‹ De l'amour (volume 3)Chapitre 3 sur 43 · IS · texte numérisé non relu

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Cet Essai sur les questions relatives à TAmour , a |)aru en 1806. Il a été réimprimé en 1808, et cette seconde édition était encore très-défectueuse. Depuis la troisième , beaucoup plus récente (i), quelques additions et

(1) I^ troÏMème édition fut faite par Ch. He Boisjo&lin , ilont le caractère , resprit étcudu et l'oliligeant atlachcmeDt ae un raient étr« trop rrgrettéa. A ce sujet , il r^ligea ,

diverses rectifications ont été faites. Malgré ces soins dont Tobjet n^était à aucune époque de donner un autre caractère à ce livre , les traces de Tancienne imperfection subsistent. Du moins il a pour destination de combattre, et une légèreté qui fait méconnai tre les principes, et une austérité qui les altère. Peut* être scrvira-t-il à persuader quelques hommes dans le secret de la conscience : ce n^est pas tout ce qu'on eût désiré , mais c'est tout ce qu'on peut attendre.

Les devoirs et les convenances qui résultent de l'union des sexes , ont foi^mé de tout temps un des problèmes les plus embarrassans que les législateurs eussent à résoudre. De véritables éclaircissemens à cet égard , auraient une longue influence sur les destinées des peuples , et seraient une partie essentielle de l'important ouvrage où on consîdéi^rait tout

comme éditeur, qdc sorte de préface qui, apparlenant plus s|>écialemeDt à cette édition-là , et contenant des choses favorables au livre , ne sera pas reproduite ici.

oe qne les cilés et les* familles pourraîeot se promettre de Tordre réel, s^il s^établissait. Borné souvent à des rues relatives à nos usa^, Taperça moral que Ton donne ici , est loin d'oflTrir sur Tamour un traité qui ne laisse plus rien à dire. Quant au grand ouvrage qu^cm pourrait intituler : De la raison des c/ioses humaines jhenrenx T homme qui , dans des temps meilleurs, le terminerait, et saurait en finre aimer les conséquences fécondes , ou

passages de ce volume s^accorcleut à peine, au premier coup d œil, avec des maxi* mes générales sur lesquelles Fauteur insiste dans 1 occasion , soit ici même , soit ailleurs. Mais Tétat présent de la société deaiande que les séductions et les émotiops de Tamour soient plus particulièrement observées, chez les hommes qui ne pourraient trouver, dans des réflexions fortes, un moyen d*obtenir le silence des aveugles désirs , et le renoncement à la plupart des biens extérieurs.

Dès long-temps, Taccord pi*esque imaginaire de la loi sociale et de la loi naturelle , à Tégard

de la voluptueuse et mobile impulsion des sens y a dû faire regarder un semblable objet comme périlleux à discuter moralement. Il n'eu était point d^ailleurs oà laconyenance des expressions rencontrât plus d'obstacles. Cest par ces raisons sans doute qu^un sujet qui se présenta indubitablement à Tidée de la plupart des bons écrivains n*a été traité sérieusement et avec ensemble par aucun d^eux jusqu'à nos jours. Ces questions auront paru moins simples que celles de de Offîciis. On trouve dans les divers genres de composition de ces différences auxquelles il peut convenir d'avoir égard. L'inépuisable auteur de Rome sauvée en citait une scène qui avait demandé plus de travail , disait-il, que toute sa pièce de Zaïre. Sans doute des considérations semblables ne devraient pas faire accueillir un livre «issez défectueux pour rester inutile; mais enfin on ])eut les alléguer , afin d^excuser la trop certaine imperfection de celui-ci.

Une des difficultés principales n'a clé surmontée qu'en |)eu d'endroits. Il fallait, eu disant ce que Tamour doit être parmi nous, in-

tiiquer ce qu41 pourrait être dans des sociétés très-différentes. 11 convenait ainsi de réunir et pourtant de distinguer deux considérations souvent indépendantes Tune de Tautre; mais il serait peut-être impossible d'exprimer cette distinction avec assez de clarté pour des lec teurs peu attentifs. Si on veut entendre réellement ces pages , il importera de ne point perdre de vue Tintention dans laquelle est cent le livre entier.

Il n^est nullement contradictoired invoquer des maximes plus exactes , plus morales, plus fermes, etd^établir en même-temps que la dé-. raison seule , ou un reste de fanatisme, oppo^ seraient à des penchans indispensables une doctrine inutilement sévère. Cette rigueur trop constante , cette austérité ne fut jamais qu'une sorte de préoccupation superstitieuse ; mais Tabus du plaisir et le désordre ne sont pas moins funestes. On trouverait plus de re{x>s , plus de justesse , sous une règle moins uniforme et mieux observée , sous une loi très* indulgente , mais seulement à propos. L'iuquiétude de Tesprit connaîtrait des limites ; on

réprimerait des yœux inconsidérés, ou des prétentions jalouses. En prévenant la mollesse , en ne souffrant aucnne licence , ou aucun sub*terfuge , on laisserait de la liberté dans ce qui n^est pas contraire à Tintérét général : ce serait se conformer aux vrais principes des sociétés humaines.

