenons avec franchise ce parti , devenu nécessaire, de laisser a la foi ce qui sans la foi n'est rien , et ne considérons dans les lois temporelles que les diverses convenances delà vie présente. Montesquieu dit que la loi civile peut denaaoder pour la validité du mariage des conditions que la loi religieuse n'a pis exi-

gees. Sans doute; mais il faut que le motif de la loi civile soit conforme aux intérêts de ce monde. Dans le Rapport , au contraire , pour faire révoquer , même à l'égard des protestons T la loi du divorce, on prétend s'autoriser du caractère indélébile •du sacrement chez les catholiques.

Pourquoi attacherait-on des idées absolues de perpétuité au mariage considéré sous des rapports civils? C'est un engagement durable en effet , et, quand on le prend , on désire qu'il n'ait pas d'autre terme que celui de la vie , mais ce désir est conditionnel. C'est ainsi qu'on peut avoir choisi, pour s'y fixer , un pays qu'ensuite on quittera , sans que ce soit même une marque d'inconstance. Dans les traités de paix , on désigne pour toujours des limites que les commissaires n'achèveront pas de tracer avant que des obstacles imprévus suscitent une rupture. La longue union que se promettent les époux reste subordonnée aux événemens , avec d'autant plus de raison que souvent on se marie dans l'âge où on connaît fort mal les hommes et les choses. Comme on ne s'était pas proposé de se rendre malheureux, l'inimitié qui survient change la valeur des promesses. On n'en doit faire aucune sans quelque restriction franche; autrement, quel homme seosé oserait donner une parole? Quel homme incapable de manquer à ses devoirs oserait les multiplier? L'inviolabilité de nos engagemens a des bornes; c'est un principe reçu qu'on ne pourrait tenir sans un nouveau crime des sermens criminels , et c'est un principe incontestable que tout pacte doit être annulé par la libre résolution des contraCans.

fif»

On n'entirpreodra pasde rétablir sa us rrscrvc en France les engagemens monastiques ; cela devrait faire sentir que rien d'absolument irrévocable ne convient à l'homme, dont la nature est de changer sans cesse , et qu'une certaine manière expéditive d'établir l'ordre n'était venue que de l'ignorance de l'ordre réel. L'indissolubilité est plus choquante dan3 le mariage que dans l'assujétissement aux règles qu'on embrasse en renonçant au monde. Celles-ci supposent la foi , dont les espérances dédommageraient de tous les biens, puisqu'elles les surpasseraient. On connaissait d'ailleurs les conséquences invariables de ces vœux , et de plus , on pouvait se Ggurer qu'un sacrifice fait à la Divinité devait être sans retour. Mais que signifie un en peinent civil , un engagement volontaire entre deux |»ersonnes qui ne pourront plus redevenir libres si cela leur convient a toutes deux , et dont l'une dépendra des folies ou des vices de l'autre? Pour échappera cette objection décisive, on n'aura d'autre asile que de tristes subtilités, dont il a été déjà fait mention. L'enfant à naître sera regarde comme une des parties contractantes; mais, de peur qu'ensuite il ne consente au divorce de ses prens , on lui ôtera , même dans sa force , et lorsqu'il sera majeur, le bizarre pouvoir qu'on lui aura supposé mystérieusement avant sa naissance , et avant qu'on sût qu'il naîtrait jamais. De telles arguties ont quelque chose de trop suranné; les docteurs du quatorzième et du seizième siècle auraient été jaloux de M. de R....d.

C'est assez que les protestations des amans soient téméraires jusqu'au ridicule. 11 faudrait du moins que dans des occurren-

ces plus sérieuses, nos vœux devinssent prudens et raisonnables. Le seul mariage dont les douceurs puissent se prolonger jusqu'à la Gn de nos jours, est celui qui réalise en partie les espérances sans lesquelles on l'aurait évité. Que le divorce devienne rare, mais qu'il subsiste comme un remède certain quand la mésintelligence ne laissera plus d'autre espoir. Il est vrai , l'indissolubilité du mariage peut inspirer de l'indulgence dans de faibles occasions ; mais cette indissolubilité rend affreux des mécontentemens plus graves. En supposant même que le mariage irrévocable ne fasse que peu de victimes , il faut comp ter pour quelque chose le malheurd'un petit nombre d'hommes, quand c'est pour eux le malheur de la vie entière.

On sera , dit-on , patient par nécessité. Que de charme dans une telle perspective î combien elle doit multiplier les mariages, et combien cette union, silencieusement détestée, améliorera les hommes î On ne tente plus ce qu'on ne peut espérer. C'est en raisonnant de la sorte qu'on a creusé les cachots : un prisonnier chargé de fers dans des souterrains infects ne tente pas ce qu'il n'espère point. Au nom d'un siècle qui prétend n'être plus barbare , méfions-nous de ces moyens de perfectionnement! Fussent-ils plus souvent réels, ce ne se rait pas par la douleur qu'il faudrait conduire à la vertu , puisque la vertu même a pour objet le bonheur général. On aura fait peu de choses dans l'ordre temporel , si en rendant les citoyens exempts d'impureté , on ne les a pas exemptes aussi de peines amères. Ils ne seraient pas même de vrais citoyens : c'est par le bien-être qu'on s'attache à sa patrie dans les teinp*

de mollesse et de raisonnement , c'est-à-dire dans l'état présent du monde.

Le divorce peut s'être établi chez les Français à une époque désastreuse en un sens. Faudra-t-il pour cela le rejeter? Est-il né dans tous les pays sous de funestes auspices? Ici même, il n'a pas été absolument nouveau de nos jours. Xon -seulement des rois, fds de l'Église , mais des particuliers divorçaient jadis , et un autre mariage ne leur était pas interdit.

« Si la sainteté du mariage n'avait pas toujours été respectée par nos mœurs, son indissolubilité du moins n'avait jamais été attaquée. » C'est supposer un désordre plus réel. Dès que les mœurs ont cessé d'être simples , les lois inexorables ne produisent que la dissimulation et la perfidie , ce qui est la véritable corruption. De plus , cette indissolubilité avait été au contraire fort contestée ; il paraît même qu'elle n'avait pas été formellement admise avant la décision de Grégoire IX.

Bossuet a dit que , dès le temps de Clément d'Alexandrie , l'Église, tout en permettant la séparation pour cause d'adultère , n'avait pas consenti à ce que l'un des conjoints se remariât du vivant de l'autre. Cela est possible jusqu'à un certain point ; mais du moins l'Église y a consenti quelquefois , et dans diflférens siècles , en faveur d'hommes puissans ou d'hommes riches. Au reste , il paraît que l'Église est parvenue à interpréter les deux versets de saint Matthieu , comme s'ils ne contenaient pas tes mots : ererptà fomicationis causa. Lorsqu'on rencontre des expressions équivoques dans le texte d'une loi humaine, c'est seulement malheureux ; mais si on entrot»?r

dans une loi infaillible, c'est singulier. Lorsqu'enfin elles y sont, et que le sacerdoce les explique dans le sens le moins naturel, afin d'en tirer le précepte le plus rigoureux , cela , au contraire n'est pas surprenant. Avouons néanmoins qu'il reste à dire que l'Église a devine la véritable intention de Jésus dans cette sentence timidement prononcée. Il vivait sous la loi juive, et la peur d'être lapidé , selon la menace qu'on lui faisait quelquefois , l'aura forcé de déguiser sa pensée divine.

« Si le mariage est indissoluble par son institution et par sa nature , si la religion de l'État le déclare tel, si l'intérêt de la société exige qu'il le soit , comment la loi civile pourrait-elle admettre le divorce ?» La conséquence est juste. Il ne s'agit plus que de prouver ces trois choses : que le mariage soit indissoluble par sa nature , qu'une religion soit le fondement de la loi civile, et que l'intérêt de la société exige l'indissolubilité du mariage.

a Pour ceux qui ont conservé la foi de nos pères , les lois du mariage ont une source noble. » Premièrement, le divorce a quelquefois une source noble , selon vous , puisque , ditesvous, Dieu même l'a établi chez les Hébreux. Secondement, la faculté de divorcer sera nulle ici , comme nous l'avons tu , pour ceux qui auront conservé toute la foi d'aujourd'hui ; ils ne feront pas ce qu'ils ne voudront , ce qu'ils ne devront pas foire. Mais cette même faculté peut être donnée sans inconvénient , soit à beaucoup de Français qui n'ont retenu que l'apparence d'une foi dès long-temps affaiblie chez nos pères ( apparence très-voisine de l'hypocrisie ) , soit à beaucoup d'autres

Français qui plurent avoir perdu cette loi , sans être plus coupables que tant de catéchumènes dévotement arrachés par le rèle de quelque missionnaire à la foi de leurs pères dans des pays recules.

« L'union des époux doit nécessairement st prolonger pendant tout la temps que l'éducation exige. » Notre ordre social est bien imparfait , si l'éducation manque quand les enfans n'appartiennent plus qu'à l'un des deux époux , circonstance qui a lieu tous les jours malgré l'indissolubilité du mariage. Le concours du père et de la mère est très-bon ; mais quand l'un des deux est mort , on ne regarde pas l'enfant comme abandonné. Il faudrait encore examiner, et si l'éducation est soutenue par de Ik>us exemples quand la perpétuité du mariage enchaîne des époux très-désunis , et si , quand on a prononcé la séparation , cela n'équivaut pas à peu près au divorce pour l'éducation des enfans. Un mot encore : l'intérêt des enfans n'.i pas fait interdire le mariage aux militaires, dont la vie est si souvent exposée. Ce fait rappelle que la loi de charité n'empêche pas le carnage méthodique de la guerre. Les sentimens religieux sont toujours subordonnés k d'autres convenances lorsque cela convient aux vues politiques; puis ils sont présentés comme supérieurs à toute autre considération , OjUand cela convient aux vues politiques.

L'indissolubilité du mariage est , dit- on , fondit sur def intérêts plus grands que Us intérêts particuliers des époux. Cette doctrine ne sera bien comprise que des seuls adepte*; les

ii. 18

dans un contrat volontaire , des intérêts plus grands que ceux des parties contractantes.

« La dissolution de tout engagement doit , pour être juste , remettre ceux qui l'ont formé au même c'tat... ; ici , cela se peut-il ? L'homme n'a fait aucun sacrifice j il n'en reste plus à faire à la femme. » Si l'application de cet axiome peut être juste dans la question du mariage, ce n'est qu'à l'égard du droit de répudiation exercé par le mari : le divorce en diffère essentiellement. C'est à ceux qui rompent eux-mêmes leurs engagemens qu'il appartient d'examiner l'état où ils vont être. La femme qui consent au divorce , ou qui le demande ne le croit pas mauvais pour elle , et certainement c'est à elle à en juger. Et si une veuve s'est remariée, quel sacrifice particulier a-t-clle fait ? L'objection ne concernerait d'ailleurs que les mariages conclus avant que la loi permît le divorce ; dans les autres il doit être prévu comme possible.

a La férocité du caractère des Juifs força leur législation à s'écarter de la loi de l'indissolubilité du mariage. » Si une législation donnée par la Divinité même fut réduite , selon vous , à suivre alors des convenances locales , à plus forte raison , dans la loi proposée ici par des hommes , on fera sagement d'accorder quelque chose à l'indocilité de notre siècle ! Espérez-vous avec des lois austères réformer le caractère français , et lui rendre V ancienne pureté, tandis que Dieu lui-même , d'après votre remarque , avait trouvé bon d'accorder à l'imperfection du peuple choisi , et le divorce , et la polygamie? Que faut-il penser de cette horreur pour l'indul-

gcnce , qui tous fait dire d'une loi jadis divine selon vous , qu'elle dégrade un engagement saint , et qu'elle abandonne les hommes au délire des passions ?

Si dans les villages , le nom du divorce est à peine connu, il faut en inférer avant tout que la possibilité de divorcer ne suffit point pour exciter au divorce. Comme il sera seulement toléré , les gens de bien l'éviteront autant que cela leur paraîtra possible , et dans les villes même il deviendra moins fréquent , on l'avoue. On reconnaît aussi qu'il sera très-rare dans les campagnes; comment donc ébranlerait-il les fondemens de l'État?

La population , ajoutc-t-on , s'accroît plus dans les campagnes que dans les villes, et on en conclut avec une singulière précipitation, que cela vient de la rareté du divorce cbei les cultivateurs. Mais , avant qu'on divorçât dans les villes , il y naissait également , parmi les premières classes , beaucoup moins d'enfans qu'au milieu des campagnes.

« Lorsque les mœurs des Romains eurent commencé de céder à l'influence de la loi du divorce, leur dégradation s'opéra... et la dépopulation se fit ressentir...» La dégradation des mœurs dans les trmps de Mai ius , de Catilina , de Tibère , ne peut être attribuée au divorce; autrement il faudrait attribuer au christianisme l'extrême dégradation des mœurs du Bas- Empire. Ce sont de ces circonstances qui appartiennent aux mêmes époques , sans que les unes soient la cause des autre : quand on raisonne de bonne foi, on ne s'arrête pas à ce concours fortuit , dont les seuls déclamateurs ont coutume de tirer

avantage. Si d'ailleurs chez les Romains , plusieurs siècles s'étaient écoulés avant que l'autorisation de divorcer ne dégradât les mœurs , cette loi pourrait donc n'avoir pas toujours des suites désastreuses.

On vante, a dit M. Andrieux, dans la Décade , an 5, les mœurs des Romains qui ne firent point usage du divorce jusqu'en Tannée 54o j mais on ne dit pas , ajoute-t-il , que , selon Tite-Live, en 4^3 , cent soixante-dix femmes furent convaincues d'avoir attenté aux jours de leurs maris par le poison.

« On a opposé, dans le cas de l'adultère, qu'une simple séparation ne mettait pas à couvert le mari, comme le ferait le divorce, du danger de la naissance d'un enfant illégitime... Cet inconvénient est grave , mais... » Il est tellement grave qu'on devrait le regarder comme décisif. Il y a quelque chose d'essentiellement odieux , d'essentiellement immoral dans la nécessité 'où on met un homme de traiter comme un de ses eofans celui qu'il sait n'être pas à lui. Cette contradiction entre le devoir légal et le devoir naturel est digne du désordre , de la confusion , de l'ignorante injustice des siècles les plus ténébreux.

On insiste sur les conséquences du divorce, comme si la possibilité de divorcer devait rompre tous les liens. Mais le mariage aussi a des inconvéniens dont il serait facile de faire une vive peinture; cela n'empêche pas de le maintenir , parce qu'il est bon quelquefois , et parce qu'il s'adapte au système général de nos institutions. Maintenez aussi le divorce, le droit imprescriptible de rompre un engagement mutuel, quand ou le maudit mutuellement , et avec une triste persévérance.