Rien de plus chimérique, assure-t-on, que ridée de remédier à de graves désordres ; singulière prétention de marcher droit! SiTallure générale se trouve la plus facile , mieux vaut la suivre. Au Caire ^ à Moscow, à Calcutta , partout il faut pour la multitude Taltemative de rindigence ou du luxe , du privilège ou de rhumiliation , de la privation ou de Tabus : rhomme est ainsi fait.

Cette décision tranchante ne serait pas déplacée sur la scène , dans la bouche d^un valet philosophe. Nous possédons, dirait-il, toute la sagacité imaginable , et nous avons fait les lois les plus sages; cependant nous sommes, en plusieurs rencontres , nuisibles ou malheureux : donc, les mortels sont inévitablement pervers.

Pourquoi d^ailleurs ne songer qu^aux villes

de Unii oeoi mille hàbitaBS, et aux campagnes ocmsacrées à les nourrir? Ou prend trop aou- ▼ent poor l'espèce entière le peu d^hommes qa*<m a tus : elle a plus d'aptitude ^ et elle aura plus de darëe. Les formes qu'il paraît eonunode de conserver aujourd'hui , ne sont pas les seules qu'on puisse adopter. Cest dans rindëpendance , c'est loin des vieilles habitudes de la société ^ qu'il faudrait éludier les lois premières. Ne nous renfermons pas dans la galerie la plus ornée du palais dont nous voulons tracer la perspective.

Les oooceptions morales sont les objets les plus importans de Tesprit humain. Ce qui est grand , c'est ce dont Tame a besoin pour se perfectionner el s'agrandir. Nos profonds calculs sont difficiles ou admirables , et même utiles; mais la vraie science chez les hommes sera toujours la connaissance de Thomme et de ses devoirs. Quand les autres exercices de Tesprit I au lieu de servir seulement à rectifier les idées, absorbent l'attention, ils deviennent fnnestesi puisqu'ils font oublier le but. Il est vrai que le génie pourrait découvrir avec

une sorte de bonheur , avec quelque promptitude , les maximes de Forganisation des cités, tandis que la pénétration la plus heureuse ne permet d^avancer que lentement sur la trace des Euler et des Fourier. Mais, bien que ces derniers travaux supposent des études plus longues peut-être et plus pénibles , ce qui tient à la législation est plus nécessaire , et moins d'hommes en seront capables. Pythagore et Kong-Tsé ont rendu plus de services que L»agrange.

Les véritables écrivains se consacreraient à Tutilité publique ; sans dédaigner les arts ingénieux , ils ne chercheraient pas ce genre de succès que Tesprit fait ambitionner. Leur marche paraîtrait plus ferme , et leurs vues seraient plus généreuses : tous les temps se présenteraient à leurs regards. Pourquoi aspirer principalement à captiver les suffrages des hommesdegoût? Pourquoi tant s'occuper des jouets de la vie littéraire chez des nations où subsistent une morale incertaine, un système trompeur de perfectibilité , un masque universel d^une couleur vive , mais sinistre , excitant à

la fi>U les dûcordans éclats du rire et du désespoir?

La renommée est * elle un bien personnel très-désirable? Quel sérieux avantage une vanilé d'un siècle anra-l-elle sur tant de ranités d'un jour? L^homme célèbre prendra-l-il une altitude plus gracieuse dans le silence du tombeau? Que font à celui qui vivait hier, les discours de ceux qui vivent aujourd'hui? L'univers est changé pour Thomme mort ; k son dernier soupir Tillustration Ta quitté. Si même dans Tordre présent, la pratique du devoir est le plus bel emploi de la vie , c'est parce que la paix intérieure donne la seule jouissance qui ne s'af&iblisse point. Soyez utiles, non pour qu'on vous nomme avec emphase quand vous ne l'entendrez pas, mais pour que le bien se réalise , et que votre dernière heure s'écoule doucement.

Les livres ne changent pas le cours des ... choses, a dit un homme qui avait fait beaucoup de livres.Toutefois il remarquait ailleui*s que les divers peuples obéissaient à des livres, et il a dit expressément en plusieurs endroits :

les livres gouvernent le monde. Cela peut se concilier ; si les livres n^agitent que rarement les nations , ils les conduisent d'âge en âge. Left moyens positifs , ceux que préfère le pouvoir, ont des effets moins durables. Un incendie Mpide frappe les yeux, mais bientôt il s'éteindra ; au contraire , lorsqu'une mine inflammable a reçu une étincelle , soixante ans après on la trouve changée tout entière.