Diminuex l'asservisse ment , tous ramènerez la droiture. Sans doute Tordre politique exige des sacrifices , mais il doit laisser quelque espérance. Ne mettez jamais les hommes dans une situation qui leur paraisse intolérable , et que la mort seule puisse terminer; ne faites pas entrer le desespoir dans la trompeuse exactitude de vos plans systématiques.

Souvent c'est faute de connaître ce qui doit être ou ce qui est , que l'on s'attache à imiter ce qui parut convenir dans d'autres âges. Sans doute l'opinion a des moraens d'incertitude; mais c'est une raison de plus pour que le législateur se montre circonspect. On s .irrèterait à de vaines apparences m on regardait toujours comme les principaux interprètes du vœu public, ceux à qui le sort prépare l'occasion de se faire entendre. Il serait aussi difficile de reproduire la France de Louis XIV que celle de Mérovée. Les intentions de la génération présente peuvent être rectifiées , mais surtout par ses propres réflexions. Que le génie de nos lois devienne conforme au génie de notre temps : si on veut un ordre durable, il Cuit ne vouloir que la France des Français.

Il est une remarque qu'on ne saurait omettre en terminant. Ces publicistes dont le zèle réclame l'irrévoeab il lté des vœux du mariage comme une loi fixe , ces mêmes hommes supposent, tant leur esprit est conséquent , ils affirment que les vœux perpétuels ne sont plus autorises parmi nous , et que \» servitude est abolie.

NOTE h. (Pafîr 3f ).

« Ce qui vous abuse — c'est la pensée que l'amour est nécessaire pour former un heureux mariage. C'est une erreur; l'honnêteté, la vertu, de certaines convenances, moins de condition et d'âge que de caractère et d'humeurs , suffisent entre deux époux ; ce qui n'erapeche point qu'il ne résulte de cette union un attachement très-tendre, qui pour n'être pas précisément de l'amour , n'en est pas moins doux , et n'en est que plus durable... On ne s'épouse point pour penser uniquement l'un à l'autre, mais pour remplir conjointement les devoirs de la vie civile, gouverner prudemment la maison, bien élever ses enfans...» {Nouvelle Héloïse , IIIe partie, lettre xxr.)

NOTE 5. (Pj8« 37 V

On assure que jadis , en Russie , une fille , au moment de se marier, se montra t nue aux amis de celui qui devait l'épouser. On aurait pu prendre en cela un parti moins susceptible d'être blâmé tût ou tard par les nations voisines; mais enfin on avait jugé convenable d'en prendre un.

Ce n'était pas tout néanmoins. Si on obtenait ainsi quelque* données, elles restaient insuffisantes. Que de fois on a vu ceux qui avaient le plus désiré cette union, ne sortir qu'avec de* fccntimcns très-équivoques, ou même avec une' aversion mu tuelle , d'une épreuve si rarement redoutée , mais assez redou table en effet ï I*a manière dans le plaisir paraît quelquefois au-dessus du plaisir même , et dès lors elle petit aussi le rendre indiffèrent, ou même importun.

II y a dans un mariage malheureux, dit madame de Staël . une force de douleur qui dépasse toutes les autres peines.

Quoi qu'il en soit , le jour du mariage est devenu presque partout un jour d'amusement. On ne saurait plus gaiement faire dépendre d'un coup de dés sa satisfaction , son rrpos , sa

fortune , son honneur, tout ce dont chacun s'occupera les autres jours avec tant de défiance et de sollicitude.

Quelqu'un , chez les Arabes , a raconté comme il suit rétablissement du mariage, c Le dieu d'Ismaël avait dit , au commencement des temps : La femme désirera des enfans , et elle sera chargée d'eux ; mais l'homme viendra volontiers à son aide. Après plusieurs générations , un législateur s'offrit , et voici ce qu'il imagina : L'homme aura la femme chez lui , un mois pour lui-même , puis vingt-cinq ans pour elle, puis trente ans sans savoir pourquoi ; il sera à jamais chargé d'elle, et de tous les enfans qu'elle aura jugé à propos d'avoir. Aussitôt l'homme consentit et s'inclina , disant : Merci , ce sera parfait. »

Voici une singulière apologie du mariage • elle est tirée de Mauléon. « C'est parce qu'un homme a des faiblesses , qu'il lui importe de se donner une famille obligée de les tolérer par devoir. La société n'est pas tenue de s'y plier ; mais elles doivent être supportées par sa femme, elles doivent être respectées par ses enfans. » Au reste , cette pensée sophistique est suivie presque immédiatement d'une réflexion beaucoup plus sage, a Ce n'est pas tout : cet homme trouve dans ses titres de père et d'époux de forts motifs pour se réformer et devenir meilleur. » (Plaidoyer pour Vincent. )

Il convient peut - être de remarquer, en dernier lieu , que même le législateur d'une cité naissante aurait beaucoup de peine à régler le sort des femmes d'une manière qui les fît renoncer à suggérer tôt ou tard , et à faire établir le mariage. On

ne se propose point de donner ici la solution de ee grand problème : Supprimer le mariage sans que ce soit au détriment des femmes.

NOTE 6. (Pâ0e 54).

I«e penchant a la dépendance qui se trouve dans un sexe , et qui s'accorde avec les dispositions tu tel a ires de l'autre , a été bien senti par Plutarque. « Il semble, dit-il , que les mères aiment plus coutumièrement les (ils que les filles, comme ceux de qui elles espèrent plus de secours; et bs pères, au contraire, aiment plus les filles , comme celles qui ont aussi plus besoin de secours. »

( Les Préceptes du mariage, art. xxxiti. )

Cette disposition des femmes qui les porte à demander un maître, ne fût-ce que pour trouver un protecteur, cette inclination si constamment reconnue par madame de Staël , qui , plus que beaucoup d'autres , eut paru |iouvoir s'y soustraire , cette sorte de besoin n'empéebe pas un grand nombre de femmes d'aimer à dominer dans l'intérieur, et même à tout régit indirectement. Elles désirent rencontrer en même trmp» et un

appui durable, et une condescendance qui approche de la soumission. Comme elles veulent montrer beaucoup d'art, l'autorité leur plaît surtout quand les moyens en Le courtisan qui n'aspire j>as à remplacer son prince et prétend que le subjuger, est femme en cela. Quant au célibataire , si on lui voit si fréquemment la manie de s'immiscer dans les affaires des familles, ou dans les affaires publiques , dans tout ce qui ne le regarde point, c'est parce que l'expérience conjugale lui manque : il n'est pas habitué, comme les autres hommes , à sentir que ce penchant à gouverner le prochain doit être laissé aux femmes , et qu'à cet égard on ne pourra jamais lutter contre elks.

NOTE 7. (p.,,;,. :»«).

Ces convenances sont tellement arbitraires, que souvent an les voit négligées par celles d'entre les femmes auteurs qui ont assez de force pour préférer une peinture exacte des choses hnmaincs aux prétendus intérêts de leur sexe. Oswald dans Corine, l'amant de Luxima dans le Missionnaire, n'affectent point cette soumission que peut être on leur eut prêtée,

écrits eussent été' faits par des hommes. Les femmes sensées jugent que l'homme qui aime le mieux est celui qui reste homme en aimant ; elles trouveraient fastidieuse une déférence poussée trop loin , une délicatesse efféminée qui d'ailleurs serait peu durable , et qui se consumerait pour ainsi dire dans de futiles occasions. Mais , si c'était ici le lieu , on observerait , quant à Oswald, qu'il est tombe dans le défaut contraire, et que la délicatesse réelle a paru lui manquer en une ou deux

NOTK 8. (I»a;;r 7%).

En s' indignant de cette impertinence échappée à Milton d'après un Grec : « La femme est un joli défaut de la nature , » on n'a pas manqué de prétendre que les femmes devraient partager toutes les fonctions des hommes, i'xt autre non- sens a produit plusieurs dissertations , dans le genre niais , entre autres celle de mistriss Gedwin.

Demander en faveur des femmes une entière égalité, ce serait leur nuire. Kn vain on tenterait de les mettre en possession des droits qu'elles n'onl pas. On se déco»r.ifrerait , et on

sentirait moins combien sont sacrés leurs droits au bonheur : le discernement est le meilleur appui de la justice.

a Dans une société de deux , disait Portai is en parlant du mariage , toute délibération , tout résultat deviendrait impossible , si Ton n'accordait la prépondérance au suffrage de l'un des associes. Ils se doivent mutuellement fidélité , secours et assistance. Le mari doit protection à sa femme , et la femme obéissance à son mari. Cette différence qui existe entre leur être en suppose dans leurs droits et dans leurs devoirs respec ti&. San, doute , dao3 le mariage les deux époux concourent a un objet commun , mais ils ne sauraient y concourir de la même manière : égaux en de certaines choses , ils ne sont pas comparables dans d'autres. La force et l'audace sont du côte de l'homme , la timidité et la pudeur du côté de la femme. La prééminence de l'homme est indiquée par sa constitution même , qui , ne fassujétissant pas à autant de besoins , lui garantit plus d'indépendance pour l'usage de son temps et pour l'exercice de ses facultés. »

Ces réflexions de Portalis sont généralement justes. Toutefois les seuls mariages à citer pour justifier cette institution , les seuls heureux , les seuls louables seraient ceux où la femme , tranquille de son côté , et ne cherchant pas à gouverner avec ruse, ne serait jamais réduite à sentir péniblement Infériorité de sa situation : la déférence de sa part la dispenserait de l'obéissance.

NOTE 9. ( F«te 87 ).

Quelques fetnmfs ont écrit pour dire reconnaître entre les deux sexes une égalité directe , celle qui supposerait les mêmes moyens au mt-mc degré; mais elles auraient pu sentir que les exemples mêmes dont elles prétendaient s autoriser se rviraieot de réponse. Des femmes ont fait des progrès dans les sciences ou dans l'étude des langues ; d'autres ont composé des tragédies ou même des poèmes épiques ; d'autres enfin ont régné non sans éclat , ou elles ont conduit des troupes à la victoire. Mais est-il quelque femme que l'on puisse compter au nombre des savansdu premier ordre? Ont-elles fait du moins YÉnéide, ou même la Jérusalem délivrée? Des quarante tragédies les plus estimées, en est-il une qu'on doive aux femmes? Madame du r.hâtelrt a compris Newton : c'est ce que se permettent quelquefois de simples élèves, lorsqu'ils ont de vraies dispos» bons pour les sciences exactes. Marguerite d'Anjou a combattu avec divers succès; mais a-t-elle égalé les Rustam, les Anni- ImI , les Charlemagne , les (ienghi7. ? Malgré 1 odieuse polilif ur de Catheaine 1], son règne put mériter des éloges; mais •

Pierre , sans rester à beaucoup près irréprochable , avait surmonte, avec plus de génie ou d'originalité, des difficultés plus grandes. Cette même Catherine et madame de Staël sont peut-être les deux femmes que Ton citerait avec le plus d'avantage, et néanmoins, sans sortir de l'Occident , et sans remonter jusqu'à l'antiquité, que de noms au-dessus de ces deux, noms, dans des genres différons, depuis Trajan jusqu'à Voltaire ! Puisque la plus forte main de femme l'est moins que celle d'un homme très- vigoureux, vraisemblablement aussi la tête de l'homme sera toujours douée d'une activité plus énergujuc.

Mais ces remarques ne nous feront pas attribuer aux femmes une infériorité absolue. Si le bras des hommes est plus ferme , celui des femmes est plus gracieux , et les contours en sont plus agréables. La taille des gazelles et des biches est moins élevée que celle des girafes; mais s'il s'ensuivait que celles-ci fussent plus près de la perfection , il suffirait donc , pour humilier l'homme, de lui montrer une masse animée plus considérable , un buffle , un rhinocéros ? Sans devoir être toujours exclues de plusieurs travaux qui , en général , leur conviennent assez peu , les femmes en attendraient vainement la plus haute renommée, puisqu'ils ne forment pas leur vrai partage; mais n'en sont-elles pas dédommagées , si les qualités qui leur appartiennent surtout n'ont eu souvent chez elles d'autres bornes que celles de tous les mérites humains ?

Il faut aborder la question de chasteté : la vérité le veut, et ali fond, cette vérité n'a rien de contraire aux femmes. Beau-

coup d'entre elles , méuie dans le mariage , sont presque vouées à la contiucnce , et au contraire une grande retenue est rare chez les hommes. D'un autre côte, il n a été donné aux femmes, dans nos climats , qu'environ trente années non étrangère* à l'amour, et il en a été donné aux hommes environ quarante einq. Pour retrouver l'égalité qui nécessairement existe entre les deux sexes dans le nombre d'actes de soumission à la loi générale , il faut donc admettre qu'ordinairement une femme peu timorée fait à peu prb en un an ce que fait en deux ans un homme également livré à ses penchans. Il y a ainsi compensation : dans tous les objets peut-être, tant qu'elle ne Yapercoit pas, c'est que le point de vue est encore trop borni».

Selon le vicomte de Ségur , dans son ouvrage sur les femmes f si les hommes ont plus de prudence , elles ont moins d egoïsme. « Excepté sous le rapport de l'amour-propre, rx>ntinuc-t-il , elles se comptent toujours pour rien. Quel entier oubli d'elles-mêmes dans leurs senti mens ! Leur dévouement est tel qu'elles ont Gni par faire croire qu'il est dans la nature : : aussi toutes les lois ont pesé sur elles , tous les sacrifices leu r ont été imposés. • Ces réflexions, qui s'accordent mal, etec (te confusion d'idées sont d'un observateur superficiel. Convient aurat-on si peu d'égoïsme , si on a beaucoup d'amour- propre ? Estce donc par opposition à 1 egoïsme qu'on est e atrainé hors de soi-même , quand on se livre à l'ardeur de 'a** sentimens? Ne % oyons-nous pas ordinairement les jeunes gens , si dévoués dam» la passion , ne vivre que pour eux quand. Us ne sont pas subjugués? Cette faiblesse de caractère et its penchans aveugle* ne

peuvent être des indices de désintéressement ou de bonté. La maie raison , ne voulant d'autre avantage personnel que la satisfaction d'avoir bien fait, s'élève seule jusqu'aux véritables sacrifices. Le vicomte de Ségur n'a pas mieux compris la législation que les mœurs ; il a cm que les hommes s'étaient amuses à faire des rcglcmens contre les femmes. Regardant comme dei< lois accidentelles et oppressives celles qu'indiquait peutêtre la nature des choses , il a eu aussi le malheur de ne pas voir que les femmes mêmes n'auraient rien imaginé de plus favoirable pour elles que les conséquences du mariage. Sans doute elbes ont beaucoup à souffrir ; mais cela provient de la mauvaise conduite ou des inclinations vicieuses d'un trop grand nombre d'htommes , et ne résulte pas des intentions , ou même des actes du 1 égislateur.