Ce n*est pas une obligation invariable d'employer un style m&le , et de n^écrire que sur des objets importans. De nombreuses erreurs peuvent être diversement combattues. On peut et on doit observer les abus particuliers comme la dépravation pujxlique. Pour ramener les hommes , quelquefois on les poursuivra jusque dans les ridicules de la vie privée. Les heures n'appartiennent pas toutes aux pensées graves; mais ne saurait-on conseï*ver jusque dans les distractions de Tesprit quelques intentions de cette sagesse qui désabuse, ou qui tranquillise? Il faut plaire, diton» il fhut ofifrir aux lecteurs ce quUls aiment. Ne feitiit-on pas mieux de leur dire ce qu^il

iiiidnSt qa'Us aimassent? Tandis que le siècle eoiratne la foule des hommes de lettres , les grands ëcriTains préparent un autre siècle.

Les ténèbres s'éloignent , mais il reste encore d^épais nuages. Ne Toudrex-Tous pas être les défenseurs des générations futures , les législateurs de rhomme moral? FaTorisez, dans de sages desseins , la lente et irrésistible puissance de Topinion. Peut-être une peuplade reculée , peut-être même une des nations les plus séduites recerra-t-elle des impulsions &torables. Savons-nous arec certitude s^il ne se trourera pas un homme qui yeuille la Traie prospérité des peuples sur lesquels il aura obtenu du pouvoir a|i une grande influence?

Ceux qui ont écrit, non par désœuvrement, ou dans des vues sordides , mais pour parler à rhomme de ses intérêts les plus chers , ont jugé qu'ils avaient le droit de dire tout ce qu'ils croyaient conforme à la vérité. Il se pourrait qu'une doctrine fausse parût quelquefois opportune; mais généralement elle serait dangereuse. C'est à peu près à cela que se réduit cette question importante : toutes les

vérités sont-elles fécondes , ou peut-il y avoir des erreurs salutaires?

Au milieu des mensonges , de certaines vérités nuiraient momentanément, parce qu'elles se présenteraient seules. L'imposture pourra même servir d'appui à quelques vertus, et divers préjugés occasioneront des actions généreuses. Mais si la vérité était connue , et suivie en tout, la condition humaine serait incomparablement moins malheureuse. Une vérité imparti te ne promettra que des avan-r tages imparfaits. Si vous discernez le vrai dans un point , tandis que vous voyez tout le reste sous un aspect trompeur y c'est peut* éti*e un mal de plus , du moins pour le présent : des lueurs dans l'obscurité causent du trouble. Cestraccord, Tensemble , c^est Tesprit d'ordi^ qui finirait les malheurs des peuples.

Il Êiut surtout aux esprits étendus la vérité entière , et on pourrait dire qu'ils la possèdent, puisque la chercher c'est déjà Tobtenir, quant aux conséquences morales les plus directes. Sans doute des esprits bornés abusent

^ ce qoMls sayent; mais est-il un moyen de Ptt^Ier aux bons esprits sans s^exposer à scandaliser ou & déconcerter les autres , c*est-à- ^Uresans s*adresserau public? Ayant Timpri- >Qerie , les sages étaient presque les seuls qui s'iTtsassent de lire ce qu'efiectiTement les amis de la Térité doivent seuls bien lire. Les hommes qui n*ayaient que de Tesprit faisaient rarement les frais nécessaires pour étudier de semblables manuscrits; mais aussi quelques gens désœuvrés pouvaient acheter le plaisir (le critiquer , sans y rien entendre , des ouvrages que la pauvreté d'Epictète 1 avait privé de connaître. Aujourd'hui, ne pas parler à tous , ce serait se taire pour tous. La morale 9 qui nest pas seulement dans 1 habi* tude , comme on affecte de le croire , exige plus que jamais des idées justes. On ne peut' être arrêté par les inconvéniens accidentels de la publicité ; le plus grand des maux serait le silence recommandé comme un moyen si prudent d éviter ces faibles périls. Ayons , s il se peut , un grand oombre d esprits raisonnables, du moins par imitation. L indiffé-

rence des autres hoiymes , Tartificieuse i nia, les erreurs même cesseront alors , ou t roQt peu d^effel. Le temps montera que si, écriyant pour les simples > ou se £sûl appn ver sans peine , ce u*est qu en parlant s amis de la yérité qu*on peut vraiment sa r dre utile.

SELON LES LOKS PREMIÈRES

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LfS CONTENANCES DES SOCIETES MODERNES.

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