D ans Indiana, un de ces romans que connaissent ceux même qui n< e lisent pas les romans ordinaires, il est dit : a Les hommes, et les « wians surtout , ont la fatuité innocente de vouloir protéger la faibb îsse , plutôt que d'admirer le courage des femmes. » Cette disposit ion des hommes est tout-à-fait naturelle. Quand une femme s 'offre au danger sans qu'on en voie l'utilité , comme l'héroïne </e ce roman le fait dans une partie de chasse , et de son plein gre , cette femme ressemble , dans ce moment , à un homme , et dès lors elle est moins aimable aux yeux de la plupart des hommes. Mais qu'une autre femme , privée de tout secours, ne se trouble pas et se défende avec succès, chacun applaudira. Si elle fait t\olus , si, livrée à elle-même , elle brave un grand péril pour sa uver ses enfaus en bas âge , tout homme

raisonnable sera à ses genoux : elle aura montre une vertu de femme.

Une pièce de vers digne, à d'autres égards, du l>cau talent de madame Ja princesse de S. .m, se termine ainsi:

V oilà quel* «ont If» tioiiiinei. . .

Poar qui seul* noui vivon» , cl qui vivent pour ru*.

(> irait poétique n'empêche pas que les femmes , surtout dans la classe doot on parle, avant incontestablement moins de fortune que les hommes, et conservant moins long-temps d'autres avantages , ne vivent et n'arrangent leurs affaires grâce à eux , bien plus souvent qu'eux grâce à elles. Il faut ajouter que les enfans des femmes lcui appartiennent , sans tous appartenir aux hommes charges par la loi de pourvoir aux besoins de ces en- (ans, à leur éducation , à leur établissement.

Que d'hommes doivent a\oir passé une grande partie de leur vie à se sacrifier pour des femmes dont ils n'avaient besoin sous aucun rapport, et qui, sans trop y songer même, ne vivaient que pour elles ! La situation contraire doit être bien plus rare : une femme n'est pas habituellement responsable du sort des hommes , si ce n'est à l'égard de ses enfans , ce qui arrive par exception , et, pourrait-on dire, à l'insu de la loi.

11 faudra renoncer à décider de graves questions en faisant de l'esprit; il faudra tendre au vrai en tout point. H' un antre il. J9

côté , des démêlés semblables doivent ramener cette reflexion qu'un grand nombre de femmes , les unes timorées , les autres réellement vertueuses, se sont fait admirer comme mères ou comme épouses , et que dès lors un des premiers devoirs de l'homme juste est de contribuer de tous ses moyens au bonheur ou à la consolation des femmes estimables.

En dernier lieu cette guerre intestine ne peut avoir de mutuels inconvéniens. On ne croit pas du tout mériter ici la désapprobation des femmes en demandant une suspension d'hostilités pour un temps indéfini.

NOTE 10. (PtCeHO).

L'acception actuelle du mot inceste ferait seule soupçonner en cela l'inexactitude des idées; le sens n'est point d'accord avec l'étymologie. Dans le langage moderne, Vénus , en quittant sa ceinture, ne serait pas incestueuse; mais un descendant des Perses pourrait vivre dans l'inceste, en conservant, selon sa loi , beaucoup de retenue et des habitudes exemplaires.

« Le jurisconsulte Lebrun prétend que l'inceste est contre nature , parce que nous devons plus d'honneur et de îespect à

notre sang , puisque Justinien veut que affinitatis vénérations a quarumdam nupliis abstineamus... Ce même jurisconsulte donnait encore, une autre raison plus plaisante. 11 disait que si l'affection du sang était jointe avec celle du mariage , elle entraînerait un trop grand excès d'amour répugnant à la vraie chasteté, comme Ta observé le jdoetcur Thomas... On ajdit que si ces mariages étaient permis, il en résultcrait'quc les familles s'isoleraient. On cite les Égyptiens, qui, dit on /par cette perpétuité d'incestes , étaient devenus laids et dégénérés. Je réponds d'abord que pour une famille , où il se trouverait maintenant un pareil mariage , il y en aurait cent autres où on admettrait des étrangers. Quant à l'autre raison , les Égyptiens sont aussi laids aujourd'hui , et ils ne sont pas incestueux.» B...

Quand on interdit le mariage entre une tante et son neveu , on allégua pour motif ce qui ne pouvait être tout au plus qu'une occasion de plaisanteries. On craignit que le neveu ne fût embarrassé pour concilier les égards dus à sa tante avec ceux que lui devrait sa femme. Avec cette insoutenable légèreté on régit quelquefois les grandes familles du genre humain.

Des réglemeiis d'économie politique peuvent interdire de certaines unions. Mais on dit aux peuples que ces ordonnances sont des lois de la nature : il est difficile que les peuples le croient toujours.

Les théologiens ont disputé aux législateurs l'avantage de trouver dans la nature une sanction prétendue. Il est dit, dans les Conférences Eccles. de Paris (t. I, p. jgo), que Tmdissolubilité du mariage est de droit naturel. Il s'ensuit que

la loi donnée aux Hébreux par Jéhovah était contre nature. Le même droit naturel s'opposait à la simple fornication , selon le docteur Thomas. Diverses autres prohibitions furent résolues d'après des motifs aussi absurdes. Oo lit dans les mêmes Conférences , au lir. VI : a Les conciles de Maçon et d'Auxerre ont défendu aux veuves des cvêques , des prêtres... des exorcistes, de se jamais remarier, seulement pour l'honneur du rang que leurs premiers maris avaient tenu dans l'Église. »

« Les grands hommes , dit Boulanger , ont bien pressenti en quelque sorte les erreurs humaines ; mais ris les ont seulement ou méprisées , ou plaisantées. Us eussent été bien plus

utiles, s'ils en eussent prouvé en détail l'origine et la filiation.»

( Ayant- prop. de la Dissert, sur Elie et Enoch. )

La confusion des idées ne nuit pas moins à la morale que l'indocilité du cœur. « Les lois qui font regarder comme nécessaire ce qui est indifférent , ont cet inconvénient qu'elles font regarder comme indifférent ce qui est nécessaire. »

Montesquieu.

A l'égard du mariage, les prohibitions du Coran ne sont pas absolues, a II vous est défendu, dit le ch. iv, d'épouser vos sœurs, vos mères, vos filles... Néanmoins si le mal est fait, le Seigneur est indulgent et miséricordieux. »

Chez les Israélites diverses unions étaient prohibées; mais du moins un oncle n'avait pas besoin d'acheter des dispense* pour épouser sa nièce.

NOTE 11. (Page 128).

Ce qui se passe paisiblement, dans le secret de la vie domestique , entre des individus qui n'ont pas contracte' de inahage , ou ce qui durant le mariage est étranger, par une résolution mutuelle , à cet engagement , se trouve par cela même indépendant de la lot civile. Les lois ne pourront assujétir sans exception à leur gravité la folie des sens , que quand elles o auront plus laisse de cas imprévus en aucun genre , lors* qu'elles auront décidé combien d'heures par jour un homme doit consacrer au sommeil , quelles dimensions exactes conviennent pour les diverses pièces de son logement , sur quels objets l'entretien peut se prolonger a la promenade, et combien de pas chacun y fera selon son .îge , ou sa complet too.

Dans certaines républiques beaucoup de détails étaient prévu* par la loi. Mais de tels réglemecs, qui font partie d'une sorte de liberté, sont inconciliables avec un autre étal de « hoscs. Quelque image des désordres particuliers convient

au milieu du désordre public; comment le supporterait-on sans un peu de cette licence qui devient pour beaucoup d'hommes un dédommagement ?

NOTE 12. (Page

Voilà une distinction bien établie entre l'adultère réel, qui est essentiellement coupable , et l'acte indifférent auquel on donne si mal à propos le même nom. La loi voulait celui-ci dans de certaines circonstances, puisque le permettre expressément, c'était le recommander; mais elle punissait l'autre de mort, puisque Solon laissa subsister à cet égard les lois de Oracon. Le crime est dans la violation d'un engagement qui , pour le repos des familles , doit être sacré. Mais quand la promesse n'est pas enfreinte, quand la liberté est rendue, il n'y a plus d'adultère, plus de délit. Chez les Parsis, le mari d'une femme stérile peut en prendre une seconde , mais seulement si la première y consent. Nous trouvons moins de force dans cette loi asiatique. On y cherche une délicatesse qui souvent au contraire peut altérer l'union.

NOTE 13. ( P«Cc. US).

l/iofidclité au sujet de laquelle on a obtenu le consentement de celui qu'elle intéresse ne peut plus conserver ce nom. Quant à la véritable infidélité , elle ne devrait déshonorer que le coupable.

Cependant il se trouve encore des hommes que fait sourire l'industrie du vice , et qui insultent aux victimes d'une mauvaise foi contre laquelle le prudence même n'a pas de garanties. Cest se laisser entrai ocr beaucoup trop loin , mais on y a été conduit par degrés. Il n'est pas surprenant qu'on ait été frappe du ridicule dont se couvre un mari , comme il en est encore sans doute , qui , trompé toujours, se dit toujours certain de la vertu de sa femme . et qui ayant lui-même déclaré la guerre , De sait pas la soutenir. 11 y a en effet quelque chose de burlesque dans l'infériorité d'un homme dont la faiblesse égale la confiance déplacée, ou les soupçons exigeans, d'un homme dont l'humeur est impérieuse , mais que l'on subjugue sans bruit y et qui peut-être parle bien haut de son honneur intact,

au moment même où , dans la pièce voisine , on est deux à en rire.

Ceux qui répandent ce ridicule, et qui prétendent infliger cette honte, ceux-là mêmes mériteraient incontestablement d'être notés d'infamie. S'adresser à une femme retenue dans des liens solennels , l'entraîner à la perûdie envers l'homme qu'elle conservera pour soutien , et le charger d'enfans qui ne lui appartiennent pas , c'est une licence que repoussent tous les principes , excepté dans le code du brigandage.

Quelquefois les femmes, justement frappées du peu d'équité de plusieurs hommes à leur égard , condamnent indistinctement tout ce qui paraît onéreux pour elles , et prétendent que l'aduhère devrait être considéré comme égal dans les deux sexes. Il est bien certain néanmoins que , les conséquences devenant très-différentes, la faute ne saurait être la même. II y a égalité devant la passion , mais non devant la raison. La femme à qui on manque de foi peut en être vivement affectée; mais l'homme trahi , l'homme responsable des événemens , l'homme exposé à faire un personnage honteux , éprouve un tout autre malheur.

a Gomme le mari peut demander la séparation à cause de l'infidélité de sa femme, dit Montesquieu, la femme ta demandait autrefois a cause de l'infidélité du mari. Cet usage s'était introduit dans les cours d'Église, où Ton ne voyait que les maximes du droit canonique ; et effectivement , à ne regarder le mariage que... dans le rapport aux choses de l'autre vie, la violation est la même. Mais les lois politiques et civiles de

presque tous les peuples ont , avec raison , distingué ces deux choses. Elles ont demandé des femmes un degré de retenue et de continence qu'elles n'exigent point des hommes , parce qne la violation de ta pudeur suppose dans les femmes un renoncement à toutes les vertus, parce «rue la femme en violant les lois du mariage sort de l'état de sa dépendance naturelle, parce (fut la nature a marqué l'infidélité des femme* jwr d« •* signes certains : outre que les eotans adultérins de la femme sont nécessairement au mari , et à la charge du mari f au lieu que les enftans adultérins du mari ne sont pas à la femme , ni à la charçe de la femme. » ( De l' Esprit des Lsis, 1. XXVI , c. vm. ) Ces remarques ne sont pas toutes dt la même exactitude; mais rien n'est plus évident que la dilférence de gravité admise entre l'adultère commis par le mari , ou l'adultère commis par la femme. Parmi les raisons qne Montesquieu en donne, la principale est celle qui est indiquée la dernière, et winrne stiraliondantc.

Jean-Jacques a insisté sur oelle-là. «Quand la femme se pUint là-dessus de l'injuste inégalité qu'y met l'homme , elle a tort. Cette inégalité n'est point une institution humaine, ou du moins elle n'est point l'ouvrage du préjugé , mais de la raison : c'est à celui des deux que la nature a chargé du dépôt des enl.i ni d'en répondre à l'autre. Sans doute il n'est permis à personne de violer sa foi , et tout mari infidèle qui prive sa femme du seul prix des austères devoirs de son sexe , est un homme injuste et barbare; niais la femme infidèle fait plus, elledittout

la famille , et brise tout les liens de la nature. En donnant à l'homme des enfans qui ne sont pas à lui, elle trahit les uns et les autres , elle joint la perfidie à l'infidélité. Qu'est-ce alors que la famille , si ce n'est une société' d'ennemis secrets qu'une femme coupable arme l'un contre l'autre , en les forçant de s'entr'aimer.» {Emile, livre v.)

Portalis a e'tabli cette différence en peu de mots , et avec justesse, a Le mari et la femme doivent incontestablement être fidèles à la foi promise ; mais l'infidélité de la femme suppose plus de corruption, et a des effets plus dangereux que l'infidélité du mari : aussi l'homme a toujours été jugé moins sévèrement que la femme. Toutes les nations , éclairées en ce point par l'expérience et par une sorte d'instinct, se sont accordées... » (Séance du 16 ventôse an xi. )

Selon le capitaine Jackson , Abn-Salam-Chabini , Arabe de Tetouan , a trouvé cette loi à Tombouctou : « La femme est maîtresse de sa chair ; elle peut en faire ce qu'il lui plaît. » Mais il faudrait savoir comment on prétend , à Tombouctou , concilier le mariage avec l'incertitude légale de la paternité.

WOTE 46. (P»«« 144).

I>es changemcns politiques très- louables en eux-mêmes, compromettraient néanmoins dans plusieurs circonstances la tranquillité de l'Etat, s'ils étaient opères avec imprudence. Quelquefois une amélioration morale ne demande pas moins de circonspection. Là où subsistent d'anciennes mœurs encore dignes, sous les rapports essentiels, de l'approbation des hommes justes , il sera sage peut-être de ne pas changer ce qu'elles ont de défectueux. Mais on voit aussi des époques où une semblable déférence n'occasionerait que de vains sacriGccs, et où rien n'est plus convenable que de remonter aux principes, afin de substituer en quelque chose une règle sûre à la manière établie. Çcla ne signifie pas qu'il n'y ait absolument aucune raison de ne pas s'écarter des mœurs reçues, quand elles sont imparfaites. Au contraire , pour les réformer ainsi en quelque sorte, dans la vie privée , il faut une intégrité invariable, des lumières , et beaucoup de réserve.

NOTE 15. (Pàgc 182),

« Antisthènes, dit Montaigne, permet au sage d'aimer, et faire à sa mode ce qu'il trouve être opportun , sans s'attendre aux lois , d'autant qu'il a meilleur avis qu'elles , et plus de connaissance de la vertu. » Des raisonneurs inconsidérés trouveraient dans ce passage de dangereux prétextes . parce que l'expression en est elle-même trop peu mesurée.

Pour parler comme Antisthènes , il faut du moins être pur de tout reproche , il faut oser dire : Les principes que j'annonce furent toujours ma loi , et je n'ai point consenti que les droite des autres hommes fussent violés en ma faveur; s'il pouvait arriver que je manquasse à des devoirs réels , aussitôt je renoncerais à cette sorte de fonction à laquelle j'ai voulu consacrer ma vie , mais dont je ne serais plus digne.

Ce vieux langage eût paru naturel à des stoïciens et à quelques-uns de leurs adversaires ; mais, dans notre siècle, on le trouverait peut-être suranné. Il est aussi un vulgaire parmi ceux qui aspirent à être sages. Tous n'atteignent pas même à re degré de sagesse qui peut siiflire quand la haute sagesse pa-

rait impossible. Peut-être les mâles erreurs et la sévérité du Portique conviennent-elles encore à ceux qui ne sont que de> hommes de bien , peut-être leur faut-il une sorte de philosophie qui tienne du fanatisme. 11 se peut que leurs intentions soient trop faibles contre leurs penchans , et que leur raison ait souvent besoin d'être soutenue par des doctrines presque inflexibles. Le stoïcisme semblera même préférable pour toute une cité, quand un PJotin en demandera une à instituer , et que les valets du prince ne souriront pas, ou quand le prince ne sera pas assez faible pour qu'un mot ironique change ses vues. Mais le vrai sage conserverait sur toutes ses affections une pleine autorité ; il n'aurait pas besoin d'une doctrine inséparable de quelque enthousiasme.

Si nous suddosous seulement de> diî>cM>le.s de la sa"rssr minu en petit nombre , des hommes éclaires ,.des hommes libres , nous penserons qu'ils se rapprocheraient davantage de ce qu'on peut regarder comme ayant été la pensée réelle d'Épicure. Les maximes du Portique ont été justement admirées en ce sens qu'elles étaient belles et courageuses ; mais Épicure enseignait des vérités plus souvent méconnues, et il montra aussi de la font. Trop simple alors, la vérité alarma les écoles; il fallut calomnier un homme qui était sage naturellement. Si même quelques manuscrits , découverts sous des laves , servaient enfin a prouver qu'Épicure fut irréprochable , la tradition populaire affaiblirait long-temps encore la haute estime dont souvent les stoïciens et les académiciens s'efforcèrent de le priver. Au reste,

Épicurc a déjà trouve, sous ce rapport, des défenseurs cbei les modernes , particulièrement en France et en Italie.

« Les hommes (disait-il) sont comme les fleuves; ils doivent suivre sans résistance les mouvemens que leur imprime leur organisation. Je cherchais à adoucir les épreuves qui attendent tous les mortels dans une vie périssable. J'ai enseigne' la vertu... Ces festins qu'on nous reproche n'ont jamais été célèbres sous de riches lambris ; c'était à bien peu de frais que nous nous procurions les véritables biens de l'existence. Quel plus bel hommage peut-on rendre à la vertu que de lui rallier tous les humains parles plus douces inclinations de leur être, et par une chaîne de sentimens agréables?.... Le plaisir est le souverain bien; mais malheur à celui qui s'en rassasie! La douleur est un mal ; mais sachons l'affronter et la vaincre , quand la nécessité l'ordonne. Soyons heureux; mais préférons l'infortune à tout bonheur acquis par des vois déshonnetes ; la vertu seule doit épurer nos jouissances. Sachons surtout nous soustraire à toutes les passions désordonnées: elles sont corruptrices de la volupté... Les épicuriens ne sont pas intempérans ; ils acceptent , il est vrai, les dons de la fortune, mais ils savent les lui rendre avec courage dans les jours de malheur. » C'est ainsi que s'exprime Épicure dans l'entretien où Pythagore aussi parait apprécié , et même deviné , avec non moins de sagacité que de bonheur , au tome Vr de la Physiologie des passions , par M. Alibert.

Dans les Tusculanes , Cicéron parie des passions d'une ma-

ni ère très-inexacte. Quocircà mollis et enervata putrnila est peripateticorum ratio et o ratio , qui perturbari animas necesse esse dicunt. Le mot perturbari n'est peut-être pas celui qu'il faudrait , mais enCn la passion n'est ici que le mouvement passif t conséquence des impressions reçues, et prinripe t\cs roouvemens actifs. Supprimer autant qu'il serait possible les affections naturel lesj, ne paraîtrait bon que cbci une partie de ceux qui se vouent à la vie contemplative. Sed adhibent modum quemdam quem ultrà non progredi oporteat. San* doute. Le mouvement qui nous |>ortc à secourir un opprimé n'est- il pas la suite d'un penchant louable? Cependant si la raison ne dirige point ce mouvement , si un excès de tèle nous entraîne a défendre d'une manière injuste celui que nous protégeons contre l'injustice, ce penchant devient funeste et coupable. Modum tu adhibes vitio ? Nullement , si , comme le disaient les péripatéticiens, il n'y a de vice que dans l'excès. I*e vice commence lorsque l'impulsion nous porte au-delà de* bornes. An vitium rtullum est non parère rationi? C'est au contraire obéir à la raison que de suivre les mouvemens naturels f tant qu'elle peut les approuver. Ces mouvemens l'avertissent , et elle les apprécie , afin de les arrêter à propos; voilà l'homme moral. Animus perturba tus et incitatus nec cohibrre se potest , nec , quo loco vult , insistere omninb. 11 est difficile de soumettre ensuite à la raison les mouvemens qu'on a suivis, quoiqu'elle les condamnât ; mai.% elle arrête facilement, quand il le faut, ceux quelle avait approuvés d'abord, et qu'elle

avait surveilles. Quœquc cresccnlia perniciosa suni , eadem simt vitiosa , nascentia. C'est ici que Terreur est frappante. Autant vaudrait dire qu'il ne faut pas laisser entrer un ruisseau dans une prairie , parce qu'un torrent la ravagerait. Ce qui suit est également faux, à moins qu'on ne l'entende seulement d'une inclination devenue passionnée, d'une inclination sans frein; mais alors ce ne serait point le penchant que les péripatéticieiu supposaient. Quamabrem nihil interesl utrum moderato perlurbationes approbant, an moderatam injustîUam , moderatam igriaviam , moderalam inlemperantiam : qui enim viliis modum afyponit , is partem suscipit vitiorum. C'est conclure d'après ce qui est contesté. Si Jes penchans vont jusqu'au trouble de l'ame , et s'ils doivent être appelés des vices, effectivement ils sont mauvais. Ce qu'on nomme le plus gwéraleincnt passion égare en effet , et ne peut produire tôt ou tard que du désordre. 11 serait convenable qu'il n'y eût jamais dans la cité une seule passion proprement dite; mais, quant à ces inclinations premières que Cicéron n'en distingue pas assez, il faut les conserver. Une action nesl pas mauvaise, uniquement parce que, sans être obligé de la faire, on en éprouve le désir. . v

Si on peut se mettre au-dessus des lois, comme le suppose Antisthènes, c'est seulement dans ce qui n'intéresse point d'autres personnes, parce qu'alors il s'agit de considérations étran^ gères à l'objet des lois. 11 est vrai que le sage a des senlimens et des principes différons des maximes cl des senlimens vul-

g j ires. Le sage ne cherche pas à devenir insensible , et il n'est pas généralement austère; sachant le prix des affections humaines, il se garde de confondre ce qu'elles ont de louable avec l'intempérance des passions. Cette distinction a été faite par Bergasse , dans son fragment de la Liberté.

Platon , regardant, avec tant de raison, comme une même chose la beauté morale et la justice , demande , au neuvième livre de* lois , qu'on lui accorde qu'une passion juste est belle au même degré. Mais la justice est dans l'intention, et non dans l'inclination, et cela résulte des principes que Platon admet dans ce même livre. 11 est donc difficile de comprendre ce que c'est qu'une passion juste; des lors nous n'avons aucun motif d'admettre de belles passions. Celles où on aperçoit des traces de générosité , ou même de grandeur , sont seulement plus excusables. Aussitôt que ces mouvements heureux dans le principe, deviennent des passions, ils s'éloignent delà justice, hors de laquelle rien n'est beau : toute passion est désordonnée, toute passion est un écart, et l'homme juste réprime en lui les divers excès.

Von . ut quibusdam visu m est , arduum in virtutes, et asprrum iter est , piano adeuntur. (S in i q v e , de ira. )

• Pour n'avoir hanté cette vertu suprême. . . ayant pour guide nature.... , volupté pour compagne , ils sont allés, selon leur foiblesse, feindre cette sotte image triste, querelleuse, dépite, men.ireuse , mineur, e: la placer sur un rocher à l'écart, il. 20

erniny des ronces . fantôme à étonner les gens... C'est la mère nourrice des plaisirs humains; en les rendant justes, elle les rend sûrs et purs. » ( Montaigne. )

Mais ce que Montaigne a dit du plaisir, et même d'une certaine volupté, il n'eût pu le dire des passions. Le plaisir est un délassement; la passion est un joug, a N'épargnons, disait le confesseur de Louis XIII , ni travail , ni étude pour nous rendre maîtres des passions... c'est le travail que Dieu nous a donné en cette vie... Un homme qui ne s'étudie point à la mortification de ses appétits mène une vie très-misérable , toujours captif... n

« Les passions. . . sont une des causes les plus destructives de nos corps... Les passions dans l'institution de la nature ne doivent être que des mouvemens brusques et passagers... Une impulsion involontaire et irrésistible devait porter l'animal à propager son espèce ; mais ces momens , aussi rares qu'orageux, étant passés , il devait rentrer sous la direction d'un instinct paisible... Dans l'état actuel de certaines sociétés les passions ne sont qu'un accès continuel... Elles ont acquis un tel degré d'activité en se choquant , qu'elles sont devenues un feu dévorant qui consume l'espèce humaine. Ces expressions ne sont pas outrées; elles sont les seules qui puissent désigner les effets réels qu'une passion vive ou lente produit sur l'économie animale. » {Système physique et moral de la femme, ch. vu.)

« L'homme dont la constitution est la plus heureuse , et en même temps la plus rare, est celui qui a ses deux vies dans

une espèce d'équilibre , dont les deux centre* , cérébral et épigastrique , exercent l'un sur L'autre une égale action , chez qui les passions animent ou échauffent les phénomènes intellectuels sans en envahir le domaine , et qui trouve dans son jugement un obstacle qu'il est toujours maître d'opposer à leur impétueuse influence. » (Recherches physiques sur la vie et la mort y Bicrat.)

A la Go du seizième siècle, Th. Ganoni, dans son traité drs Cervelles humaines , a mis au nombre des ccrvellini, des cervelles défectueuses, celles qui sont passionnées.

NOTE 16. ( Pa^ m

« Ne le voyons-nous pas (l'amour) varier avec les temps, les lieux , les gouvernemens , et même avec les rangs diver» de la société... tout autre en Orient qu'en Occident?... La coupe du plaisir est-elle présentée , le paysan s'y désaltcte , l'homme de la société s'y enivre , et , bien ou mal traité, c'est à l'homme du monde qu'il appartient de mieux connaître et de mieux .inalyser cet être , moitié réel , moitié factice , ce tissu des affections les plus contraires . ce mélange incompréhensible de

fureur et de tendresse , de confiance et de soupçons , de ruse et de candeur, d'espoir dans l'angoisse , et d'inquiétude dans le succès , enfin ces peines mêlées de délices , et ces délices mêlées de peines que Ton appelle amour. » ( Bouffiers. )

On observe que l'amour est devenu plus romanesque ou plus délicat, et, en un sens, plus poétique dans le moyen âge. M. de Chateaubriand attribue cette différence aux. effets salutaires du christianisme. Sans doute du moins le mysticisme des Orientaux y aura contribué à la longue; mais M. Walckenaer dit avec bien plus de raison : « .... L'inégalité des rangs, des richesses et du pouvoir, si fortement prononcée (à cette époque) , la vie retirée des châteaux,... rendirent les communiât ions entre les deux sexes plus difficiles et plus mystérieuses , et donnèrent au sciitimcnt de l'amour une délicatesse et un raffinement que les anciens n'avaient pas connus... »

\OTE 17. (Pa-o *\ \ ).

« Il est vrai que. dit Cassiodorc au livre de l'Amitié t une affection dégénère insensiblement en une autre.... Que Ton ne

s'étonne point si le sage a dit que cette conversation trop libre (avec les femmes) était un brandon dans le sein,... si saint Bernard a écrit que d'être toujours avec les femmes , sans y offenser, c'est plus faire que de ressusciter les morts;.... si saint Jérôme avertit qu'il les faut toutes également aimer, ou toutes également ignorer. . . II peut y avoir des amitiés entre sexe et sexe qui soient pures... mais cela n'appartient qu'à des per- «mnes extrêmement prudentes, plus dignes d'admiration que d'imitation. » ( Cour Saintr , t. V. )

\OTE 18. P.;. *ju

« L'obligation des pères et enlans est réciproque. Si celle des enlans est plus étroite , celle des parens est plus ancienne. . . L'affection est plus forte et plus naturelle des parens aux en fans , pour ce qu'elle est donnée de la nature allant en avant . poussant et avançant la vu- du monde en vi durée. Celle des rnrans aux pères est à muions , dont elle ne luaiche si fort , ne m naturellement, et semble plutôt être paiement de dette et

reconnaissance de bienfait , que purement un libre , simple et naturel amour. Davantage celui qui donne et fait du bien, aime plus que celui qui reçoit et doit. Les raisons de cette proposition sont plusieurs. Tous aiment l'être , lequel s'exerce et se montre au mouvement , et en l'action. Or celui qui donne , et fait bien à autrui , est aucunement en celui qui reçoit. Qui donne , et (ait bien à autrui , exerce chose honnête et noble ; qui reçoit n'en fait point : l'honnête est pour le premier, l'utile pour le second. Or l'honnête est beaucoup plus digne , ferme , subie y aimable que l'utile qui s'évanouit. Item les choses sont plus aimées qui plus nous coûtent. »

(Charroi , de la Sagesse , liv. III. )

\OTU 19. ! PaCc 225)

H appelons ici ce qui a été dit en commençant. Dans un livre qui embrasse expressément, ou par induction, une multitude de considérations de divers genres , il se trouvera toujours des passages qu'on ne pourra bien entendre que si , en général ,

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on prend la peine d*entendre le tout , et si on a l'intention d'en vai sir l'en semble.

Remarquons aussi que l'auteur de cet essai n'a pas annooeé la prétention d'en faire un traité régulier à tous égards , et de ne négliger aucune partie du vaste sujet sur lequel il entreprenait de dire sa pensée.

ri.% des ,vrrt> in i \ moi r .

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